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 Antoine Blondin

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bix229
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MessageSujet: Antoine Blondin   Jeu 2 Juin 2011 - 18:52



Antoine Blondin 1922-1991, a vécu vite et jusqu' à ce que mort s' en suive.

Contrairement à Animal, je n' aime pas beaucoup les biographies, meme quand l' auteur meurt étranglé (Taktsis) !
Et donc, Blondin a été envoyé au STO (Service de travail obligatoire) en Allemagne, ce qui lui a inspiré l' Europe buissonnière.
Il faut savoir qu' il a suivi le Tour de France jusqu' à sa mort...
Ensuite il s' est essouflé et il avait de plus en plus de mal à courir après sa vie. Ses souvenirs l'obsédaient et il en parlé dans tous ses livres.
Il faisait partie d' un mouvement littéraire qu' on a nommé "Les hussards" : Nimier, Laurent...

L' écriture de Blondin est légère, son humeur"vagabonde" et sa mélancolie, prégnante, de plus en plus noyée dans l' alcool.

Il a laissé cinq livres et pas mal de regrets...

Bibliographie

1949 L'Europe buissonnière,
1952 Les Enfants du Bon Dieu,
1955 L' Humeur vagabonde,
1959 Un singe en hiver,
1970 Monsieur Jadis ou l' école du soir,


Dernière édition par bix229 le Jeu 2 Juin 2011 - 19:15, édité 1 fois
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bix229
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Jeu 2 Juin 2011 - 19:14

Quelques débuts

Passé huit heures du soir, les héros de roman ne courent pas les rues dans le quartier des Invalides.
Muguet n' était encore qu' un adolescent médiocre lorsqu' il tourna l' angle de l' Avenue de Ségur.
Une fillette qui lisait le journal assise sur un petit pliant, fut sollicitée par la silhouette du garçon.
Elle le suivit un instant des yeux; puis, comme comme on avait l' époque la cuisse cocardière, elle se
replongea dans le récit des actualités..

L' Europe buissonnière

Après la seconde guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture.
J' en profitai pour abandonner ma femme et mes enfants qui ne parlaient pas encore. Ma femme, elle,
ne parlait plus. C' est donc dans un grand silence que je pris le chemin de la gare, par l' avenue dont
les platanes venaient d' etre émondés.
Ces moignons d' arbres ouvraient devant moi un iitnéraire d' hiver, rendu sensible par le contraste
d' une campagne croulante de feuillages et de grappes.
On était à la fin du mois d' aout. Je n' avais pas très chaud au coeur.

L' Humeur vagabonde

Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-tsé-kiang dans son lit-bateau : trois mille
kilomètres jusqu' à l' estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas de pirates,
double rationd' alcool de riz si l' équipage indigène négligeait de se mutiner.
Autant dire qu' il n' y avait pas de temps à perdre.

Un singe en hiver
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Noémie
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Jeu 2 Juin 2011 - 20:13

Antoine Audouard est le filleul d'Antoine Blondin. Son père Yvan Audouard a écrit un livre sur celui-ci pour dire toute son admiration pour ce personnage hors du commun : Monsieur Jadis est de retour.

C'est bien de lui avoir ouvert un fil,Bix ! bonjour
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Noémie
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Sam 4 Juin 2011 - 18:28

ICI il y a une émission Un livre un jour ,présentée par Olivier Barrot, concernant Antoine Blondin : elle a été diffusée le 3 juin 2011 et on peut la revoir.
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bix229
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Sam 4 Juin 2011 - 18:32

Merci, Noémie !
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domreader
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Mer 12 Oct 2011 - 21:20

Les Enfants Du Bon Dieu
Antoine Blondin


Voilà un livre savoureux, je dirais même primesautier et cocasse dans l’esprit, tout comme son héros, Sébastien un professeur d’histoire de prime abord bien sage,qui se trouve coincé dans un mariage lui aussi sage sage et ennuyeux. Il retrouve une ancienne maîtresse, Albertina, princesse allemande de son état (d'ailleurs son l’état finira par devenir ‘intéressant’ comme on disait à l’époque). A partir de ce moment la vie de Sébastien Perrin bascule, et le voilà tout tourneboulé : il fait sa révolution interne en organisant à sa guise l’histoire de France et en décidant cette année-là de ‘ne pas signer le traité de Westphalie’. Il organise les mensonges et se trouve pris entre sa femme, la très ennuyeuse Louise et sa maîtresse, il est aussi tiraillé entre ses propres parents et sa belle-famille, entre ses voisins et ses collègues, entre pauvreté et richesse, entre vérité et mensonge, entre sagesse et folie. Voilà bien notre héros qui saute avec une agilité féline d’une situation à une autre. Un livre léger et délicieusement bien écrit.

