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 Chloé Delaume

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coline
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeMer 13 Fév 2008 - 13:52

Queenie..tu sais vraiment bien en parler de ta Chloé Delaume...content

Est-ce que tu es allée entendre sa lecture finalement? Tu ne nous as pas raconté!
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeJeu 14 Fév 2008 - 0:38

coline a écrit:
Queenie..tu sais vraiment bien en parler de ta Chloé Delaume...content

Est-ce que tu es allée entendre sa lecture finalement? Tu ne nous as pas raconté!
oui bien sûr !
c'était tout comme je me l'imaginais : léger, tendre, espiègle, et avec une profondeur qui surgit des mots sans qu'on s'en rende compte. Au détour d'une ligne le texte prend soudain de l'ampleur.
Elle a une voix très agréable, douce, un peu mutine, un poil sérieuse. Et elle a su nous communiquer son plaisir de lire, elle a réellement partager ce moment avec nous, et nous a fait participer (bon vu que c'est un livre sous la forme "dont vous êtes le héros" la participation allait de soi, mais bon quand même.)

J'ai même pris mon courage et suis allée lui causer quelques minutes. Elle est super abordable, et a un positionnement artistique super intéressant (le fait de ne pas vouloir se cantonner à l'écriture toute seule dans sa tour d'ivoire, de vouloir partager, trouver de nouveaux supports...etc)

très sympa, souriante, calme.

Parfait. j'ai même eu droit à un petit mot dans mon livre la vanité des somnambules : c'est le premier de ma vie. sourire

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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeJeu 14 Fév 2008 - 0:56

Et tu voulais garder tout ça pour toi cachottière!...content

Je suis très heureuse qu'elle ne t'ait pas déçue...Bien au contraire semble-t-il...content
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeDim 17 Fév 2008 - 3:53

coline a écrit:
Et tu voulais garder tout ça pour toi cachottière!...content

Je suis très heureuse qu'elle ne t'ait pas déçue...Bien au contraire semble-t-il...content

bien au contraire en effet.. heureusement, sinon je crois que j'aurais été un peu troublée si je l'avais trouvée trop antipathique.

Allez un autre extrait de la vanité des somnambules :
Quand la Fiction s'insinue :

Citation :
Je les ai donc sentis. Un par un. Se dérober. Un. Par. Un. S'emplir d'eau de virtuel la fiction progressant par à-coups liquoreux. Clairement se définit cette perception spongieuse affamée au trop-plein. Chaque composant gorgé donation voisinage immédiat. Maladie Sinueusement. Tranversale. Envahissement rigoles ricochetté caniveau.

et parce qu'il n'y pas de mal à se faire du bien, encore un :

Citation :
Tu as recommencé. Un mois durant. Trente nuits. Je reprenais conscience dans des lieux si hostiles des endroits liés au toi passé olivertiste à l'histoire de tes plaies mais je n'ai pas cédé. Je ne cède pas. Jamais. Je m'appelle Chloé Delaume j'ai la sournoiserie du roseau je ne crains pas les joueurs de flûte. Tu m'as prise en otage. Souriant à chaque réveil devant mon hébétude je serai pour la vie ta petite chairie. Et les paupières décloses je questionnais en vain les circuits intérieurs qui parle de quoi à qui. De quoi à qui pourquoi où ça oui où.

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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeDim 20 Avr 2008 - 3:05

Je reçois une grande claque littéraire avec Le cri du sablier...
J'ai failli abandonner après savoir lu les premières pages auxquelles je ne comprenais rien et puis je suis rentrée dedans...époustouflée!...
Je pense à des vers de théâtre classique, à de la poésie...et en même temps cela ne ressemble à rien de déjà connu...Incroyable et puissant!
Merci Queenie de m'avoir permis de la découvrir...
Je "digère" et reviens en dire un peu plus... Wink
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeDim 20 Avr 2008 - 15:28

