Parfum de livres… parfum d’ailleurs

Littérature, forum littéraire : passion, imaginaire, partage et liberté. Ce forum livre l’émotion littéraire. Parlez d’écrivains, du plaisir livres, de littérature : romans, poèmes…ou d’arts…
 
AccueilRechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez | 
 

 László Krasznahorkai [Hongrie]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
AuteurMessage
HamsterKiller
Main aguerrie
avatar

Messages : 544
Inscription le : 25/10/2013
Age : 36
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Mer 15 Jan 2014 - 20:28

[bon gros pavé, je me suis un peu laissé emporté... Y'a pas vraiment de spoil mais ça parle des thèmes qui dans le livre se dévoilent davantage sur la fin]

Merci pour ce commentaire. J'ai eu plaisir à le lire. (un peu triste pour ton avis mitigé sur la fin, t'a baissé la note de 30% !   Mais bon, ton commentaire est  élogieux et intéressant alors je suis content quand même)

Tom Léo a écrit:

Une proximité linguistique autre entre ces deux langues pourrait influencer l'impression sur le style, la langue, la ponctuation?!

Maitrisant bon an mal an, (chaud, je suis pas du tout sur de l'écriture de cette expression d'ailleurs) la seule langue française, je ne conçois pas vraiment quel impact peut avoir l'effet de lire un roman dans une langue plutôt qu'une autre. Mais à mon avis, l'impact est surement loin d'être négligeable, vu qu'entre certaines traductions dans une même langue déjà , on peut avoir des écarts impliquant un ressenti de lecture différent.

Je me pose rarement cette question de la traduction. Mais avec Kraznahorkai, et ça tombe à pic (vu le thème du livre et ta remarque), j'ai ressenti que ses romans devaient être bien traduits. Pourtant je connais rien au hongrois, encore moins aux enjeux de la traduction (c'est dire...) --- quand j'étais à l'école, jusqu’à la fin des études même à peu près, pour moi apprendre une langue c'était rien.... Rien dans le sens qu'on n'apprend rien (parce que par contre c'est fastidieux ça c'est clair). On apprend juste à reformuler dans un autre codage de l'information, des notions que tout le monde partage... Du coup quel était l’intérêt je me le demandais bien, à part s’embêter a redire autrement ce que l'on sait déjà dire dans sa langue. Le seul avantage que je voyais était sur l'aspect de communication avec les autres  ou alors un outil de travail pour les historiens et traducteurs. Bien sur je n'avais pas encore senti le délicat rapport qu'il existe entre le langage, les sons, et la représentation que l'on peut avoir du monde --- Mais ce qui me fait dire que ses romans sont bien traduits malgré ma seule connaissance de ma langue maternelle, c'est la forte synergie que je trouve entre le style d'un côté et le propos de ses livres (et ce livre par ses thèmes encore plus particulièrement) d'un autre côté, qui fusionnent pour faire une 'oeuvre littéraire'. je me dis que ses livres n'auraient pu être écrit autrement et qu'ils sont donc bien les mots de l'auteur.

Citation :
Les actions de Korim, sa façon de raconter à tous ses histoires (s'ils le veulent ou pas, cela ne l'intéresse pas, c'est une vraie pipelette) est à la limite. Il continue à parler comme de rien était. Et cela devient franchement des fois incompréhensible pour ceux qu'il aborde. Pas étonnant si certains le jugent un peu comme « à côté ». D'accord : les meilleurs oreilles et peut-être la meilleure compréhension intuitive de cet homme bizarre ont les femmes ici ! Comme si souvent dans la vie.

