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 Shiga Naoya

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Arabella
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MessageSujet: Shiga Naoya   Sam 1 Oct 2011 - 15:19

SHIGA Naoya (1883-1971)


Biographie (Source Wikipédia)





Shiga Naoya est né à Ishinomaki dans la préfecture de Miyagi. Son père, fils de samouraï, était banquier. La famille déménagea à Tōkyō quand Naoya avait trois ans ; ils habitèrent chez ses grands-parents, qui élevèrent l'enfant. Sa mère mourut quand il avait treize ans, et son père se remaria peu après.
Il est diplômé de la prestigieuse école Gakushūin. Il entra ensuite à la faculté de littérature anglaise de l'Université de Tōkyō, où il rencontra Kanzō Uchimura, qui le convertit au christianisme en 1908. Il changea ensuite de faculté pour passer à celle de littérature, mais quitta l'université peu après, en 1910 et ne reçut pas de diplôme.

Carrière littéraire
Pendant ses années à Gakushūin il connut et devint ami de Mushanokoji Saneatsu et de Kinoshita Rigen. Sa carrière littéraire démarra avec le magazine littéraire Boya (« Perspective »), qui circula dans leur petit groupe littéraire à l'école. En 1910 on publia sa nouvelle Abashiri made (« À Abashiri ») dans le premier numéro du magazine littéraire Shirakaba (« Bouleau blanc »). C'est à cette époque que sa relation avec son père se détériore, celui-ci n'aimant pas son choix de carrière.

Il est considéré avoir perfectionné le style littéraire japonais appelé Watakushi shōsetsu, qui utilise les souvenirs subjectifs des auteurs sur leur propre vie de tous les jours. Il s'est établi une bonne réputation avec quelques nouvelles, donc Kamisori (« Le Rasoir », 1910), Seibei to hyotan (« Seibei et la gourde », 1913), et Manazuru (1920). Ces oeuvres seront suivies d'autres, plus longues, comme Otsu Junkichi (1912), Wakai (« Réconciliation », 1917, écrit peu après sa réconciliation avec son père), et son roman phare, An'ya Koro (« Une longue nuit passe », 1921-1937), qui fut publié dans le magazine radical-socialiste Kaizo.

Son style laconique influença beaucoup d'écrivains et lui valut des éloges d'Akutagawa Ryūnosuke et d'Agawa Hiroyuki. Toutefois, d'autres contemporains, dont Dazai Osamu, firent de vives critiques de son style « sincère ».

Shiga déménagea plus de vingt fois dans sa vie, ce qui l'inspira à écrire des nouvelles connectées à ces endroits, dont Kinosaki ni te (« Au cap Kinosaki ») et Sasaki no bai (« Le cas de Sasaki »). Il habita la station thermale d'Atami dans la préfecture de Shizuoka dès la Seconde Guerre mondiale. Il y reçut fréquemment des amis, dont l'écrivain Hirotsu Kazuo et le réalisateur Yasujirō Ozu.

Les dernières années
Il reçut l'Ordre de la Culture du gouvernement japonais en 1949.
Il n'écrira que peu pendant les 35 dernières années de sa vie, à part quelques articles pour des journaux littéraires, où il parlait de son temps avec les écrivains membres de la Shirakaba, ou de son ancien intérêt pour le christianisme. Ses admirateurs l'appelèrent shosetsu no kamisama (« le roi de la fiction »).
Il meurt d'une pneumonie de longue durée le 21 octobre 1971, à l'âge de 88 ans.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Sam 1 Oct 2011 - 15:19

A Kinosaki



14 textes, très courts pour la plupart d'entre eux. Il ne s’y passe pas grand-chose en apparence, en même temps, il ne se passe pas forcement plus dans une vie ordinaire, et ce n’est pas pour autant que la personne qui le vit ne trouve pas cela essentiel. Le style est économe, refuse les effets et le spectaculaire, et surtout le pathos. Une façon modeste aurais-je envie de dire de considérer l’existence humaine. 14 miniatures, qui ne cherchent pas à épater et à éblouir, qui demandent l’effort de les lire, comme on examinerait un objet de petite taille, dans lequel le moindre détail minuscule a une importance capitale, mais qui vu ses dimensions demande du temps à être appréhendé à sa juste mesure.

