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 Prosper Mérimée

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shanidar
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MessageSujet: Prosper Mérimée   Jeu 22 Sep 2011 - 20:27


1803-1870

Prosper Mérimée nait en 1803 dans une famille bourgeoise, parisienne et d'intellectuels. Son père est peintre, bientôt secrétaire perpétuel de l'école des Beaux-arts ; sa mère dessine. Très vite, Mérimée s'adonne à la peinture, mais pour faire plaisir à papa il passe une licence de droit. Cosmopolite, grand voyageur, traducteur de russe, Mérimée est un infatiguable dilettante, touche-à-tout auquel on reproche d'être un peu sec (Sainte-Beuve...). Proche de la comtesse de Montijo, future Impératrice Eugénie c'est elle qui lui souffle l'histoire qui le rendra particulièrement célèbre : Carmen. L'homme est aussi inspecteur des monuments historiques, rationaliste, athée, il sauvera de la destruction ou de la ruine un grand nombre d'églises. Ami de Viollet-le-duc, il passe des mois entiers à sillonner la France, l'Espagne ou l'Angleterre à la recherche d'un pittoresque, d'une couleur locale qui fait sa joie.
Surtout, l'homme a un goût prononcé pour la mystification, d'ailleurs la bague qu'il porte a pour devise (je vous épargne le grec) : Souviens-toi de te méfier. Tout un programme ! Sa première publication se fait donc sous le nom d'une femme, il s'agit du Théâtre de Clara Gazul, sur la page de couverture une femme est dessinée mais elle a les traits de Mérimée et en relevant la mantille on découvre l'auteur ! Sa deuxième oeuvre, est elle aussi signée par un pseudo : Guzla... On découvre ici l'humour, la facétie, voir l'ironie de l'auteur, ainsi qu'une certaine tendance à la pudeur.
Mérimée est tout est son contraire, rationnaliste il se passionne pour le surnaturel, historien il déclare n'aimer que l'anecdote, athée il demandera le service d'un pasteur à l'heure de succomber...
Une vie à l'image d'un siècle tiraillé entre Progrès et Religion, Raison et Superstition, Royauté et Révolution...

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shanidar
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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Ven 23 Sep 2011 - 10:45

Les âmes du purgatoire suivi de Carmen



Les deux nouvelles se déroulent en Espagne mais c'est à peu près leur seul lien. Dans Les âmes du purgatoire, le lecteur découvre Don Juan, jeune homme pieux et cultivé que ses parents envoient à l'université pour y parfaire ses connaissances. Là il rencontre son âme damnée : Don Garcia qui va l'initier aux plaisirs de la chairs, de la débauche et de la perversion (ils iront jusqu'à jouer leurs maitresses aux cartes !). Puis on assiste à un duel, les deux jeunes hommes doivent s'enfuir, intègrent l'armée, se battent valeureusement tout en continuant à boire et à forniquer. L'un meurt en reniant toujours la religion, Don Juan rentre en Espagne, assiste à son propre enterrement en une scène de pur surnaturel et se (re)convertit. Il devient même un Saint (qui n'hésite pas à occire un homme mais l'Eglise le protège et il reste un Saint...).

Loin d'être un conte moral cette nouvelle qui nous rappelle l'atmosphère légère et virevoltante de Cyrano de Bergerac par Rostand, elle une charge contre l'Eglise qui ment, achète et vend les âmes ; contre l'université qui laisse la jeunesse s'encanailler ; contre l'armée qui ne les forment pas plus ; contre la misogynie... Don Juan est présenté comme un butor, plus souvent capable de tirer l'épée que d'avoir une pensée, un être qui se laisse guider par le diable, exactement comme Don José sera mené par Carmen, pas plus intelligent, pas plus fin qu'un autre, prisonnier des références culturelles de son époque, il est le reflet d'une société dans laquelle l'orgueil masculin est vénéré. Le texte brille par son humour, son décalage, l'ironie sous-jacente qui perce à chaque attaque contre l'ordre.

