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 László Krasznahorkai [Hongrie]

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Marko
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Sam 15 Oct 2011 - 16:08

Le 30 novembre. Le film dure 2h26 sourire

Parmi leurs collaborations j'avais beaucoup aime "Damnation"

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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tom léo
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Sam 15 Oct 2011 - 17:43

Marko a écrit:
Pour info le dernier film de Bela Tarr "Le cheval de Turin", qui a reçu le lion d'argent a Venise, a ete écrit par Laszlo Krasznahorkai. Une collaboration toujours tres étroite. Le sujet est intéressant:

Synopsis : A Turin, en 1889, Nietzsche enlaça un cheval d'attelage épuisé puis perdit la raison. Quelque part, dans la campagne : un fermier, sa fille, une charrette et le vieux cheval. Dehors le vent se lève. (allocine)

Est-ce que mes associations, Marko, réjoignent les tiennes? Sujet de Dostoïevski, on dirait, n'est-ce pas?
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Marko
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Sam 15 Oct 2011 - 18:04

tom léo a écrit:
Marko a écrit:
Pour info le dernier film de Bela Tarr "Le cheval de Turin", qui a reçu le lion d'argent a Venise, a ete écrit par Laszlo Krasznahorkai. Une collaboration toujours tres étroite. Le sujet est intéressant:

Synopsis : A Turin, en 1889, Nietzsche enlaça un cheval d'attelage épuisé puis perdit la raison. Quelque part, dans la campagne : un fermier, sa fille, une charrette et le vieux cheval. Dehors le vent se lève. (allocine)

Est-ce que mes associations, Marko, réjoignent les tiennes? Sujet de Dostoïevski, on dirait, n'est-ce pas?
Oui! C'est un rêve de Raskolnikov dans Crime et Châtiment qui avait impressionne Nietzsche. Je ne sais pas quelle est la part de réalité dans cette reappropriation mais c'est un sujet formidable.

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eXPie
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 27 Oct 2011 - 22:42

Tango de Satan (Satantango, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly). NRF Gallimard. 286 pages.

La sonorité du titre original est évidemment meilleure que celle du titre en français : prononçons "Satantango", et sentons la répétition de la sillabe, comme si elle allait trébucher et tomber.

Il s'agit du premier roman de l'auteur. Il commence par une citation de F.K., qui finalement est bien à sa place : "« Alors, je préfère le manquer en l'attendant. »"

On remarque tout de suite que les titres des chapitres sont singuliers : "On apprend qu'ils arrivent.", "Nous ressuscitons", "Le Travail des araignées"...

Nous sommes en Hongrie, vers la fin de la période communiste. Le roman débute ainsi :
Citation :
"Un matin, à la fin du mois d'octobre, peu avant que les premières gouttes des longues et impitoyables pluies d'automne commencent à tomber sur le sol craquelé, à l'ouest de l'exploitation (et qu'une mer de boue putride rende les chemins vicinaux impraticables et la ville inaccessible jusqu'aux premières gelées), Futaki fut réveillé par le son des cloches." (page 11).
On a déjà beaucoup de choses dans cette première phrase : l'exploitation (une ferme collective abandonnée ; seules quelques personnes sont restées, attendant...), la boue, la pluie, et le son des cloches (mais de quelles cloches ?). Dans ce monde à l'écart, le symbolique et le réel s'interpénètrent.
Citation :
"Le faible éclat du soleil arrivait à peine à transpercer les tourbillons de nuages qui filaient vers l'est, une pénombre presque crépusculaire avait enveloppé la cuisine, il était difficile de savoir si les taches qui se dessinaient, frémissantes, sur le mur, n'étaient que des ombres ou les empreintes de la détresse qui se camouflaient derrière leurs espérances." (page 20).