J'suis pas trop fan de l'expression "Mise en abîme" que je trouve souvent employée à tort et à travers. Mais là je me la tente  rire . Le langage est une notion centrale de Guerre et Guerre et est mis en abîme donc. Sur la fin, c'est une évidence, avec l'évocation des tours de Babel, mais tout du long aussi. C'est assez paradoxal que ce Korim nous raconte le manuscrit !!! sa mission est de faire connaitre le manuscrit autour de lui. Mais non ! plutôt que de le lire, il en raconte des morceaux avec ses mots à lui aux personnes qui l'entourent... On peut comprendre que l'auteur, plutôt que de nous raconter l'histoire de Korim racontant le manuscrit autour de lui, nous raconte lui même, auteur, sa sensation du manuscrit. Et que cela passe par Korim, qui dans une sensation puissante, ('Comme une maison en flamme'), a compris le manuscrit. Il l'a compris sensationnellement mais on se rend compte qu'au final il semble patauger à nous le retranscrire... Mais pourtant non ! il n'a pas pataugé tant que cela, puisque lorsque nous lecteur nous refermons le livre, il est clair que nous avons une idée de ce que contenait le manuscrit. Plus qu'une idée même, une sensation mentale, 'sensation' c'est je pense la volonté de l'auteur par sa façon 'poétique' d'aborder le récit du manuscrit raconté par Korim.

Ce Korim m'a paru saugrenu au début à raconter ses histoires de manuscrit et le faisant passer pour moitié timbré, racontant même cela (sur la majeur partie du livre) à une femme qui ne le comprend même pas (elle parle à peine le Hongrois). Pourtant, un lien va s'établir entre eux deux. Un lien fort, où elle lui prendra sa main il me semble, cette main qu'auparavant, Korim avait mutilée d'une balle de revolver . Cet évènement là est décrit dans la venue d'Isaie (Est ce que tu l'as lu? Cela se passe avant l'action de guerre et guerre ou l'on voit déjà Korim parler un quelqu'un (Isaïe?) dont on ne sait s' il l'écoute ou pas). Je crois que Korim est un individu extrêmement seul. Pas seul physiquement, bien qu'au début du récit il semble errer solitaire, mais seul. Seul. On comprend qu'il avait une femme auparavant, un travail avec des collègues et tout  mais depuis la lecture du manuscrit il est seul. Seul dans sa maison en flamme qui plus est.

L'acte de Korim, qui a compris 'comme une maison en flamme', est de témoigner de sa sensation du manuscrit dans le verbe, pour la révéler aux autres.  Je vois cet acte comme une volonté de construction, une main qui se tend... Le manuscrit est une vision pessimiste, ce pessimisme de Kraznahorkai face à l'éternel retour des forces de destruction à l'oeuvre et la soumisssion des individus à leur attrait. Pessimisme d'autant plus sombre lorsque l'on perçoit l'éclat et la beauté du monde tel qui peut l'être parfois et qui transparaît dans l'évocation même du manuscrit.

Qu'en as tu pensé de son acte ? a- t-il réussi ? Je pense que dans l'histoire du roman, c'est un échec, recopier mot pour mot le manuscrit, le mettre sur internet.... On voit bien que personne n'y comprend rien à son manuscrit de toute façon. Cela ne se passe pas au niveau de la langue. Le langage à ses limites, je parle ici du langage comme outil de communication, langage de concept. On sait comment finira Korim. Mais pour le lecteur du livre, qui n'a pourtant fait que lire des mots au final, quelque chose peut se passer :

J'ai beaucoup aimé comment le lecteur devient finalement le seul confident réel de Korim. C'est au dessus des mots, au dessus des mots de l'auteur même, puisque l'auteur ne me connait pas. Je ne sais pas à quoi on pourrait comparer ce personnage de Korim, s' il  a un équivalent littéraire, religieux ou autre ? Mais je trouve qu'il a une grande portée. Il représente quelque chose de fort que je n'arrive pas trop à définir, mais qui me touche.

J'ai l'impression que j'y trouve des échos avec ce que j'ai pu ressentir dans Zarathoustra, sans pouvoir être clair la dessus. Sauf que là, ça ne se passe en moi, mais chez Korim. enfin c'est bizarre...  

