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 Mo Yan [Chine]

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colimasson
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Ven 20 Déc 2013 - 13:06

Commentaire qui donne envie de lire...
La référence au Ventre de Paris ne peut qu'éveiller ma curiosité... et la préface de Volodine aussi.

_________________

J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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bertrand-môgendre
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MessageSujet: Le chantier de Mo Yan   Sam 15 Fév 2014 - 12:51

Le chantier de Mo Yan
Traduit du chinois par Chantal Chen-Andro.

Poche : 214 pages. Éditeur : Points (18 août 2011) ISBN-10 : 2757824732

Description de l’ouvrage donnée par l’éditeur.

Dans la Chine de la révolution culturelle, une équipe d’ouvriers travaille sur le chantier de construction d’une route, en pleine campagne. Après le départ du chef, la discipline se relâche et les travailleurs sont livrés à eux-mêmes. La violence s’installe et la présence d’un village à proximité éveille les convoitises. En dressant un tableau de la misère ordinaire du petit peuple, Mo Yan interroge le socialisme chinois.

Mon commentaire.

Parler d’un livre sans raconter son histoire, c’est possible avec cet auteur glorifié par ses pères.

Mo Yan est de la génération qui a traversé et subit avec difficultés cette Révolution Culturelle abjecte, faisant suite à la misère du Grand Bond en Avant qui lui-même avait succédé à la réforme agraire.
Mo Yan est de la génération qui découvre avec bonheur une autre forme du communisme, la décollectivation, genre de dictature démocratique du peuple, promulgué par Deng Xiaoping avec par exemple la mise en œuvre de la Révolution Verte. Nourrir la population citadine qui s’accroît de façon exponentielle malgré la mise en place d’une politique de l’enfant unique.
Mo Yan a vu naître la révolte des intellectuels et peut-être même y participer du bon côté, car il était engagé dans l’armée certes, mais dans les télécommunications. Il a vu naître et s’installer l’économie socialiste de marché.
En une vie, l’auteur a connu des changements de société en profondeur auxquels il était partie prenante.

Malgré cette ouverture, cette liberté d'expression à consommer presque sans modération, il n'en demeure pas moins que Mo Yan reste sur les expectatives, littérairement parlant. Ses écrits restent non engagés, car suffisamment mielleux pour ne pas être censuré comme Jia Pingwa dans la Capitale déchue,
suffisamment discret dans la description de la misère pour ne pas connaître l’interdiction en République Tchèque affligée à Kundera pour son roman La plaisanterie, comportant suffisamment de talent pour utiliser l’écriture châtrée consistant à ne pas employer les mots et qualificatifs interdits tel que le dénonce Murong Xuecun (Oublier Chengdu titre de son roman phare) dans son discours supprimé lors de la remise de son prix « la littérature du Peuple ».

Voilà toute l'ambiguïté de cet écrivain intelligent qui se réfugie dans le passé pour éviter la censure. Il reste dans le rang.
Et c'est, à mon avis, ce qui transpire à travers les lignes de ce roman.
Des faits, des situations, des personnages cataloguent Mo Yan dans sa fonction d'ethnologue ou plus précisément d’éthologue. Il utilise le format carte postale « noir et blanc » version témoignage, se rapprochant parfois de la mouture filmée à la Raymond Depardon dans la trilogie « profils paysans ».
Je lis, regarde et m’étonne du fossé qui me sépare de la vie des personnages dont l’obsolescence programmée ne larmoie pas sur la partition de la complainte nostalgique.
Ses récits se veulent justes, documentés, précis.  
Mo Yan utilise l’intensité des mots tels que cruauté, misère, faim, galère ainsi que ceux correspondant aux vraies valeurs mêlant l’amitié, l’amour, la haine.
J’ai retrouvé la même ambiance, les mêmes décors, presque les mêmes personnages à la lecture de le Radis de Cristal.

La façon dont Mo Yan élabore son récit de fiction le propulse dans la catégorie des dystopies, ou contre utopies, genre de société idéaliste virant au cauchemar.
C'est déprimant à souhait.
Heureusement, l'auteur utilise de temps en temps une forme littéraire  dynamique à savoir, le recoupement de deux histoires mises en parallèle, par exemple le meurtre d'un chien avec l'avancée du rouleau compresseur qui relie les campagnes les plus reculées avec la civilisation moderne ; ou, la profanation d'une tombe voyant la résurrection d'une défunte fraichement enterrée et la mise à mort d'un homme condamné à rester cloué au lit jusqu'à la fin de ses jours. Voilà deux maigres échantillons qui permettent de bousculer la monotonie ambiante.

L’auteur est à découvrir certes, mais ne reflète pas, à mon idée, la pensée actuelle et moderne du peuple chinois.
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Sam 15 Fév 2014 - 15:53

Bertrand, as-tu lu La capitale déchue de Jia Pingwa ? Je me le suis procuré, c'est un sacré pavé mais les quelques pages feuilletées m'ont paru fort intéressantes.

La situation des écrivains comme des cinéastes chinois n'est pas facile, et je n'aimerais pas être à leur place. Toute critique trop ouverte apporte ennuis et censure, et quel pire destin pour un auteur que de ne pouvoir être lu ?
Après, le pouvoir acceptant désormais que l'on dénonce les exactions de la révolutions culturelle, le moins que l'on puisse dire est que les auteurs chinoisne s'en privent pas. Je ne sais si j'ai raison, mais en lisant plus d'un auteur, j'ai eu l'impression qu'ils se servaient du prétexte des années Mao pour dénoncer implicitement les dérives actuelles.


Dernière édition par Armor-Argoat le Sam 15 Fév 2014 - 19:04, édité 1 fois
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bertrand-môgendre
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MessageSujet: pingwa   Sam 15 Fév 2014 - 18:59

Armor-Argoat, le livre de Jia Pingwa, la Capitale déchue, est un gros pavé qui se lit sans trop de problème malgré sa lourdeur dans tous les sens du terme.
Au début, ce qui m'amusa, c'était le nombre de caractères censurés qui portaient uniquement sur la description d'actes sexuels un peu trop crus.
Les romans érotiques de la dynastie Ming édités par Bleu de Chine n'ont, à contrario, reçu aucune coupe franche dans le texte. Certainement, parce les textes plus anciens comportent une notion d'intouchabilité.
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bertrand-môgendre
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MessageSujet: Le veau de Mo Yan   Mar 25 Fév 2014 - 20:03

Le veau et le coureur de fond de Mo Yan
nouvelles traduites par François Sastourné.

Broché : 256 pages
Éditeur : Seuil (4 octobre 2012). Langue : Français
ISBN-10 : 2021024016. ISBN-13 : 978-2021024012


Quatrième de couverture :

Mêlant souvenirs et imagination débordante, ces deux nouvelles que relient l’attachement de Mo Yan à l’enfance, à sa province natale et au monde animal, décrivent une Chine rurale où la débrouillardise permet d’affronter la dure réalité. Mo Yan lui-même s’y dévoile comme jamais, en adolescent turbulent et bavard aux prises avec la souffrance du veau, la misère, et la ruse infinie des hommes, ou en observateur de dix ans, candide et curieux, de la course de fond organisée par l’école. À chaque tour de piste, c’est la surprise, le suspense grandit tandis que l’enfant dresse un tableau truculent de la vie de son canton dans les années soixante. Mo Yan laisse exploser avec délices la malice et l’énergie de l’enfance, la bonhomie, le courage et l’humour vache du monde paysan soumis aux lois absurdes de l’époque maoïste.


Mon commentaire :

L’auteur excelle dans son domaine de prédilection, le milieu paysan.
Chaque détail d’ordre architectural, paysager ou vestimentaire, chaque comportement humain ou animal est scrupuleusement retranscrit, car, véritablement vécu.
S’il parle du vent, il m’ébouriffe les cheveux, s’il décrit les fleurs de printemps elles embaument l’endroit où je lis. Ce côté-là est une réussite.