LE CRI DU SABLIER

Lire Le cri du sablier quand, au fond, on ne sait pas grand-chose de Chloé Delaume et de sa démarche littéraire, est une expérience !
Je l’ai faite et j’y ai été incitée par l’enthousiasme de Queenie…Je ne le regrette pas…et même l’en remercie…

A lire les premières pages, j’ai bien failli renoncer pourtant…Comme c’eût été dommage !
Il faut dire qu’elles sont parfaitement hermétiques…ou plutôt qu’elles demandent une exigence d’attention et d’ouverture énormes de la part du lecteur…Quelle complexité ! Est-ce bien nécessaire ? se demande-t-on.
« Mais la littérature n'est pas faite pour être " divertissante. » dit Chloé Delaume.

On pense tout d’abord qu’il ne va s’agir que d’un exercice de style, limite prise de tête…Et puis…Et puis s’installe peu à peu un presque confort inattendu de lecture…Un intérêt, voire un émerveillement devant les trouvailles stylistiques ou lexicales…

Tiens…que se passe-t-il ?...Je me suis mise inconsciemment à lire à voix haute ?...Et me voilà emportée avec un plaisir certain par cette langue-là qui ne ressemble à aucune autre…et qui pourtant m’amène des réminiscences littéraires bien connues…C’est du rythme et des rimes…On dirait du classique…poésie et théâtre…rien de moins que des alexandrins accommodés pour une langue d’aujourd’hui !…C’est inventif et réussi…C’est parfois même étourdissant…

« Parfois les mots pour les mots. Certains mots ne sont là que pour des raisons de musicalité et de connotation sonore. Je n'ai pas peur du vol d'Icare à la Queneau. Les mots ont pour moi une certaine autonomie. »
(Chloé Delaume)

« Une manière de dire que les faits sont secondaires par rapport à la langue, que la seule chose qui existe vraiment, c'est le Verbe et que même une intrigue qui tiendrait en trois lignes, qui serait très trash, utiliserait le " je ", et s'inscrirait dans l'autofiction, on peut en faire quelque chose d'autre, Le Cri du Sablier est une tentative, une expérimentation, rien de plus. »
(Chloé Delaume)

Mais Le cri du sablier ne fut pas que cela pour moi…sinon quelques pages de ce langage jubilatoire à lire m’auraient suffi…vite lassée sans doute…

J’hésite à vous poster les premières pages de crainte qu’elles vous découragent comme elles ont failli me décourager…Mais peut-être que, maintenant avertis, elles sauront vous enthousiasmer ou tout au moins vous interpeller…
Alors je le fais :

« Les hommes nombreux forcèrent la porte. Réfugiée au-dedans je ne pouvais qu'entendre. A l'hôpital dit l'un trop tard notèrent les autres. Leurs semelles dans les flaques ils investirent le crime. Se gorgèrent du réel avec satisfaction. Ils aspiraient chaque goutte pour se forcer à croire pour se forcer à dire j'y étais sans la peur sans le dégoût sans choc sans envier la crécelle de l'enfant moite d'A+. Ils salivaient chaque touffe de cervelle enchevelée pour se forcer à croire pour se forcer à dire je suis venu pour vaincre et non pour regarder. Par dessus la croûte fine de maman sur ma robe s'étala contiguë la mélassonne pitié le jus du parvenu la déjection des pleutres qui jalousent en geignant le clinamen aride qui s'abat sur tous ceux ornant les faits divers. L'un d'entre eux au salon saisit le téléphone. Chérie je rentrerai tard, fais-les dîner sans moi. Non les côtelettes je les ferai griller demain dans le jardin. Mais oui le temps sera clément, nous avons eu un magnifique mois de juin.

