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 Fédor Dostoïevski [Russie]

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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyLun 23 Fév 2015 - 22:07

Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 Dostoi10   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 Dostoi11

En couverture : Ilya Repin : Ils ne l'attendaient pas, 1884. Musée Tretiakov. Il s'agit du "retour dans son foyer d'un révolutionnaire exilé" (site du Musée d'Orsay). Pas grand-chose à voir avec le livre, donc.

- Le Double (1846 ; version définitive de 1865). Traduction et notes de Gustave Aucouturier. Préface d'André Green. Folio. 275 pages.
Il s'agit ici de la version remaniée par Dostoïevski en 1861.
"Cette première version, sur laquelle Dostoïevski, comme en témoignent plusieurs lettres à son frère, peina tout l'été et l'automne 1845 et qu'il n'acheva qu'en janvier 1846, était sensiblement plus longue : ce sont principalement ces longueurs (en même temps que les osbcurités de son « coloris fantastique ») que Biélinski (l'oracle littéraire d'alors) condamna en 1846 après avoir d'abord, en 1845, accueilli très élogieusement la nouvelle aux première lectures que lui en avait faites l'auteur." (Gustave Aucouturier, note page 265).
Les Pauvres Gens (1846), son roman précédent - c'était aussi son premier roman -, avait été un succès public. Le Double est un échec.
Dostoieveski a projeté de le corriger : "Le Double, corrigé et muni d'un avant-propos, aura la valeur d'un nouveau roman, et ils verront alors ce que c'est que Le Double !" écrit-il à son frère en 1859.
Il ne trouvera pas le temps de le faire et, lors de l'édition de ses Oeuvres en 1865-1866, il effectue des coupures "parfois nuisibles à la clarté" (Gustave Aucouturier, note page 266).
"Malgré ses imperfections, Le Double resta cher à son auteur : Pourquoi laisser perdre une magnifique idée, un type grandiose par son importance sociale, que j'ai découvert le premier et dont j'ai été l'annonciateur ? écrit-il à son frère en 1859 ; et en 1877 il écrira encore dans le Journal d'un écrivain : J'ai positivement raté cette nouvelle, mais l'idée en était assez lumineuse, et je n'ai jamais rien lancé dans la littérature de plus sérieux que cette idée." (Gustave Aucouturier, note page 266).

Le thème du double, de personnages victime et bourreau à la fois ou successivement, vont abonder dans son oeuvre (Crime et Châtiment, les Frères Karamazov...). Ici, le double a quitté l'intériorité : il s'est matérialisé.

"Le Double de Dostoïevski est lui-même double. D'une part il décrit, avec une précision et une intuition qui vont beaucoup plus loin que celles des psychiatres de son époque, le déroulement d'un délire de persécution. [...] Mais d'autre part ce récit fantastique [...] est dans la réalité « littéraire ». Si aucun phénomène surnaturel n'habite ici le récit, ce qu'il y a de tragique dans ce qui arrive à « M. Goliadkine », c'est que personne parmi ses collègues, même son laquais, ne paraît s'étonner de l'existence du Double. Certes il leur arrivera de penser qu'il n'est pas convenable d'être ainsi deux." (André Green, Préface, page 10)

Voici le début du roman :
Citation :
"Il était tout près de huit heures quand Jacob Piètrovitch Goliadkine, conseiller titulaire, sortit d'un long sommeil, bâilla, s'étira, se décida enfin à ouvrir tout à fait les yeux. Une ou deux minutes il fut sans bouger, comme un homme qui doute encore s'il est éveillé ou s'il dort, si ce qui se passe autour de lui est bien la réalité ou seulement la continuation des visions désordonnées de ses rêves." (page 27).
Notre héros, Jacob Piètrovitch Goliadkine est donc conseiller titulaire, c'est-à-dire un fonctionnaire moyen. Il ne sait pas bien s'il dort ou non (ce qui annonce le cauchemar à venir), sort de son lit et se regarde dans un miroir (oh... le symbole !).
Citation :
"L'image qui s'y refléta - un visage sommeilleux, des yeux clignotants et une calvitie assez avancée - était à vrai dire si insignifiante en elle-même qu'elle n'avait de quoi arrêter au premier regard l'attention de personne ; il fut néanmoins visible que son possesseur restait parfaitement satisfait de tout ce qu'il avait vu dans le miroir.
« Ce qui serait un sale coup, murmura M. Goliadkine, ce qui serait un sale coup, ce serait si juste aujourd'hui j'allais rater quelque chose, si tout d'un coup par exemple je ne sais quoi clochait, un vilain bouton mal placé ou quelque autre désagrément ; mais pour le moment ça ne va pas mal, pour le moment tout va bien. »" (page 28)

Il se rend chez son médecin, pour une raison pas très claire (avoir la confirmation qu'il est sain d'esprit ?). Le médecin lui conseille de fréquenter les spectacles, de ne pas rester chez lui, et "en tout cas ne pas bouder la bouteille." (page 39). Ah, il y avait de bons médecins à l'époque ! Ou bien cette recommandation ne s'applique-t-elle qu'à un organisme russe, je ne sais pas.