Surtout pas une lecture dans laquelle il faille être pressé, il ne faut pas s’attendre à de l’action, rien qui ne sorte de l’ordinaire le plus banal. Et en même temps l’auteur a l’art rare de savoir enfermer dans ces petits éclats, le plus essentiel, et le plus signifiant, et tout cela l’air de rien.

Beaucoup de gens vont sans doute trouver ces textes insignifiants et sans intérêt, mais si on trouve le bon angle d’approche pour les lire, on en ressort émerveillé, pour avoir découvert un trésor qui ne se livre pas à tous, mais qu’il faut mériter.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Sam 1 Oct 2011 - 16:16

après un tel commentaire reste à découvrir la clé de ce trésor !

merci Arabella

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Arabella
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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Sam 1 Oct 2011 - 17:38

Un univers minimaliste, mais plein de charme. A condition d'y être sensible. J'espère que tu vas arriver à le trouver Bédou.

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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Sam 1 Oct 2011 - 19:21

Merci, Arabella, j'avais beaucoup aimé les quelques nouvelles de lui que j'avais lues dans des recueils divers (Le crime de Han, L'artiste).

J'ai cru comprendre que son unique roman, Errances dans la nuit, était bien différent de ses nouvelles.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Dim 2 Oct 2011 - 0:01

eXPie a écrit:


J'ai cru comprendre que son unique roman, Errances dans la nuit, était bien différent de ses nouvelles.

Il semblerait. En tous les cas j'ai bien l'intention de le lire, et il est accessible.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Mar 29 Nov 2011 - 19:15

Errances dans la nuit


Nous suivons les destinées de Kensaku, de l'enfance jusque dans l'entrée dans la mort. Il vit une situation compliquée, et des relations très tendues avec son père, dont il finit par comprendre les raisons. Il choisit la carrière des lettres, mais nous découvrons peu de choses sur ce qu'il écrit. Le roman parle plutôt de sa vie, de sa façon de se chercher, d'arriver à un équilibre personnel, à structurer ses relations avec les autres. Tout en nuances, en subtilités, en petits évènements d'une vie, dans un refus total du spectaculaire, cette vie se déroule devant nous. Beaucoup de choses restent informulées, plutôt suggérées que dites, plutôt entrevues que montrées. Shiga est l'auteur des demi-teintes, des petits tableaux impressionnistes, d'une poésie du quotidien, plus qu'un peintre des sentiments violents ou extrêmes, même si la vie du personnage principal pourrait déborder en passion parfois. Tout cela dans une écriture économe de ses moyens, tout en maîtrise et en retenue.

Etrange roman d'un écrivain avec un univers très personnel, on se demande inévitablement combien de lui-même l'auteur a pu mettre dans le personnage de Kensaku, auquel il est difficile de ne pas s'attacher. Ses interrogations, emballements ou détestations s'enchaînent, sa vie suit son chemin, sur lequel il semble avoir finalement peu de maîtrise. C'est une sorte de flâneur qui prend ce qui la vie lui offre et essaie de faire avec, même si parfois c'est plus difficile à accepter. Livre hors du temps d'une certaine façon, le plus important finalement est de trouver la bonne attitude devant la vie, ce qu'elle offre de bon ou de mauvais, plus que d'essayer d'influer sur les évènements. Une certaine philosophie de l'existence en somme.

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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Ven 2 Sep 2016 - 21:14


Détail d'une estampe de Kitagawa Utamaro (1753-1806).

- À Kinosaki. Récits traduits par Marc Mécréant. Editions Philippe Picquier. 270 pages.
"Un regard panoramique sur l'oeuvre de Naoya Shiga fait apparaître une multitude de titres. [...] Or en dehors de An'ya Kôro (À Tâtons dans la nuit noire), ce ne sont que récits brefs, voire minuscules, mais tous - ou à très peu près - solidement amarrés au « Moi ». Ce sont en effet les menues phosphorescences d'une vie et des réflexions qu'elle engendre. Par cette application à recueillir ces miettes d'existence, Naoya Shiga peut passer pour le vrai fondateur, au Japon, du « récit de soi »." (Marc Mécréant, introduction, page 6).
Àpropos de son écriture :
"Ce style qui a longtemps fait - et fait encore - de lui un maître, c'est lui essentiellement qui assure Shiga de conserver dans les lettres japonaises moins peut-être une « présence » qu'une « situation ». La phrase de Shiga paraît couler de source. Un peu claire si l'on veut, mais susceptible d'irisations délicates, toujours contenue, contrôlée, maîtrisée. Chaque texte publié supposait au moins trois rédactions successives." (pages 7-8 ).
Pour autant le vocabulaire est volontairement restreint : "peu de mots, mais des mots efficaces, et qui, dans les dialogues, rendent toujours un son juste." (page 8 ).
Le recueil se compose de 14 nouvelles, présentées chronologiquement.