Alors que le roman commence, on est en pleine magouille. Les habitants du lieu médisent les uns des autres, il y a une sombre histoire d'argent que certains voudraient prendre et partir, sans que d'autres ne s'en rendent
compte trop tôt.
Soudain, la rumeur arrive : Irimias et Petrina sont sur la route, et ils se dirigent vers la ferme !
Citation :
"Schmidt éclata de rire « La mère Halics a complètement perdu la boule ! La Bible lui est montée au cerveau. » Mme Schmidt resta immobile. Elle écarta les bras en signe d'impuissance puis se précipita vers la gazininière, s'écroula sur le tabouret, s'accouda sur les genoux. » Si c'est vrai..., murmura-t-elle et ses yeux s'illuminèrent. Si c'est vrai... » Schmidt la coupa sèchement. « Mais puisqu'ils sont morts ! [...] »" (page 27).
Et c'est le deuxième chapitre : "Nous ressuscitons".
Nous faisons la connaissance d'Irimias et de Petrina. Nos deux lascars attendent, convoqués par la police (politique ? ils ont été arrêtés pour vagabondage, mais la frontière entre l'accusation de petit délit, disons matériel et le délit des idées, le délit politique, est parfois mince, paraît-il).
Citation :
"Au cours des mois interminables qui venaient se s'écouler, après qu'un stupide désaccord, si insignifiant qu'il serait superflu d'en reparler, les eut écartés du cours de la vie normale, leur prise de position, jadis peu sérieuse, s'étaient muée en conviction profonde et si l'occasion s'en présentait ils seraient désormais capables de fournir, avec une étonnante assurance, sans hésitation et sans la moindre crispation, la bonne réponse aux questions dont l'essentiel pouvait se résumer aux mots « ligne de conduire »." (page 32).
On a ces phrases longues, qui semblent ne pas vouloir finir, mais qu'est-ce qu'elle va finir par dire ? se demande-t-on... et finalement, on n'est pas vraiment sûr d'avoir compris. Enfin, moi, en tout cas.

Mais revenons à nos deux zozos. Ils attendent. Le temps s'écoule, tic tac tic tac.
Citation :
"« Les deux pendules, dit le plus grand à son compagnon, comme pour le rassurer, marquent des heures différentes et toutes deux sont étonnamment inexactes. La nôtre - et il lève son index incroyablement long et fin - retarde alors que l'autre... ce n'est pas le temps qu'elle mesure mais l'éternité de la servitude et face à elle nous sommes comme une brindille face à la pluie : "totalement impuissants". Bien qu'il parle tout bas, sa voix grave et suave emplit le long couloir désert. Son compagnon qui, on s'en aperçoit au premier regard, est loin d'incarner l'image de la volonté et de l'assurance, rive ses yeux globuleux sur le visage marqué par les épeuvres de son ami et sout son être s'emplit d'admiration. « Une brindille face à la pluie... », son esprit s'évade, il savoure ces mots comme s'il s'agissait d'un grand cru dont il aimerait deviner le millésime tout en s'avouant, résigné, qu'il en est incapable. « Toi, t'es un vrai poète ! » dit-il en hochant la tête, avec l'air hébété de celui qui s'étonne d'avoir par hasard énoncé une vérité." (pages 32-33).
C'est vraiment bien écrit.

Et allons au minutage 2'38 dans l'extrait du film de Béla Tarr:


Il y a de nombreuses phrases étranges, comme "Le temps se fige sur ses paroles comme les algues gluantes sur les fossiles." (page 43). Toujours ce mélange de l'abstrait et du très concret (les algues ne sont pas seulement algues, elles sont gluantes, et quoi de plus concret que les fossiles, encore que... est-ce toujours la chose, l'animal, ou bien n'est-ce pas plutôt sa simple représentation, comme dénuée de sa vérité intrinsèque... et c'est à cela que les paroles sont comparées, ce qui n'est plus que l'apparence de la réalité sans être la réalité elle-même... parfois je m'étonne de la profondeur des pensées qui me viennent au bout des doigts tandis que je tape).
Nos deux compères ont donc été arrêtés. Un capitaine leur propose de travailler pour eux. Petrina ne comprend rien "« Je pige que dalle, si je peux m'exprimer ainsi »" (page 43).

