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 Philippe de la Genardière

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shanidar
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MessageSujet: Philippe de la Genardière   Mar 7 Juin 2011 - 17:54



Philippe de la Genardière est né en 1949 à Salon de Provence.

Il a effectué un séjour de deux ans (1975-1976) en Iran, où il était lecteur de français.

A son retour, il travaille dans l'édition et écrit pour diverses revues dont La Quinzaine Littéraire.

De 84 à 86, il est pensionnaire à la Villa Médicis.

Il a publié une douzaine de romans (Flammarion et Actes Sud) dont Morbidezza, Gazo, Simples mortels ou encore L'Année de l'éclipse.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Philippe de la Genardière   Mar 7 Juin 2011 - 18:18


Morbidezza

Ecrit à la deuxième personne du singulier, ce curieux roman oscille entre confession et délire, obsession et dérive. Ignace Capel, le narrateur, était professeur de philosophie jusqu'à ce qu'une crise d'épilepsie le propulse hors de la vie quotidienne. Sa personnalité se fragmente en plusieurs morceaux et se retrouve hantée par trois personnages qui ne sont rien moins que le Christ, Friedrich Nietzsche et Carlo Gesualdo. Ignace a été élevé en bon chrétien et croit en Dieu jusqu'au jour où la révélation nitzschéenne de la mort de Dieu lui parvient et détruit tout ce en quoi il a foi (de quoi perturber un être dont on devine vite la fragilité, les névroses, voire les impossibilités). Il endosse également la vie de Gesualdo, un musicien écrivant des madrigaux qui assassina sa femme et son amant en 1590.

Le livre se déploie autour d'axes figés comme des repères : la Ville (Paris) dans laquelle le narrateur passe ses nuits à marcher, les églises dans lesquelles il entraîne Franca pour y commettre quelques jeux sexuels pas trop pervers, l'asile où Ignace finit par échouer et dont il s'échappera pour... aller brûler Beaubourg.

Délirant, psychotique, schizophrène, le narrateur passe son temps à se parler, se questionner et se mettre en scène. Les répétitions sont parfois un peu assommantes, le contexte brutal de cette folie dans laquelle le narrateur se noie est palpable, burlesque, parfois troublant. Mais le texte ne va pas assez loin. Annoncé comme blasphématoire, il touche à peine aux portes sacrées qu'un Louis-Combet enfonce régulièrement, le style lui-même est trop léger en comparaison d'un Guyotat. C'est dommage car les trois fantômes qui peuplent l'esprit d'Ignace possèdent une vraie présence, une possible complicité, des liens particuliers qui rendent le propos saugrenu et vivant, intéressant même.

extrait :

C'est de là que date l'heure de la bière, dans un verre. Tu as cherché des mers, dans la bière, et des hommes qui marchaient sur les mers, au fond d'un verre. Tu as cherché ton Dieu dans le fond des mers, noires, tu l'as vu poser ses pieds sur la mer de bière, dans ton verre tu as repêché l'amour qui s'était brisé avec ton rêve. C'est de là que date l'heure de la bière, miraculeuse, c'est dans ces heures que tu rebâtis le monde au pied d'une croix. Parfois la bière te laisse un goût amer, tu te méfies des hommes soudain, c'est qu'il fait chaud dans les brasseries, la nuit est trompeuse. C'est après les femmes qu'ils pleurent dans leurs songes, ivres, ce n'est pas ton Dieu qu'ils attendent, pas l'amour, mais la chair, grasse, et les sexes chauds. C'est là qu'ils veulent plonger, comme dans la bière, et nager, il faut t'y faire, ton Dieu n'est pas dans leurs rêves, il n'y a que dans ton verre qu'on a repêché un noyé.

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Marko
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MessageSujet: Re: Philippe de la Genardière   Mar 7 Juin 2011 - 19:21

Donc il vaut mieux lire Pierre Guyotat et Claude Louis-Combet... Dommage, le résumé donnait plutôt envie.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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shanidar
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MessageSujet: Re: Philippe de la Genardière   Mer 8 Juin 2011 - 9:50

Ce n'est pas mauvais, mais le livre manque un peu de mordant et devient vite redondant (en raison du recours au 'tu'), mais il se lit vite et certains passages valent la peine (en particulier ceux qui évoquent la figure de Gesualdo).

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Marko
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MessageSujet: Re: Philippe de la Genardière   Mer 8 Juin 2011 - 11:42

shanidar a écrit:
Ce n'est pas mauvais, mais le livre manque un peu de mordant et devient vite redondant (en raison du recours au 'tu'), mais il se lit vite et certains passages valent la peine (en particulier ceux qui évoquent la figure de Gesualdo).

Je ne savais pas que Gesualdo avait assassiné sa femme!

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shanidar
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MessageSujet: Re: Philippe de la Genardière   Mer 8 Juin 2011 - 12:38

La première mais pas la seconde. Philippe de la Genardière met également en scène les pratiques de flagellation du musicien, sans aucune malveillance ou jugement son narrateur semble fasciné et désireux de reproduire ces actions sur lui-même (les comparant à la mutilation du Christ sur la croix par un soldat romain), il se laisse enfermer dans des églises pour que la femme qu'il aime le fouette. Ce qui est bien fait, c'est que le récit n'est pas du tout sordide ou pornographique mais reste onirique. Seul le psy s'inquiète de l'état mental de son patient lorsque celui-ci annonce qu'il a tué Franca comme Gesualdo a tué son épouse ! Le jeu de dédoublement de personnalité est très réussi mais il aurait mérité encore plus d'ampleur (un peu moins de nombrilisme ?)...

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animal
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MessageSujet: Re: Philippe de la Genardière   Mer 8 Juin 2011 - 21:43

a propos de Gesualdo, ça me fait penser : clic

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Marko
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MessageSujet: Re: Philippe de la Genardière   Mer 8 Juin 2011 - 23:22

animal a écrit:
a propos de Gesualdo, ça me fait penser : clic

J'aime ces réseaux de correspondances Very Happy

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