Le médecin, comme le lecteur, ne comprend pas bien les propos incohérents de notre héros. Il aurait peut-être pu poser un vrai diagnostic... mais la psychiatrie n'était pas ce qu'elle est maintenant, sans doute.
On apprend que notre héros a des ennemis sournois qui oeuvrent dans son dos, alors que lui, notre héros, ne mange pas de ce pain-là ! Il est droit, honnête, il n'intrigue pas. Ce qui ne l'empêche pourtant pas de toujours se sentir prêt à oeuvrer pour contrer les plans machiavéliques de ses ennemis... "Ce qu'il faut, c'est agir." (page 145). Soit. Mais prendre une décision, c'est difficile.

Après une scène de bal où notre héros se couvre de ridicule, c'est la nuit. Le temps est très mauvais. M. Goliadkine aperçoit alors un étrange inconnu. Il le suit... Et se rend compte que cet inconnu se dirige chez lui, chez M. Goliadkine, qu'est-ce à dire ? Et là...
Citation :
"Il sentait ses cheveux se dresser sur sa tête, et il se laissa tomber sur une chaise, presque évanoui d'épouvante. Et à vrai dire il y avait de quoi. M. Goliadkine avait tout à fait reconnu son nocturne compagnon. Son nocturne compagnon n'était autre que lui-même... M. Goliadkine lui-même, un autre M. Goliadkine, mais tout à fait identique à lui-même... en un mot ce qui s'appelle son double sous tous rapports... " (page 91).
On notera, côté style, les répétitions, destinées à créer des effets de miroir ou de double.


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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyLun 23 Fév 2015 - 22:07

Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 Dostoi12
Extrait du film The Double, de Richard Ayoade, avec Jesse Eisenberg dans les deux rôles de Simon James.

Le pire est à venir pour notre héros : ce double, qui porte les mêmes nom et prénoms que lui, travaille dans le même bureau ! Incroyable ! Comment donc vont réagir les collègues de Goliadkine à la vue de son double ? Vont-ils chuchoter, plaisanter, se moquer ?
Citation :
"Mais, à l'immense étonnement de M. Goliadkine, nul ne manifestait rien de semblable. L'attitude de messieurs ses collègues et camarades renversa M. Goliadkine. Elle lui parut hors de tout bon sens." (page 97).
Le monde se détraque.

Ce double est un fourbe, un flatteur, qui ne doute de rien, ose tout, et réussit là où notre héros, timoré, velléitaire, échoue.
Notre héros se dit à chaque instant que ça n'est pas grave et que tout va s'arranger. Bien sûr, il a tort.

Goliadkine est atteint de mégalomanie, de délire de persécution. Il est banal, insignifiant (ce qui avait été noté lorsqu'il s'est regardé dans le miroir, au début du roman), mais il est persuadé d'être au centre des conversations et de l'attention générale. Son délire ainsi que le côté maléfique du double sont très bien rendus et très "dostoievskiens".
La description, en avance sur son temps, de la pathologie dont est atteint M. Goliadkine est réussie. Il y a beaucoup à dire du roman qui doit comporter de très nombreuses clés de lecture... Pourquoi, alors, cette impression que livre ne fonctionne pas complètement ?
Parce qu'il est encore un peu trop long malgré les coupes effectuées par l'auteur ? Parce que certaines coupes ont été faites de façon trop hâtive ? (les notes permettent heureusement d'expliquer des éléments devenus incompréhensibles). Ou bien encore parce qu'il manque quelque chose à l'histoire, que Goliadkine peine un peu à exister vraiment en tant que personnage, qu'il est un peu utilitaire ?

Il y a quelque chose qui m'a paru un peu bancal. Mais je n'ai pas forcément tout compris (Nabokov, qui n'aimait pas Dostoievski, considérait Le Double comme ce qu'il avait écrit de meilleur - cf Littératures, II).

"Cette nouvelle fantastique est la métaphore réalisée du couple persécuteur-persécuté, le délire dramatisé d'un processus paranoïaque soudain incarné par un sosie qui est vu, reconnu et certifié par le regard des autres. Là résidait l'audace du jeune auteur, elle ne fut pas comprise. La prolixité et l'abus des redondances, l'imitation des tics stylistiques de Gogol expliquent aussi cette incompréhension." (Histoire de la Littérature Russe, Le Temps du Roman, volume 2, pages 971-972, Fayard).