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'Si vous ne lisez que ce que tout le monde lit, vous ne pouvez penser que ce que tout le monde pense.' - Haruki Murakami.
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bix229
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Mer 12 Oct 2011 - 21:59

Elle a raison, Dom, lisez Blondin, vous vous ferez du bien... Une satisfaction non dénuée de mélancolie, mais que voulez-vous la vie n' est pas une partie de plaiisir et meme l' alcool a ses limites ...
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Dim 3 Mar 2013 - 19:39

Je mets Blondin au rang des fines lames du bon mot ... Même ses articles publiés dans l'Equipe retraçant le tour de France sont encore à déguster à la terrasse avec un verre en main ... Verre non vide avec un liquide au degré éprouvé ...
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« N'oublie pas qu'on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n'est que litres et ratures.  »
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bix229
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Dim 3 Mar 2013 - 19:57

GrandGousierGuerin a écrit:
Je mets Blondin au rang des fines lames du bon mot ... Même ses articles publiés dans l'Equipe retraçant le tour de France sont encore à déguster à la terrasse avec un verre en main ... Verre non vide avec un liquide au degré éprouvé ...
Code:
« N'oublie pas qu'on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n'est que litres et ratures. »

Tu as rason naturellement, mais ici, il n 'a pas décollé...
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shanidar
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Dim 3 Mar 2013 - 20:06

bix229 a écrit:
GrandGousierGuerin a écrit:
Je mets Blondin au rang des fines lames du bon mot ... Même ses articles publiés dans l'Equipe retraçant le tour de France sont encore à déguster à la terrasse avec un verre en main ... Verre non vide avec un liquide au degré éprouvé ...
Code:
« N'oublie pas qu'on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n'est que litres et ratures. »

Tu as rason naturellement, mais ici, il n 'a pas décollé...

je me souviens d'avoir adoré Monsieur Jadis et surtout d'un passage qui se déroule dans un bar (hé hé) où le personnage principal raconte une bataille napoléonienne (je crois), un moment absolument hilarant et incroyablement inventif. Je ne sais pas pourquoi je n'ai rien lu d'autre de cet auteur d'une grande sensibilité, d'une audace un peu naïve et d'une joyeuse mélancolie... il faudrait...

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bix229
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Dim 3 Mar 2013 - 20:21

Facile, Shanidar, tu me fais signe, et je t' envoie L' Humeur vagabonde....
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shanidar
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Dim 3 Mar 2013 - 22:45

bix229 a écrit:
Facile, Shanidar, tu me fais signe, et je t' envoie L' Humeur vagabonde....

c'est très gentil, bix mais je manque cruellement de temps pour répondre à l'invitation ! en revanche il n'est pas impossible de proposer Blondin pour les auteurs du mois prochain ! ce qui me donnera une très bonne raison de relire Monsieur Jadis (un livre qui pourrait plaire à darkanny ou animal, ou...).

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Constance
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Ven 28 Juin 2013 - 12:42

Quat'saisons (folio) 

Prix Goncourt de la Nouvelle en 1976. 



Quatrième de couverture : 


"Au fil d'une saison, les voitures des quat'saisons proposent sur les marchés un fouillis de primeurs contrastées en volumes et en cou-leurs. Il arrive pourtant qu'un oeil sensible découvre une harmonie sous ces disparates : pommes de terre nouvelles, carottes nouvel-les, tomates nouvelles... L'auteur de ce livre, à l'éventaire duquel on ne trouve que des nouvelles, tout court, ne souhaite pas autre chose.
Il a choisi de remonter le cours des quatre saisons, de l'hiver au printemps, parce qu'ayant été cueilli à froid, il a essayé de terminer sur un coup de grâce."




Blondin a divisé ce recueil de douze nouvelles en quatre chapitres, un chapitre par saison mais avec un nombre inégal de nouvelles, dont il a inversé la chronologie pour aller de l'hiver au printemps.
Au fil des saisons, de sa coutumière plume poétique et tendre, Antoine Blondin nous entraîne dans son univers où le merveilleux voisine avec l'absurde, la cocasserie, et la noirceur cynique.
La roublardise, la jalousie, la trahison, la lâcheté, l'amour et l'amitié sont tour à tour convoqués sur l'autel de l'humanité, sous l'oeil goguenard de Blondin, dont la verve ne cesse de m'éblouir.  