Ce n'est pas un spectacle pour les enfants. Conclurent-ils de concert le choeur sut s'accrocher. Dans la cage d'escalier la ribambelle noircie. La concierge coryphait le kleenex à la main. Vacillante aux cothurnes le vernis fut brossé. A la montée des marches le silence s'imposa dans la crémeuse tension qui suit l'extrème-onction. La voisine du dessus m'exposa dans sa chambre. Arrangea les coussins et alla faire du thé. Tasse chinoise un par un ils entrèrent dans la pièce. Commentèrent l'orpheline étonnant spécimen. Dodelinant pauvre femme en scrutant au carreau la civière débordante. Puis revenaient à moi pour bien palper le mal. S'approprier une bribe de douleur indédite. Comme la sainte biblique violée par les soldats qui creva au matin l'utérus gangrené, sur le matelas percale ils écartèrent chaque pli fouillant au plus profond pour y gicler bien fort leur fructose compassion. La moiteur et l'Earl Grey embuaient jusqu'au sommier. Une feinte lacrymale s'écrasa sur mon coude. Brûlure vive étrangère souillure de l'inconnu. La source n'y pris pas garde. Elle la croyait offrande cette saloperie de larme cet immondice salin qui s'infiltra aux pores laissant une ecchymose au rond du cartilage. Autour de mon estrade j'entendais rire les gnomes applaudir au grand cirque farandolant l'entrée le chant des partisans you are now one of us tu monnaieras haut prix ta monstruosité. Mon diamètre occulaire s'agrandit à jamais. Mon diadème dilettante s'accrocha au filet. La coiffe est impavide le chignon retroussé. Le commissaire entra. Dissipa les badauds. Sur le siège moleskine de la Renault flicaille la fenêtre entrouverte laissait tomber goutelettes car le temps se couvrait. Le gris inopportun du trente à dix-neuf heures. L'espoir restait intact commenta la radio : nous avons eu un magnifique mois de juin. »


« Je pense qu'on peut appeler ça du roman expérimental, même si le terme peut paraître ronflant ou suranné. Il y a bien une trame romanesque mais dans sa forme et son agencement je fais des tentatives de laboratoire. Il ne s'agit pas pour moi d'imposer quelque style que ce soit, ce sont des propositions. De même la notion d'autofiction est indéniable mais ce n'est pas le contenu du récit qui importe, c'est la manière dont il est rapporté. La ré-appropriation de l'expérience par le verbe et l'expérimentation parallèle du verbe. »
(Chloé Delaume)

« Le lecteur ne peut effectivement pas tout voir, mais ça ne l'empêche pas d'entendre. Je suis parfaitement consciente qu'on peut taxer mon travail de précieux ou d'hermétique, que pour rentrer dans le texte une certaine attention est nécessaire, ce qui rebute souvent. Surtout que mon travail ne s'inscrit pas vraiment dans les courants à la mode, où comme le disait un magazine dont je tairais le nom par mansuétude "l'important n'est pas de bien écrire". En m'attachant au verbe davantage qu'à l'histoire je sais très bien que je ne peux être suivie par une grande partie du lectorat. Si c'est leur credo, c'est plutôt rassurant de ne pas leur convenir. La lecture constitue elle aussi une expérience en soi : la reconstruction du sens passe par une errance première et un apprivoisement progressif. En tant que lectrice j'aime beaucoup chercher les clefs de lecture. Ça a un côté Castors Juniors.
(Chloé Delaume)
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeDim 20 Avr 2008 - 15:31

LE CRI DU SABLIER

Alors qu’y a-t-il de plus que le style dans Le cri du sablier ?

« Mon synopsis est clair. En banlieue parisienne, il y avait une enfant. Elle avait deux nattes brunes, un père et une maman. En fin d'après-midi le père dans la cuisine tira à bout portant. La mère tomba la première. Le père visa l'enfant. le père se ravisa, posa genoux à terre et enfouit le canon tout au fond de sa gorge. Sur sa joue gauche l'enfant reçu un fragment cervelle. » (Chloé Delaume)

Et de me reporter, parce qu’elle est si glauque l’histoire racontée par la jolie Chloée, à sa biographie . Voici ce que je trouve :
Chloé Delaume passe son enfance à Beyrouth. En 1983 se déroule à Paris le drame familial qui hantera toute son œuvre : Elle n'a alors que 10 ans : son père tue sa mère devant ses yeux puis se suicide aussi sous le regard de la fillette.

