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 Jean Baudrillard [Sociologie]

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colimasson
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MessageSujet: Jean Baudrillard [Sociologie]   Sam 13 Aoû 2011 - 9:14

Jean Baudrillard (1929-2007)


Biographie Evène :

Citation :
Germaniste de formation, Jean Baudrillard n'en est pas moins reconnu pour sa carrière de sociologue et de philosophe. Proche de Roland Barthes, il fut l'un des critiques et théoriciens de la post-modernité. Il dispense son enseignement à l'université Paris X avant de devenir directeur scientifique à l'université Paris IX. Réfutant la pensée scientifique traditionnelle, sa philosophie repose sur le concept de virtualité du monde apparent. Acteur du Collège de pataphysique en 2001, il est aussi membre de l'Institut de recherche sur l'innovation sociale au CNRS. Le 20 mai 1996, il publie un article très controversé sur l'art contemporain dans le journal Libération. Il a écrit plusieurs ouvrages polémiques, notamment 'Le Système des objets' (1968), 'La Société de consommation' (1970) ou encore 'La Guerre du Golfe n'a pas eu lieu' (1991). Jean Baudrillard tente d'analyser l'évolution de notre monde - 'La Grande Mutation, la fin d'un millénaire' (1998), 'L' Echange impossible' (1999), 'L' Elevage de la poussière' (2000). Mais cet érudit aime également réfléchir sur l'art, comme le prouvent 'Le Complot de l'art' ou 'Les Objets singuliers : architecture et philosophie'. Durant les dernières années de sa vie, il aborde l'actualité, dans des publications comme 'Requiem pour les Twin Towers' (2001), 'L' Esprit du terrorisme' ou 'Le Pacte de lucidité et l'intelligence du mal' (2004), ou se penche sur les oeuvres de ses prédécesseurs - 'Oublier Artaud'. A l'origine de thèses le plus souvent dérangeantes, et tout particulièrement en ce qui concerne la société de consommation, Jean Baudrillard s'éteint en 2007, sans jamais avoir renoncé à faire entendre sa voix et en ayant marqué le siècle comme un philosophe de la modernité.

Liste de ses oeuvres (Wikipédia) :
Spoiler:
 

« Il faut faire de la théorie un crime parfait »

Je n'ai lu qu'un essai de Jean Baudrillard mais il m'a tellement plu que je ne compte pas m'en arrêter là...

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colimasson
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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Sam 13 Aoû 2011 - 9:20

La société de consommation (1970)


« Contempler des monceaux de nourriture durable, n’est-ce point voir du temps de reste et des actes épargnés ? Une caisse de biscuits, c’est tout un mois de paresse et de vie. »
Valéry


Ouvrage post soixante-huitard, La société de consommation propose une réflexion novatrice sur cette idéologie qui se répand aujourd’hui sur la quasi-totalité de la planète.

Visionnaire, Baudrillard semblait avoir compris que la société de consommation déclinerait et finirait par se mordre la queue très rapidement. Après avoir vécu pendant des millénaires dans une société constituée d’hommes, voilà que nous vivons depuis peu dans une société principalement constituée d’objets. Leur cycle de vie est court : de l’achat jusqu’à la destruction en passant par l’utilisation (facultative), les objets doivent se renouveler avec frénésie, et pour justifier les achats compulsifs, le dogme du plaisir et du jouir-à-tout-prix a été établi comme moteur du système.

« A proprement parler, les hommes de l’opulence ne sont plus tellement environnés, comme ils le furent de tout temps, par d’autres hommes que par des OBJETS. Leur commerce quotidien n’est plus tellement celui de leurs semblables que, statistiquement selon une courbe croissante, la réception et la manipulation de biens et de messages, depuis l’organisation domestique très complexe et ses dizaines d’esclaves techniques jusqu’au « mobilier urbain » et toute la machinerie matérielle des communications et des activités professionnelles, jusqu’au spectacle permanent de la célébration de l’objet dans la publicité et les centaines de messages journaliers venus des mass média, du fourmillement mineur des gadgets vaguement obsessionnels jusqu’aux psychodrames symboliques qu’alimentent les objets nocturnes qui viennent nous hanter jusque dans nos rêves. »

