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 Louis Aragon

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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Mer 14 Avr 2010 - 12:57

Voici un poème, que je ne recopierais pas en entier ici étant donné sa longueur. Cependant, je vous invite à le lire à haute voix pour mieux en apprécier le rythme et la force.

Poème à crier dans les ruines (premiers vers)
ici en entier

Tous deux crachons tous deux
Sur ce que nous avons aimé
Sur ce que nous avons aimé tous deux
Si tu veux car ceci tous deux
Est bien un air de valse et j’imagine
Ce qui passe entre nous de sombre et d’inégalable
Comme un dialogue de miroirs abandonnés
A la consigne quelque part Foligno peut-être
Ou l’Auvergne la Bourboule
Certains noms sont chargés d’un tonnerre lointain
Veux-tu crachons tous deux sur ces pays immenses
Où se promènent de petites automobiles de louage
Veux-tu car il faut que quelque chose encore
Quelque chose
Nous réunisse veux-tu crachons
Tous deux c’est une valse
Une espèce de sanglot commode
Crachons crachons de petites automobiles
Crachons c’est la consigne
Une valse de miroirs
Un dialogue nulle part
[...]
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Marie
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Jeu 30 Sep 2010 - 2:52

Merci, eXPie de me ramener à Aragon!

Rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur. Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix;
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie.
Sa vie est un étrange et douloureux divorce;
Il n'y a pas d'amour heureux.

Sa vie, elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin.
A quoi peut leur servir de ce lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains.
Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes;
Il n'y a pas d'amour heureux.

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte en moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux.

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux.

Il n'y a pas d'amour qui ne soit douleur.
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri.
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri.
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs.
Il n'y a pas d'amour heureux.

Mais c'est notre amour à tous les deux.


Le seul poème d'Aragon à avoir été mis en musique par Georges Brassens, et il a coupé la dernière strophe, toute allusion à la patrie le dérangeait, il me semble!
Sur la même musique , le très beau texte de Francis Jammes, La prière.

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J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
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MartineR
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Jeu 30 Sep 2010 - 10:22

Connaissez-vous ce lieu à une cinquantaine de km de Paris ( autoroute A10/ sortie Dourdan sunny ) il faut mieux y aller un beau jour d'automne car il y a une magnifique forêt.
Bonne promenade
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Ven 18 Avr 2014 - 14:09

Les Cloches de Bâle (1934)




« Et tu vas continuer longtemps comme ça ? » : tel fut le commentaire d’Elsa Triolet lorsque Louis Aragon finit de lui lire « Diane », la première de ce qui devint ensuite les Cloches de Bâle. Loin de couper court à son élan, cette remarque lança Louis Aragon sur la piste de l’écriture plus acharnée. Vrai, il ne voulait pas se contenter de raconter l’histoire d’une bourgeoise inconsistante, tournant en rond dans l’espace étriqué d’une existence désœuvrée lorsque la grande Histoire semble s’éveiller une nouvelle fois.  D’ailleurs, la critique est facile et ne suffit pas. En 1934, alors que Louis Aragon est encore partagé entre la défense des causes surréaliste et communiste, il lui apparaît comme fondamental de retracer le parcours d’apprentissage conduisant du paradigme individualiste au paradigme collectif. Alors que la première partie de son roman est un creuset sans fond au sein duquel les titres, les noms, les relations et les lieux s’égrènent dans l’indifférence la plus totale, les événements insignifiants se succédant à un rythme frénétique pour tomber dans l’oubli aussitôt, la deuxième partie amorce un changement d’orientation avec le personnage de « Catherine ». Alors que les détails absurdes de la vie de Diane nous avaient vidés d’une grande partie de notre patience, on découvre avec un regain d’intérêt le personnage plus complexe de Catherine. Plus proche aussi de Louis Aragon lui-même, la vie de désœuvrée mondaine de cette dernière traduit un malaise existentiel qui souligne également l’horizon sans perspectives de la société au début du 20e siècle.