C’est ce drame qu’elle raconte dans Le Cri du Sablier. Sans pathos, sans complaisance douloureuse, et avec beaucoup d’ironie !

« Maman se meurt première personne. Elle disait malaxer malaxer la farine avec trois œufs dedans et un yaourt nature. Papa l'a tuée deuxième personne. Infinitif et radical. Chloé se tait troisième personne. Elle ne parlera plus qu'au futur antérieur. Car quand s'exécuta enfin le parricide il fut trop imparfait pour ne pas la marquer.»

Chloé Delaume raconte son terrible passé d’enfant qui a grandi sans amour de la part de ses parents, et même pire encore, sous la violence des coups portés par le père et celle des mots prononcés par la mère. Un passé qu’elle exprime avec la violence d’un cri. Comment s’en libérer autrement ?...

« Une amie, Michèle Khan, qui s'occupe de mes frontispices, m'a montré un dessin qui m'a frappée, je lui ai suggéré le titre du Cri du sablier, et tout s'est déclenché. Le père, c'est le sable, le sédiment qui ne part pas, dont on peut pas se débarrasser… C'est microscopique et ça fait mal. Puis on peut faire beaucoup de métaphores sur le grain. Le rapport au temps est là, bien sûr, et le sablier est un objet troublant, composé de sable cristallisé par la chaleur, le verre, et de sable proprement dit. »
(Chloé Delaume)

Je ressors de cette lecture épatée… et éprouvée…Je reviendrai sans doute à cette écriture…pas tout de suite…J’ai besoin de me tourner vers du doux, du rassurant… content
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeDim 20 Avr 2008 - 15:33

LE CRI DU SABLIER (extrait):

"L’enfant avait un jeu nommé le Mémory. Il s'agissait kyrielle de cartes allant par deux. Les carrés mélangés face contre la moquette il fallait retourner quatre pas plus à chaque fois et retrouver les paires. Les icônes étaient gaies fruits légumes et objets reproduits aquarelles pagelles rotondités. C'est un excellent exercice pour faire travailler ta mémoire disait la mère. Pomme Crayon Raisin Robinet recommence. La mère tenait particulièrement à ce que la mémoire de l'enfant fût optimale. Pomme Cerise Clef Arrosoir concentre-toi enfin. La mémoire permet d'être intelligent plus vite disait la mère. Pomme Clef Moufle Balai à présent réfléchis. L’enfant ne savait pas si la mémoire permettait d'être vraiment plus intelligent. Citron Cerise Clef Casserole on dirait que tu le fais exprès. Par contre elle était sûre que la mémoire était le meilleur moyen d'être plus malheureux. Pomme Château Valise Parapluie dismoi que tu veux ta claque tout de suite. Peut-être même le plus malheureux possible. Clef Anneau Abricot Radis tu l'auras pas volée celle-là. Au zoo l'enfant avait beaucoup de peine en regardant les éléphants. Clef Pomme Clef Mandarine tu vois quand tu veux. L’enfant n'aimait pas les souvenirs. Elle n'en avait d'ailleurs que très peu. Elle donnait du pain dur au plus vieil éléphant du Jardin d'Acclimatation lui caressant la trompe désespérée toujours de savoir que la bête ne pouvait oublier la savane nourricière le massacre de sa meute la chaleur et le reste. Tout le reste que l'enfant se savait incapable d'imaginer un peu. Le jeu du Mémory l'enfant le détestait car plus elle excellait à regrouper les paires plus elle savait sourdine que s'imprimerait en elle à jamais le regard terrible du géniteur. Aussi. Elle détestait la mère de s'acharner toujours à lui rendre mémoire perfectible et sans fond. Un jour elle serait grande jamais elle n'oublierait jamais elle ne pourrait javelliser souvenirs détacher à grande eau combien même lacrymale la rage et la fureur du père si trop puissant. Quand elle laissait hasard ses petits doigts courir sur les carrés dos bleu et que se découvraient les complices à la pioche que la mère disait oui et parfois même très bien, l'enfant sentait la presse encre tiède jus épais rouler son cervelas fines tranches à la boucherie. Papa fixé en elle papa fixé en moi à la tendre amnésie se dérober chaque jour application véreuse du dressage maternel. Combien même bien plus tard incantations si vaines scotomise ma chérie suppliait-elle alors refermant paumes rougies genoux d'adolescente. Combien même bien plus tard. L’icône resplendira résistante sous l'éponge impossible à passer. Le père est minéral trauma sédimentaire le sable dans les souliers se cache à la semelle c'est un fait bien connu des enfants du limon."
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeDim 20 Avr 2008 - 15:34