1/ Fil d'Aragne (Ariginu, décembre 1908 ; 6 pages).
Ce texte ressemble à un conte cruel.
Citation :
"Il y a de cela bien longtemps, vivait sur une montagne une déesse merveilleusement belle. Déesse de la Beauté, de l'Amour, mais aussi de la Jalousie." (page 9)
La déesse de la montagne s'éprend d'un joli pastoureau, Adani. "Mais le coeur du garçon était déjà pris ailleurs, par Fil d'Aragne, son aînée d'un an ou deux, qui tissait comme une fée et dont la beauté ne le cédait en rien à celle de la déesse." (page 10).
"La déesse devint folle de jalousie." (page 11).
Il est dangereux de susciter la jalousie d'une divinité, car que peuvent les humains contre les dieux ?
Une courte et forte nouvelle, qui peut faire un peu penser à Akutagawa (qui a d'ailleurs écrit une nouvelle intitulée Fil d'Araignée, mais cela n'a rien à voir). Il y a en tout cas une influence du mythe grec (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Arachné ).

2/ Le rasoir (Kamisori, avril 1910 ; 12 pages)
Yoshisaburô est un barbier sensationnel.
Citation :
"« Barbe faite par Yoshiburô, disaient les clients, dure un jour de plus qu'ailleurs. ». Et il était fier de penser qu'en l'espace de dix ans, il n'avait à son passif aucune, ce qu'on appelle aucune, estafilade." (page 16).
Mais voilà qu'un jour, il tombe malade... Pourra-t-il assurer ?
Un peu comme la nouvelle précédente, c'est court et cruel.

"Les récits qu'il a proposés jusqu'alors sont tous brefs, souvent sans véritable conclusion, et semblent parfois presque insignifiants." (Dictionnaire de littérature japonaise, sous la direction de Jean-Jacques Origas, puf, page 281). Cela ne s'applique pas aux deux premiers textes présentés, mais beaucoup plus aux suivants.


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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Ven 2 Sep 2016 - 21:14

3/ La vieil homme (Rôjin, février 1911 ; 6 pages)
Citation :
"A cinquante-quatre ans, il perdit sa femme. C'était en automne ; son fils entrait à la section technique de l'université de Tokyo ; sa fille aînée venait d'avoir son troisième enfant. Il parut avoir vieilli d'un seul coup de cinq ou six ans. Et sur cet homme d'affaires intrépide, on vit se dessiner l'ombre de la décrépitude, tout au moins à en juger du dehors.
Quatre mois plus tard, il se remaria avec une femme qui avait servi pendant plus de dix ans chez des nobles. Elle avait un an de moins que l'aînée de ses belles-filles, et n'oubliait pas, chaque matin, de se poudrer la nuque et les épaules.
Ainsi nanti d'une jeune épouse, il récupéra les années de vieillissement qu'il devait à la mort de sa première femme. Bien plus, il rajeunit !" (page 27)
Mais les années passent vite, et notre homme se surprend à agir comme un vieillard qu'il avait critiqué lorsqu'il était plus jeune... C'est qu'il a maintenant l'âge de ce vieillard ! (plus de soixante-dix ans).
Citation :
"Et il se disait que, tout bien considéré, ces quarante et quelque années avaient été vraiment très peu de chose." (page 30).
Une histoire sobre sur la vieillesse. Très bien.

4/ Le crime de Han (Han no hanzai, septembre 1913 ; 14 pages).
Citation :
"Une chose bien inattendue s'était produite au cours du numéro de Han , un jeune jongleur chinois : un couteau avait tranché net la carotide de sa femme. Lui avait été immédiatement arrêté." (page 33).
Les témoins, nombreux, sont convoqués. Que s'est-il passé ? Le juge va procéder à des interrogatoires. Est-ce un accident, ou bien le jongleur l'a-t-il fait exprès ? Comment le savoir ? Et s'il n'est pas possible d'éclaircir les motivations du jongleur, quelle doit être la sentence ?
Encore très bien.

5/ Le voleur d'enfant. (Ko wo nusumu hanashi, janvier 1914 ; 28 pages)
Le narrateur est un jeune homme, méprisé par son père :
Citation :
"- Alors, dis-moi, avec les belles choses que tu écris, comment envisages-tu l'avenir ? Comment comptes-tu gagner ta vie ?" (page 47).
Après cette altercation (peut-être autobiographique Shiga Naoya ayant rompu avec sa famille à cause de l'hostilité de son père), le jeune homme part, et finit par s'installer très loin, "dans une petite ville des bords de la mer Intérieure." (page 48). Il écrit, mais est bientôt la proie de cauchemars. Il est obsédé par une fillette de douze ou treize ans qui lui apparaît en songe... Il a des douleurs à la tête, à la nuque ... Et voilà qu'un jour, il rencontre une fillette d'une grande beauté...
Le lecteur fait une plongée dans un esprit malade. Il doit y avoir une signification plus complexe, mais je ne l'ai pas perçue. Un peu long.
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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Ven 2 Sep 2016 - 21:15


Onsen à Kinosaki, vers 1910.

6/ A Kinosaki (Kinosaki nite, avril 1917 ; 10 pages).
Il y a là encore un peu d'autobiographie dans ce texte : "Naoya Shiga, en août 1913, a été heurté par un train de la ligne de ceinture, à Tokyo. On n'est pas surpris, dès lors, du tour plus grave pris par ses méditations et certains de ses récits." (Marc Mécréant, page 7).
Citation :
"Blessé dans un accident par un train de la ligne de la petite ceinture, à Tokyo, j'étais parti seul, en convalescence, à Kinosaki, station thermale de la province de Takima. Si ma blessure à la colonne vertébrale dégénérait en tuberculose osseuse, il y avait toutes chances pour qu'elle me soit fatale ; mais le docteur ne le pensait pas. [...]
J'étais absolument seul, sans la moindre personne avec qui bavarder. Je passais mes jours à lire, à écrire, à m'installer dans une chaise longue sur le balcon de ma chambre et à regarder les montagnes, ou le va-et-vient de la rue." (page 75).
"Au cours d'une convalescence, le narrateur surprend quelques animaux - une abeille, un rat, un triton - comme autant de figures de la mort. Chacun est tour à tour vicime, témoin et bourreau. Le grand cycle de la « Nature » peut-il englober chaque individu dans un destin apparemment contingent ?" (Dictionnaire de littérature japonaise, sous la direction de Jean-Jacques Origas, puf, page 282).
Encore une bonne nouvelle.

7/ Mari et femme (Kôjimutsu no Fûfu, juillet 1917 ; 18 pages).
Voici le début de la nouvelle :
Citation :
"On était au coeur de l'automne et la nuit était calme. Au-dessus du marais passaient en criant des oies sauvages. Elle avait approché la lampe du bord de la table et cousait. Lui, à côté d'elle, étendu sur le dos de tout son long, regardait distraitement au plafond. Ils restèrent une éternité sans rompre le silence." (page 85).
Le mari et la femme parlent : elle essaye de le convaincre, il se braque... On est dans la psychologie du couple. Ce n'est sans doute pas la meilleure nouvelle du recueil.

8/ Le petit commis et son dieu (Kojô no Kamisama, décembre 1919 ; 14 pages)
Un commis dans un magasin de balance a envie de manger des sushis dont parlent ses collègues plus âgés... Une chance incompréhensible va s'offrir à lui...
Une bonne nouvelle amusante, et en même temps qui veut dire quelque chose : il arrive parfois dans la vie des choses étonnantes, a priori inexplicables, mais qui ont des raisons que l'on ignorera toujours, et qu'on ne peut même pas imaginer.

9/ La Flambée au botrd du lac (Takibi, mars 1920 ; 16 pages)
L'extraordinaire, l'étrange, existent-ils en ce monde ? Un groupe parle, raconte des anecdotes.
Une petite nouvelle, sans doute trop classique.

10/ Les Rainettes (Amagaeru, décembre 1923 ; 17 pages)
Nous sommes dans un petit bourg. Sanjirô, qui tient une fabrique de saké, et un écrivain, qui vit maintenant dans une petite ville à une dizaine de kilomètres, sont amis depuis leur enfance..
Sanjirô s'est marié à une belle fille de la campagne, mais elle est totalement ignorante. Un jour, l'écrivain fait savoir à Sanjirô, qui s'est mis à aimer la littérature, que deux auteurs vont venir faire une conférence dans sa petite ville. Sanjirô a bien envie d'emmener sa femme...


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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Ven 2 Sep 2016 - 21:15

11/Métempsycoses (Tenshô, 8 pages)
Citation :
"Il y avait une fois un homme doté d'une femme à l'esprit obtus. Il l'aimait, bien sûr, mais sa balourdise le faisait souvent sortir de ses gonds, échauffait sa bile, le poussait à l'accabler de reproches fielleux - toutes tracasseries que la pauvre femme était bien obligée de subir.
À chaque fois, elle pleurnichait et se désolait de ce que la nature lui eût donné si peu de tête. [...]
il n'arrivait pas à comprendre qu'après les Noirs, on voulût encore émanciper les femmes." (page 151).
Le mari grincheux et sa femme en viennent à parler de leur prochaine réincarnation : serait-il possible de rééquilibrer la situation ? Comme les femmes sont niaises depuis l'origine des temps (dit le mari), le couple opte pour la réincarnation sous forme animale. Mais que choisir ? Renard, cochon, canard mandarin ? (on se croirait dans le film réalisé en 2015 par Yorgos Lanthimos, The Lobster).
Se retrouveront-ils dans leur vie future et formeront-ils un couple assorti ? C'est ce que le lecteur saura.
On constate qu'il y a fréquemment des femmes peu intelligentes dans les textes de Shiga Naoya. Peut-on y voir un élément autobiographique ? À la fin du récit, il y a une petite conversation entre un inconnu et l'écrivain, ce dernier disant :
Citation :
"- Ma femme est d'une rare intelligence ; moi, un mari d'une exceptionnelle gentillesse. Impossible donc d'entendre dans la maison le moindre bruit de récrimination." (page 158).
Mais est-on encore dans la fiction ? Est-ce de l'ironie ?


A droite : Naoya Shiga et sa femme (devant lui, donc)

12/ Rage d'armour (Chijô, mars 1926 ; 12 pages)
Un homme marié a une maîtresse.
Citation :
"Sa maîtresse était serveuse dans une maison de passe de Gion. Elle avait dans les vingt, vingt et un ans. C'était une grande fille, intellectuellement nulle, un peu garçonnière. Qu'est-ce donc qui l'avait attiré chez cette femme ? La chose le déconcertait. Non qu'il n'eût trouvé à son goût des femmes de ce type, mais jamais il ne se fût attendu à être si profondément épris.
Ce qu'il trouvait en elle, c'était une saveur de fruit frais, que sa femme avait perdue depuis bien longtemps." (page 161).
Sa femme lui demande d'en finir tout de suite avec cette histoire.
Une bonne nouvelle psychologique.
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MessageSujet: Re: Shiga Naoya   Ven 2 Sep 2016 - 21:16

13/ Kuniko (Kunino, 1927 ; 44 pages)
Le récit commence ainsi :
Le narrateur est un écrivain
Citation :
"Pourquoi me le dissimuler ? Si Kuniko s'est suicidée, c'est moi le responsable. D'ailleurs je ne cherche pas à le nier. Mais pouvais-je prévoir une pareille chose ? Non, non, je ne le pouvais pas." (page 171).
On va lire comment le couple s'est rencontré, et le déroulement du drame, sur fond de problèmes d'inspiration de l'écrivain.

14/ Une Farce (Itazura). (1954 ; 56 pages)
Le narrateur est un jeune professeur de collège. Il s'agace d'un collègue sans-gêne et qui ne cesse de lui raconter ses aventures amoureuses... Avec un autre homme, il va monter une petite farce...
Une nouvelle bien menée, amusante.


C'est donc un très bon recueil.
Les thèmes sont globalement sombres (les problèmes de couple, la vieillesse), mais il arrive qu'il y ait de l'humour, ce qui est rare dans la littérature japonaise qui parvient chez nous.
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