Extrait "La globule" (chapitre "Eté" ) :

"Un article fondamental de la Constitution des Droits de l'homme et du Baigneur stipule qu'à peu de choses près, tous les vacanciers arrivent au bord de mer blêmes et égaux en droits.
Une plage est d'abord une page blanche, qu'à tôt fait de noircir une société ouverte, où l'état de nature remet en question les hiérarchies et les préséances, où les moeurs et les modes témoignent d'une uniformité concertée et dont les membres n'aspirent au fond qu'à ressembler. "


Dernière édition par Constance le Sam 29 Juin 2013 - 10:43, édité 1 fois
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Sam 29 Juin 2013 - 0:20

Quelle citation extraite du Globule ! J'aimerais bien pouvoir la garder en mémoire et la sortir à propos ...
Ou encore mieux, de manière parfaitement incongrue !
En tout cas, Blondin est comme un excellent vin de garde : on le garde en cave des années et il est encore meilleur une fois débouché ...
Merci Constance de m'avoir rappelé cette œuvre que j'avais oubliée !
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Constance
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MessageSujet: Re: Antoine Blondin   Jeu 8 Aoû 2013 - 20:08

shanidar a écrit:


je me souviens d'avoir adoré Monsieur Jadis et surtout d'un passage qui se déroule dans un bar (hé hé) où le personnage principal raconte une bataille napoléonienne (je crois), un moment absolument hilarant et incroyablement inventif. Je ne sais pas pourquoi je n'ai rien lu d'autre de cet auteur d'une grande sensibilité, d'une audace un peu naïve et d'une joyeuse mélancolie... il faudrait...
La scène que tu évoques se déroule dans le "Bar-Bac" (rue du Bac), et le personnage n'est autre que Albert Vidalie, l'auteur des paroles de la chanson "Les loups sont entrés dans Paris" sourire 







Début du chapitre II tenant lieu de quatrième de couverture :

Monsieur Jadis, comme Cadet Rousselle, avait trois maisons : l'une où ses enfants dormaient avec leur mère ; une autre où sa compagne dormait avec son mari ; la troisième où sa mère dormait avec son accordéon. Mais il en habitait, le plus souvent, une quatrième où tout le monde dormait avec tout le monde, car celle-ci, la seule où il disposât d'une clef, généralement pendue au tableau, était un hôtel sur le quai Voltaire, où il lui arrivait de s'enfermer à double tour pour mieux poser sur les paysages de son enfance le regard d'un homme libre.




Tandis qu'il flâne au Quartier Latin, par l'une de ces tocades jaillissant tout à trac de son esprit espiègle, Blondin  se fait volontairement embarquer lors une rafle de police.  Conduit au commissariat pour un contrôle d'identité, mais ayant oublié ses papiers, par jeu, endossant le rôle du vagabond, il omet de se faire reconnaître, et se voit ainsi convié à passer la nuit au poste.
Monsieur Blondin s'efface alors devant Monsieur Jadis; monsieur Jadis, l'homme qu'il fut autrefois, un homme écumant les bars et les commissariats de police, à l'époque pas si lointaine de sa jeunesse insouciante.

Recourant au subtil subterfuge du dédoublement de la personnalité, Blondin nous livre alors la truculente autobiographie d'un noctambule fêtard, toujours disposé à faire les quatre cents coups promis par le sirop de la rue. Mais de pudiques nostalgies affleurent dans les brumes neuronales du frère jumeau du "Singe en hiver" : la disparition des êtres qui ont gravité dans son univers d'éternel adolescent, dont il dresse le portrait avec une infinie tendresse, appartiennent désormais au "jadis" : sa mère, Albert Vidalie, Roger Nimier, Cesare Silvagni  ...