« Il n’est pas question pour le consommateur, pour le citoyen moderne de se dérober à cette contrainte de bonheur et de jouissance, qui est l’équivalent dans la nouvelle éthique de la contrainte traditionnelle de travail et de production. L’homme moderne passe de moins en moins de temps de sa vie à la production dans le travail, mais de plus en plus à la production et innovation continuelle de ses propres besoins et de son bien-être. Il doit veiller à mobiliser constamment toutes ses virtualités, toutes ses capacités consommatives. S’il l’oublie, on lui rappellera gentiment et instamment qu’il n’a pas le droit de ne pas être heureux. Il n’est donc pas vrai qu’il soit passif : c’est une activité continuelle qu’il déploie, qu’il doit déployer. Sinon, il courrait le risque de se contenter de ce qu’il a et de devenir asocial. »

Pourtant, Baudrillard n’y voit là qu’une justification facile pour couvrir la véritable nature de la société de consommation : il ne s’agit en réalité de rien d’autre qu’une société de différenciation à travers laquelle les hommes s’expriment dans un nouveau langage, celui des objets.

« Les différences « personnalisantes » n’opposent plus les individus les uns aux autres, elles se hiérarchisent toutes sur une échelle indéfinie, et convergent dans des modèles à partir desquels elles sont subtilement produites et reproduites. Si bien que se différencier, c’est précisément s’affilier à un modèle, se qualifier par référence à un modèle abstrait, à une figure combinatoire de mode, et donc par là se dessaisir de toute différence réelle, de toute singularité, qui, elle, ne peut advenir que dans la relation concrète, conflictuelle, aux autres et au monde. »

La société de consommation est un nouveau mode de communication. Plus des que objets, nous achetons des signes, des symboles qui nous réfèrent à un modèle et à travers lequel nous rejoignons une communauté ou une manière de penser. C’est la raison pour laquelle la consommation est un cycle sans fin. Les besoins de l’homme en tant qu’être social sont intarissables, et ce sont eux qui constituent le moteur de la société de consommation, davantage que la sensation d’un manque objectif.

Dissimuler tout cela sous le couvert du désir est néfaste, surtout lorsque l’on nous fait croire que celui-ci est bon par nature. C’est oublier toute l’ambivalence du désir, que nous ressentons mais que nous ne comprenons pas. La violence, l’agressivité et la fatigue des victimes de la société de consommation découleraient de cette ignorance. Lorsque rien d’extérieur à la personne ne peut servir d’exutoire à sa violence, celle-ci ne peut s’en prendre qu’à elle-même.

« Les moralistes […] parlent tous de culpabilité. […] Or, il est clair que cette culpabilité […] s’approfondit […] au fil de l’abondance. Un gigantesque processus d’accumulation primitive d’angoisse, de culpabilité, de refus, court parallèlement au processus d’expansion et de satisfaction, et c’est ce contentieux qui alimente la subversion violente, impulsive, les acting-out meurtriers contre l’ordre même du bonheur. […] La culpabilité, le « malaise », les incompatibilités profondes sont au cœur du système actuel lui-même, et produits par lui au fil de son évolution logique. / Forcée de s’adapter au PRINCIPE DE BESOIN, au PRINCIPE D’UTILITE (principe de réalité économique), c’est-à-dire à la corrélation toujours pleine et positive d’un produit quelconque (objet, bien, service) et d’une satisfaction, par indexation de l’une sur l’autre, contrainte à cette finalité concertée, unilatérale et toujours positive, toute la négativité du désir, autre versant de l’AMBILVALENCE [économistes et psychologues vivent d’équivalence et de rationalité : ils postulent que tout s’accomplit dans l’orientation positive du sujet vers l’objet dans le besoin. Si celui-ci est satisfait, tout est dit. Ils oublient qu’il n’y a pas de « besoin satisfait », c’est-à-dire quelque chose d’achevé, où il n’y ait que de la positivité, ceci n’existe pas, il n’y a que du désir, et le désir est ambivalent], donc toute cette postulation inverse est laissée pour compte, censurée par la satisfaction même (qui n’est pas la jouissance : la jouissance est, elle, ambivalente) et, ne trouvant plus à s’investir, cristallise en un gigantesque potentiel d’angoisse. »

Le message de Baudrillard est fataliste. Impossible d’échapper à la société de consommation. Sa dénonciation ne se réfère qu’à elle, les marginaux sont uniquement des individus qui en exacerbent certains traits particuliers, et la volonté de consommer « différemment » est un signe sur-ostentatoire.