Et il se passe des phénomènes étranges.
Citation :
"Le capitaine se masse la tempe, et son visage... on dirait qu'une armure recouvre son visage, une armure qui absorbe la lumière froidement, sourdement, obscurément, sa peau est sous l'emprise d'un étrange pouvoir : la déchéance est réapparue, libérée des cavités osseuses elle se déverse jusque dans les moindres recoins, elle pénètre jusque dans les couches les plus profondes de la peau, proclamant sa force indestructible." (page 46).
La force indestructible de la déchéance ! Il y a quelque chose d'antinomique là dedans.

Les phrases étonnantes abondent, le style est dense.
On arrive à une scène de tango. Ce n'est pas un tango de luxe, bien sûr, tout est minable.
Citation :
"Les autres leur firent de la place, tapèrent des mains, poussèrent des cris d'encouragement, même Schmidt ne put s'empêcher d'éclater de rire car le spectacle était irrésistible : Halics, qui avait au moins une tête de moins que sa partenaire, sautillait autour de la taille mouvante, trépidante de Mme Kraner, comme s'il cherchait à se débarrasser d'une guêpe coincée dans sa chemise." (pages 161-162).

Il faudrait parler aussi du docteur, un être reclus chez lui, qui note scrupuleusement tout ce qui se passe depuis sa fenêtre, il épie ses voisins, il a tout organisé scientifiquement, méthodiquement, pour ne rien perdre. Aucun détail ne doit lui échapper.
C'est un personnage assez incroyable, pathétiquement drôle.
Il faudrait citer nombre de phrases immenses, dont le style finit par se déglinguer :
Citation :
"[...] car elle avait de plus en pluspeur que Mme Schmidt soit mécontent d'elle alors elle lui hurlafurieuse que la vipère temorde elle s'assit pleura sur lerebord de la baignoire elle voyait toujours le gamin qui ricanait à la fenêtre Mme Schmidt étaitunoiseau [elle volait joyeusement sur la crête des nuages elle vit quelqu'unenbas lui faire un signe elle descendit et alors elle entendit lescris de Schmidt pourquoi la bouffe est pas prêtesalope descendstout de suite maisel lere pritesonenvol etpiailla d'ici demaintu crèveras pasdefaim ellesentit leso leillui brûler ledosschmidtétait soudainàcôté d'ellearrête tout de suitemais ellen' yprêtapasattention ellevola enra semotte [...]" (pages 217-218).
Parfois, le texte fait du surplace, à force de circonvolution, l'histoire reste, tourne sur elle-même.

C'est parfois lourd, ou du moins long. Le mouvement de l'histoire est étrange. On sent qu'il y a une construction pensée derrière tout cela, les chapitres vont de I à VI dans la première partie et de VI à I dans la deuxième, c'est le mouvement du tango.

Il y a des scènes surréalistes : fantôme ou revenant, araignées laborieuses... Quelques mises en abyme inattendues, aussi. Un discours interminable. Ca se bourre la gueule et le temps est long, il se dilate... Et il y a aussi des chapitres incroyables, comme celui des rédacteurs, ou encore le chapitre final.

C'est un roman à la pâte très épaisse - parfois trop, il y a comme des grumeaux, des longueurs, des scènes qui n'en finissent pas à force de circonvolutionner (c'est un premier roman), de se déglinguer, on s'invective dans le vide, comme des buveurs quasiment ivres morts qui bouclent dans leurs discours -, et en même temps le livre est vraiment original dans sa forme et certaines scènes, le style est souvent assez sidérant, et certains passages sont mémorables.
A déconseiller aux amateurs exclusifs d'histoires simples et claires et de style classique.

Pour finir, voici l'affiche du film de Béla Tarr :
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 27 Oct 2011 - 22:51

héhé. mais une pâte épaisse, un peu comme un classique non ?

il y a plein de grumeaux et de brume qui reviennent en relisant les citations.

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Arabella
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 27 Oct 2011 - 23:03

Je n'avais pas fait attention que c'était son premier. Cela explique peut être certaines petites imperfections. Je trouve La mélancolie de la résistance plus abouti et plus maîtrisé.