« Elle ne pouvait rien imaginer de sa vie future, rien. Un autre appartement, qui sait ? Jean était effacé, mais alors totalement, de cette perspective. Des conversations avec des hommes plus ou moins intelligents. Des concerts. Le vide. Voyons, dans dix ans, nous serons en juillet 1914… Que se sera-t-il passé ? »


Se présente alors le mouvement anarchiste, auquel Catherine adhère d’abord par antimilitarisme et parce qu’elle refuse que le pouvoir soit laissé aux hommes, mais aussi parce qu’elle cherche avidement à se cramponner à une cause qui puisse la guérir de son désabusement. Et si tous les mouvements politiques ne représentaient rien de plus que l’union d’individus fragilisés par l’inconsistance de leur existence ? Catherine saute d’une cause à une autre et se détourne bientôt du mouvement anarchiste pour participer au mouvement ouvrier, collaborant à une grève des taxis fictive inspirée de celle qui eut véritablement lieu à Paris dans les années 1930. La bourgeoise qui n’a jamais travaillé s’enthousiasme d’abord à l’idée de se rendre quotidiennement au bureau pour taper des rapports et puis, elle finit par s’en lasser, comme elle s’est lassée de tout le reste. Serait-ce donc ça l’engagement politique ? Un horizon bâti sur des fantasmes collectifs que propagent les discours, les affiches et les rassemblements ?


« Les femmes socialistes de Russie… Au-delà des mots, ce fut l’instant le plus émouvant de la journée pour Catherine. Les femmes socialistes de la Russie… Ces mots étaient pour elle un alcool véritable. Ce n’était pas un rêve, il y avait là une femme qui parlait en leur nom. Toutes les images russes feuilletées chez elle, contredites. Les paysannes inclinées devant le barine. Les femmes agenouillées devant les icônes. Les femmes socialistes de la Russie… »


Ce serait l’aveu de la faiblesse humaine et de la vacuité de tout mouvement politique, l’impossibilité de rendre la moindre cause durable. C’est peut-être aussi une tentation contre laquelle Louis Aragon réagit brutalement en nous proposant un épilogue qui met Clara Zetkins à l’honneur, prototype de la femme future, mieux que cela : prototype de l’être humain à venir, transcendé par l’accomplissement des valeurs communistes prises dans leur sens le plus individualiste. Le mouvement opéré par Louis Aragon ne va pas d’une réflexion du collectif vers l’individu mais de l’individu vers le collectif. Ce mouvement achevé, Louis Aragon décide qu’il peut enfin s’arrêter d’écrire, à la plus grande satisfaction d’Elsa Triolet et de la nôtre. Louis Aragon est un idéaliste et parce qu’il ne voulait pas croire que tous les événements sont destinés à l’oubli et à la répétition, son roman, trop ancré dans l’actualité d’une certaine époque, se perd en digressions vaines et dans un militantisme qui ne réussit pas à véhiculer ses espérances –sans doute aussi parce que la suite de l’Histoire nous a démontré que ses convictions étaient surtout des illusions.




Explication de Louis Aragon dans sa préface de 1964 :


Citation :
« Il s’agissait de passer de la simple description d’un monde limité (celui des romans de la fin du XIXe siècle) à une vue, au-delà de ce monde, sur toute la société française, et ses prolongements internationaux. C’est-à-dire que l’anecdote de Diane devienne un épisode de l’aventure humaine au début du XXe siècle, prise dans son ensemble. »


Après Diane comme figure de la bourgeoise satisfaite se profile Catherine, figure de la bourgeoise en quête d'un au-delà qu'elle trouvera dans l'engagement politique :

Citation :
« Il est certain que Catherine éprouvait comme une tare, comme une sorte de péché, cette impossibilité à se déclasser véritablement, qui l’attachait à l’univers borné de la rue Blaise-Desgoffe. »


Aragon achèvera son rêve idéologique avec la figure de Clara Zetkins :

Citation :
« Elle parle comme une femme dont l’esprit s’est formé dans les conditions de l’oppression, au milieu de sa classe opprimée. Elle n’est pas une exception. […] Elle est simplement à un haut degré d’achèvement le nouveau type de femme qui n’a plus rien à voir avec cette poupée, dont l’asservissement, la prostitution et l’oisiveté ont fait la base des chansons et des poèmes à travers toutes les sociétés humaines, jusqu’aujourd’hui.
Elle est la femme de demain, ou mieux, osons le dire : elle est la femme d’aujourd’hui. L’égale. Celle vers qui tend tout ce livre, celle en qui le problème social de la femme est résolu et dépassé. Celle avec qui tout simplement ce problème ne se pose plus. Le problème social de la femme avec elle ne se pose plus différemment de celui de l’homme. »


*peinture de Jieun Park

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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Ven 18 Avr 2014 - 14:29

elena a écrit:

oh que oui Steven, une muse, qu'Aragon aimait d'amour fou et pour laquelle il écrivait sans fin... Au point que lorsqu'il l'a perdue... Bref.

C'est ce qui me semble le plus mystérieux chez cet auteur...

Elise a écrit:

Je reposte le poème extrait du Fou d'Elsa que je trouve...



Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c'est
Que moi
Le malheur le malheur c'est
Que moi ces choses je les sais

Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes

Il y a des choses qui me sont tout à fait
Mais tout à fait insupportables même si
Je n'en dis rien même si je n'en
Dis rien comprenez comprenez moi bien

Alors ça vous parfois ça vous étouffe
Regardez regardez moi bien
Regardez ma bouche
Qui s'ouvre et ferme et ne dit rien

Penser seulement d'autre chose
Songer à voix haute et de moi
Mots sortent de quoi je m'étonne
Qui ne font de mal à personne

Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle

Je sais bien qu'il ne le faut pas
Mais que voulez-vous que j'y fasse
Ma bouche s'ouvre et l'âme est là
Qui palpite oiseau sur ma lèvre

O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne
Le malheur c'est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi
Le malheur c'est que c'est en moi
Même si n'en sait rien personne
Non laissez moi non laissez moi
Parfois je me le dis parfois
Il vaut mieux parler que se taire

Et puis je sens se dessécher
Ces mots de moi dans ma salive
C'est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Épouvantes des autres hommes
Et qui donc t'eut donné la main
Étant donné ce que nous sommes

Pour peu pour peu que tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Cela qui t'habite et prend forme
Tout au moins qui est sur le point
Qu'écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire
Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc Même cela c'est trop
Et je les garde dans les dents
Ces mots de peur qu'ils signifient

Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord

Le malheur c'est savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle

C'est en nous qu'il nous faut nous taire

Beau poème, mais il me semble qu'il aurait gagné à être plus bref.

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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Ven 18 Avr 2014 - 20:53

Ah bon! Je le trouve beau comme il est. Pas trop long.

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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Sam 19 Avr 2014 - 14:56

Coli, pour quelle raison dit tu " Ce mouvement achevé, Louis Aragon décide qu’il peut enfin s’arrêter d’écrire, à la plus grande satisfaction d’Elsa Triolet et de la nôtre."

tu considère que le meilleur d'Aragon est avant cette période ?

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colimasson
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Lun 21 Avr 2014 - 21:17

Bédoulène a écrit:
Coli, pour quelle raison dit tu " Ce mouvement achevé, Louis Aragon décide qu’il peut enfin s’arrêter d’écrire, à la plus grande satisfaction d’Elsa Triolet et de la nôtre."

tu considère que le meilleur d'Aragon est avant cette période ?

Non, je reviens à la préface de Louis Aragon où il raconte avec l'air de se marrer qu'Elsa Triolet semblait trouver la première partie de son livre beaucoup trop longue et rasoir... et pour se justifier, Louis Aragon rétorque en écrivant deux autres parties !

Je ne connais pas les autres textes de Louis Aragon et j'imagine que les Cloches de Bâle n'est pas le dernier livre qu'il ait commis...

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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Lun 21 Avr 2014 - 22:21

{Refrain:}
Au pays dagad´Aragon
Il y avait tugud´une fille
Qui aimait les glaces au citron
Et vanille
Au pays deguede Castille
Il y avait tegued´un garçon
Qui vendait des glaces vanille
Et citron

Moi, j´aime mieux les glaces au chocolat
Poil au bras
Mais chez mon pâtissier, il n´y en a plus
C´est vendu
C´est pourquoi je n´en ai pas pris
Tant pis pour lui!
Et j´ai mangé pour tout dessert
Du camembert
Le camembert c´est bon quand c´est bien fait
Vive l´amour
A ce propos, revenons à nos moutons


{au Refrain}

Vendre des glaces, c´est un très bon métier
Poil aux pieds
C´est beaucoup mieux que marchand de mouron
Patapon
Marchand d´ mouron, c´est pas marrant
J´ai un parent
Qui en vendait pour les oiseaux
Mais les oiseaux
N´en achetaient pas, ils préféraient l´crottin
De mouton
A ce propos, revenons à nos agneaux

{au Refrain}

Mais la Castille ça n´est pas l´Aragon
Ah, mais non!
Et l´Aragon ça n´est pas la Castille
Et la fille
S´est passée de glaces au citron
Avec vanille
Et le garçon n´a rien vendu
Tout a fondu
Dans un commerce, c´est moche quand le fonds fond
Poil au pieds
A propos d´ pieds, chantons jusqu´à demain

{au Refrain

Chanté par l' immortel Boby Lapointe

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Constance
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Mar 22 Avr 2014 - 11:19

colimasson a écrit:


Je ne connais pas les autres textes de Louis Aragon et j'imagine que les Cloches de Bâle n'est pas le dernier livre qu'il ait commis...