LE CRI DU SABLIER (extrait)

"Aussi. L’enfant avait un nom puisque la législation en vigueur imposait à ses géniteurs d’en faire déclaration à la préfecture la plus proche. Si l’enfant avait été un garçon il se serait appelé tout de suite. Mais l’enfant était contrariante. Elle tint obstinément tête aux aiguilles à tricoter, aux régimes alimentaires, aux prédictions scandées rebouteuse de rabais et aux influences de la lune. Le jour de l’expulsion les parents constatèrent avec dépit la présence incongrue du doublon chromosome et renoncèrent à tout effort d’appellation. Seul le personnel hospitalier sembla s’en émouvoir. En 1973, il n’était plus permis aux concepteurs d’enfants d’exposer leur produit au sommet de la butte aux Cailles ni d’un mont quelconque, ce que le père jugea peu pratique. Au matin du troisième jour la mère, songeant avec une nostalgie non feinte à cette époque bénie où les petons des niards pouvaient être transpercés pour décorer les branches des robustes oliviers, jeta un œil exaspéré au fruit déjà gâté de ses entrailles. Dans le lit à roulettes l’enfant criait souvent, espérant par là même rappeler à quelqu’un que lui faire ingérer un liquide nutritif eût été de bon ton. J’aimerais lui clouer le bec dit-elle en s’approchant l’oreiller à la main. C’est ainsi que la mère nomma Chloé la fille de l’aume parce qu’il est quand même grand temps de se décider Madame dit le pédiatre reprenez donc un Temesta.

L’enfant s’ennuya rapidement. Jusqu’à ses cinq ans, l’enfant habita Beyrouth mais ne garda de cette période que très peu de souvenirs. Emigrés en banlieur parisienne les parents prirent un appartement. Le père partait de long mois. La mère travaillait la journée. Afin qu’elle fût victime d’un de ces accidents domestiques auxquels la télévision consacrait moult plages informatives, l’enfant fut laissée cinq jours sur sept sans surveillance de huit à dix-neuf heures. Une cruche diluée grenadine et des assiettes anglaises étaient laissées à son intention sur la table de la cuisine. Etrangement, bien qu’elle fût turbulente, l’enfant n’introduisit jamais ses doigts dans la prise, ne joua jamais avec le fer à repasser laissé allumé, ne se fit aucun gargarisme à l’eau de Javel et n’eut pas davantage l’idée de se défenestrer. Peut-être que la mère en fut désappointée.

Pour des raisons restées obscures en dépit de l’enquête minutieusement menée par la suite auprès de ses résidus familiaux, l’enfant n’intégra le corps social qu’en CP. Etant désormais considérée comme autonome, l’enfant fut munie d’une clef de l’appartement et initiée aux mystères de la gazinière Arthur Martin, grâce à laquelle elle échauffait une casserole de petits pois ou de purée mousseline le midi. L’école était à dix minutes du domicile. L’enfant faisait le trajet seule, prenant conscience qu’un quelque chose ne tournait pas très rond quelque part oui mais quoi. A la sortie de l’école, il n’était pas rare qu’elle se collât ostensiblement au manteau d’une passante, afin de constituer un visible binôme face à ses camarades escortées par leur mère.