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tom léo
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Sam 18 Fév 2012 - 18:40

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par les chemins, à l'est par un cours d'eau

Originale : Északról hegy, Délről tó, Nyugatról utak, Keletről folyó (Hongrois, 2003)


D'abord un grand merci aux contributeurs de ce fil de m'avoir faire découvrir cet auteur. Même avec vos commentaires je ne voyais pas ce qui m'attendais concrètement, mais j'étais contaminé par votre enthousiasme. Et pour cause! Je le partage et je vais donc poursuivre la découverte de cet écrivain. J'ai commencé avec le titre mentionné, car je l'ai trouvé en occas :

Animal a déjà dit beaucoup ; donc juste encore quelques impressions de moi :
Donc 50 chapitres de 1 à 10 pages, en soi cohérents. Mais je dois avouer qu'au début je ne voyais pas toujours la suite logique ou mieux : chronologique. Superposition des temps racontés : des chapitres parlant par exemple de la construction de ce temple « il y a mille ans » ; d'autres – et la plupart – suivant les traces du petit enfant du prince de Genji, figure mythique du 11ième siècle (« premier » roman: http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dit_du_Genji ), dans sa recherche existentiel du beau dans la figure du jardin accompli. D'autres encore où on est quasimment dans l'intemporel : des descriptions splendides, d'une virtuosité ET fluidité de langue.

Le titre a l'air pompeux au premier abord, mais il désigne (voir un certain chapitre) tout simplement le meilleur emplacement pour la construction d'un monastère (bouddhiste). Et je me rappelais parallèlement à cela mes découvertes de certains lieux (monastères, villages, cimétières) en Corée. Il y a une place pour tout. Intégré dans une nature...

J'ai lu le texte dans sa version allemande, et j'étais sous le charme d'une traduction impressionante qui rendait une construction assez élaborée des phrases néanmoins dans une grande fluidité et lisibilité. Je n'étais pas étonné outre mésure quand dans cette édition j'ai trouvé une remarque élogieux de W.G.Sebald (que tant de nous apprécions, moi inclus!). Et en fait, la langue de Krasznahorkais a beaucoup en commun avec celle de l'auteur allemand.

Donc, précision des descriptions, mais au-delà cet aspect, ces objets, natures etc revêtent un caractère « animé ». Ils sont objets, mais aussi, pour nous, objets de méditation .

Ce n'est pas pour l'action spectaculaire qu'on va apprécier ce livre, mais pour goûter une langue splendide et une vue sur la nature, le monde qui a quelque chose de reposant, voir de contemplatif, mais qui nie pas non plus la part de transitoire, de finalité de l'homme dans ce monde.

Une vraie découverte ! A suivre...
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Sam 18 Fév 2012 - 20:56

Je n'ai pas encore lu celui-ci, je me réjouie d'avance de savoir qu'il m'attend....

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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Sam 18 Fév 2012 - 21:12

et moi j'apprécie beaucoup ce témoignage circonstancié qui apporte de précieux points de vues.

avec Josipovici, Krasznahorkai sont mes deux lectures un peu plus que marquante de l'année passée. Et c'est un peu plus qu'un contentement intellectuel si je puis dire, les deux m'ont donné quelque chose.

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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Mer 28 Nov 2012 - 0:02

Je garde le souvenir de contes métaphysiques de László Krasznahorkai que j'ai lu il y a bien 2, 3 ans. Entre autre il y avait l'histoire d'un gardien du Louvre qui était tombé sous le charme de la Vénus de Milo. Il ne faisait pas seulement son job au Louvre, les statues lui apportaient un plus à sa vie. Pourquoi cette nouvelle m'a-t-elle d'avantage touchée que les autres du même recueil ?
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Ven 14 Déc 2012 - 15:09

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau

Animal et Tom Léo ont déjà évoqué ce livre. J'ai été complètement sous le charme de ce texte, difficile à qualifier tellement il est original. La recherche du Jardin Caché. Impossible et incontournable. Conte, fable philosophique, poème, rêve éveillé mais pleinement lucide, ce texte est un peu tout cela. Avec grâce et légèreté. Tout en laissant une empreinte durable. Quelle étonnante maîtrise chez l'auteur pour créer un univers mental et métaphysique qui soit en même temps si sensible. Le réel et une sorte de modèle idéal en parallèle, une sorte de possibilité de toucher de près les ombres de la caverne platonicienne. Même s'ils ne se laissent pas saisir au final.