Les Cloches de Bâle est le premier ouvrage du cycle "Le Monde réel" constitué de cinq romans (Les Cloches de Bâle, Les beaux quartiers, Aurélien, Les voyageurs de l'impériale, Les communistes)
Je n'ai lu que les quatre premiers mais, à mon sens, Les voyageurs de l'impériale est de loin le meilleur. (remanié en 1965, peut-être n'a-t-il pas subi l'influence de Triolet)
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Dim 1 Mar 2015 - 18:28

Le comble de la tristesse n'est pas davantage
un général aveugle mendiant à travers les îles
que vers trois heures du matin l'Avenue
de l'Opéra
Il n'y a pas de limite à la mélancolie humaine
Il y a toujours une pierre à placer sur la pyramide des larmes
Êtes-vous sûr d'avoir aussi mal qu'une femme étranglée
quand elle sait que tout est fini qu'on l'étrangle
Êtes-vous sûr qu'il ne vaudrait pas mieux être
être étranglé si tu songes aux couteaux des heures prochaines
Je vis depuis longtemps ma dernière minute
Le sable que je mâche est celui d'une agonie invisible et perpétuée
Les flammes que je fais couper de temps en temps chez le coiffeur
trahissent seules le noir enfer intérieur qui m'habite
Comme des corps privés de sépultures
les hommes se promènent dans le jardin de mes yeux
Rêveurs incompréhensibles
ou seul suis-je frappé par une main desséchée
dans ce désert peuplé parmi ces arides fleurs

J'aime et je suis aimé Rien ne nous sépare
Pourquoi donc être triste au coeur splendide de l'amour
Le monde hoche sa tête Je Sais Tout stupide
J'aime et cependant la vie est intolérable à mourir
J'aime et cependant il faudra tout à l'heure que je hurle
Je traine à mes pas le manteau fantomatique des arrières-pensées
Une chaîne de perfectionnements à la douleur morale
cliquette à mes pieds épouvantablement malheureux
J'aime et nous nous aimons mais au milieu d'un naufrage
mais à la pointe d'un poignard et je ne peux pas
je ne peux pas voir le mal que cela va te faire
Tes yeux tes yeux mon amour révulsés par ce qui n'est pas le plaisir
Qu'on arrache de moi mon coeur avec des tenailles
qu'on en finisse avec ma tête qui se décolle
Je bois un lait pareil à l'encre et l'heure de midi
ressemble au charbon des marais
où se flétrit la sphaigne que je prends pour moi dans les miroirs
Je t'aime je t'aime mais
dans une soute au moment de sauter Impatience
Ignoble impatience de savoir si cela fera très mal

Probablement que l'univers juge un criminel en ma personne
et ne notera que les défaillances et l'allure
Cet homme dans les journaux du matin qui décapita sa maîtresse
tandis qu'elle dormait près de lui sanglotait au tribunal
Il l'avait tuée dans la chambre puis
dans la cave avec un couteau ensuite avec une scie
il détacha la tête adorable pour mettre
le corps dans un sac malheureusement un peu petit
Il sanglotait au tribunal
Ne sommes-nous point pareils aux palmes du palmier
qui grandissent accolées fleurissent et fructifient
pour donner une image du parfait amour
L'automne arrive les mains pleines d'illusions lumineuses
Quel est ce crime qui fait que je sanglote
Voyez mon amour est vivant Montre-toi chérie
Vous ne prouverez rien L'alibi vert comme une forêt
s'étend à l'horizon où chantent inutilement les corbeaux
Seulement à chaque arbre est un pendu qui se balance
à chaque feuille une tache de sang