« Certes, l’homme riche qui conduit sa 2CV n’éblouit plus, c’est plus subtil : il se surdifférencie, il se surdistingue par la manière de consommer, par le style. Il maintient absolument son privilège en passant de l’ostentation à la discrétion (surostentatoire), en passant de l’ostentation quantitative à la distinction, de l’argent à la culture. »

La société du divertissement et les mass media n’échappent pas à la règle. Là où l’on croit pouvoir échapper un peu aux contraintes et à la pression exercée par la société de consommation, nous nous retrouvons à nouveau confrontés aux impératifs du bien-paraître (rien de nouveau ici. Depuis le « temps de cerveau disponible », et même bien avant, nous étions déjà au courant).

« Pour des millions de gens sans histoire, et heureux de l’être, il faut déculpabiliser la passivité. Et c’est ici qu’intervient la dramatisation spectaculaire par les mas médias (le fait divers/catastrophe comme catégorie généralisée de tous les messages) : pour que soit résolue cette contradiction entre morale puritaine et morale hédoniste, il faut que cette quiétude de la sphère privée apparaisse comme valeur arrachée, constamment menacée, environnée par un destin de catastrophe. Il faut la violence et l’inhumanité du monde extérieur pour que non seulement la sécurité s’éprouve plus profondément comme telle (cela dans l’économie de la jouissance), mais aussi pour qu’elle se sente à chaque instant justifiée de se choisir comme telle (cela dans l’économie morale du salut). »

Toutefois, l’ouvrage de Baudrillard est salutaire car il met en lumière de nombreux rouages de ce système, et c’est peut-être dans la lucidité que nous pourrons espérer trouver un peu plus d’indépendance vis-à-vis du monde des objets. Balayant toutes les facettes de cette société sur un ton clair, illustré de nombreux cas concrets et faisant références à de nombreux autres penseurs des sociétés modernes (Galbraith, Sahlins, Chombart de Lauwe…), ce livre ouvre les yeux et propose une explication cohérente au malaise qui caractérise la société de consommation.


Quelques passages qui ont retenus mon attention…

Critique de la croissance et du choix de ses critères :

« Dégradation du cadre collectif par les activités économiques : bruit, pollution de l’air et de l’eau, destruction des sites, perturbation des zones résidentielles par l’implantation de nouveaux équipements (aéroports, autoroutes, etc.). L’encombrement automobile a pour conséquence un déficit technique, psychologique, humain, colossal : qu’importe, puisque le suréquipement infrastructurel nécessaire, les dépenses supplémentaires en essence, les dépenses de soins aux accidentés, etc., tout cela sera quand même comptabilisé comme consommation, c’est-à-dire deviendra, sous le couvert du produit national brut et des statistiques, exposant de croissance et de richesse ! »

La société de consommation ne sera jamais une société d’abondance :

« La société de croissance résulte dans son ensemble d’un compromis entre des principes démocratiques égalitaires, qui peuvent s’y soutenir du mythe de l’Abondance et du Bien-être, et l’impératif fondamental de maintient d’un ordre de privilège et de domination. […] L’égalisation tendancielle des revenus […] est nécessaire à l’intériorisation des processus de croissance, laquelle, nous avons vu, est tactiquement reconductrice de l’ordre social, lequel est une structure de privilège et de pouvoir de classe. Tout ceci désigne les quelques symptômes de démocratisation comme alibis nécessaires à la viabilité du système. »

« […] la société de croissance est le contraire d’une société d’abondance. C’est qu’avant d’être une société de production de biens, elle est une société de production de privilèges. Or, il y a une relation nécessaire, définissable sociologiquement, entre le privilège et la pénurie. Il ne saurait (en quelque société que ce soit) y avoir privilège sans pénurie. Les deux sont structurellement liés. Donc, la croissance, à travers sa logique sociale, se définit paradoxalement par la reproduction d’une pénurie structurelle. Cette pénurie n’a plus le même sens que la pénurie primaire (la rareté des biens) : celle-là pouvait être considérée comme provisoire, et elle est en partie résorbée dans nos sociétés, mais la pénurie structurelle qui s’y substitue est, elle, définitive, car elle est systématisée comme fonction de relance et stratégie de pouvoir dans la logique même de l’ordre de la croissance. »

La consommation comme travail social :

« Encore une fois, la consommation est un travail social. Le consommateur est requis et mobilisé comme travailleur à ce niveau aussi […]. Il ne faudrait quand même pas demander au « travailleur de la consommation » de sacrifier son salaire (ses satisfactions individuelles) pour le bien de la collectivité. Quelque part dans leur subconscient social, les millions de consommateurs ont une espèce d’intuition pratique de ce nouveau statut de travailleur aliéné, ils traduisent donc spontanément comme mystification à l’appel de la solidarité publique, et leur résistance tenace sur ce plan ne fait que traduire un réflexe de défense politique. L’ « égoïsme » forcené du consommateur, c’est aussi la subconscience grossière d’être, en dépit de tout le pathos sur l’abondance et le bien-être, le nouvel exploité des temps modernes. »