Beaucoup moins passionnante est Carmen, il faut bien l'avouer. Comme si cette nouvelle n'était qu'un prétexte à explorer les moeurs et surtout la langue des Bohémiens, que Mérimée présente à sa façon : légère. Le propos est assez loin de ce qu'en ont fait Halévy et Meilhac pour l'opéra de Bizet. La psychologie des personnages est survolée, Carmen est une sorcière, bohémienne et diablesse, éprise de liberté ; Don José est un nigaud, amoureux, fat, bagarreur, qui fait porter le chapeau de sa décadence à sa compagne (et oui, c'est plus facile...). Le picador, Don Lucas survient l'espace de deux pages et se retrouve encorné plus vite qu'on le pensait, on est loin du prestigieux toréador... Bref, une petite déception à la lecture de cette Carmen bien timorée...

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Jeu 23 Aoû 2012 - 9:48

1572, chronique du règne de Charles IX


Écrit en 1828, 1572, Chronique du règne de Charles IX est publié à l’âge d’or du roman historique. Mettant en scène les deux frères de Mergy, Bernard étant protestant et George ayant rejoint la religion catholique, le récit s’inscrit dans le contexte des guerres et de religions et se veut une photographie des mœurs de la noblesse à cette époque. Il y a un peu de d’Artagnan dans le personnage de Bernard de Mergy, jeune cadet de province monté à Paris pour y rencontrer l’amiral Coligny, le chef du camp protestant. Mais c’est George qui constitue sans aucun doute la figure la plus marquante du récit, incarnant à la fois l’amour fraternel et la tentation de l’athéisme. Comme l’indique avec justesse la notice du roman, les huit premiers chapitres permettent de se familiariser aussi bien avec les mœurs de l’époque, les villes et les villages livrés au pillage, le Paris de Charles IX, la cour et les courtisans, qu’avec les règles qui régissent le duel ou bien encore les débats religieux qui agitent alors le royaume de France. Ensuite l’intrigue s’accélère, entremêlant l’habituelle trame amoureuse à l’explosion paroxysmique de la Saint-Barthélemy. Au sujet de cette nuit tragique de l’histoire de France, qui vit des milliers de huguenots massacrés par les catholiques, Prosper Mérimée indique dans sa préface qu’il n’adhère pas à la version d’une conjuration du roi contre une partie de son peuple. Selon lui, le massacre de la Saint-Barthélémy était plutôt « l’effet d’une insurrection populaire qui ne pouvait être prévue, et qui fut improvisée ». Un avis qui tranche étrangement avec l’impression laissée par cette Chronique du règne de Charles IX, où sourde la menace permanente de la haine fanatique et du complot catholique. Offrant au lecteur une chute des plus ouvertes, l’auteur termine son récit au cœur du siège de La Rochelle, affrontement emblématique de la séparation de la nation en deux camps ennemis.

Ce roman historique propose au final un canevas narratif classique mais efficace, surtout en ce qui concerne la mise en lumière originale des grands acteurs de cette année 1572, à savoir Charles IX, Coligny et La Noue.
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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Dim 10 Nov 2013 - 9:33

Lokis (1869)




Peu de choses sont nécessaires pour lancer une nouvelle. Un mot et place à l’imaginaire. Prenons « Lokis » : « Vous savez que dans le roman de Renart l’ours s’appelle damp Brun. Chez les Slaves, on le nomme Michel, Miszka en lithuanien, et ce surnom remplace presque toujours le nom générique, Lokis ».