Mo Yan ose une remarque ou deux à propos de l’ambiance de l’époque, les années 1970 sous l’emprise de la Révolution Culturelle chinoise, qu’il place dans la bouche du vétérinaire seul instruit non-rééduqué dont la communauté villageoise ne peut se passer :
"Ces temps-ci, les canailles et les fripouilles ont appris à malmener les gens, qu’est-ce que je peux y faire ? Les paysans pauvres et moyen-pauvres sont la classe dirigeante, maintenant. Ils sont même directeurs d’école !"
Voilà une réflexion qui brosse le tableau piteux instauré par les Gardes Rouges souvent plus extrémistes que la volonté dictée par le Grand Timonier.
Beau moment de lecture.
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Dim 5 Oct 2014 - 10:16

Info :
Mo Yan sur RFI le dimanche 5 octobre (oups, c'est aujourd'hui)
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Méphistophélès
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Mer 27 Mai 2015 - 0:16

La Joie de Mo Yan

J'ai lu ce livre dans le cadre de la chaîne de lecture. C'est Marko qui me l'a proposé et je l'en remercie !

Le personnage principal se nomme Yongle qui veut dire « Joie éternelle ». Il est issu d'une famille de paysans mais souhaite une autre vie en tentant d'intégrer l'université. En effet, Yongle n'aime pas la vie de paysan ni la campagne parce que tout cela ne fait que refléter la misère dans laquelle il a grandi. Le souci, c'est que Yongle rate à chaque fois l'examen qui lui permettrait de pouvoir accéder à l'université, ce qui le pousse petit à petit à désespérer.

La première chose qui m'a surprise lorsque j'ai commencé la lecture de ce court roman, c'est le fait que le narrateur n'emploie pas la première ou troisième personne du singulier mais la deuxième. Rares sont les livres qui utilisent le « tu » comme sujet, il n'est donc pas surprenant d'être dérouté de prime abord.

L'autre chose qui peut être étonnante au départ est la façon dont le narrateur va enchaîner les idées, va sauter d'un sujet à l'autre sans qu'il y ait de paragraphe ou de chapitre pour bien différencier le tout, ni même de tirets pour faire la distinction entre des dialogues et les pensées du personnage. Néanmoins, au bout d'une dizaine de pages l'on commence à s'habituer à ce style d'écriture bien particulier et à comprendre les mécanismes que déploie l'auteur.

J'ai vraiment apprécié ce livre. Déjà, cela me permet d'apprendre des choses sur la Chine contemporaine – enfin quasi contemporaine puisque cela se passe dans les années 1980 -, et en particulier sur le régime communiste. En effet, dedans on entend parler du planning familial qui incite les familles à ne pas avoir plus d'un enfant sinon celles-ci devront payer des amendes. On est aussi renseigné sur les conditions de vie miséreuses des paysans chinois : ils n'ont aucun espoir d'ascension sociale à moins de faire des études qui sont extrêmement coûteuses et sélectives comme le montre l'exemple de Yongle.

L'autre aspect que j'ai apprécié est la façon dont le personnage principal cherche à lutter contre son destin, à vouloir rendre fier sa famille mais surtout s'extraire d'une condition de vie qui ne lui convient pas. Tout au long du récit, on constate que si le désespoir le submerge petit à petit, c'est parce qu'il a tout essayé pour s'en sortir mais que rien n'y fait, le sort s'acharne sur lui et dans ses conditions, on peut s'interroger sur l'existence de la joie.

Dans un certain passage, la mère de Yongle lui dit ceci :

« Du moment que l'on vit, on peut toujours s'en sortir. Il n'est aucun fleuve qu'on ne puisse traverser, et s'il existe un bonheur inaccessible, il n'est pas de malheur insurmontable. »

Est-ce réellement le cas ? Que le bonheur ne soit pas accessible à tous...cela nous est illustré tout au long du récit et nous savons que nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Mais, est-ce que l'on peut toujours se relever à la suite de malheur ? Ne finit-on pas terrassé à force de voir le destin s'acharner sur nous ? Et surtout, comment trouver la joie dans ses conditions ?

C'est ce à quoi ce roman tente de répondre.
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   Jeu 28 Mai 2015 - 18:40

Chouette commentaire. Content que tu aies apprécié.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Mo Yan [Chine]   

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