(non je ne fume pas, (enfin je suis tout de même patché car je viens d’arrêter (avant hier) la cigarette cela dit, c'est rude   colere )))
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
tom léo
Sage de la littérature
avatar

Messages : 2698
Inscription le : 06/08/2008
Age : 54
Localisation : Bourgogne

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Mer 15 Jan 2014 - 22:07

Super commentaire, HamsterKiller qui vaudra la relecture de ma part et des réflexions supplémentaires. Tu m'éclaires là sur des aspects que je jugeais plus durement. J'avais parlé de la langue utilisé par l'auteur, de l'aspect "fluidité ou pas etc", mais tu ajoutes à très juste titre une dimension qui est inhérente au texte. Dans mon commentaire en français je n'avais pas traduit tout mon com allemand... J'y avais relevé aussi la tour de Babel. C'est vrai que vers le fin du livre cet image paraït à Korim lui-même comme une réponse! Aperçu comme tableau au milieu d'un mur de télévisions (nos langues et communications mal réussies aujourd'hui?!), le tour représente certes un oeuvre magnifique, mais est voué aussi à l'échec, va mener vers la confusion... Oui, c'est une des interprétations normales. En plus avec un Dieu comme auteur jaloux, ou méchant.

Pourtant, en ce qui me concerne, j'aimerais relever que l'histoire de la naissance des langues, ici évoquée, n'est pas seulement source de division d'impossibilité de communication, mais demandera, aujourd'hui encore, un effort de volonté pour comprendre l'autre. Aussi il y a caché la possibilité de la diversité comme cadeau, pas comme menace.

Je ne vais pas justifier les étapes pénibles, guerresques de l'histoire humaine, mais malgré les larmes, et à travers des immenses reculs, il y a une lente progression vers... autre chose. Dans la vision de Korim il y a solitude et magré la paisible apparence, pour moi au moins, une fin tragique.

Si tu continues comme ça je vais retourner vers plus d'étoiles?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
HamsterKiller
Main aguerrie
avatar

Messages : 544
Inscription le : 25/10/2013
Age : 36
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 16 Jan 2014 - 22:11


Tom léo a écrit:
Aussi – jeu d'hasard d'une proximité de lecture – la maîtrise rare de la langue me rappelait Ransmayr.

Tiens d'ailleurs faut vraiment que je pense à me prendre ce bouquin. Il m'avait interpellé lorsque il avait été évoqué dans je ne sais plus quel fil du forum. Je l'avais même demandé au libraire et il ne l'avait pas. Je vais le commander.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
kenavo
Zen Littéraire
avatar

Messages : 63291
Inscription le : 08/11/2007

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Ven 17 Jan 2014 - 7:28

HamsterKiller a écrit:
Il m'avait interpellé lorsque il avait été évoqué dans je ne sais plus quel fil du forum.
 conciliabule LC de Noël, et oui, faut pas hésiter pour lire ce livre coeur
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marko
Faune frénéclectique
avatar

Messages : 17930
Inscription le : 23/08/2008
Age : 49
Localisation : Lille

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 21 Aoû 2014 - 23:16

animal a écrit:

Au nord par une montagne. Au sud par un lac. À l’ouest par des chemins. À l’est par un cours d’eau.

On pourrait dire que László Krasznahorkai a écrit un passionnant système monde mais alors passionnant ne voudrait rien dire. Il le conte autant qu'il le dit et c'est identique. C'est une vision complète avec ses angles et ses horreurs, une vision avec la beauté et l'attention. Une sublime expression d'un écart esthétique, une perception de la pensée au sens le plus large. ce recul sur la beauté...


tom léo a écrit:

Donc, précision des descriptions, mais au-delà cet aspect, ces objets, natures etc revêtent un caractère « animé ». Ils sont objets, mais aussi, pour nous, objets de méditation .

Ce n'est pas pour l'action spectaculaire qu'on va apprécier ce livre, mais pour goûter une langue splendide et une vue sur la nature, le monde qui a quelque chose de reposant, voir de contemplatif, mais qui nie pas non plus la part de transitoire, de finalité de l'homme dans ce monde.

Arabella a écrit:

Conte, fable philosophique, poème, rêve éveillé mais pleinement lucide, ce texte est un peu tout cela. Avec grâce et légèreté. Tout en laissant une empreinte durable. Quelle étonnante maîtrise chez l'auteur pour créer un univers mental et métaphysique qui soit en même temps si sensible. Le réel et une sorte de modèle idéal en parallèle, une sorte de possibilité de toucher de près les ombres de la caverne platonicienne. Même s'ils ne se laissent pas saisir au final.