Critique du système « social » :

« Grâce à ses prélèvements et à ses transferts économiques, l’instance sociale (c’est-à-dire l’ordre établi) se donne le bénéfice psychologique de la générosité, se donne comme instance secourable. Tout un lexique maternel, protectionniste désigne ces institutions : Sécurité sociale, assurances, protection de l’enfance, de la vieillesse, allocations chômage. Cette « charité » bureaucratique, ces mécanismes de « solidarité collective » -et qui sont tous des « conquêtes sociales » - jouent ainsi, à travers l’opération idéologique de redistribution, comme mécanisme de contrôle social. […] D’une pierre deux coups : le salarié est bien content de recevoir sous les apparences du don ou de la prestation « gratuite » une partie de ce dont il avait été auparavant dessaisi. »

Pour terminer, un superbe éloge de la fatigue contemporaine :

« […] la fatigue est une contestation larvée, qui se retourne contre soi et s’ « incarne » dans son propre corps parce que, dans certaines conditions, c’est la seule chose à laquelle l’individu dépossédé puisse s’en prendre. De la même façon que les Noirs qui se révoltent dans les villes d’Amérique commencent par brûler leurs propres quartiers. La vraie passivité est dans la conformité joyeuse au système, chez le cadre « dynamique », l’œil vif et l’épaule large, parfaitement adapté à son activité continuelle. La fatigue, elle, est une activité, une révolte latente, endémique, inconsciente d’elle-même. »


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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Sam 13 Aoû 2011 - 13:23

et comment tu ferais un rapprochement ou une différence avec Vivre et penser comme des porcs par exemple ? et surtout que propose-t-il notamment comme alternatives à des formes de progrès technique et social ?

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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Sam 13 Aoû 2011 - 22:01

Vivre et penser comme des porcs, il faut que je le relise parce que pas mal de trucs m'ont échappé. Mais il me semble qu'il y a la même critique de la soumission des esprits aux exigences économiques de la société. Où on nous fait croire que nous sommes maîtres de nos décisions alors que nous subissons une contrainte quotidienne qui finit par nous rendre dingues et complètement aliénés.

Comme alternative, je n'ai pas trouvé grand-chose de convainquant dans le livre de Baudrillard...
Si cela peut t'aider, les derniers paragraphes de son essai :

« Comme la société du Moyen Âge s’équilibrait sur Dieu ET sur le Diable, ainsi la nôtre s’équilibre sur la consommation ET sur sa dénonciation. Encore autour du Diable pouvaient s’organiser des hérésies et des sectes de magie noire. Notre magie à nous est blanche, plus d’hérésie possible dans l’abondance. C’est la blancheur prophylactique d’une société saturée, d’une société sans vertige et sans histoire, sans autre mythe qu’elle-même.
Mais nous voici de nouveau dans le discours morose et prophétique, pris au piège de l’Objet et de sa plénitude apparente. Or, nous savons que l’Objet n’est rien, et que derrière lui se noue le vide des relations humaines, le dessin en creux de l’immense mobilisation de forces productives et sociales qui viennent s’y réifier. »


Quoi d'autre ? Détruire le mythe de l'Objet ? Mais on en revient au même... Comment ?
Non, vraiment, je crois que la seule solution proposée par Baudrillard c'était une prise de conscience collective...

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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Sam 13 Aoû 2011 - 22:24

je posais la question parce que la critique est relativement facile (sans doute déjà convenue à l'époque ?) mais que toujours semble mise de côté l'entreprise humaine. et après tout l'objet c'est l'outil et l'outil ce n'est pas rien et c'est des tas de choses aussi... et les échanges et tout et tout. et les avancées sociales ? ça a l'air dur comme ça la façon dont il les balaie, dur et un peu rapide. J'aurais du mal à revenir précisément sur le livre de Gilles Châtelet mais je crois qu'une de ses intelligences (en plus de la structure de la pensée) c'est qu'il n'évite pas une dynamique première pour se contenter de forcer le trait sur des généralités (c'est d'ailleurs là que le raisonnement s'effrite souvent). On bascule dans l'élucubration pour le plaisir en somme.

ça ne me fait pas très envie Baudrillard, possible que je me plante mais... sale panda ?