Prosper Mérimée, à côté de ses charges administratives laissant peu de place à la fantaisie, nourrissait une passion immodérée pour les cultures et les langues slaves. Sans doute, la réputation mystérieuse et fantasmagorique des terres des Carpates lui plaisait le plus et lui permettait d’abandonner pour l’espace de quelques heures son travail quotidien plus rébarbatif. Le mélange de cet attrait pour le fantastique et d’une rigueur plus classique se conjuguent pour donner naissance à cette nouvelle qui ne se laissera pas lire comme une histoire du Petit ours brun. Les récits s’enchâssent parfois sur trois niveaux, laissant d’abord s’exprimer un professeur de langues slaves (un représentant du caractère occidental et rationnel type Mérimée ?) qui raconte à ses auditeurs l’histoire d’un comte lithuanien lui-même peu avare d’anecdotes et de légendes folkloriques. Les différents niveaux de réalité se confondent dans un brouillard d’histoires au sein duquel on peinera à dépêtrer le vrai du faux. Si le professeur ne se laisse pas intimider par les racontars grotesques, fantasmes cannibales et zoophiles de peuples en proie à leur imagination (mais en est-on vraiment sûr ?), il ne pourra nier les agissements parfois étranges de son hôte, son goût pour l’espionnage, ses sautes d’humeur imprévisibles et ses accès de brutalité incontrôlables. La question qui sous-tend l’histoire de Lokis est celle de découvrir la véritable nature du comte. Bien mal armé le professeur rationnel, qui croira pouvoir expliquer le surnaturel du haut de ses quelques pauvres connaissances encyclopédiques.


Prosper Mérimée joue essentiellement sur l’attente pour conduire sa nouvelle jusqu’à son terme. L’ambiance qu’il installe est propice au surgissement du fantastique mais le fantastique en lui-même n’apparaît jamais franchement, comme si Mérimée, partagé entre sa culture occidentale rationnelle et l’esprit plus irrationnel qu’il attribue à la culture slave, n’arrivait lui-même jamais à trancher franchement en faveur d’une tendance plutôt que d’une autre. Le ton légèrement ironique nous laisserait croire que la raison n’attire pas ses faveurs, mais les longues considérations spéculatives nous font pourtant comprendre que Mérimée ne peut se détacher de son éducation tout en théorie. La lecture est laborieuse et ne laisse qu’une minuscule place à l’onirisme et au fantastique. Lokis est surtout un joli petit abrégé folklorique slave –à peine caricatural- à l’usage des occidentaux curieux. Santé !


« Je vois avec douleur […] que nos vieilles coutumes se perdent. Jamais nos pères n’eussent porté ce toast avec des verres de cristal. Nous buvions dans le soulier de la mariée, et même dans sa botte, car de mon temps les dames portaient des bottes en maroquin rouge. »
 






Citation :
« Vous tenez une arme à feu chargée. Votre meilleur ami est là. L’idée vous vient de lui mettre une balle dans la tête. Vous avez la plus grande horreur d’un assassinat, et pourtant vous en avez la pensée. Je crois, messieurs, que si toutes les pensées qui nous viennent en tête dans l’espace d’une heure… je crois que si toutes vos pensées, monsieur le professeur, que je tiens pour un sage, étaient écrites, elles formeraient un volume in-folio peut-être, d’après lequel il n’y a pas un avocat qui ne plaidât avec succès votre interdiction, pas un juge qui ne vous mît en prison ou bien dans une maison de fous. »

*peinturede Theodor Kittelsen: L'ours-roi Valemon

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Dim 10 Nov 2013 - 12:50

Un abgrégé folklorique slave fait un peu curieux à notre époque, qui classe maintenant le lituanien dans un groupe à part, celui des langues et peuples baltes...Mais à l'époque de Mérimée on faisait effectivement l'amalgame.

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Mar 12 Nov 2013 - 12:52

Les dispositions géographique et politiques étaient différentes je crois ?

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Mar 12 Nov 2013 - 17:54

Et surtout les connaissances, en particulier linguistiques ont progressées, cela étant évidemment lié aux dispositions politiques.

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Lun 2 Déc 2013 - 21:06

La Vénus d'Ille (1835)




La Vénus d’Ille fait partie de ces nouvelles qui traînent à leurs basques une réputation telle qu’il ne semble plus utile de les lire pour les connaître. Les commentaires, résumés et explications issus de la Vénus sont si nombreux qu’on imagine un récit à rallonge tenant davantage du roman court que de la nouvelle. En réalité, La Vénus d’Ille de Prosper Mérimée est très courte et peu loquace.  