Un voyage au vrai sens du terme, un de ceux dont ne revient jamais véritablement.

eXPie a écrit:

Le lecteur, à condition que les longues phrases enveloppantes ne lui fassent pas peur (mais les chapitres sont courts et les pages aérées, le texte passe donc très bien), sera plongé dans un monde en suspension - silence, lieux désertés de présence humaine, étrangeté de l'atmosphère... une sorte de parenthèse hors du temps - et suivra la quête du petit-fils du Prince Genji à la recherche d'un mystérieux "jardin caché". Existe-t-il vraiment ?
Un livre vraiment très beau, mystérieux, souvent fascinant, aux images marquantes.



Comme il est difficile de parler d'un livre aussi labyrinthique et mystérieux dans ses énigmes, ses échos et son intertextualité borgésienne qui fonctionnent comme autant de leurres, en même temps qu'il est d'une lumineuse beauté et d'une construction rigoureuse implacable qui enferme autant qu'elle ouvre un espace de rêverie et de poésie. Un roman gigogne qui semble épouser des codes familiers d'une certaine littérature orientale mais introduit des artéfacts narratifs qui lui donnent une dimension presque ironique et distanciée, abstraite, morale autant qu'esthétique. Conte philosophique et métaphysique. "Univers mental" comme le dit justement Arabella.

Il y a plusieurs énigmes qui se superposent. L'absence du chapitre I, le début et la fin qui suggèrent l'imminence d'une catastrophe ("un train qui ne roulait pas sur des rails mais sur le fil d'une terrifiante lame"... et qui rejoint finalement la ville de Kyôto "où un drame venait d'arriver"), la quête de ce jardin parfait que le héros ne verra pas mais qui existe bien aux yeux du lecteur, la référence à un mystérieux incendie criminel ramenant directement au "Pavillon d'or" de Mishima qui semble une clé importante du récit, un Bouddha qui détourne le regard, des animaux qui subissent une sorte de malédiction, des rituels ancestraux d'une grande rigueur qui nous plongent jusque dans les strates géologiques de la terre, l'immortalité et l'éphémère qui coexistent (une tempête qui menace puis disparaît comme cet oiseau dans l'azur), treize poissons d'or cloués sur la façade d'une cabane...

La lecture de ce roman hors norme procure une fascination plastique grandissante, échappe à la raison, envoûte par ce rapport entre l'ordre précis et méticuleux avec lequel le monastère est édifié à partir de la nature et l'incapacité du héros à accomplir sa quête.



Le sentiment d'être devant un récit métaphorique sur le mystère de l'existence et l'impossibilité de voir l'essentiel autrement que par la littérature. Le jardin parfait existe bien dans toute sa modestie dans l'ouvrage sur les cent jardins lu par le petit-fils de Genji comme par le lecteur de Krasznahorkai.

Il faudrait le relire plusieurs fois pour mieux percevoir la toile d'araignée qui est tissée. Pour l'heure bien des choses m'échappent et ce n'est finalement pas très grave. On est devant un objet artistique qui a une forme de perfection qui subjugue et ses mystères inaccessibles n'en sont que plus beaux. La raison ne peut tout embrasser mais Krasznahorkai nous a fait vibrer au rythme des forces telluriques et de la relativité du temps, des rituels ancestraux et de la perfection qui nous entoure mais que nous cherchons sans la voir car elle est plus simple et modeste que nous la rêvons.



Mais ici la beauté, dans sa simplicité ultime, avait été rêvée pour qu'il y ait tout, et rien à la fois, pour que les choses et les processus dont l'existence se déroulait à une vitesse effrayante et insaisissable, prisonniers de leur contrainte d'apparition et de disparition, recèlent malgré tout une forme de splendide permanence, aussi profonde que l'impuissance des mots devant un paysage d'une beauté inaccessible et inintelligible, telle que la succession des myriades de vagues dans l'immensité de l'océan, telle que la cour d'un monastère, une cour où, dans le calme de la surface régulière tapissée de graviers blancs minutieusement ratissés, une paire d'yeux terrorisés, un regard tombé dans la démence, un cerveau délabré pouvaient trouver le repos, et voir une pensée au contenu archaïque, perdue dans les ténèbres, renaître tout à coup, tout à coup apparaître: il n'y a pas de détails, seul existe le tout.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).