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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Dim 14 Aoû 2011 - 18:37

Oui, je n'y avais pas pensé mais c'est vrai que cet essai oublie un peu les points positifs qu'a pu apporter la société de consommation...
Pour autant, peut-on le lui reprocher ? Il y aurait tellement d'autres éléments à prendre en compte et qui découlent aussi de ce système... Si un auteur cherchait vraiment à dresser une analyse complète de la société de consommation, je doute qu'un tel livre se terminerait...

Sale panda, peut-être un peu ! Si tout n'est pas abordé dans La société de consommation, le "peu" qui est traité l'est très bien fait ! Wink

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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Dim 14 Aoû 2011 - 19:24

on n'est pas obligés d'attribuer consommation pour les points positifs. en fait.

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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Dim 14 Aoû 2011 - 19:57

La pensée de Baudrillard est subtile et cohérente, mais il faut la lire de près, parce que cette pensée a évolué au fil des années et qu' il y a eu beaucoup de livres après la Société de consommation.
Et on ne peut pas la résumer facilement.

Ni meme y entrer d' emblée. Baudrillard écrit bien, mais il a des subtilés de langage bien à lui.
Je pense notamment à La Guerre du Golfe n' a pas eu lieu, à Cool memories.
C'
est un peu pareil avec Edgar Morin.
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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Lun 15 Aoû 2011 - 21:24

Oui, certainement à croiser avec ses autres livres, publiés plus récemment...

Bix, tu as l'air d'avoir lu quelques autres de ses essais. Par lequel me conseillerais-tu de continuer ? Moi j'hésite...

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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Lun 15 Aoû 2011 - 22:37

colimasson a écrit:
Oui, certainement à croiser avec ses autres livres, publiés plus récemment...

Bix, tu as l'air d'avoir lu quelques autres de ses essais. Par lequel me conseillerais-tu de continuer ? Moi j'hésite...

Oh, mais je ne suis pas du tout un spécialiste, Coli !

J' ai grapillé ici et là. et je n' ai pas tout lu, loin de là.
Le mieux serait de suivre la chronologie, au moins on suit la pensée de Baudrillard sans à coups. Sinon, tu fais comme moi...
Tu peux comparer aussi à Guy Debord, un situationniste qu a fait parler de lui en son temps...
Sinon, lis le petit livre que je viens de lire sur La violence du monde (c' est le titre); Edité Par Le Félin. C' est court (moins de 100 pages) et c' est lumineux !
Deux conférences de Morin et de Baudrillard.
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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Mar 16 Aoû 2011 - 21:30

Oui, chronologiquement ce doit être le mieux...

Et je note La violence du monde Wink

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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Mer 14 Déc 2011 - 21:43

Quelques extraits du dossier consacré à Jean Baudrillard dans le Philo Magazine n°42…

Présentation rapide de l’homme à travers son parcours et ses œuvres principales :

« Marxiste hérétique à ses débuts, trouble-fête soixante-huitard à Nanterre, Jean Baudrillard est un penseur du virtuel et de la séduction, du signe. Praticien du réel se coltinant le quotidien « pour faire évènement », il s’affirme « pataphysicien à vingt ans –situationniste à trente- utopiste à quarante – transversal à cinquante – viral et métaleptique à soixante ». »

(si quelqu’un peut m’expliquer ce que veut dire « métaleptique »… ?)




Après un hypokhâgne à Paris, il revient au monde actif et devient ouvrier agricole puis maçon. Il entre aux éditions du Seuil comme lecteur.
A l’école pratique des hautes études, il est formé par Roland Barthes, par Pierre Bourdeu et par Henri Lefebvre. Devant tous trois, il soutient en 1966 sa thèse Le système des objets où la consommation est envisagée comme « une activité de manipulation systématique de signes ».


En 1970, il publie La société de consommation qui vient compléter son précédent essai. Dans cette société, « toute chose produite est sacralisée par le fait de l’être », « on ne consomme jamais l’objet en soi (dans sa valeur d’usage) –on manipule toujours les objets […] comme des signes qui vous distinguent ».


Il rompt avec le marxisme dans Le miroir de la production , et prédit « la liquidation de tous les référentiels » dans Simulacres et simulation publié en 1981.