Un voyage au vrai sens du terme, un de ceux dont ne revient jamais véritablement.

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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 17 Jan 2013 - 22:34

Thésée universel

Vagabonde Éditions (21 avril 2011)

Un livre assez court, un peu moins d'une centaine de pages (mais pas toutes vides et d'une police de taille normale et néanmoins parfaitement lisible), dans lequel un homme donne des conférences. Enfin, on ne sait pas trop qui il est si ce n'est qu'il met les formes et prend les précautions nécessaires avant de s'exprimer. Son auditoire est lui aussi mystérieux, presque absent mais indispensable, un peu plus rassurant que les circonstances peu claires de ces conférences certes mais...

La tristesse, la révolte, la possession. A travers des précautions et de petites histoires marquantes pour l'homme qui parle, des souvenirs, des instants. Presque du pittoresque. Presque décousu. Les conclusions trop claires sont évitées, les objets trop clairs aussi. Reste que la parole a du souffle, à force de méandres la distance qui mène au bout n'en finit plus de s'allonger. Et il y a des mouvements brusques, bruts. On pourrait qualifier ça de terre à terre.

ça c'est ce qu'on vit à la lecture. Ensuite il y a ce qui apparait et s'échappe en même temps, un éventuel tableau de condition humaine, âpre mais accessible par la patine, l'usure et la richesse du détail. Petites gens, petites vies qui s'effacent dans la brume... changeante. Le mouvement de la langue, le mouvement de la pensée, le doute, l'autrement, le trait, la signification de la forme.

Faute de conclusions à croquer il aura fallu reconnaitre des principes se dissoudre entre un immédiat, triste, ou disons évitant trop d'optimisme, et une sorte de longue sagesse patiente. Dans les principes dissolus il y a des impressions de bien et de mal, un risque, un certain espoir de passer ou créer au delà. C'est assez plastique à dire de cette façon mais la réalité de cette écriture, et de ce livre qui vient avec, vit avec, si ça existe aussi ailleurs (avec des nuances différentes) ce n'est toujours pas vraiment anodin.

Et le talent de conteur pour trois fois rien qui fait un avec le talent d'écrivain.

Il y est aussi question d'"a-quoi-bonisme" !

Une petite lecture plus marquante, plus dérangeante (tout ce qui n'arrive ou ne se fait pas tout seul chez, avec, ce bonhomme !) qu'il n'y parait.

Je pourrai parier, tout de suite c'est facile, je ne l'ai fini que tout à l'heure.

Si ça devait être une première approche de l'auteur, il faudrait envisager de s'en méfier bien qu'on y retrouve ce qui fait qu'on y revient.



Et pour terminer, une interview à l'occasion de la sortie du livre : liberation.fr : «L’infinie beauté du monde extra-humain»

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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Dim 20 Jan 2013 - 22:11

petit extrait :

Citation :
La station centrale de Zoologischer Garten était une structure souterraine à plusieurs niveaux. Pour passer d'un niveau à un autre il fallait emprunter des escaliers menant à des passages et couloirs sombres et froids, et les mêmes passages et couloirs sombres et froids reliaient, à un même niveau, les deux quais qui desservaient les lignes en direction opposée, autrement dit, si quelqu'un arrivait, disons, ici, à la station de Zoologischer Garten, en venant de Ruhleben, et ne souhaitait pas poursuivre son trajet en direction de Kreuzberg, car il avait changé d'avis et désirait retourner à Ruhleben, il ne pouvait pas traverser à pied et passer simplement de l'autre côté, car les deux voies, celle en partance pour Kreuzberg et celle en provenance de Kreuzberg, étaient enfoncées dans une fosse, un gouffre, pas particulièrement profond mais d'un effet on ne peut plus dissuasif, si bien que notre homme, celui qui avait changé d'avis, était obligé de descendre, en empruntant un escalier sous les deux voies, de traverser un couloir sombre et froid sous le gouffre des deux voies jusqu'à un escalier qui le menait sur le quai d'en face, disons, dans notre cas précis, sur notre quai, où il pouvait repartir, si bon lui semblait, vers Ruhleben.
C'est donc dans cette structure ô combien complexe que nos policiers firent leur brusque apparition, en face de nous, de l'autre côté du gouffre.

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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Dim 20 Jan 2013 - 23:30

Tiens, donc, László Krasznahorkai parle du métro de Berlin !? Mais il l'a bien vu, ces couloirs souterrains sont souvent désagréables et incitent à changer d'avis, c.-à-d. à prendre plutôt le S-Bahn (métro aérien) ou tout simplement bus ou tram.
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MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Ven 13 Sep 2013 - 15:47


Tango de Satan


Je ne sais pas depuis combien de temps le Panda (?) m'a mis ce livre dans les mains. Je m'excuse bien de mettre parfois une décennie à lire certaines choses. Mais j'ai besoin de Moments. Et ce livre, à n'en pas douter, ne se lit pas n'importe où, n'importe quand, et n'importe comment.

Je rejoins complètement l'avis d'eXPie un petit peu plus haut.

Une écriture d'une densité incroyable, avec des phrases longues, qui digressent entre deux virgules, qui donnent une respiration tendue et glissante à la fois. Comme un corps trempé de pluie qui a des frissons électriques. Parce qu'on est trempés constamment dans ce livre. Krasznahorkai parvient incroyablement bien à décrire le petit village de Hongrie paumé, la boue, la pluie, le froid, le poêle dans le bar crasseux, les verres de palinka que les habitués s'enfilent les uns derrière les autres, les vitres embués derrière lesquels des yeux observent, le craquement du bois. Immergée complètement dans l'atmosphère, l'auteur donne une vraie vie palpable à ce livre.

Quelques bémols (je rejoins eXPie et Arabella) sur la longueur de certains passages, où il part dans des sortes de longues explications-descriptions, où il semble se faire plaisir avec des scènes, certes bien décrites, mais qui finissent par manquer d'originalité (des personnages de ratés aigris et enfermés dans leurs existences qu'on a déjà croisés des millions de fois, des séquences de paperasseries qui pourraient être tellement drôles si elles ne sentaient pas le réchauffé...).
Du coup, un léger ennui peut s'installer, mais pas longtemps (parce que ça colle dans l'écriture, ça garde, ça imprègne de l'ambiance, c'est poisseux à ne pas pouvoir s'en détacher) et parfois même, je me suis retrouvée perdue dans des phrases dont je ne voyais pas le bout, et ne comprenais pas le but.

N'empêche que Tango de Satan creuse dans le plus écœurant de l'humanité. Peu, très très peu, de moments où on respire gaiement, où la légèreté s'installe. Le seul personnage qu'on a envie de sauver, qui semble pur et doux, finit par massacrer un chat et mourir en quelques pages. Rien n'est à sauver dans ce livre, et surtout pas les hommes et les femmes.
Ils sont tous mauvais, menteurs, avares, envieux, cruels, égoïstes, opportunistes, mous, et crasseux.
Limite, je finissais par être contente de les voir foncer dans le mur.

Krasznahorkai arrive incroyablement à donner corps à ses personnages, et à ces lieux. Avec, en plus, une pointe de surréalisme, d'onirisme, qui surgit, et se mêle à un réalisme terre-à-terre qui finit par devenir une sorte de conte moral, voir d'un passage biblique.

Arabella m'a dit que les autres livres de l'auteur (celui-ci étant sont premiers) sont vraiment bien meilleurs, peut-être s'est-il débarrassé de ces quelques défauts qui donnent à penser qu'il a parfois consacré légèrement trop de temps à peaufiner ses phrases, son style, et s'est plu à s'étaler dans des idées qu'il sentait bonnes.

En tout cas, si je ne me précipiterais pas sur le prochain livre de Krasznahorkai (quelque chose fait que je sens que ce n'est pas "mon" univers), je suis très contente d'avoir découvert cet auteur.


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László Krasznahorkai [Hongrie]
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