L’année où elle avait été livrée à elle-même dans l’appartement lui avait permis de décrypter certains mots, aussi avait-elle inopinément pratiqué l’apprentissage de la lecture selon la méthode globale, fort en vogue chez les pédagogues des années quatre-vingt, mais nullement pratiquée par les enseignants de l’établissement qu’elle fréquentait puisqu’elle était inscrite chez les bonnes sœurs. Aussi, lorsque l’institutrice répondant au nom de sœur Monique lui demanda de se prêter à un exercice fort basique, l’enfan exposa posément qu’elle espérait à l’avenir prendre connaissance d’informations un tant soit peu plus palpitantes que papa fume la pipe ou maman a une robe rouge : la robe de maman est jolie. La mère de l’enfant fut aussitôt convoquée. Il va sans dire qu’elle refusa de prendre rendez-vous avec la psychologue scolaire. Sauter une classe occasionne des paperasses, vous n’avez pas idée.Ainsi l’enfant pendant huit mois put se plonger dans de transcendants abymes réflexifs : Marie aime la soupe de maman. La soupe de maman est à la tomate.

La scolarité de l’enfant fut néanmoins troublée dès le cours élémentaire par la présence des mathématiques. L’enfant s’y montra réfractaire dès le premier jour, mais sœur Monique, trop occupée à détailler la garde-robe et les secrets culinaires de maman n’y prit pas garde. L’enfant jugeait les chiffres laids. Leur graphisme lui paraissait étranger et abscons. Autant son écriture, ronde et appliquée, laissait courir une régularité récompensée le long des pages de son cahier, autant le tracé de ses chiffres se révélait d’une maladresse confinant la débilité mentale. Les règles ne s’imprimaient que partiellement dans son petit cerveau, au terme d’heures passées à transposer les chiffres en pommes, en accessoires d’écolier, en boîtes de pâté Olida ou tout autre ustensile susceptible de convenir. Un soir qu’elle peinait sur un soustraction à trois chiffres, la mère la rabroua. Il fallait donc que l’enfant soit d’une stupidité inégalable pour ête à ce point incapable de mener à bien cette simplissime opération. L’enfant confia dans un sanglot combien la terreur la saisissait dès que les devoirs de calcul alignaient leurs cabalistiques symboles. C’est du chinois geignit-elle avant de se prendre une mandale qu’elle n’avait paraît-il pas volée. Ne sois pas crétine gronda la mère, ce sont des chiffres arabes. L’enfant comprit alors. Les chiffres appartenaient à la langue du père. Celui-ci surgissait à travers tout contact mathématique.Toujours les équations lui feraient violence. Toujours elle aurait l’impression que la folie se profilerait derrières les tables diverses et les nombres premiers. Une folie qu’elle serait la seule à percevoir comme telle. Qu’elle sentait déjà si tangible. Jusqu’à l’épreuve du baccalauréat, dernier supplice imposé par la structure scolaire, les fonctions et les inconnues la tortureraient mentalement comme les coups assénés par le père surent meurtrir sa chair. La peur de l’X. Le chromosome rampant. Chassez le naturel on connaît la chanson. "
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeDim 20 Avr 2008 - 19:57

Euh Queenie, tu le cercles toujours ton Chloé Delaume? Je serais preneuse (malgré la PAL qui croule!)
Vous me mettez en appétit et je suis avide de curiosité! Coline a lancé l'ultime bandrille qui me cloue et me fait me rendre à vos arguments cat
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeLun 21 Avr 2008 - 22:52

Putain mais où est-ce que je laisse traîner mon cerveau moi en ce moment pour avoir rater ton avis sur MA Chloé !! AAaaaaah Coliiiiine. Je te jure que mon coeur a fait un triple salto retourné et s'est fracassé la gueule en miettes sur la moquette. Alleluiiiiiiaaaa . C'était O-BLI-GE que tu aimes ! ah tu vois, toi aussi tu le lis à haute voix ! c'est viscéral ses bouquins. ça bouleverse les tripes et ça fait tout plein de ricochets dans la tête !
Et grâce à Toi, même Lipop' veut bien tenter l'expérience !!!! waaaaaouuuu alors ouiiiii vas-y Coline, envoies-le à Lipop'!!!!


je suis trop méga contente !! j'hésitais à me reconnecter ce soir, j'étais un peu patraque, mais là, maintenant j'ai une pêche d'enfer ! je suis trooooop merryhappy !

Vive Chloé !! et son écriture à faire faire des tourneboulés avec la langue, que ça claque contre les dents et que ça malaxe les mots!

Viva.

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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeLun 21 Avr 2008 - 23:14

Queenie a écrit:
Putain mais où est-ce que je laisse traîner mon cerveau moi en ce moment pour avoir rater ton avis sur MA Chloé !! AAaaaaah Coliiiiine. Je te jure que mon coeur a fait un triple salto retourné et s'est fracassé la gueule en miettes sur la moquette. Alleluiiiiiiaaaa . C'était O-BLI-GE que tu aimes ! ah tu vois, toi aussi tu le lis à haute voix ! c'est viscéral ses bouquins. ça bouleverse les tripes et ça fait tout plein de ricochets dans la tête !
Et grâce à Toi, même Lipop' veut bien tenter l'expérience !!!! waaaaaouuuu alors ouiiiii vas-y Coline, envoies-le à Lipop'!!!!


je suis trop méga contente !! j'hésitais à me reconnecter ce soir, j'étais un peu patraque, mais là, maintenant j'ai une pêche d'enfer ! je suis trooooop merryhappy !

Vive Chloé !! et son écriture à faire faire des tourneboulés avec la langue, que ça claque contre les dents et que ça malaxe les mots!

Viva.

Ah ben ça fait plaisir un commentaire accueilli comme ça!... enthousiaste J'en redemande!...
Elle m'a touchée ta Chloé ....même si elle prétend qu'elle ne veut pas... content

Oui, j'envoie à Chap' ... Wink
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeLun 21 Avr 2008 - 23:17

Queenie a écrit:
Putain mais où est-ce que je laisse traîner mon cerveau moi en ce moment pour avoir rater ton avis sur MA Chloé !! AAaaaaah Coliiiiine. Je te jure que mon coeur a fait un triple salto retourné et s'est fracassé la gueule en miettes sur la moquette. Alleluiiiiiiaaaa . C'était O-BLI-GE que tu aimes ! ah tu vois, toi aussi tu le lis à haute voix ! c'est viscéral ses bouquins. ça bouleverse les tripes et ça fait tout plein de ricochets dans la tête !
Et grâce à Toi, même Lipop' veut bien tenter l'expérience !!!! waaaaaouuuu alors ouiiiii vas-y Coline, envoies-le à Lipop'!!!!


je suis trop méga contente !! j'hésitais à me reconnecter ce soir, j'étais un peu patraque, mais là, maintenant j'ai une pêche d'enfer ! je suis trooooop merryhappy !

Vive Chloé !! et son écriture à faire faire des tourneboulés avec la langue, que ça claque contre les dents et que ça malaxe les mots!

Viva.
rire ...j'adore lire Queenie quand elle plane avec les anges Razz
Ahhh ...ton post vaut bien celui de Coline, et moi aussi je me dis qu'elle doit valoir le coup cette Delaume!
Alors je m'inscris derrière Lipop' ...parée pour le grand saut joie
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeLun 21 Avr 2008 - 23:20

aériale a écrit:
moi aussi je me dis qu'elle doit valoir le coup cette Delaume!
Alors je m'inscris derrière Lipop' ...parée pour le grand saut joie

Ne poussez pas...Ne poussez pas...Y'en aura pour tout le monde... sourire
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MessageSujet: Re: Chloé Delaume   Chloé Delaume - Page 2 Icon_minitimeLun 21 Avr 2008 - 23:32

non mais là! !!!

viva la grande abeille Coline : grâce à elle Chloé va enfin pouvoir étaler ses postillons sur vos faces ébréchées! !

merci Coline. Heureusement que t'es là.

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