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 Joël Schuermans [Belgique]

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LaurenceV
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MessageSujet: Joël Schuermans [Belgique]   Joël Schuermans [Belgique] Icon_minitimeMer 11 Nov 2009 - 23:11

Joël Schuermans [Belgique] A1539

Joël Schuermans est né en 1971 à Liège, en Belgique. A la fin des années 80, il s’engage dans l’armée et passe une dizaine d’années comme sous-officier dans les para-commandos où il participe à plusieurs missions en Afrique, notamment en Somalie (1993) et au Rwanda (1994).
En 1999, il change de vie et devient tour à tour voyageur, couturier,berger, bûcheron et enfin auteur, toujours voyageur.

En 2007, il écrit son premier roman qui sera publié en 2009 par les éditions Memory Press, karmAfrica fait partie des finalistes du Prix Première 2010 et du prix Jean Muno 2010.
En avril 2011, sort également aux éditions Memory Press son deuxième roman, Mais ce qui persiste en moi est ce fragment d'inhumanité...
Plusieurs projets sont en cours, dont notamment un livre de photographies.


Joël Schuermans [Belgique] A1513
KarmAfrica


KarmAfrica c’est l’histoire d’un homme dont l’enfant est sur le point de mourir à cause d’une maladie grave, c’est l’histoire d’un homme qui paye ses fautes passées, c’est l’histoire d’un homme qui a été le témoin d’actions et de comportements inacceptables dans un pays où il devait maintenir la paix, c’est l’histoire aussi d’un amour. Le récit alterne en permanence entre présent et passé. Un présent douloureux et incertain et un passé lourd, très lourd. Le narrateur tente d’expliquer la maladie de son fils comme étant un juste retour des choses par rapport à ce qui s’est passé lors de sa mission en Somalie en 1993. Les soldats belges qui étaient envoyés par l’ONU dans ce pays avaient pour mission de maintenir la paix. Mais l’ambiance est tendue et ces hommes ne sont pas formés à gérer ce genre de situation. La tension augmente et la violence est gratuite. Joël Schuermans nous décrit des situations incroyables et dramatiques qui choquent malgré tout. Il témoigne des dérives d’une mission de paix et des conséquences psychologiques irréversibles. Il témoigne aussi de l’amour intense d’un père et d’une mère pour leur enfant. Il nous montre la force de l’amour, la douleur d’être vivant alors que notre enfant est mourant, l’angoisse de la perte.
Bien que le lecteur sente qu’il s’agit d’un premier roman dans le style (descriptions parfois plates, tournures scolaires), il y trouve une véritable force, une étincelle qui captive et fait vibrer, une sincérité énorme qui fait vivre les émotions. C’est un roman touchant, vivant, vécu et vrai. Un roman qui m’a émue. Un roman qui m’a fait penser que finalement il était rare de compatir pour les personnages.
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LaurenceV
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MessageSujet: Re: Joël Schuermans [Belgique]   Joël Schuermans [Belgique] Icon_minitimeJeu 20 Oct 2011 - 16:46

Mais ce qui persiste en moi est ce fragment d’inhumanité... est un roman coup de poing. Comme son titre l’indique, l’histoire est dure et ne laisse aucune place à l’espoir.

Réveillon du Nouvel An 2006, Hôtel Formule 1, Simon seul et déboussolé dans une chambre sordide. Voilà le décor des premières lignes. Le narrateur vient de quitter sa femme et il s’apprête à repartir sur les traces de son passé, d’un passé douloureux et inhumain, d’un passé qu’il croit être la solution à son malheur, au Rwanda. Alors qu’il était soldat de la Minuar en 1994, il débarque à Kigali pour une mission de maintien de la paix. Il découvre un pays magnifique et il fait la rencontre de deux femmes aussi différentes que complémentaires, Chiara et Fortunée, qui ne cesseront de hanter sa vie. Il prend un rythme agréable, il vit des moments heureux et c’est alors que l’attentat contre le président Habyarimana marque le début d’un génocide atroce et efficace qui sera la cause de près d’un million de morts. Impuissant face à ce massacre, il n’en ressortira pas sain et sauf.

Joël Schuermans nous livre dans ce roman l’histoire d’une vie marquée à jamais par ce terrible événement. Ce retour sur le génocide rwandais est un témoignage poignant sur la barbarie humaine, sur l’inhumanité, sur l’échec d’une mission sensée maintenir la paix. Simon est un soldat, il est aux premières loges de ce spectacle sanglant dont les victimes se comptent par centaines et même par milliers chaque jour. Il ne comprend pas ce qui se passe, il ne peut y croire. Il le vit, le sent, le ressent et l’entend. Le regard que porte Simon est nouveau et différent puisqu’il n’est ni du côté des victimes ni de celui des bourreaux. Il est un observateur extérieur qui aurait pu agir, qui aurait dû agir, mais qui n’a rien pu ou su faire. Son regard est spontané, sincère, incrédule et naïf. Il est dans l’action mais se sent totalement inactif.

Oui, on pourrait discuter sur l’implication des soldats qui auraient dû agir. Oui, il est scandaleux d’avoir abandonné une population à un destin inimaginable, livrée à la haine. Mais dans ce roman, il nous montre quelles étaient les actions possibles pour de simples soldats qui ne comprenaient pas, qui n’avaient pas le droit de défendre, de tirer, d’agir, dont le seul pouvoir était de se montrer au final. Quelle frustration ! Mais quelle responsabilité aussi ! Joël Schuermans nous montre l’horreur sans exagération, sans fioritures, dans sa brutalité, dans sa réalité, sans emphase. Le lecteur en a mal, le lecteur ne peut supporter, le lecteur pourtant ne lâche pas le roman, parce que le lecteur, comme Simon, ne peut y croire tout en sachant que c’est réel, que c’est vrai. Quand la réalité dépasse la raison.

Et puis ce roman accuse aussi d’une certaine façon. Porte un regard critique sans l’être sur le manque de préparation des militaires à faire face à ce genre de situations, sur le manque de réactivité de l’ONU, sur le retrait des troupes belges, sur l’implication d’une certaine nation.

Et puis encore, ce roman montre les ravages qu’un tel événement peut faire sur un jeune homme déjà fragile, la dépression, le besoin de trouver la paix sans jamais accepter de l’aide. Simon est un gars fragile, un gars insupportable qu’on a envie de secouer, un gars complètement fou, névrosé et dangereux. Simon est un antihéros et pourtant on s’attache à lui, on ne lui pardonne pas mais on compatit. Et comme dans son premier roman, la force de l’écriture de Joël Schuermans, c’est de nous livrer des personnages vivants, réels, sympathiques sans l’être et pour lesquels on éprouve de la compassion tout en les détestant.

Ce roman n’est pas que le témoignage d’un acte inhumain, c’est aussi l’abandon, la peur de l’abandon, la folie, les femmes et l’amour, la mère et les femmes, l’amitié fraternelle et la possibilité d’exorciser ses démons par la création.

Mais ce qui persiste en moi est ce fragment d’inhumanité... est un roman de qualité et la progression dans l’écriture et le style par rapport à karmAfrica est impressionnante. De ce roman, on n’en sort pas indemne.
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