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 Giorgio Pressburger

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shanidar
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MessageSujet: Giorgio Pressburger   giorgio - Giorgio Pressburger EmptyMer 28 Sep 2011 - 10:08

giorgio - Giorgio Pressburger Pressb10

Giorgio Pressburger est né à Budapest en 1937, dans une famille de la bourgeoisie juive. Une grande partie de sa famille a été décimée par les nazis. En 1956, lorsque les chars russes envahissent la Hongrie, Giorgio part en exil en Italie. Il commence sa carrière artistique en participant à des émissions radiophoniques, puis il se lance dans la mise en scène (cinéma, théâtre et opéra). Il entreprend également des études scientifiques, en biologie et en particulier sur le fonctionnement du cerveau. Avec Nicola, son frère jumeau (décédé en 1985) il écrit deux livres : Histoire du huitième district (publié par Verdier en 89) et L'Eléphant vert (Actes Sud, 90). Seul, il publie :

La loi des espaces blancs (1990)

Jumeaux (1998)

La Neige et la Faute (2002, prix Elsa Morante)

L'horloge de Munich (2005, prix Viareggio)

La langue perdue (2008)

tous chez Actes Sud. A noter que cet auteur est fortement influencé par son appartenance à la religion juive (et en particulier par les persécutions subies pendant la guerre par cette communauté), influencé aussi par l'esprit de la Mitteleuropa (plus proche de Trieste que de Palerme) lié à ses origines hongroises.

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MessageSujet: Re: Giorgio Pressburger   giorgio - Giorgio Pressburger EmptyMer 28 Sep 2011 - 10:44

giorgio - Giorgio Pressburger Pressb10 illustration de couverture : Kamil Vojnar

Ce livre est une réécriture de la descente aux enfers de Dante dans La divine comédie. Le narrateur/auteur, malheureux, désespéré, au bord du gouffre, se rend chez une pythonisse et lui demande la faveur de pouvoir revoir son père et son frère jumeau décédés. Pour faire ce voyage, le narrateur sera accompagné par Freud, le fameux psychanalyste, tout comme Dante était accompagné par Virgile. Ce voyage, tout à la fois intérieur (sorte d'analyse qui va durer 5 ans) et voyage à travers le XXème siècle, ses horreurs, ses camps, ses assassins et ses assassinés, est une longue et désespérante plongée dans l'âme d'un siècle pourri.

Le narrateur, plongé dans les ténèbres, la putréfaction et les cris de douleurs, croise tout au long de sa route les grandes figures de ceux (essentiellement des juifs, mais pas seulement) qui furent balayés par les deux totalitarismes, hydre à deux têtes, d'un siècle dépecé. A l'instar de Dante, affligé et tremblant, se penchant sur les corps des errants de l'Enfer, le narrateur interroge tour à tour penseurs, écrivains, poètes, peintres, révolutionnaires qui marquèrent cette époque. Et en premier, Freud en guide tutélaire, mais aussi et pêle-mêle : Walter Benjamin, Arendt et son odieux amoureux, Rosa Luxembourg, Paul Celan, Primo Levi, Maïakovski, Anton Webern (superbe chapitre dédié à la mémoire du compositeur), Braque, Apollinaire, Max Jacob, Enrico Mattéi, Trotski, la Milena de Kafka, mais aussi les brigades rouges, Tina Modotti et bien d'autres encore en un tourbillon halluciné et incantatoire. Tous ou presque furent assassinés, tous tombèrent sous les coups d'un autre (traître ou ennemi, ami ou maîtresse). On assiste un peu groggy, à un déferlement de morts violentes, triste miroir de ce que furent les idéologies du XXème siècle.

Pour justifier son livre (et pas seulement dans le but d'une quête personnelle, qui reste le motif privé et primordial du roman, à savoir la recherche du père et du frère), Pressburger insiste sur deux choses : l'importance de laisser un témoignage aux générations futures, celles qui un jour ne sauront plus qui fut Marina Tsvetaïeva ou Ossip Mandelstam, ni Etty Hillesum ou Edith Stein. Laisser en héritage la trace écrite de ceux qu'ils furent, de leur destin, de l'animalité qui les tua. Et puis, continuer à dénoncer avec acharnement la passivité des états et des peuples, se dire que le Rwanda, la Serbie, le Soudan, ce n'est pas d'hier mais d'aujourd'hui, secouer les consciences, ne pas fermer les yeux. Pressburger a une dent contre les images qu'il aime peu, il préfère la pensée, les mots, le dire pour dénoncer les erreurs, les horreurs, les insuffisances de nos politiques, de nos intellectuels, de nos 'dirigeants'. Ce qui est utile et toujours nécessaire. (D'ailleurs, saviez-vous que c'est Hitchcock qui monta les images du camp de Birkenau avec pour seule demande de coller au plus près de la réalité, de ne PAS faire un film, justement ?).