D’un voyage au Colorado réalisé en 1970, il tire un livre, L’Amérique, publié en 1986. L’ouvrage dépeint « un pays sans espoir », où « les ordures mêmes y sont propres, le trafic lubrifié, la circulation pacifiée ». « Une telle liquidité de la vie, liquidité des signes et des messages, une telle fluidité des corps et des bagnoles » fascinent Baudrillard. « La Californie impose son long cortège de faux-semblants : […] parodie de la ville et de l’urbanité dans l’amas de Los Angeles, […] parodie de l’érotisme avec les beach-boys, parodie de la drogue avec les acides ». Et « l’authentique » dans tout cela ? A Disneyland ! Car « le réel lui-même devient un parc d’attraction ».
Ces phrases de Sylvère Lotringer reprennent cette idée :
« Unique parmi les philosophes contemporains, Jean Baudrillard a célébré le panorama sublime de Las Vegas, métaphysique dans sa physicalité, et plus naturel dans son artificialité que l’Amérique elle-même pourrait jamais l’être< ; poète en concepts et joueur de mots, Baudrillard a cultivé des paradoxes qui défiaient la réalité d’exister. Las Vegas était l’incarnation parfaite de sa pensée. »




Le voyage se poursuit en Australie, au Mexique, au Brésil et aux Etats-Unis où il commence à rédiger ses Cool Memories en 1980. Son cahier des charges ? « Dire les choses avec une extrême désinvolture ». Car il n’a « jamais cessé en écrivant de penser qu’il y avait […] mieux à faire qu’écrire, et peut-être mieux à faire que de penser ».
Sans doute pensait-il à la photographie …


Baudrillard le franc-tireur commet des textes explosifs dans sa période « transversale » : Oublier Foucault en 1977, « La Gauche divine » dans Le Monde et « La guerre du Golfe n’a pas eu lieu » dans les colonnes de Libé, précédé de deux papiers « La guerre de Golfe n’aura pas lieu », « La guerre du Golfe a-t-elle vraiment lieu ? ». Sous ces titres provocateurs, l’auteur dénonce le meurtre de la réalité : le spectacle médiatique « court-circuite la guerre dans ce qu’elle a de sanglant, d’atroce, d’insupportable ».


Baudrillard quitte l’université en 1990. Reconnu par de nombreux artistes (les frères Wachowski, Jeff Koons…), Baudrillard ne leur rend pas leur estime et dans Le complot de l’art contemporain, publié en 1996, il tranche : « L’art contemporain est nul ». Il s’approprie « la banalité, le déchet, la médiocrité comme valeur et comme idéologie. […] Ca prétend être nul […] et c’est vraiment nul ».
Andy Wharol ? « Artiste dont l’icônerie extatique et insignifiante a débarrassé l’art de faire la preuve de son existence. » Mickael Jackson ? « Chimère chirurgicale frappée du syndrome de Peter Pan ». Madonna ? « L’ange musclé qui parodie l’hypersexualité dans une époque frigide ».


De sa période « virale et métaleptique », Baudrillard tire La transparence du mal et Le crime parfait. Tous deux continuent cette idée : alors que nous sommes happés par un désir de sécurité et de transparence totale, il devient urgent de retrouver la part d’ombre du monde. Il « nous a été donné comme énigmatique et inintelligible, et la tâche de la pensée est de la rendre si possible, encore plus énigmatique et encore plus inintelligible ».


Baudrillard meurt le 6 mars 2007. Son enterrement au cimetière se passe sans cérémonie ni condoléances, ce qui fera dire au philosophe René Scherer : « L’enterrement de Baudrillard n’a pas eu lieu ! Et c’est tant mieux, à présent il va vivre ».

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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Mer 14 Déc 2011 - 22:21

ça doit être dérivé de métalepse (du grec metalêpsis : « changement, échange »1) est une figure de style qui consiste à prendre la cause pour la conséquence. Par exemple, l'expression « Il a perdu sa langue » (le mot « langue » renvoyant en réalité à la « parole ») est une métalepse. Elle constitue donc une substitution d'un mot par un autre, en raison du rapport qui existe entre les deux choses qu'ils désignent, le cas échéant le rapport de cause à conséquence ; la métalepse est donc un type de métonymie. (merci wikipedia)

En tout cas, tu m'as donné envi de le relire Colimasson...

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MessageSujet: Re: Jean Baudrillard [Sociologie]   Jeu 15 Déc 2011 - 21:44

Merci pour l'explication toma ! (même si ça ne m'explique pas beaucoup plus comment Baudrillard a pu être métaleptique dans le sens dérivé du terme métalepse scratch )

Contente en tout cas que cet extrait ait ravivé ton appétit pour Baudrillard bonjour
Moi aussi j'ai noté pas mal de livres suite à cet article, notamment les Cool Memories...

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