Dernière édition par Marko le Jeu 21 Aoû 2014 - 23:39, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
coline
Parfum livresque
avatar

Messages : 29369
Inscription le : 01/02/2007
Localisation : Moulins- Nord Auvergne

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 21 Aoû 2014 - 23:36

Vos commentaires de ce livre sont vraiment intrigants... content 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marko
Faune frénéclectique
avatar

Messages : 17930
Inscription le : 23/08/2008
Age : 49
Localisation : Lille

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 21 Aoû 2014 - 23:37

coline a écrit:
Vos commentaires de ce livre sont vraiment intrigants... content 
Ce texte est étrange mais d'une grande beauté. Tu devrais adorer, Coline.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marko
Faune frénéclectique
avatar

Messages : 17930
Inscription le : 23/08/2008
Age : 49
Localisation : Lille

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Ven 22 Aoû 2014 - 19:23

Sur ce coup-là j'aimerais bien avoir quelques lueurs et décryptages de Sigismond et d'Hamsterkiller (et de tous les parfumés susceptibles de le lire)...

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
HamsterKiller
Main aguerrie
avatar

Messages : 544
Inscription le : 25/10/2013
Age : 36
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Sam 23 Aoû 2014 - 15:43

Marko a écrit:
Sur ce coup-là j'aimerais bien avoir quelques lueurs et décryptages de Sigismond et d'Hamsterkiller (et de tous les parfumés susceptibles de le lire)...

Beau commentaire illustré !  bounce 
Content que cela t'ai plus Marko. Je pensais bien que ça te plairais en fait. J'ai beaucoup aimé le livre, par ses images (le chien qui vient mourrir à l'ombre d'un buisson, les poisssons d'or qui vibrent au mur, la déambulation dans le sanctuaire, quasi désincarné, sans personnage autre que ce petit fils du prince genji, anachronique, surréaliste). Ce qui m'avait happé c'est l'étrangeté qu'il se dégage du texte. De ressentir comment sont réunit, le neant et le tout, l'instant et l'écoulement d'un temps, la beauté et le pressentiment d'un malheur. Et comment cela justifie l'insaisissable, c'est à dire la tranquillité et le merveilleux du plus beau des jardins, qui est caché là pour une raison ignorée de tous.

Le pressentiment de la catastrophe imminente qui se cache derrière la beauté et la tranquillité du monde décrit dans le livre m'avait pour une raison que je ne saisie pas vraiment beaucoup parlé. Je me souviens dans la nuit après l'avoir fini en avoir rêvé : Un espèce de grondement sourd et total, entre le bleue du ciel et le vert des arbres.

J'aime aussi la critique de la raison qui y est fait, sur le passage avec Cantor et l'infinie.

Pour avoir lu quelque truc sur l'auteur. Il me semble que son oeuvre gravite en particulier autour de la tristesse (bien loin des préoccupation de la raison et de l'infinie, en tout cas pour cette tristesse là dont il est question). Comment dans la beauté du monde, de la vie, il y a une tristesse qui se révèle. Car quelquechose est déréglé, qu'on a autrefois qualifier de "mal", mais qui en fait fait partie intégrante de cette beauté (Le dernier chapitre sur la décomposition d'un corps dans la mélancolie de la résistance, décrit de façon tres technique, Moléculaire, chimique est une version moderne de la charogne de Baudelaire). Enfin je le ressent comme ça. La mélancolie de la résistance et le tango de satan sont tres sombres et boueux. Dans "Au nord" c'est par la beauté que Kraznahorkai semble nous prévenir. Guerre et guerre peut être est a mis chemin et je trouve qu'il permet de relié ces deux extremes, Le monde boueux de trahison et de fourberie du tango et de la mélancolie et ce texte esthétique de Au nord.

