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 Antonin Varenne

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shanidar
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MessageSujet: Antonin Varenne   Mer 4 Jan 2012 - 10:41



Né en 1973 à Paris, Antonin Varenne n'y restera que quelques mois avant d'être enlevé par ses parents pour vivre aux quatre coin de France , puis sur un voilier. Il ne reviendra qu'à vingt ans, pour poursuivre ses études à Nanterre.

Après une maîtrise de philosophie (Machiavel et l'illusion politique), il quitte l'Université, devient alpiniste du bâtiment, vit à Toulouse, travaille en Islande, au Mexique et , en 2005, s'arrime au pied des montagnes Appalaches où il décide de mettre sur papier une première histoire. Revenu en France accompagné d'une femme américaine, d'un enfant bilingue et d'un chien mexicain, il s'installe dans la Creuse et consacre désormais son temps à l'écriture.

source : Editions Viviane Hamy

il publie :

2009 Fakirs
2011 Le Mur, le Kabyle et le marin
2014 Trois mille chevaux vapeur

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Dernière édition par shanidar le Lun 26 Mai 2014 - 10:05, édité 2 fois
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shanidar
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MessageSujet: Re: Antonin Varenne   Mer 4 Jan 2012 - 10:58



Des personnages totalement atypiques, un enquêteur relégué au Suicide, un boulot que personne ne veut faire, un aide foireux, à moitié débile, qui voue une adoration quasie mystique à son supérieur et dans la forêt un franco-américain, adepte du tir à l'arc et de la vie au naturel, vont se retrouver liés pour tenter d'expliquer la mort d'un autre américain, mort survenue pendant un numéro sado-maso dans un club parisien (l'homme s'empalait avec des crochets... crime ? suicide ? ou quoi ?).

En réalité l'histoire est assez foireuse, elle ne tient pas vraiment la route et le lecteur comprend très vite que Varenne a mis le paquet sur les personnages, qui sont eux des miracles d'invention et de surprise. Chacun traine avec lui son petit sachet de pourriture et de dégueulasserie, des erreurs qui collent aux baskets et précipitent plutôt du côté de la déprime. Tous ceux que les trois hommes vont rencontrer dans leur périple (de la patronne de bar à la peintre branchée) sont des archétypes d'une certaine somme d'humanité (celle de l'ombre, des fantasmes, des dérives, des plongées dans l'obscurité). Et pourtant le récit ne tourne jamais au glauque, ni à l'indigeste, la force des trouvailles fait plutôt effet de catalyseur, d'excitant.

Malgré le défaut narratif, ce roman policier se lit avec beaucoup de plaisir, voir de jubilation. Nous sommes loin de la noirceur d'un Thilliez, plus proche d'une Fred Vargas dans la recherche de l'expression atypique, d'une petite folie qui émerge par éclairs de chaque personnage. La langue est sèche, affûtée, Varenne ne se laisse pas attendrir même si on devine son plaisir à peindre des êtres hors normes, asociaux, déviants, vivants.

En tout cas un premier roman qui laisse présager un bel avenir à son auteur.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Antonin Varenne   Mer 4 Jan 2012 - 11:26



La boxe.

La guerre d'Algérie.

Contrairement à son premier roman qui laissait un peu de côté l'histoire racontée pour mettre en avant des personnages insolites, Varenne s'attache ici aux gestes, aux mouvements, aux actions de personnages peut-être un peu moins originaux (quoique) mais tout aussi fascinants. Nous ne sommes plus dans un polar mais dans un roman noir, ici pas d'enquête à la mord-moi-le-fakir, mais des faits : la guerre d'Algérie et ses conséquences. Etalant son récit sur une période allant de 1957 à 2009, Antonin Varenne réécrit une page de l'histoire des relations franco-algérienne. On peut s'interroger sur la légitimité de transformer en roman les évènements d'une guerre qui reste encore particulièrement honteuse (les guerres le sont toutes mais le silence qui entoure celle d'Algérie démontre à quel point celle-ci reste source de controverses, de mensonges, de secrets). J'avoue avoir eu peur que Varenne ne s'enlise dans une démonstration de bons sentiments mais il n'en est rien, les personnages de Varenne sont des hommes de qualités et de défauts, des hommes douloureux que leur passé écrase et des salauds. Certains ont été des ordures et ont bien vécu, d'autres (les 'réfractaires') n'ont rien vécu de bon et l'un d'entre eux décide de rééquilibrer la balance...

Le roman de Varenne soulève beaucoup de questions essentielles : celle du témoignage, celle de la parole (écrite/dite), celle du souvenir ; il touche à des thèmes durs : la torture (quelle comparaison peut-on faire entre un homme qui est torturé et un autre qui monte sur un ring pour se faire massacrer ?), la trahison (est-elle légitime quand il s'agit de sauver sa peau ?), la vengeance, la corruption... Ce roman est très documenté, il n'hésite pas à souligner les relations entre milices et Front National, entre les tortionnaires et la police, il s'interroge sur ce que les hommes qui ont fait cette guerre, par leur silence, ont détruit d'eux-mêmes et de ceux qui les entourent (famille, enfants, femmes, amis...), il questionne la notion d'amitié, de solidarité, d'humanité. A l'aide d'une langue saturée, étrécie, asséchée, Varenne livre ici non seulement un bon roman mais quelque chose de plus... une sorte de témoignage et d'hommage. Un livre dur et digne.

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topocl
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MessageSujet: Re: Antonin Varenne   Mer 4 Jan 2012 - 11:30

Celui-ci, je pense que je vais y mettre mon nez!
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shanidar
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MessageSujet: Re: Antonin Varenne   Mer 4 Jan 2012 - 11:42

ce qui m'a manqué c'est une petite respiration, un peu de paysage (de l'Algérie on revient avec un ciel bleu, une route, un ravin et c'est à peu près tout...) et des dialogues peut-être un peu moins nombreux mais plus substanciels... J'ai eu l'impression que Varenne épurait, dégraissait au maximum la narration pour la rendre à une forme de nudité, cette nudité qui révèle instantanément beauté et laideur emmêlées.

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mimi54
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MessageSujet: Re: Antonin Varenne   Dim 27 Mai 2012 - 16:44

Le mur , le kabyle, et le marin

Dès le premier chapitre, dès les premières pages, c’est le mot viril qui me vient à la bouche pour qualifier ce livre. D’emblée, nous voilà catapultée sur le ring avec George dans le rôle du cogneur. L’ambiance, l’écriture, tout est brut, rugueux, âpre. L’univers est masculin ; pas de place pour les femmes dans ce livre…celle du bordel mise à part. Les deux premiers tiers du roman verront s’alterner les époques et les personnages.
De nos jours, C’est George, dit le mur, petit flic sur la fin, boxeur amateur par ailleurs que nous apprenons à connaitre. Non content de cogner, ou de se faire cogner, il se fait quelques billets en exécutant quelques contrats. Jusqu’au jour où….
En 1958, nous sommes en Algérie, Varini échoue dans un centre de renseignements où l’on ne mégote pas sur la torture qu’il refuse. Deux ans…. Deux ans qu’il lui faudra faire !!! Rachid, le kabyle, lui est prisonnier. On y retrouve les « cocos », les salauds
A ce stade, c’est un peu la confusion, on ne sait pas trop comment l’auteur va s’en sortir.
Nous retrouvons, le mur, aux souvenirs perdus, Rachid le kabyle, et le marin…. Chacun en route vers Marseille qui pour se retrouver, ou se venger.
Si j’ai aimé le côté viril des débuts, le style percutant, si son côté glauque, et malsain ne m’a pas plus rebutée que cela, il a manqué sur la longueur une tension que j’attendais plus soutenue. C’est finalement en spectatrice lointaine que j’ai suivi tout cela, sans empathie , ni antipathie particulière. L’auteur a des qualités littéraires indéniables. Cette partie d’histoire de France, je l’avoue, ne me passionne guère, et ce depuis toujours. Est-ce la raison pour laquelle je suis restée relativement insensible ? Une forme de roman noir qui ne me convient pas ?


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topocl
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MessageSujet: Re: Antonin Varenne   Dim 27 Mai 2012 - 18:24

Alors à moi non plus, je l'avais abandonné assez rapidement!
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Queenie
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MessageSujet: Re: Antonin Varenne   Dim 25 Mai 2014 - 22:06


Trois milles chevaux vapeur.
(2014)


Coup de cœur !
Ça faisait longtemps que je n'avais pas été embarquée dans un roman. Vous savez ces romans où les personnages vous intriguent, et mine de rien vous accrochent à eux, au point qu'on finit par ne jamais vouloir les lâcher.
Ces romans où il y a un suspens façon thriller psychologique étouffant, angoissant et déstabilisant.
Ces romans où surgissent des petites perles de beauté, quasiment dans le non-dit (car le personnage principal est un taiseux. Un purdur).

Voilà.
Trois milles chevaux vapeur, c'est à peu près le rythme de fou auquel j'ai avalé les pages de ce roman.

Résumé rapido presto pour vous donner une idée de la Bête.

Milieu XIXième.
Bowman est un costaud, un mec qui fait peur rien qu'en un regard. Il a vécu des trucs horribles (pendant la guerre anglo-birmane), son corps est couvert de cicatrices, son âme est pleine de failles. Le jour ça va, avec l'alcool, le boulot, et la drogue. La nuit, ce sont les cauchemars. Mais il tient Bowman. Il survit.
Survivre.
Un mot.
Retrouvé un jour au-dessus d'un cadavre qui a été torturé d'une façon horrible. D'une façon connue par Bowman - il a les mêmes cicatrices que le cadavre.
Il va poursuivre l'assassin. Fantôme du passé.
Chasse à l'homme à travers Londres, puis les États-Unis. Conquête de l'Ouest, Desperado, pionniers, et chercheurs d'or. Un coin du monde où la vie est rude, sèche, et dangereuse.
Un monde que Bowman traverse comme une ombre, qui fait froid dans le dos.
Pourtant il dégage une vraie tendresse, une terrible humanité, parce qu'au fur et à mesure de cette chasse à l'homme c'est aussi ses cauchemars qu'il poursuit, son âme qu'il reconstruit.