Cependant, cette lecture est également deux fois difficiles : d'abord à cause de l'appareil de notes trop encombrant (parfois trois lignes de texte appellent une demie page de notes), avec parfois même des notes totalement inutiles (du genre : note 14 : voir note 13 !!!). Ce qui rend la lecture fastidieuse, hélas, trois fois hélas, car le propos est parfaitement cohérent et important. Et puis, ce livre servira sans doute à un public futur, mais il reste pour l'instant dans des évocations bien trop superficielles, j'aurai aimé moins de noms et plus de faits, moins de dates et plus d'actions. La descente est laborieuse et la lecture aussi, ce qui est bien dommage. A vouloir l'exhaustivité, l'auteur noie le lecteur dans une avalanche de personnages tous plus formidables et importants les uns que les autres, le propos perd notablement de sa force.

Certes, un livre important, foisonnant, témoignage condensé d'un siècle de rage et d'orages, mais un texte difficilement lisible, un brin lyrique voire emphatique, lourd, quelque fois indigeste. Mais le thème n'appelait pas à la légèreté...

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MessageSujet: Re: Giorgio Pressburger   giorgio - Giorgio Pressburger EmptyMer 28 Sep 2011 - 12:22

shanidar a écrit:
Anton Webern (superbe chapitre dédié à la mémoire du compositeur)

Si tu as le courage d'en recopier un passage d'avance merci! Very Happy

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Giorgio Pressburger   giorgio - Giorgio Pressburger EmptyMer 28 Sep 2011 - 13:52

extrait tiré des pages 177-178-179 :

Krieg
war

Pax
Mir
Peace


Anton Webern Raymond Norwood
Bell
Musik Austria US Army Cook

Wien
(Mittersill)

Obscurité
Noir

Etin
celle

What

shots
Three

Wer
Ach
Weh

Die
Zi
Garre

Dead
Who

Mors
Webern
Mord
Tod

Death
Who

Why
Wer
Ach
Weh

Ende
Wo

WO

das
Nichts

Fifty
five
Drunck

Bell
Death

Note 1 : Nous donnons la traduction du texte.
Krieg (guerre, en allemand), war (guerre en anglais), pax (paix en latin), mir (paix en russe), peace (paix en anglais).
Il faut remarquer l'alternance de vocales aiguës et graves, brèves et longues, etc. De toute évidence, l'auteur voulait réaliser un schéma d'une extrême concentration et variation en matière de timbres, comme l'a fait Anton Webern, le musicien autrichien dont le nom figure ici. Raymond Norwood Bell, le cuisinier de l'armée américaine d'occupation, se trouvait à Mittersill, près de Vienne, au moment où la paix succéda à la Seconde Guerre mondiale.
"Obscurité", "noir" se réfèrent à la nuit du 15 septembre 1945, pendant laquelle...
Devant une porte apparut une étincelle, à Mittersill, en Autriche.
What (quoi ? en anglais), three shots (trois coups de feu, en anglais), wer (qui ? en allemand). Noter ici aussi une gamme de vocales (a, i, e qui se succèdent)
Ach weh (hélas, douleur, en allemand), die (la, en allemand), Zigarre (cigare, féminin en allemand).
Anton Webern était descendu devant la porte de sa maison pour fumer un cigare. A la maison se trouvait un enfant, son petit-fils. Il ne voulait pas le déranger.
Dead who (mort, qui, en anglais). Le cuisinier Bell qui avait tiré ne connaissait absolument pas Webern. Il croyait que c'était l'étincelle d'une arme à feu.
Un accord grave de trois o (Mors : mort, en latin ; Tod : mort, en allemand) et deux e (Webern).
Death who (mort, qui). L'auteur veut représenter le tourbillon de pensées qui assaillent l'assassin et la victime.
Why (exclamation aiguë ; why : pourquoi en anglais), Wer (qui, en allemand), ach (hélas), Weh (douleur).
Ende (fin, en allemand).
Wo (où, en allemand).
Das (le, en allemand), nichts (rien). Vocale aiguë.)
Fifty-five (cinquante-cinq, en anglais). En 1955, Bell, alcoolique, mourut à Philadelphie, aux Etats-Unis, sa patrie. Drunk, (ivre, en anglais).
Sur deux e plats, gris -death, Bell (mort, cloche) s'achève la partie du chapitre écrite comme un calligramme.


- Un accord dissonant. Le silence.
C'est cela et rien d'autre, l'Histoire universelle. Voilà, ce que nous dit en quelques heures toute la musique d'Anton Webern. (...)

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MessageSujet: Re: Giorgio Pressburger   giorgio - Giorgio Pressburger EmptyMer 28 Sep 2011 - 14:01

et à propos de la Trinité, cette note extraite de la page 85, qui me semble particulièrement intéressante :

Encore le chiffre trois, avec tout ce qui suit, dans le monde magique antique (Trinité-Père, Fils, et Saint-Esprit ; droite, gauche, centre, etc.) bien que le deux (calcul binaire, sur lequel sont fondés les ordinateurs) et le quatre (les quatre nucléotides qui déterminent les bases de la vie sur terre : adénine, thymine, cytosine, guanine) aient pris le dessus, dans le monde d'aujourd'hui.

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