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 Kem Nunn

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Cassiopée
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Cassiopée

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MessageSujet: Kem Nunn   Kem Nunn Icon_minitimeMer 21 Sep 2011 - 10:19

Kem Nunn, né en 1948 à Pomona en Californie est un scénariste de séries télévisées et un romancier américain, connu pour ses romans policiers mettant en scène le monde du surf.

Kem Nunn Kem_nu10

Il passe sa jeunesse en Californie du Sud à surfer et à faire des petits boulots. Il étudie un temps à l'Université de Californie à Irvine qu'il quitte sans diplôme. Il écrit en 1984 le roman Tapping the source (Comme frère et sœur en français, nouvelle traduction sous le titre Surf City) suivi du roman Unassigned Territory en 1986. Il vend les droits d'adaptations et continue à vivre de sa passion, écrivant des articles pour des magazines de surf et poursuivant son œuvre d'écrivain. Il publie Pomona queen en 1992 (La Reine de Pomona), Dogs of winter en 1997 (Le Sabot du diable) et Tijuana straits en 2004. Il travaille également comme producteur et scénariste pour les séries Sons of Anarchy et Deadwood. Il imagine et réalise avec David Milch la série John from Cincinnati dont il signe le scénario des dix épisodes.

Sa trilogie sur le surf en a fait un des auteurs les plus lus par cette communauté. Son style à la fois lyrique et hyper réaliste rappelle l'univers de Jim Harrison. Ses personnages, sympathiques, souvent en quête de rédemption pourraient avoir été créés par Bruce Springsteen, Raymond Chandler ou Ernest Hemingway.
Ses thèmes : l'Amérique et ses mythes perdus, l'écologie, l'océan, le surf.

Bibliographie

1984 Surf City
1986 Unassigned Territory
1992 La Reine de Pomona
1997 Le Sabot du diable
2004 Tijuana Straits
2014 Chance

source : wikipedia




Titre :
Tijuana Straits


Citation :

« On dit que ce sont nos choix qui font ce que nous sommes. »

Tijuana Straits ? C’est quoi ce titre ?

Les Straits ce sont des courants violents présents dans la rivière Tijuana dans la baie du même nom entre Mexique et Etats-Unis.
Une rivière que certains traversent à la nage pour aller vers un monde qu’ils espèrent meilleur prenant alors le risque d’être emportés par des courants.
Une rivière, terrain de jeu dangereux, pour des surfeurs aventureux.
Une rivière polluée par les maqualidoras qui y versent leur saleté. Pour mémoire, les maquiladoras, ce sont les usines installées à la frontière (côté Mexique) pour bénéficier des exonérations fiscales, de main d’œuvre bon marché travaillant dans de mauvaises conditions d’hygiène, obligée de se taire et de besogner dans des situations déplorables pour gagner quelques sous En partie à cause de cela, Tijuana est une des villes qui a connu la plus forte croissance démographique dans les années 70-80.

C’est donc un roman fortement imprégné de l’histoire de deux pays et porteur de messages que Kem Nunn a écrit.

Sam Fahey, surnommé « La Mouette », ancien surfeur de haut niveau vit seul (l’auteur est passionné de surf et les analyses techniques sont précises), dans un coin isolé en Californie, comme « un sauvage » . Après avoir fait de mauvais choix, il essaie de se (re)construire, d’avancer en prenant les jours les uns après les autres accompagné de la drogue, la boisson et de ses chiens ….Il cache des blessures morales, physiques, profondes.
Il a accepté de se charger de la protection des pluviers d’occident et des râles au pied léger.
Les coyotes, les humains qui marchent n’importe où et abiment les nids peuvent être de vrais prédateurs pour ces oiseaux rares.
Un matin où il surveille la côte dans ce but il va croiser la route d’une jeune mexicaine qui lui demande de l’aide.
Il a très envie de l’ignorer et de ne pas la « voir » …. mais …..
Magdalena va donc faire irruption dans sa vie. Il vivra cette rencontre comme une rédemption, un moyen d’en finir (en finit-on vraiment ?) avec son passé lourd comme un boulet …
Elle, c’est une femme qui travaille avec une avocate et qui veut lutter contre les maquiladoras.
Elle est persuadée que les mexicains sont malades (enfants mal formés qui obligent les femmes à avorter, autres affections plus ou moins graves …) à cause de la pollution des usines. Elle a mené une enquête. Ses découvertes dérangent et on cherche à la faire taire …. Elle fuit et se retrouve face à « La Mouette » …..

La relation entre Sam et Magdalena ne sera pas simple, les « blessés » de la vie sont toujours gênés, mal à l’aise pour aller au devant de l’autre, des autres  Il va leur être nécessaire de s’apprivoiser, de se comprendre, de s’écouter aussi parfois (et certains silences sont de vraies conversations …) afin de s’aider, s’épauler et agir ….

Citation :
- Je ne savais pas que vous étiez philosophe.
- Je suis vermiculteur.

Les personnages secondaires, dont Armando qui a une part importante, sont quelquefois un peu caricaturaux mais bien intégrés dans le déroulement de l’intrigue.

L’auteur, qui pour moi, est un « grand «  (il ne se disperse pas et écrit peu mais du « lourd »), a su, nous transmettre plusieurs avertissements dont ceux de prendre en compte l’environnement et l’écologie, de ne pas oublier les droits de l’homme face au travail et à la maladie entre autres, de ne pas laisser les « grands » de ce monde phagocyter les plus petits mais aussi une authentique philosophie de vie à travers le personnage de Sam, qui trouve dans le surf et la nature (entre autres avec son rôle de protecteur des oiseaux), une réalité que nous oublions souvent dans ce monde qui va trop vite : « Carpe diem, demain est un autre jour … il sera ce que j’en ferai …..»

Citation :
« Ça voulait dire que, en plus de savoir surfer, vous saviez nager, plonger, naviguer, pêcher …. ça voulait dire vivre en harmonie avec la mer, avec tous les éléments en fait …. »

C’est un livre magnifique, douloureux, sombre, les descriptions sont « parlantes » que ce soit dans les moments calmes ou dans ceux qui « bougent » plus. Il y a comme un voile de tristesse qui plane et quelques lueurs d’espoir lorsque les protagonistes essaient de lutter contre les éléments naturels ou contre les hommes ….

Citation :
« Il faut le vouloir. On essaie de déterminer tous les signes, de déterminer un chemin. On essaie de se servir de sa tête. Mais en fait, ce qu’il faut vraiment, c’est le vouloir. »

L’écriture est superbe, les mots pesés mais pas lourds, une ambiance flotte dans ce roman.
Le surf est évoqué tout au long de l’histoire comme pour nous apaiser et nous aider à supporter l’horreur décrite à côté, les actes de ces hommes pour qui l’Autre (avec une majuscule) n’existe pas ….

Une lecture qui ne vous quitte pas tout à fait une fois la dernière page refermée …..




Dernière édition par animal le Mer 26 Aoû 2015 - 22:47, édité 1 fois (Raison : maj bio)
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shanidar
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MessageSujet: Re: Kem Nunn   Kem Nunn Icon_minitimeDim 23 Aoû 2015 - 11:54

Kem Nunn Tijuan10 Tijuana Straits

Tout commence avec l'échouage sur une plage de sable blanc d'une jeune femme exténuée. Elle vient de traverser la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis et tombe dans les pommes. Sur la plage, un pauvre type du nom de Fahey traque une meute de chiens. Commence alors une longue analepse qui va permettre au lecteur de découvrir la vie pourrie de Fahey ; jeune surfeur destiné à être adulé par les foules de filles en bikini, il a renoncé à prendre la vague, passe ses journées à élever des asticots dans sa ferme vermicole en buvant des bières qu'il agrémente de valium… Rien de bien glorieux pour ce pauvre hère sous le soleil américain. Et c'est là que se cache la première bonne surprise du roman de Kem Nunn : il ne s'agit pas juste d'un polar cafardeux à la frontière entre deux états mais le constat sans tricherie qu'il n'y a finalement que bien peu de différence de Tijuana à San Diego. La mer est tout aussi polluée d'un côté que de l'autre de la passe de Tijuana, la vie est aussi peu affriolante, le fric est toujours un problème et entre les amphètes et le sniff de colle, on peut aussi préférer la pipe de crack… Joyeux !