Un livre dense, qui joue à la perfection avec les codes du thriller, des États-Unis, de l'anti-héros rugueux.

Ça ferait un film fantastique !
(J'ai eu des images du No country for old men adapté par les frères Coen)

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Oh, baby, baby, it's a wild world
It's hard to get by just upon a smile.
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Cassiopée
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MessageSujet: Re: Antonin Varenne   Jeu 31 Juil 2014 - 14:37

Trois mille chevaux vapeur

La guerre commence dans l’attente….


Qu’est ce qui peut inciter un ancien bourreau à devenir bon ?

Arthur Bowman, sergent au service de la compagnie des Indes est un homme dur. Un être solitaire, sans empathie, sans pitié, bourru … Un de ces soldats qui ne baisse pas les yeux, qui secoue les hommes, les forçant à aller au bout d’eux-mêmes au risque de se perdre.
Il dit faire cela pour sauver les militaires qui sont sous ses ordres, les obliger à survivre, un peu comme dans l’adage « attaquer avant d’être attaqués. »
1852, on le rencontre en Birmanie, on le suit à Londres et jusqu’en Amérique. On s’attache à ses pas malgré sa part d’ombre, malgré sa noirceur. Il fait peur car on sent qu’il peut démarrer très vite dans l’horreur et parallèlement on se prend à vouloir l’apaiser. C’est un de ces personnages, tellement ancré dans l’intrigue et dans nos pensées, qu’il devient vite un familier, bien qu’on le connaisse peu.
La Birmanie, la compagnie des Indes, la révolte des cipayes, voici une première partie très bien documentée, aux descriptions fouillées mais pas lourdes. On ne sent pas l’étalage des recherches ou des connaissances de l’auteur. Tout est parfaitement incorporé à l’intrigue et l’écriture reste fluide agrémentée de dialogues vifs et intéressants car, de temps à autre, ils fouillent les pensées des protagonistes.

Six ans plus tard, Londres, le même homme ou du moins ce qu’il en reste… Arthur Bowman lutte maintenant contre ses démons intérieurs, fantômes personnels qui le hantent jour et nuit… Que faire pour résister aux cauchemars ? Boire, se droguer, oublier et essayer de s’oublier, n’être que l’ombre de soi-même … oui mais quel intérêt ? Accusé de torture et de meurtre (les stigmates sur le cadavre ont un air de « déjà vu »), il s’enfuit et souhaite disparaître mais la mort ne veut pas de lui. Alors il se décide à traquer l’assassin. Pourquoi ? Parce qu’il veut comprendre, savoir ce qui a pu inciter un homme (et lequel) à agir ainsi.

Petit à petit, au fil des pages, par d’infimes touches, la couleur revient dans ce tableau glauque, noir.
Citation :
« Vous avez changé parce que vous avez découvert la peur, sergent. Peut-être que vous allez apprendre le vrai courage maintenant. »
Cela peut être un ciel un peu plus bleu, une chevelure rousse, un lac aux reflets argentés…..
Oh, ne pensez pas que l’on tombe dans un optimiste béat et démesuré. On en est loin. L’ambiance est lourde dans les pages de cet opus mais l’auteur contrôle parfaitement son sujet. L’atmosphère est maîtrisée de bout en bout. Le suspense est habilement maintenu. Les différents lieux que « visite » le Sergent Bowman sont décrits avec intelligence et précision, l’ambiance de l’époque évoquée avec finesse.

L’écriture d’Antonin Varenne atteint sa pleine dimension avec ce recueil. Pour moi, ce roman est le meilleur qu’il ait écrit (la barre est haute, il va falloir se maintenir ;-)Une force incroyable se dégage des pages qui défilent sous nos yeux. C’est parfaitement dosé et il n’en fait jamais trop.

La rédemption d’un homme n’est jamais chose aisée, il faut parcourir un long chemin en tant qu’individu pour y parvenir.
Citation :
« L’Ojkipa, c’est la réunion des deux hommes qui sont en nous. Le guerrier et celui qui marche en paix sur la terre. »
La route que parcourt Arthur Bowman pour arriver vers un peu plus de paix intérieure est semée d’embuches, de barrières ; celles que l’on place devant lui mais également celles qu’il érige lui-même. Mais il ne cesse de progresser, ne serait-ce que sous le regard d’une femme…..

J’ai beaucoup aimé cette histoire. J’ai apprécié les extraits de « Walden ou La vie dans les bois » de Henry David Thoreau (récit retranscrivant la vie de Thoreau pendant deux ans, en forêt et expliquant comment cet isolement lui a permis de comprendre combien il est important de vivre en harmonie avec les éléments), que lit Bowman (ce n’est d’ailleurs pas sa seule lecture mais peut-être celle qui l’aide dans ses choix), cela lui donnait une part d’humanité, comme si un homme qui lit ne pouvait pas foncièrement être mauvais ….
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