Le narrateur, un archéologue parisien, se rend en province dans la commune d’Ille auprès de la famille de Peyrehorade afin d’observer une antiquité mise à jour récemment –la fameuse Vénus. Véritable arlésienne, celle-ci tarde à faire son apparition. Le narrateur fait bon voyage, rencontre les Peyrehorade, observe ses hôtes, partage un repas avec eux, parle à des autochtones, s’attendrissant presque de l’aura de superstition qui tourne autour de la figure de la statue. Elle a blessé le pauvre Jean Coll après que celui-ci lui a malencontreusement asséné un coup de pelle et cela suffit pour déchaîner les fureurs et les passions. Finalement, le narrateur finit par découvrir la fameuse Vénus. Tout se joue à ce moment-là du texte et Prosper Mérimée espère développer le sentiment de fantastique de sa nouvelle en quelques courtes pages de descriptions, parsemées d’impressions fugaces et incertaines. Comme un burineur, l’écrivain martèle par endroits, ébauchant une sensation et l’abandonnant à l’inspiration d’une autre forme. Son écriture noble et soignée constitue son seul outil ; d’ailleurs, la Vénus d’Ille ressemble à un défi personnel que se serait lancé Prosper Mérimée afin d’observer jusqu’à quel point sa littérature, en se contentant de suggérer, peut provoquer le malaise. Les finitions achevées, les parures posées sur les phrases de la Vénus, reste ensuite au lecteur d’achever le travail de contemplation pour se fondre avec l’œuvre créée par l’artiste. Si la bonne volonté ne se manifeste pas, rien n’y fera : la Vénus d’Ille se contentera d’être un objet pompeux et sans intérêt.


« Cette expression d’ironie infernale était augmentée peut-être par le contraste de ses yeux incrustés d’argent et très brillants avec la patine d’un ver noirâtre que le temps avait donnée à toute la statue. Ces yeux brillants produisaient une certaine illusion qui rappelait la réalité, la vie. Je me souvins de ce que m’avait dit mon guide, qu’elle faisait baisser les yeux à ceux qui la regardaient. Cela était presque vrai, et je ne pus me défendre d’un mouvement de colère contre moi-même en me sentant un peu mal à mon aise devant cette figure de bronze. »


Le narrateur s’éloigne. En réalité, il ne saura rien de la poursuite exacte des événements. Alphonse de Peyrehorade et la Vénus semblent liés par un pacte qui n’a rien à envier au serment diabolique mais que vaut cette supposition ? L’imagination a un pouvoir puissant et interprète les bruits et les visions –surtout lorsqu’elles surviennent dans l’imprécision nocturne- de façon à ce qu’elles puissent alimenter n’importe quelle légende. Et si Alphonse de Peyrehorade est seulement fou, alors sa folie est aussi mystérieuse et inquiétante qu’un pacte diabolique. Mais nous n’en saurons pas davantage, et Prosper Mérimée nous abandonne au doute. A nous de croire ce que nous préférons…



Mademoiselle Lange en Venus d'Anne-Louis Girodet-Trioson


Citation :
Il me montrait le socle de la statue, et j’y lus ces mots :

CAVE AMANTEM.

« Quid dicis, doctissime ? me demanda-t-il en se frottant
les mains. Voyons si nous nous rencontrerons sur le sens de ce
cave amantem !

– Mais, répondis-je, il y a deux sens. On peut traduire :
« Prends garde à celui qui t’aime, défie-toi des amants. » Mais, dans ce sens, je ne sais si cave amantem serait d’une bonne latinité. En voyant l’expression diabolique de la dame, je croirais plutôt que l’artiste a voulu mettre en garde le spectateur contre cette terrible beauté. Je traduirais donc : « Prends garde à toi si elle t’aime. » 

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Lun 2 Déc 2013 - 21:11

je me demande si je ne l'ai pas lue il y a bien longtemps. intense reflexion 

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Lun 2 Déc 2013 - 21:17

colimasson a écrit:
la Vénus d’Ille ressemble à un défi personnel que se serait lancé Prosper Mérimée afin d’observer jusqu’à quel point sa littérature, en se contentant de suggérer, peut provoquer le malaise.
Ton angle d'étude de La Vénus d'Ille est intéressant, Coli.