Car de l'autre côté de la frontière, en une sorte d'alter ego déglinguo et dégingandé, il y a Armando, jeune mexicain qui rêvait de devenir boxeur professionnel, se prend quelques torgnoles en arrivant à Tijuana, finit comme tout le monde par bosser dans une usine sans aucune sécurité sanitaire, se met à sniffer de la colle, tombe amoureux, habite une masure de carton avec sa douce qui enfante un monstre. Le bébé-tumeur meurt à l'hôpital et le père pète totalement les plombs, s'enfonçant dans les marécages boueux qui longent les usines désaffectées… Ces usines que de riches américains exploitent ou abandonnent sans que jamais l'Etat mexicain ne leur demande des comptes.

Fahey tente de vivre en ermite et en amoureux de la nature hostile qui l'entoure. Il aime et surveille les oiseaux qui peuplent encore, quoique rarement les plages qui l'environnent, il espère un jour pouvoir sortir de son marasme grâce aux lombrics mais quelque chose en lui est naturellement pourri et le conduit au naufrage. Il a beau parfois rêver encore d'une gloire improbable, accroché dans son sommeil drogué à sa planche de surf, il semble bien que rien ne puisse l'aider à sortir de son marasme intime…

A moins que cette femme surgie des eaux, cette Apocalypse (qui veut dire révélation), cette Magdalena de tous les diables, parviennent à faire rejaillir un peu de sa beauté, un peu de sa bonté et de son activisme dans la vie de Fahey… mais attention, car Armando veille…

J'ai éprouvé un énorme plaisir à lire ce livre atypique, mélange sportif de déglingue et de tendresse, de vie rosse et d'entraide inattendue, plein d'une attention portée à la nature pratiquement aussi déficiente que celle des hommes, une nature détraquée par l'action des industriels, ceux qui laissent derrière eux des trainées de solvants, des vies détruites, des âmes malades. Rien de bien joli joli et pourtant je me suis prise au jeu de ce roman social et hybride, lumineux par instants et profondément déjanté.

La très bonne pioche de l'été !!

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MessageSujet: Re: Kem Nunn   Kem Nunn Icon_minitimeDim 23 Aoû 2015 - 12:05

C'est tentant !

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Kem Nunn   Kem Nunn Icon_minitimeDim 23 Aoû 2015 - 12:22

Un petit extrait pris au hasard :

Citation :
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Il y a un truc qui pue, répondit l'Indien. Je crois que ça vient de là-dedans.
- Tu parles !
- Alors jette un coup d'œil.
Armando s'approcha de lui par-derrière.
- Jette un coup d'œil là-dessus, cabron.
Il le poignarda dans le rein, puis lui asséna un coup de couteau dans le foie. L'homme le regarda dans les yeux, les siens prenant un aspect vitreux, et il n'eut pas le temps de poser toutes les questions qu'ils exprimaient.
Mais Armando se pencha un tout petit peu pour lui glisser à l'oreille :
- Hijo de la chingada.
C'était peut-être la plus mélancolique de toutes les insultes mexicaines car elle exprimait davantage que la somme de ses composantes et témoignait aussi de l'appartenance à un peuple, ou c'est du moins ce qu'Armando avait toujours imaginé dans la mesure où le peuple incriminé de la sorte n'était autre que le sien.
Ce fut donc à peu près l'équivalent de "Fils d'enculée" qu'Armando murmura à l'oreille du mourant. Mais il aurait tout aussi bien pu se parler à lui-même.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Kem Nunn   Kem Nunn Icon_minitimeDim 23 Aoû 2015 - 15:24

je vais noter, il est à ma médiathèque, mais réservé pour l'instant.


merci pour ton commentaire Shanidar, je pense que je vais aimer !

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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