The Double (2013), film de Richard Ayoade - brillant exercice de style - a été tiré du roman. Il a de nombreux éléments en commun avec le livre, mais dans un cadre très différent : une entreprise kafkaïenne avec machines déglinguées, ascenseurs qui fonctionnent quand ils veulent, etc.
Dostoïevski mettait en scène un homme qui devient fou dans un cadre banalement quotidien, alors que le film, lui, met en scène une folie qui survient dans un monde déjà fou à travers sa rationnalisation absurde, déshumanisé (la déshumanisation entraînant un paradoxal dédoublement humain). Ce n'est pas du tout la même chose.
Il est très intéressant de voir les déformations apportées aux éléments du livre (par exemple, le bal de "la haute" transformé en bal d'entreprise un peu miteux, avec un groupe digne des films d'Aki Kaurismäki).


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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMar 24 Fév 2015 - 1:01

Dans le film je pense que l'environnement n'est pas forcément fou en soi mais ce qu'on voit à l'écran est son espace mental en quelque sorte. Enfin c'est comme ça que je l'ai ressenti. Une sorte de cauchemar éveillė. Un trip psychotique. Et avant tout une sorte de conte fantastique qui ressemble un peu au Locataire de Polanski. J'en avais parlé à sa sortie mais je ne sais plus trop ce que j'avais dit exactement.

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMar 24 Fév 2015 - 8:06

Marko a écrit:
Dans le film je pense que l'environnement n'est pas forcément fou en soi mais ce qu'on voit à l'écran est son espace mental en quelque sorte. Enfin c'est comme ça que je l'ai ressenti. Une sorte de cauchemar éveillė. Un trip  psychotique. Et avant tout une sorte de conte fantastique qui ressemble un peu au Locataire de Polanski. J'en avais parlé à sa sortie mais je ne sais plus trop ce que j'avais dit exactement.
Oui, j'avais lu ce que tu avais écrit sur : http://parfumdelivres.niceboard.com/t10954-richard-ayoade

J'ai du mal à penser que tout ce qu'on voit (l'entreprise, le petit bal miteux, sa petite chambre, l'espèce de maison de repos/hôpital où il va voir sa mère) est le fruit de son espace mental, mais je ne suis pas du tout spécialiste de ces pathologies... Tu peux bien avoir raison. Il y a un manque d'ouverture sur le monde, tout paraît renfermé.
Mais, alors, pourquoi ajouter un double à un espace mental déjà si perturbé ? Le héros de Dostoïevski souffrait de paranoïa, mégalomanie, délire de persécution (j'emploie peut-être ces termes mal à propos), mais le monde était "normal" et semblait ignorer cette étrangeté qu'était ce double ; c'est d'ailleurs ce qui était si inquiétant.
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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMar 24 Fév 2015 - 17:10

eXPie a écrit:

"Le Double de Dostoïevski est lui-même double. D'une part il décrit, avec une précision et une intuition qui vont beaucoup plus loin que celles des psychiatres de son époque, le déroulement d'un délire de persécution. [...] Mais d'autre part ce récit fantastique [...] est dans la réalité « littéraire ». Si aucun phénomène surnaturel n'habite ici le récit, ce qu'il y a de tragique dans ce qui arrive à « M. Goliadkine », c'est que personne parmi ses collègues, même son laquais, ne paraît s'étonner de l'existence du Double. Certes il leur arrivera de penser qu'il n'est pas convenable d'être ainsi deux." (André Green, Préface, page 10)


C'est assez ce que j'avais ressenti. J'avais beaucoup aimé Le double. Je comprends tout à fait l'attachement de Dostoïevski.

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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMar 24 Fév 2015 - 18:22

eXPie a écrit:
Marko a écrit:
Dans le film je pense que l'environnement n'est pas forcément fou en soi mais ce qu'on voit à l'écran est son espace mental en quelque sorte. Enfin c'est comme ça que je l'ai ressenti. Une sorte de cauchemar éveillė. Un trip  psychotique. Et avant tout une sorte de conte fantastique qui ressemble un peu au Locataire de Polanski. J'en avais parlé à sa sortie mais je ne sais plus trop ce que j'avais dit exactement.
Oui, j'avais lu ce que tu avais écrit sur : http://parfumdelivres.niceboard.com/t10954-richard-ayoade