Marko a écrit:
Le sentiment d'être devant un récit métaphorique sur le mystère de l'existence et l'impossibilité de voir l'essentiel autrement que par la littérature

et il ya a en effet quelquechose de fortement connecté avec la fiction, la littérature. Je n'y avait pas trop fait attention dans "Au nord" mais cela devient évident dans Guerre et guerre.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marko
Faune frénéclectique
avatar

Messages : 17930
Inscription le : 23/08/2008
Age : 49
Localisation : Lille

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 4 Sep 2014 - 0:17

HamsterKiller a écrit:

Le pressentiment de la catastrophe imminente qui se cache derrière la beauté et la tranquillité du monde décrit dans le livre m'avait pour une raison que je ne saisie pas vraiment beaucoup parlé. Je me souviens dans la nuit après l'avoir fini en avoir rêvé : Un espèce de grondement sourd et total, entre le bleue du ciel et le vert des arbres.
ça me paraît très juste et c'est ce qui fait écho pour moi à Mishima.


J'ai découvert par hasard que Krasznahorkai avait écrit des textes sur des illustrations de Max Neumann. Je serais curieux de découvrir ça...



Citation :
Animalinside
László Krasznahorkai & Max Neumann

This cahier is the result of a collaboration undertaken specially for The Cahiers Series, between Hungarian novelist László Krasznahorkai and German painter Max Neumann. Krasznahorkai, author of The Melancholy of Resistance and War & War, responds with 14 texts to 14 depictions of a strange and ill-formed creature made by the renowned German painter Max Neumann. The texts speak from within the head of Neumann’s creature that seems to be menacing existence itself. The cahier is prefaced by novelist Colm Tóibín.






_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
HamsterKiller
Main aguerrie
avatar

Messages : 544
Inscription le : 25/10/2013
Age : 36
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 4 Sep 2014 - 12:58

Oui. Je crois que ça a été traduit il y a peu en anglais. Peut être le prochain de Kraznahorkai qui sera traduit en France. pas trop de nouvelle de ce coté là pour l'instant (je fais de la veille régulièrement sur le sujet sourire ).

Je vais ratrucher le forum pour voir où est ce que l'on parle de Mishima. Je ne connais pas.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marko
Faune frénéclectique
avatar

Messages : 17930
Inscription le : 23/08/2008
Age : 49
Localisation : Lille

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Jeu 4 Sep 2014 - 13:15

HamsterKiller a écrit:
Je vais ratrucher le forum pour voir où est ce que l'on parle de Mishima. Je ne connais pas.
Le roman de Krasznahorkai fait écho au Pavillon d'or de Mishima. Par des allusions (la fameuse catastrophe annoncée qui est l'incendie du pavillon d'or) et des correspondances thématiques. Je serais curieux de savoir si Krasznahorkai l'a évoqué ici ou là dans des interviews. J'aurais du mal à expliquer les analogies que j'y retrouve mais en le lisant j'avais le roman de Mishima en tête. Et pas seulement à cause de cette histoire de pavillon d'or. Je suis convaincu qu'il y a quelque chose à décrypter dans cette direction. Il y avait d'ailleurs une autre menace qui hantait le roman de Mishima, celle des bombardements américains. Je pense que le livre de Krasznahorkai est un jeu intertextuel avec d'autres ouvrages un peu comme chez Borges. C'est en tout cas magnifique.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
animal
Tête de Peluche
avatar

Messages : 31549
Inscription le : 12/05/2007
Age : 37
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Lun 6 Oct 2014 - 21:07

La mélancolie de la résistance

Hum hum, pas si facile pour ce qui est un solide morceau. Je pense que je n'étais pas dans le bon rythme de lecture sur une grosse première moitié du bouquin (je pense qu'il faut pouvoir lire 15-20 pages à la suite minimum) et j'ai moins accroché qu'à Tango de Satan.


Il faut imaginer une petite ville, qu'on situe, contemporaine, dans une campagne hongroise. Machines à laver, télévision, interphone, le temps existe quoique le rapport à celui-ci soit à envisager différemment, quoique. On suit au fil de développements minutieux une poignée de personnages et surtout, d'un point de vue "légèrement extérieur" le fil et l'obsession de leurs pensées. Ils ne sont pas sans liens entre eux ces personnages.

Et dans le froid glacial et sec qui sévit depuis trop longtemps sur la ville il y a un mauvais pressentiment. Et on ne gâche pas grand chose à dire que oui, le mauvais pressentiment se concrétise. La portée du mal c'est autre chose. Jusqu'à la fin qui mérite une réflexion sur le temps et la dégénérescence proposée.