Quel est pire du ciel de l'aube ou du bitume du soir
Je ne sais pas ce qui me retient de mordre les passants sur les boulevards
L'amertume qui monte en moi peut être le premier flot d'un déluge
auprès duquel l'autre a l'air d'un vulgaire accident de vidange
Je me souviens qu'en quinze cent quarante et un
près de Pavie
quand on me prit dans la campagne où j'errais
en proie aux premières atteintes du mal
les paysans ne voulurent pas me croire quand je leur dis la vérité
Ils refusèrent de me prendre pour un loup furieux
à cause de ma peau humaine et Thomas
éternels de la science expérimentale
quand je leur avouai que ma peau lupique était cachée
entre cuir et chair
avec leurs poignards ils me fendirent les membres et le tronc
pour vérifier mes assertions mélancoliques
Ils ne touchèrent pas au visage
effrayés par la poésie atroce de mes traits
Qu'est-ce qui me pousse à hurler dans les tombeaux
Qu'est-ce qui fait que je gratte irrésistiblement la poussière
où dorment les amoureux décomposés
Que vas-tu déterrer comme si la lumière vivante
n'avait pas assez des blessures des vivants
A moi le langage ténébreux des suppliciés de la chaise électrique
le vocabulaire ultime des guillotinés
L'existence est un oeil crevé Que l'on m'entende
bien un oeil qu'on crève à tout instant
le harakiri sans fin J'enrage
à voir le calme idiot qui accueille mes cris
Voilà pourquoi je veux sortir des fosses hypocrites
les morts de mort violente à la prunelle horrifiée
je veux démurer les victimes des catastrophes
dont le squelette garde une posture terrorisée
qui convient à merveille à ces jours que nous traversons

Il y a disait justement ma voisine
des gens qui se foutent à l'eau
Si je suis une bête écumante à qui le monde
remonte avec la bave il serait très simple d'en finir
Mon amour mon amour entends-tu ce blasphème
Ce n'est pas la pâleur de l'amour ce n'est pas la pâleur de la mort
mais celle des loups qui est sur mon visage
Je ne peux pas mourir à cause de cette fleur immense
dont je ne puis supporter que se referme le calice
On a fait un progrès considérable en matière de torture
sur le cobaye que je suis
sur le fauve cobaye que je suis les deux mains
prises dans deux portes
l'amour la mort
et des hercules abstraits appuient sur ces deux portes
avec toute la lenteur assurée d'un numéro de music-hall
exécuté sans le moindre effort apparent
N'as-tu donc jamais remarqué que mes baisers ressemblaient aux paroles sacrilèges
qui sont tout ce qui reste à dire aux esclaves écartelés
N'as-tu donc jamais remarqué que je t'aime tandis qu'on me tue
Que c'est toujours la dernière fois que je jouis dans tes bras
Tes bras qui sont si beaux que c'est bien cela
le plus terrible

Tout se terminera d'une façon sauvage
Je serais de toi je ferais jeter ton amant aux bêtes
ou je le ferais voir par traîtrise à un médecin aliéniste
ou bien je le tuerais froidement
mon amour
pendant son sommeil tandis qu'il est nu et blême
que les loups surgissent autour des cimetières où dorment
les belles journées qu'on a eues ensemble mon amour
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Jeu 23 Avr 2015 - 23:07

J'aime quand Aragon se révolte, insulte, bave, grogne, crie.
Assez du poète doucereux, soumis et idolâtre, qu'il morde et qu'il exulte !