J'ai du mal à penser que tout ce qu'on voit (l'entreprise, le petit bal miteux, sa petite chambre, l'espèce de maison de repos/hôpital où il va voir sa mère) est le fruit de son espace mental, mais je ne suis pas du tout spécialiste de ces pathologies... Tu peux bien avoir raison. Il y a un manque d'ouverture sur le monde, tout paraît renfermé.
Mais, alors, pourquoi ajouter un double à un espace mental déjà si perturbé ? Le héros de Dostoïevski souffrait de paranoïa, mégalomanie, délire de persécution (j'emploie peut-être ces termes mal à propos), mais le monde était "normal" et semblait ignorer cette étrangeté qu'était ce double ; c'est d'ailleurs ce qui était si inquiétant.
Un espace mental de cinéma plus que clinique. Aucun délire psychotique ne prend cet aspect aussi concret mais c'est une façon d'en rendre compte avec les moyens du cinéma. J'y vois 2 aspects principaux sous cet angle. Le premier qui est un cliché réducteur (et un malentendu) associant schizophrénie et dédoublement de la personnalité. C'est même rentré dans le langage courant dès lors qu'il y a ambivalence ou dualité. On est à ce moment là qualifié de schizophrène. La psychose n'est pas un clivage entre 2 ou plusieurs identités. Par contre l'idée de matérialiser une sorte de sur-moi comme réalisation de désirs inconscients est intéressante à condition de ne pas la prendre de manière littérale.

L'autre aspect qui est plus intéressant est celui qui illustre la notion de "concernement" qui est un vécu  de centralité propre au début de la plupart des expériences psychotiques. L'individu se sent devenir l'objet de l'intérêt des autres, d'être observé et d'avoir une mission inconnue à accomplir. Ce n'est pas vraiment de la paranoïa  mais la marque d'une dissolution de l'identité qui rend floue la frontière entre soi et le monde extérieur. Il y a une porosité et c'est très anxiogène. Henri Grivois parle très bien de ça. Le film montre ce phénomène d'étrangeté et de perte des limites qui accompagne ou précède le morcellement.

Mais dans le roman je suppose que c'est moins le côté clinique qui intéresse Dostoievski que l'aspect de conte philosophique qui interroge la manière dont nos frustrations peuvent générer des fantasmes de toute puissance qui finissent par révéler leurs propres failles et nous dévorer. Ça n'est pas à envisager de manière concrète et pragmatique. Le même thème que Dr Jekyll et Mr Hyde d'une certaine façon.

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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMar 24 Fév 2015 - 19:15

Marko a écrit:
Le premier qui est un cliché réducteur (et un malentendu) associant schizophrénie et dédoublement de la personnalité. C'est même rentré dans le langage courant dès lors qu'il y a ambivalence ou dualité. On est à ce moment là qualifié de schizophrène. La psychose n'est pas un clivage entre 2 ou plusieurs identités.
Mais dans le roman je suppose que c'est moins le côté clinique qui intéresse Dostoievski que l'aspect de conte philosophique qui interroge la manière dont nos frustrations peuvent générer des fantasmes de toute puissance qui finissent par révéler leurs propres failles et nous dévorer. Ça n'est pas à envisager de manière concrète et pragmatique. Le même thème que Dr Jekyll et Mr Hyde d'une certaine façon.

Hourrah!!


Merci de nous éclairer de tes lumières. Ton explication me plait bien.

Je ne m'étais pas posée beaucoup de questions sur ce double de lui-même qu'il rencontrait dans la rue. J'étais plus intéressée par d'autres parties du bouquin. Mais ça me fait penser à un terme que je viens d'apprendre...Autoscopie?

Bien envie de lire les livres d'Henry Grivois. content

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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyJeu 26 Fév 2015 - 21:54

Tout cela donne envie.

Je ne vérifie rien et j'écris cela très spontanément (et naïvement), mais j'ai l'impression que ça me rappelle la nouvelle du Nez de Gogol... Suspect

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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyJeu 26 Fév 2015 - 22:30

colimasson a écrit:
Tout cela donne envie.

Je ne vérifie rien et j'écris cela très spontanément (et naïvement), mais j'ai l'impression que ça me rappelle la nouvelle du Nez de Gogol... Suspect
Oui, il s'est inspiré de Gogol. On pense forcément au Nez, mais apparemment il s'est aussi inspiré d'autres textes de Gogol (au moins pour le style)... J'ai lu tout ça il y a trop longtemps, il faudrait que j'en relise...
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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptySam 28 Fév 2015 - 20:53

Et moi il faudrait que je lise le Double... innocent

Je ne savais pas pour l'influence, ça confirme donc mes doutes.