Et cette fin concrétise aussi tout ce qui arrive au lecteur au fil des pages, l'équilibre de l'attrait et de la répulsion pour ce qui est fait des aspirations divergentes de ces personnages, pathétiques mais attachants à leurs manières, maladroits. Pas forcément "gentils" mais pris dans quelque chose qui les dépasse.

Je ne sais pas comment résumer l'impression finale, incertaine aussi au bon sens du terme, des solitudes qui se perdent et luttent avec leurs personnalités, leurs instincts plus que par leurs intelligences ou ..., le gâchis, l'erreur individuelle et collective, plus que le gâchis, un égarement qui fait peur, potentiellement violent, une "conséquence collective inévitable".

Les arrêtes froides et tranchantes du textes sont comme des aspérités un rien dérangeantes mais qu'on ne peut s'empêcher d'explorer du bout des doigts, une sensation pas désagréable comme elle devrait l'être. Ou une démangeaison à gratter.

Et les écarts de langage qui n'ont plus l'air ni couleur locale ni vulgaires. Ironie et isolement, forme de fantasme obscur du pire et de cauchemar familier.

Se souvenir de l'étrangeté et de l'ampleur du mal. En fait on pourrait jouer à analyser avec acharnement les événements et les personnages jusqu'à la ressemblance mais ce serait au risque de perdre l'égalité de l'ensemble, qui n'est pas sans ajouter au mauvais rêve, et qui deviendrait un possible échappatoire au trouble entretenu entre l'individuel et le collectif.

C'est noir, pas loin d'être désespérant, reste la pointe d'humour, le souffle et le fait qu'on ne peut pas trouver ça ni mesquin ni "facile".

L'autre problème qu'on pourrait traduire en "problème de la ville ravagée" ne manquera pas non plus de sitôt d'actualité, forcément l'imagination des tentatives d'y survivre non plus, chaque personnage risque alors de continuer de parler à son lecteur, compatissant malgré lui, et quoi qu'il advienne.

La fin, dernières pages voire lignes, à assez de mordant pour faire croire à une nouvelle de 400 pages et fait plus que la pirouette de circonstances tellement Mme Pfaum, Mr et Mme Eszter, Valuska et les autres, directeur de cirque, ou type sans nom en manteau de drap gris sont différents, s'ils ne cessent de s'acharner.

L'impression d'en avoir manquer une partie mais la rédaction de cette obscur commentaire me rappelle vivement les qualités du livre (qui donneraient une certaine envie de relire ceux déjà lus, angles de lectures potentiellement décalés ou précisés).

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
HamsterKiller
Main aguerrie
avatar

Messages : 544
Inscription le : 25/10/2013
Age : 36
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Lun 6 Oct 2014 - 23:10

En complément aussi, tu pourras voir le film de Bela Tarr "Les harmonies Werkmeister". Il est intéressant de voir comment le livre est librement adapté du film avec pourtant Kraznahorkai comme de coutume au scénario. En fait le premier chapitre est eclipsé, ainsi que le dernier (La description scientifique de....). Madame pfaum disparait également.

Et puis cette scène (la première du film) qui m'avait scotché, où les "ivrognes" sont mis en scène dans un ballet planétaire organisé par "l'idiot" Valuska. C'est chouette  Very Happy (ça me donne trop envie de faire le soleil avec les doigts comme le gars !)

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
animal
Tête de Peluche
avatar

Messages : 31549
Inscription le : 12/05/2007
Age : 37
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   Mar 7 Oct 2014 - 7:16

c'est pas mal de faire le soleil avec ses doigts mais je préfère la version du bouquin.

j'ai quand même très envie de finir par regarder le film (qui m'attend sagement depuis des lustres).

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: László Krasznahorkai [Hongrie]   

Revenir en haut Aller en bas
 
László Krasznahorkai [Hongrie]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 5 sur 6Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
 Sujets similaires
-
» Viktor Orban et la Hongrie
» Hongrie
» Hongrie, la catastrophe écologique menace la faune et la flore du Danube.
» Un cas sectoriel de fusion à suivre
» École Steiner

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres… parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Littérature russe, d'Europe centrale et orientale (par auteur ou fils spécifiques)-
Sauter vers: