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 Pères et mères en littérature

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Marie
Zen littéraire


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MessageSujet: Pères et mères en littérature   Sam 16 Juin 2007 - 7:59







Dyptique Jean Baptiste Greuze : Le fils ingrat, Le fils puni.
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Marie
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Sam 16 Juin 2007 - 8:18

En raison de ces mots dans Train de nuit pour Lisbonne ,

"Je tremble à la seule idée de la violence involontaire et inconsciente , mais inéluctable et irrésistible, avec laquelle des parents laissent en leurs enfants des traces qui, comme des cicatrices de brûlures, ne s'effacent jamais. Les contours de la volonté des parents et de la crainte qu'ils inspirent s'inscrivent avec un crayon de feu dans les âmes des petits, qui sont plein d'impuissance et plein d'ignorance sur ce qui leur arrive. Nous avons besoin de toute une vie pour trouver le texte gravé au fer rouge et pour le déchiffrer , et nous ne pourrons jamais être sûrs d'avoir compris."

des lettres échangées ( mais non lues) dans ce livre, qui rappellent bien sûr cette fameuse Lettre au père , clé de l'oeuvre de Kafka, je voudrais vous demander de vous souvenir d'autres exemples, il y en a beaucoup, de portraits, échanges etc avec père ou mère dans la littérature.Si ces lectures vous en, de plus ,apporté quelque chose dans votre parcours personnel, ce pourrait être intéressant.
La lecture ( pas uniquement, mais pour une grande part.....) m'a aidée à comprendre beaucoup de choses, il y a des phrases qui sautent aux yeux, et qui éclairent d'un jour nouveau des situations vécues...

Le premier personnage qui me vient à l'esprit, découvert très jeune car c'est une oeuvre que j'ai lue très tôt, c'est le père des Thibaultde Roger Martin du Gard. Père d'Antoine et de Jacques, le gagnant et le raté....;
Et puis la mort du père, et , pour moi en tout cas, une des rares description d'euthanasie ( du père par le fils) dans la littérature...
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Babelle
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Sam 16 Juin 2007 - 11:53

Cet extrait me touche beaucoup, je comprends maintenant pourquoi certains ici évoquaient Train de nuit pour Lisbonne.
Il faut que je lise cet auteur.
Je pense de suite à Annie Ernaux que nous évoquions tout à l'heure sur un autre fil. Elle revient beaucoup dans ses auto-fictions sur ses parents et le recul qu'elle a regretté avoir dû prendre avec eux, ou qu'eux ont pris avec elle devenue étudiante.
J'ai été touchée par L'Enfant des Lumières, le roman historique de Françoise Chandernagor. Peut-être parce que la mère élevait seule un fils unique, les rapports affectifs, la contre-mode à la Rousseau à travers l'Emile, ma manière dont elle le rejette afin de l'endurcir pour qu'il soit capable de vivre sa vie.
Poil de carotte? Vipère au poing? Il est question là de maltraitance.
A propos de maltraitance, il y a celle, psychique, souterraine, qui engendre autant de blessures. Alice Miller l'a beaucoup évoqué.
Dès que les émotions que j'ai puisé au cours des années en littérature me reviennent, je reviens ici.
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coline
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Sam 16 Juin 2007 - 15:48

Marie, c'est une excellente idée que l'ouverture de ce fil qui pourra être richement nourri, je le sens...

Comme Babelle, j'ai pensé aussitôt à Annie Ernaux (d'autant plus que, grâce à Fantaisie Héroïque, nous avons évoqué La place hier ou avant-hier)...

Immédiatement, je pense aussi à Marguerite Duras.

Dans Cahiers de la guerre et autres textes

(Extrait: La mère)
«C'est d'elle que je veux dire l'histoire, l'étonnant mystère jamais connu, ce mystère qui a été très longtemps ma joie, ma douleur, où je me retrouvais toujours et d'où je m'enfuyais souvent pour y revenir.»

La figure de la mère de Marguerite Duras a marqué plusieurs de ses romans ( Barrage contre le Pacifique, L'Eden Cinéma...)...Je vais essayer de retrouver de quoi en parler plus précisément.


"Elle était dure la mère. Terrible. Invivable. Pleine d'amour. Mère de tous. Mère de tout. Criante. Hurlante. Dure..." (Eden Cinéma)
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Marie
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Dim 17 Juin 2007 - 4:27

Citation :
J'ai été touchée par L'Enfant des Lumières, le roman historique de Françoise Chandernagor.
Moi aussi, et j'ai beaucoup aimé également son dernier roman( enfin roman....??) "La visiteuse de nuit" Encore un portrait de mère, et quelle mère! Je vais retrouver à qui je l'ai prêté pour en mettre quelques extraits.....


Aujourd'hui, je pense à Patrimoine-Une histoire vraie- de Philip Roth . En fait, la famille intervient largement dans toute l'oeuvre de Philip Roth , mais ce texte , relatant la mort de son père , est très touchant.

La fin:

...Je restai couché jusqu'au point du jour, pensant à toute l'histoire de la famille condensée dans ce fragment de film muet, de film rêvé. Pratiquement tous les thèmes majeurs de la vie de mon père s'y trouvaient rassemblés, chacun de ses éléments lourd de sens pour nous deux: d'abord la traversée de l'Atlantique en troisième classe par ses deux parents immigrants, puis ses épuisants efforts pour se frayer un chemin, la lutte pour réussir contre tant de forces contraires-lui, l'enfant pauvre privé de véritable instruction, lui le juif laborieux employé dans le camp des Gentils par le colosse des assurances- et ,pour finir, sa transformation en épave par la tumeur au cerveau.

Le navire de guerre défunt dérivant à l'aveugle vers le rivage...ce n'est pas là une image de mon père, au terme de sa vie, que mon esprit, avec sa répugnance pour la métaphore larmoyante et l'analogie poétisée , se fût jamais sans doute autorisée à l'état de veille. Ainsi donc, ce fut le sommeil qui, dans sa sagesse, eut la bonté de me livrer cette vision d'une simplicité enfantine, si riche de vérité et qui cristallisa si pertinemment mon chagrin dans la silhouette d'un petit évacué sans père et perdu sur les quais de Newark, aussi abasourdi et affligé que l'avait été un jour la nation entière, sur le passage d'un président héroïque.

Et puis une nuit, environ six semaines plus tard, vers quatre heures du matin, il surgit drapé dans un linceul blanc à capuchon pour me faire des reproches. Il dit: " J'aurais dû porter un costume. Tu n'as pas fait ce qu'il fallait." Je me réveillai en poussant un cri. Tout ce qu'on pouvait voir hors du linceul, c'était la contrariété sur son visage de mort. Et les seuls mots qu'il prononça furent une réprimande: je ne lui avais pas fait revêtir pour l'éternité les habits qu'il fallait.

Le matin, je compris qu'il avait fait allusion à ce livre, qu'avec le mépris des convenances propre à ma profession, je m'étais obstiné à écrire, alors qu'il était malade et à l'agonie. Le rêve m'informait que, sinon dans mes livres ou dans ma vie, du moins dans mes rêves, je resterais à jamais son petit garçon, avec la conscience d'un petit garçon, de même que lui continuerait à y vivre non seulement comme mon père, mais comme LE père, et à juger tous les actes que j'accomplirais.

On ne doit rien oublier.

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Marie
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Lun 18 Juin 2007 - 2:40

Toujours chez Philip Roth, le merveilleux "Pastorale américaine", le fourreur, sa fille terroriste et toutes les questions posées...
Extrait:

"On lutte contre sa propre superficialité, son manque de profondeur, pour essayer d'arriver devant autrui sans attente irréaliste, sans cargaison de préjugés, d'espoirs, d'arrogance ; on ne veut pas faire le tank, on laisse son canon, ses mitrailleuses et son blindage ; on arrive devant autrui sans le menacer, on marche pieds nus sur ses dix orteils au lieu d'écraser la pelouse sous ses chenilles ; on arrive l'esprit ouvert, pour l'aborder d'égal à égal, d'homme à homme, comme on disait jadis. Et, avec tout ça, on se trompe à tous les coups. Comme si on n'avait pas plus de cervelle qu'un tank. On se trompe avant même de rencontrer les gens, quand on imagine la rencontre avec eux ; on se trompe quand on est avec eux ; et puis quand on rentre chez soi, et qu'on raconte la rencontre à quelqu'un d'autre, on se trompe de nouveau. Or, comme la réciproque est généralement vraie, personne n'y voit que du feu, ce n'est qu'illusion, malentendu qui confine à la farce. Pourtant, comment s'y prendre dans cette affaire si importante - "les autres" - qui se vide de toute la signification que nous lui supposons et sombre dans le ridicule, tant nous sommes mal équipés pour nous représenter le fonctionnement intérieur d'autrui et ses mobiles cachés ? Est-ce qu'il faut pour autant que chacun s'en aille de son côté, s'enferme dans sa tour d'ivoire, isolée de tout bruit, comme les écrivains solitaires, et fasse naître les gens à partir des mots, pour postuler ensuite que ces êtres de mots sont plus vrais que les vrais, que nous massacrons tous les jours par notre ignorance ? Le fait est que comprendre les autres n'est pas la règle dans la vie. L'histoire de la vie, c'est se tromper sur leur compte, encore et encore, encore et toujours, avec acharnement et, après y avoir bien réfléchi, se tromper à nouveau. C'est même comme ça qu'on sait qu'on est vivant : on se trompe. Peut être que le mieux serait de renoncer à avoir tort ou raison sur autrui, et continuer, rien que pour la balade. Mais si vous y arrivez, vous... alors vous avez de la chance."
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Marie
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Ven 22 Juin 2007 - 21:10

Tentative de portrait d'un père dans "L'invention de la solitude" Paul Auster

Extrait:

Il est impossible, je m'en rends compte,de pénétrer la solitude d'autrui.Si nous arrivons jamais, si peu que ce soit, à connaître un de nos semblables, c'est seulement dans la mesure où il est disposé à se laisser découvrir.

...Jamais il ne parlait de lui-même, ni ne paraissait savoir qu'il aurait pu le faire.C'était comme si sa vie intérieure lui avait échappé, à lui aussi.
Il ne pouvait en parler et passait donc tout sous silence.
Et s'il n'y a que ce silence, n'est ce pas présomptueux de ma part de parler? Et pourtant: s'il y avait eu autre chose que du silence, aurais-je d'abord ressenti le besoin de parler?

Je n'ai pas grand choix. Je peux me taire ,ou alors parler de choses invérifiables. Je veux au moins consigner les fats, les exposer aussi honnêtement que possible et leur laisser raconter ce qu'ils peuvent. Mais même les faits ne disent pas toujours la vérité.

Il était, en surface, d'une neutralité si implacable, son comportement était si platement prévisible,que tout ce qu'il entreprenait devenait une surprise.On ne peut croire à l'existence d'un tel homme- si dépourvu de sentiments et attendant si peu des autres. Et si cet homme n'existait pas, cela signifie qu'il y en avait un autre, dissimulé à l'intérieur de l'homme absent, et dans ce cas là, ce qu'il faut, c'est le trouver. A condition qu'il soit là.
Je dois reconnaître, dès le départ, que cette entreprise est par essence vouée à l'échec.

Premier souvenir: son absence........
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Sam 23 Juin 2007 - 0:06

c'est idiot, il faut que je lise cet extrait pour me souvenir de ces nouvelles Je pensais que mon père était Dieu écrite par le commun des mortels et évoquées dans le fil sur Paul Auster (responsable de la préface et du "projet"). Plusieurs évoquent la famille, pères et mères...

je vous aurais volontiers offert un extrait (un souvenir de petite fille) malheureusement (ou heureusement... aussi d'une certaine façon...) il a fallu que je cherche le livre pour me souvenir que je l'ai prêté...

(et par dessus le marché, nouvelle découverte ! il y aurait eu confrontation avec un petit souci de traduction...)

mais c'est une belle occasion pour parler de ce livre à part...

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Marie
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Sam 23 Juin 2007 - 1:40

Je l'ai, ce livre, Animal, et je l'ai lu! Si tu retrouves de quelle histoire il s'agit, je pourrai recopier ( il y en a beaucoup....)
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Sam 23 Juin 2007 - 8:28

c'est l'histoire de la petite fille qui veut faire plaisir à son père avec son manteau (et une père de moufles ?) si je me souviens bien scratch

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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Sam 23 Juin 2007 - 9:01

Citation :
c'est l'histoire de la petite fille qui veut faire plaisir à son père avec son manteau
Ok, bien reçu!! je répète, bien reçu!
Je vais chercher!
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Dim 24 Juin 2007 - 23:05

Je crois que j'ai trouvé... Elle est triste, cette histoire.
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Dim 24 Juin 2007 - 23:08

oui !

(ce doit donc bien être celle là, elle est très belle aussi...)

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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Lun 25 Juin 2007 - 1:34

Une leçon non apprise


J'ai tout perdu . C'est à dire, perdu ou détruit. Bijoux. Poupées. Jeux. Tout ce qui me passait par la main, je le mâchais, je le mutilais à le rendre méconnaissable ou je l'expédiais à une mort prématurée. Je mangeais du papier et j'avalai un jour un livre entier. Mon pauvre petit singe Curious George ne resta pas longtemps curieux dans mes parages. Il fut mangé. Maman et Papa m'appelaient "catastrophe immédiate" pour les objets inanimés. Et parce que j'étais si brouillonne, ils me plaçaient toujours à table à côté des hôtes qu'ils n'avaient pas l'intention de réinviter.

Un jour, en deuxième année de primaire, comme je rentrais de l'école, ma mère me regarda d'un air surpris lorsque je passai la porte. " Carol, me demanda-t'elle calmement mais avec une expression troublée, où est ta robe?" Baissant les yeux, je vis mes chaussures à boucles en cuir, mes collants blancs déchirés aux genoux, et mon col roulé en coton blanc ( mais sale). Jusqu'à ce que ma mère m'ait fait remarquer que je n'étais pas complètement habillée, je ne m'en étais pas aperçue.J'étais aussi étonnée qu'elle, car nous nous rappelions toutes les deux que je portais ma robe chasuble le matin. Ma mère et moi, nous sommes allées à l'école de l'autre côté de la rue, en regardant sur les trottoirs, dans les cours de récréation et dans les couloirs, mais il n'y avait pas la moindre robe chasuble à carreaux en vue.

L'hiver suivant, ma mère et mon père m'achetèrent un manteau de fausse fourrure brune, avec un chapeau assorti. J'adorais mon nouveau manteau et mon chapeau, et porter ce manteau me donnait l'impression d'être une grande fille parce qu'il n'y avait pas de moufles assorties fixées aux manches. Ils avaient eu l'intention de m'acheter un manteau avec un capuchon, sachant comment j'étais, mais j'avais supplié et promis de faire attention et de ne pas perdre le chapeau. J'aimais tout spécialement les gros pompoms de fourrure au bout de ses cordons.....
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MessageSujet: Re: Pères et mères en littérature   Lun 25 Juin 2007 - 2:00

Un jour, mon père rentra de son travail et me cria de descendre de ma chambre. Il se pencha à ma hauteur pour m'embrasser et me demanda d'essayer mon manteau et mon chapeau neufs et de les lui présenter à la manière d'un mannequin.Je remontai quatre à quatre, excitée à l'idée de jouer les défilés de mode pour mon père. J'enfilai le manteau, mais ne trouvai pas le chapeau. Inquiète, je cherchai sous le lit et dans le placard, mais il n'y était pas. Peut-être ne remarquerait-il pas que je ne le portais pas.

Je redescendis en hâte et, tourbillonnant comme sur une piste, en prenant des poses et en souriant, je présentai mon nouveau manteau à mon père qui faisait attention à moi et me disait que j'étais jolie. Ensuite, il me dit qu'il souhaitait que je porte aussi le chapeau. " Non,papa, je veux juste te montrer le manteau. Regarde, le manteau sur moi!" répondis-je, et je continuai à faire des pirouettes dans le couloir en espérant éviter le sujet du chapeau manquant.

Je savais que ce chapeau, c'était de l'Histoire. Il riait, et je me croyais adorable et aimée, parce qu'il jouait et riait avec moi. Nous avons repris une ou deux fois le sujet du chapeau et puis, en plein rire, il m'a giflée. Il m'a giflée fort, au visage, et je n'ai pas compris pourquoi.Au claquement de sa main sur ma joue, ma mère a crié: " Mike, qu'est ce que tu fais! Qu'est ce que tu fais!"Elle était si étonnée qu'elle en avait le souffle coupé.La fureur de mon père nous transperçait, elle et moi.Plantée là, la main sur ma joue brûlante, je pleurais.Et alors il a sorti mon nouveau chapeau de la poche de sa veste. Il l'avait trouvé par terre dans la rue et, en me regardant par dessus ses lunettes, il me dit: " Ca t'apprendra peut être à faire attention et à ne pas perdre tes affaires."

Je suis adulte à présent et je perds encore mes affaires.Je ne fais toujours pas attention.Mais ce que mon père m'a appris ce jour là, ce n'était pas la responsabilité. J'ai appris à ne pas me fier à son rire. Parce que même son rire m'avait fait mal.


Carol Sherman Jones Covington, Kentucky
extrait de Je pensais que mon père était Dieu et autres récits de la réalité américaine
Anthologie composée par Paul Auster
traduit de l'américain par Christine Le Boeuf
Editions Actes Sud

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