"Ne me réveillez pas, nom de Dieu, salauds, ne me réveillez pas, attention je mords je vois rouge. Quelle horreur encore le jour encore la chiennerie l'instabilité l'aigreur. Je veux rentrer dans la mer aveugle assez d'éclairs qu'est-ce que ça signifie ces orages continuels on veut me faire vivre la vie du tonnerre on a remplacé mes oreilles par des plaques de tôle il y a des coups de grisou à chaque respiration de ma poitrine mes mineurs s'enfuient dans des galeries d'angoisse ça saute ça saute à qui mieux mieux. Mais ce n'est pas le jour c'est la dynamite. On passe des épées dans mes paupières on enfonce des doigts dans ma gorge on frotte ma peau des graviers du réveil. N'arrachez pas mes ongles plongés dans le terreau des songes ma chair colle à l'ombre la nuit est dans ma bouche mon sang ne veut pas couler. Je dors nom de dieu je dors.
Brutes je vais crier je crie brutes fils de truies enculées par les prie-Dieu avortons de caleçons sales boues des chiottes mailles sautées au bas des putains crapauds domestiques muqueuses purulentes vermines lâchez-moi roulures de rhododendrons poils d'aisselle bougies tontes de poux suints de rats copeaux copeaux noires déjections lâchez-moi je vous tue je vous pile je vous arrache les couilles je vous mâche le nez je vous je vous piétine.
Mort mort ils vont donc me réveiller ils me réveillent. A moi les cascades les trombes les cyclones l'onyx le fond des miroirs le trou des prunelles le deuil la saleté la pornographie les cafards le crime l'ébène le bétel les moutons de l'Afrique à face d'hommes la prêtraille à moi l'encre des seiches le cambouis les chiques les dents cariées les vents du nord la peste à moi l'ordure et la mélancolie la glu épaisse la paranoïa la peur à moi les ténèbres sifflantes depuis les cavalcades d'incendies les villes de charbon et les tourbières les exhalaisons puantes des chemins de fer dans les cités de brique tout ce qui ressemble au fard des nuits sans lune tout ce qui se déchire devant les yeux en taches en mouches en escarbilles en mirages de mort en hurlements en désespoir crachats de cachou crabes de réglisse rages résidus magiques muscats phoques on colloïdal puits sans fond. A moi le noir.
Culs fientes vomissures lopes lopes cochons pourris marrons d'Inde saumure d'urine excréments crachats sanglants règles pouah sueur de chenilles colle morve bavure vous vous pus et vieux foutre abominables sanies enflures vessies crevées cons moisis mous merdeux renvois d'ail.
Si vous avez aimé rien qu'une fois au monde ne me réveillez pas si vous avez aimé !"

Le Con d'Irène Aragon - Edition Le Petit Mercure - Chapitre 1.

C'est fou ce qu'on peut faire avec des mots.
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Ven 24 Avr 2015 - 12:11

et grand merci pour cet extrait !

faut un sacré souffle pour une lecture !

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Dolores Haze
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Ven 24 Avr 2015 - 15:07

À croire que ça ne se lit pas mais que ça se scande.
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Quasimodo
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MessageSujet: Re: Louis Aragon   Dim 25 Sep 2016 - 21:54

Complainte de Robert le diable

Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval
Quand tu parlais du sang jeune homme singulier
Scandant la cruauté de tes vers réguliers
Le rire des bouchers t’escortait dans les Halles

Parmi les diables chargés de chair tu noyais
Je ne sais quels chagrins Ou bien quels blue devils
Tu traînais au bal derrière l’Hôtel-de-Ville
Dans les ombres koscher d’un Quatorze-Juillet

Tu avais en ces jours ces accents de gageure
Que j’entends retentir à travers les années
Poète de vingt ans d’avance assassiné
Et que vengeaient déjà le blasphème et l’injure

Tu parcourais la vie avec des yeux royaux
Quand je t’ai rencontré revenant du Maroc
C’était un temps maudit peuplé de gens baroques
Qui jouaient dans la brumes à des jeux déloyaux

Debout sous un porche avec un cornet de frites
Te voilà par mauvais temps près de Saint-Merry
Dévisageant le monde avec effronterie
De ton regard pareil à celui d’Amphitrite

Enorme et palpitant d’une pâle buée
Et le sol à ton pied comme au sein nu l’écume
Se couvre de mégots de crachats de légumes
Dans les pas de la pluie et des prostituées

Et c’est encore toi sans fin qui te promènes
Berger des longs désirs et des songes brisés
Sous les arbres obscurs dans les Champs-Elysées
Jusqu’à l’épuisement de la nuit ton domaine

Tu te hâtes plus tard le long des quais Robert
Quand Paris se défarde et peu à peu s'éteint
Au geste machinal que fait dans le matin
L'homme bleu qui s'en va mouchant les réverbères

Oh la Gare de l’Est et le premier croissant
Le café noir qu’on prend près du percolateur
Les journaux frais Les boulevards pleins de senteurs
Les bouches du métro qui cachent les passants

La ville un peu partout garde de ton passage
Une ombre de couleur à ses frontons salis
Et quand le jour se lève au Sacré-Coeur pâli
Quand sur le Panthéon comme un équarissage

Le crépuscule met ses lambeaux écorchés
Quand le vent hurle aux loups dessous le Pont-au-Change
Quand le soleil au Bois roule avec les oranges
Quand la lune s’assied de clocher en clocher

Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne

Je pense à toi Desnos et je revois tes yeux
Qu’explique seulement l’avenir qu’ils reflètent
Sans cela d’où pourrait leur venir ô poète
Ce bleu qu’ils ont en eux et qui dément les cieux
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