Ça me donne envie de le relire, j'adorais Prosper Mérimée quand j'étais ado, surtout cette nouvelle et Lokis d'ailleurs.
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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Jeu 5 Déc 2013 - 13:55

animal a écrit:
je me demande si je ne l'ai pas lue il y a bien longtemps. intense reflexion 
C'est une question que je me suis aussi posée avant de la lire... résultat des courses : je ne sais toujours pas si j'ai fait une lecture ou une re-lecture...

nezumi a écrit:


Ça me donne envie de le relire, j'adorais Prosper Mérimée quand j'étais ado, surtout cette nouvelle et Lokis d'ailleurs.
Et Prosper Mérimée a l'avantage d'écrire des nouvelles courtes qui se lisent très, très vite...

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Jeu 5 Déc 2013 - 15:03

J'ai lu la vénus d'Ille en quatrième en lecture détaillée en cours de français. On avait mis un temps fou (un ou deux mois) à finir la nouvelle (pourtant pas si longue) à cause des fiches de questions infinissables auxquelles il fallait répondre à chaque fois (repérer toutes les figures de styles, les mots se rapportant à des champs sémantiques précis...). Mon souvenir est donc un peu entaché par cette expérience mais j'ai conservé une sensation plutôt bonne et en même temps de peur devant un récit qui m'a paru froid, extrêmement étrange et flou. Pour rien au monde je n'oserai la relire même si le commentaire de colimasson me fait dire que ma lecture ne s'est peut-être pas fait dans les meilleurs conditions. Merci pour cet avis.
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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Sam 7 Déc 2013 - 9:18

titete a écrit:
On avait mis un temps fou (un ou deux mois) à finir la nouvelle (pourtant pas si longue) à cause des fiches de questions infinissables auxquelles il fallait répondre à chaque fois (repérer toutes les figures de styles, les mots se rapportant à des champs sémantiques précis...).
:apeur: Tu m'étonnes que tu n'aies plus envie d'y replonger le nez...

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Lun 3 Fév 2014 - 20:43

Arsène Guillot (1844)




Si ce n’était pas un auteur aussi respecté que Mérimée qui l’avait écrite, l’histoire d’Arsène Guillot serait déjà oubliée depuis longtemps. Non pas qu’elle soit mauvaise, ni qu’elle soit complètement inintéressante (bien qu’on ait du mal à se passionner pour les faits qu’elle rapporte), mais parce qu’elle est moyenne –trop moyenne.


Arsène Guillot frappe l’esprit de Madame de Pienne, une jeune femme riche, pieuse et charitable, alors qu’elle se présente un matin à l’office religieux et sort une pièce pour acheter un cierge. Pourtant, Arsène ne semble pas aisée, ses guenilles et son air malheureux en témoignent. Est-ce par proximité d’âge et de sexe que Madame de Pienne se promet de bien surveiller cette Arsène ? Mais Madame de Pienne, frivole jusque dans ses promesses, oublie rapidement cette étrange rencontre, jusqu’au jour où elle apprend que la malheureuse jeune fille a tenté de se suicider en sautant par une fenêtre. Madame de Pienne se rend alors à son chevet et découvre l’existence misérable de cette âme restée pieuse et croyante jusque dans les plus tragiques adversités : jetée dans la galanterie par sa mère, puis désertée par cette même mère et par celui qui fut son amant. Après avoir écouté ces confidences, Madame de Pienne devient plus dévouée que jamais –à croire que ce sentiment s’accompagne souvent d’un attrait morbide pour le plus funeste que soi. Prosper Mérimée n’accentue pas le pathétique de l’histoire d’Arsène Guillot. Sobre et tout en retenu, il donne à ses confidences la forme qui convient au fond de droiture de ses personnages. On peut apprécier, ou s’ennuyer.