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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMar 3 Mar 2015 - 16:59

Alléluia.

Le troisième tome de ses œuvres complètes dans la collection Thésaurus va sortir le 11 mars.
Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 9782330048310

Ca fait un an qu'on l'attendait  Twisted Evil
Ce troisième tome regroupe ses premiers textes, des Pauvres gens à Nétotchka Nezvanova. Donc nettement moins volumineux que les précédents : 900 pages.

J'espère qu'il faudra pas encore attendre un an pour le suivant Rolling Eyes
Donc, si j'ai bien suivi, on aura droit encore à deux tomes : 1849-1864 et 1870-1874.
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MessageSujet: dostoïevski   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMar 8 Sep 2015 - 5:55

Je viens de terminer Le Joueur, de Dostoïevski.

Lecture obligatoire pour un de mes cours (Mouvements Esthétiques, si ça vous intéresse - un cours qui retrace l'histoire de l'art et ses différents courants). J'ai mis du temps à le commencer, mais une fois entamé c'est un véritable tourbillon qui vous aspire, à l'image de la roulette du casino qui suscite fascination et passion chez le protagoniste. Mon premier Dostoïevski, j'ai cru comprendre que cette galette n'était pas représentative de l’œuvre de l'auteur, pas seulement pour l'épaisseur du bouquin, mais aussi pour les thèmes qui y sont présentés. J'ai bien hâte d'explorer le reste de son œuvre et je remercie ma prof mille fois plutôt qu'une de m'avoir fait découvrir ce pan gigantesque de la littérature.

Fait intéressant: pressé par son éditeur, Dostoïevski a dicté le roman à sa sténographe sur une période de 27 jours. Inutile de vous dire que le style du livre en est affecté (pour le mieux, à mon humble avis). Narré à la première personne, le livre fait office de carnets rédigés par le protagoniste et le ton qui en ressort est pressé, nerveux, presque malade. On a droit au point de vue d'un homme qui n'a pas ou peu de recul sur les évènements, résultat ses carnets se lisent davantage comme des impressions approximatives que des rapports précis et détaillés.

Une belle et nouvelle expérience de lecture, en somme.


Dernière édition par Jérémy le Mar 8 Sep 2015 - 6:03, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMar 8 Sep 2015 - 16:08

Comme tu as du l' apprendre, Dostoïevski était joueur lui-même, et de temps en temps, il avait des crises d' épilepsie, ce qui explique
qu' il vivait et travaillait dans l' urgence.

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Roberto Juarroz
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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMar 8 Sep 2015 - 18:46

Je savais qu'il était joueur, et la forme du livre laisse planer quelques doutes sur le caractère autobiographique de l’œuvre (carnets, première personne), mais je ne savais pas pour son épilepsie. Quelle vie !
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MessageSujet: Re: Fédor Dostoïevski [Russie]   Fédor Dostoïevski [Russie] - Page 27 EmptyMer 30 Sep 2015 - 0:30

Humiliés et Offensés

Sans doute l'un de mes trois romans préférés de Dostoïevski. Après avoir lu Les Frères Karamazov, L'Idiot, Crime et Châtiment et Les Démons (pour l'essentiel) j'avais décidé de lire toute son oeuvre dans l'ordre chronologique. Ses premiers essais, (puisque tout auteur se cherche) sont intéressants, savoureux. Mais bien loin de ce que je connaissais de Dostoïevski. Au point que je me suis demandé, par dépit, si au final, je l'aimais toujours autant. Le Joueur ou Le bourg de Stépantchikovo pouvaient faire figure d'éclats fugaces, mais ce n'était pas suffisant.

Et voilà qu'arrive Humiliés et Offensés. Ceux qui l'auront lu me comprendront ; c'est un rêve. Ou un cauchemar, peut-être. L'irrésolution est bien le seul phare pour éclairer ce récit, disloqué par sa propre polyphonie et sa mis en scène de la société. Les différents personnages ressemblent à des types, qu'on aura tort de décrier comme caricaturaux, puisque ça n'empêche aucunement Dostoïevski d'être profond.

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"Un instant, Ulrich hésita. Il était sans aucun doute un homme croyant, mais qui ne croyait à rien ; sa dévotion la plus totale à la science n'était même pas parvenue à lui faire oublier que la beauté et bonté des hommes proviennent de ce qu'ils croient, et non point de ce qu'ils savent." L'homme sans qualités, Robert Musil

Un long week-end avec Marcel Proust (Ronald Frame)
Le roman d'un enfant - Prime jeunesse (Pierre Loti)
La Trêve (Primo Levi)
Les Brigands (Friedrich von Schiller)
Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire) (relecture)
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