Les souvenirs de ce temps révolu annoncent l'heure incertaine du bilan de l'existence de monsieur Jadis : parce que la belle Odile, son amante mélomane l'aura éconduit pour cause du retour de son légitime ou sous le futile prétexte de leur rupture, ou parce que Popo, alias Florence d'Arabie, une fée putassière de la nuit qui trempe ses croissants dans le pastis, l'aura entraîné dans une périlleuse expédition banlieusarde, monsieur Jadis ne regagnera pas ce foyer où sa mère qui poétise innocemment la vie "dort avec son accordéon", et, comme il serait vain de songer à frapper à la porte de la mère de ses deux enfants, sa tournée des grands ducs s'achèvera immanquablement dans un hôtel du quai Voltaire, où il a sa chambre à demeure - celle-là même où Wagner et Baudelaire échouèrent autrefois, au hasard de leur existence bouillonnnante.  
Souvenir aussi des nuits qui s'achèvent au "Bar-Bac", là où son ami Vidalie, porté par la fièvre patriotique et l'alcool, refit la bataille d'Austerlitz, prenant l'ennemi en tenaille entre un moulin à poivre et une bouteille de ketchup, devant un couple de norvégiens aux ordres de cet étrange combattant de "La grande Armée", revenu d'outre-tombe  ... souvenir de son voyage dans la perfide Albion en compagnie de Roger Nimier, l'impénétrable et ténébreux Nimier qui se révèlera être un fier cocardier à l'occasion d'un match de rugby France-Angleterre ...



"Et que de détresse, pour un tel bonheur d'écrire !" 'écrivit Yvan Audouard dans "Le Canard enchaîné" ... mais quel grand styliste, et quelle élégance dans l'écriture de Blondin qui jamais ne se laisse aller à la vulgarité ... gueux, manant du désespoir qui mène parfois au ruisseau, Blondin fut un aristocrate de la langue française, pour lequel j'éprouve une indéfectible admiration.




En exergue :

"Il avait une bizarre manie autobiographique qui l'amenait, de temps à autre, à composer mentalement sur lui-même quelques phrases renfermant un sujet à la troisième personne et un verbe toujours d'un temps passé"

James Joyce, Gens de dublin.



Incipit :

"Lontemps j'ai cru que je m'appelais Blondin, mon nom véritable est Jadis. c'est celui que je viens de donner au brigadier penché sur la main courante de ce commissariat dont je ne soupçonnais pas l'existence"


"[...], il m'a suggéré avec une politesse pesante de lui dire mon nom et qu'un démon pertinent m'a soufflé que je m'appelais Jadis. Sa plume est restée en suspens :
- Jadis, comme : autrefois ?
- Exactement." (p.20)  




"Monsieur Jadis était encore à l'âge où l'on croit que l'espérance est belle sous les pas d'un promeneur, à minuit. Il attendait beaucoup de cette liberté mauve qui s'installe le soir, fertile en rencontres nouvelles et passagères, où l'on mène une partie d'où sont exclues les petites cartes de la vie quotidienne. Là, il retrouvait l'usage de ses atouts majeurs, préservés de la corruption des jours qui se ressemblent et du démenti qu'ils apportent. Il était à son aise dans ces représentations sans lendemain dont le vernis est chaque fois rafraîchi. En somme, ce qu'il appréciait le plus chez les inconnus, c'était que ceux-ci ne le connaissait pas.Il leur proposait l'instantané, plus vrai que nature, d'un compagnon inventif et chaleureux, blessé avec discrétion, lucide sans amertume."(p.26-27)


Passage émouvant, reflet de la relation entre Blondin et sa mère  :

"Nous montions vers la Seine où Le Louvre, notre vieux témoin, flamboyait en apothéose et nous marchions presque main dans la main. J'avais souvent imaginé cette scène, je la réservais pour le jour où nous abandonnerions trop d'arides douceurs patiemment conquises.
Tous deux nous partirions sur un air d'accordéon, le long des quais, vers le soleil, et ce serait notre façon de disparaître. Nous irions, si l'on veut, jusqu'au Paradis. Sans doute, devrais-je rester devant la porte. Mais il se trouverait quelqu'un derrière pour répondre à ma mère, lorsqu'elle dirait : "Hello !"(p.58
)


Nostalgie : aujourd'hui, des guignols se la jouent intellos au "Café de Flore" ou à la "Rhumerie".
A se demander dans quel espace intersidéral, archi américanisé, se sont perdus  les grands esprits créateurs. Mais ce n'est que mon sentiment.

"La Rose Rouge, où Gréco chantait Queneau et Sartre avec la voix de Phèdre, où Boris Vian commençait à rendre son âme exquise dans sa trompette, où les Frères Jacques et Yves Robert donnaient à l'absurde l'habit de lumière du burlesque, était l'une de nos salles d'attente.
Le janséniste Astruc y remplissait de whisky sa caméra-stylo; le libertin Vadim promenait à travers à la foule de nos petites camarades désemparées une silhouette de quaker et désignait du doigt, comme dans Manon Lescaut, celles qui étaient destinées à émigrer vers la gloire" (p.73)
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