Souvenons-nous toutefois que Prosper Mérimée aime corser les situations et qu’il ne se prive pas, cette fois encore, à introduire un troisième personnage qui renouvelle le sort d’Arsène et de Madame de Pienne. Cette dernière reçoit la visite de Jean Max de Salligny, proche ami que seul le mariage et la conviction d’être irréprochable retiennent d’approcher davantage. La perfection morale risque de s’étioler lorsque Madame de Pienne comprend que Jean Max de Salligny n’est pas étranger à sa petite protégée Arsène Guillot. Cette fois encore, le pouvoir de suggestion reste plus puissant que la réalité. Il se passe finalement peu de choses dans cette nouvelle : les personnages comprennent dans le silence et font ellipse sur les comportements et les discours qui leur permettraient de résoudre leurs dissensions.


Si Arsène Guillot n’avait pas été écrite par Mérimée, on l’aurait peut-être déjà oubliée ; mais s’il ne l’avait pas écrite, peut-être se souviendrait-on moins de lui. Lors de sa publication dans des revues littéraires, entre 1830 et 1840, cette histoire mêlant amour, tromperie et sentiment religieux provoqua de nombreuses indignations. La préface nous permet de prendre conscience de l’étendue des réactions provoquées chez certains lecteurs lorsque Mérimée écrit : "On est devenu tellement cagot à Paris qu’à moins de se faire illuminé, jésuite et j.-f., il est impossible de ne pas passer pour athée et scélérat ». Et, conscient avant l’heure de la véritable valeur de sa nouvelle, il conclut comme pourrait le faire un lecteur du 21e siècle : « Je persiste qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat dans ma nouvelle ».



Citation :
« Je l’aime… je l’aime… Non… je ne l’aime pas. C’est un mot qui ne peut convenir ici… L’aimer : hélas ! non. J’ai cherché auprès d’elle une distraction à un sentiment plus sérieux qu’il fallait combattre… Cela vous semble ridicule, incompréhensible ? … La pureté de votre âme ne peut admettre que l’on cherche un pareil remède… »



*Henry Peach Robinson Fading Away, 1858

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MessageSujet: Re: Prosper Mérimée   Mar 18 Fév 2014 - 13:06

L'abbé Aubain (1844)




Sitôt lue, sitôt dissipée, fondue avec la nouvelle Arsène Guillot dont les thématiques et les progressions se fondent dans un mélange de cléricalisme douteux, d’amours secrets et d’aristocratie déchue. Rien d’étonnant à ce que L’abbé Aubain ne laisse pas de souvenir impérissable : Prosper Mérimée semble l’avoir pensée comme une private joke destinée à ses proches –on se demande d’ailleurs si elle les amusa vraiment :


« On croit retrouver, encore une fois, Mme Delessert sous le masque de Mme de P*** (initiale de Mme de Piennes) ; la nouvelle serait une petite vengeance contre elle, méritée par la trop grande attention qu’elle accordait aux hommages de Charles de Rémusat. On reconnaît aussi chez l’héroïne quelques traits de la studieuse Jenny Dacquin qui apprend, en effet, le grec, le latin et l’allemand, et que Mérimée aime à taquiner au sujet de ses professeurs inconnus de lui » (Notice)


Les propos sont gentils et cherchent explicitement à caresser le lecteur dans le sens du poil en lui procurant une légère dose d’hérésie de bon goût, ce qui correspondrait aujourd’hui à de la provocation facile, mais surtout de larges couches de bavardages mondains qui auront du mal à passionner le lecteur des siècles suivants. On remarque quelques piques aigres-douces essayant de relever un ensemble absolument terne. Celles-ci, à leur tour, disparaissent dans l’insignifiance de cette nouvelle.


Citation :
« Dimanche dernier, il nous a fait un sermon, pas trop mal pour un sermon de province, et qui venait comme de cire : « Que le malheur était un bienfait de la Providence pour épurer nos âmes ». Soit ! A ce compte, nous devons des remerciements à cet honnête agent de change qui a voulu nous épurer en nous emportant notre fortune. »


Citation :
« Les prêtres nous ressemblent à nous autres, pauvres femmes : tout sentiment vif est crime. Il n’y a de permis que de souffrir, encore pourvu qu’il n’y paraisse pas. »


*peinture de Charles Cottet, Messe basse en hiver

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