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 Bahiyyih Nakhjavani [Iran]

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Ouliposuccion
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MessageSujet: Bahiyyih Nakhjavani [Iran]   Mer 11 Jan 2012 - 13:27



Bahiyyih Nakhjavani est née en Iran, mais elle a grandi en Ouganda et a fait ses études secondaires et universitaires en Angleterre et aux Etats-Unis. Elle s’est consacrée durant ces vingt dernières années, dans diverses régions du monde dont en Belgique, à l’enseignement de l’anglais, des littératures anglophones et de l’art. Elle vit actuellement en France.

La sacoche, paru en 2000 en anglais (The Saddlebag), a rencontré un succès international.

Les cinq rêves du scribe, 2003.

La femme qui lisait trop , 2007.


Dernière édition par Ouliposuccion le Mer 11 Jan 2012 - 13:30, édité 1 fois
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Ouliposuccion
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MessageSujet: Re: Bahiyyih Nakhjavani [Iran]   Mer 11 Jan 2012 - 13:29



La femme qui lisait trop

“Ce livre est dédié à la mémoire d’une femme qui vécut en Perse au XIXe siècle et qui, même si on l’a représentée sur une pierre tombale, n’eut jamais l’honneur d’une épitaphe. C’est un hommage à Tahirih Qurratu’l-Ayn, dont la vie, en avance sur son temps et les dernières années d’emprisonnement, de 1847 à 1852, ont inspiré cette histoire.” B.N.
Téhéran, deuxième moitié du XIXe siècle : la cour du shah fourmille d’intrigues de palais, de complots et autres tentatives d’assassinats plus ou moins abouties, sous l’ironique et cruel regard de la mère du souverain persan, qui en a vu bien d’autres dans sa déjà longue et très machiavélique existence et n’a nulle intention de se laisser déposséder de la moindre parcelle de son auguste pouvoir de tyrannique douairière…
Voici que cette fois, pourtant, ce très ancien royaume de Perse va se trouver ébranlé non tant par les menées factieuses des uns ou des autres (menées qu’observe, avec inquiétude, l’ambassadeur de Sa Royale Majesté la Reine d’Angleterre) mais par l’irruption, sur cette scène agitée, d’un protagoniste inattendu en la personne de Tahirih Qurratu’l-Ayn, poétesse fort lettrée dont, dans le royaume, les vers semblent agir sur quiconque en prend connaissance comme de puissants catalyseurs d’énergies subversives – or de l’adjectif “subversif” à celui d’“hérétique”, la distance se franchit aisément, à l’époque …
A travers la figure historique de la poétesse Tahiri à laquelle ses compatriotes et l’Histoire se montrèrent si peu soucieux de rendre justice, et qui osa, en femme libre et maîtresse du langage, affronter le clergé et les théologiens de son temps, Bahiyyih Nahkjavani met en scène les enjeux éternels et plus que jamais incandescents en nos temps contemporains, de la liberté d’expression dès lors qu’elle s’affronte aux interdits, religieux notamment.
En se dressant, avec bravoure, contre toute autorité et en questionnant, en érudite et en femme, les interprétations du monde qui lui étaient proposées, la poétesse de Qazvin éveilla en effet la même violence et les mêmes instincts fanatiques qui se peuvent observer aujourd’hui.


Il est difficile de parler de ce livre remarquable après ce résumé, d’autant qu’après les mots de Nakhjavani les miens ne feront que pâle figure. Je vais tenter de résumer au mieux.
Un hommage à la poétesse Tahirih Qurratu’l-Ayn, première femme féministe de l’histoire de Perse voulant généraliser entre autres, l’alphabétisation féminine à travers le portrait de 4 femmes :

-Le livre de la mère : Son Altesse royale Mahd-i-Oldya , mère du Shah Nasir-ed-Din tenant les rênes de l’empire de Perse. On y lit toutes les intrigues politiques liées à la cour, assassinat, la peur et la haine que suscite la poétesse qui s’expose aux yeux du monde sans voile ,en femme libre , mais qui a conquis par son esprit et son aura de grandes cités , comme Bagdad et les montagnes d’Irak . Une rhétoricienne de talent s’élève contre les dogmes religieux et le pouvoir du royaume.

Le livre de l’épouse : épouse du maire de Téhéran, Mahmud Khan-i-Kalantar, chef suprême de la police qui écroue la poétesse entre ses murs, sa demeure étant la prison dans laquelle les hurlements dus aux tortures ne sont pas légendes. La captive étant considérée comme un djinn par cette épouse ne laisse pas le harem insensible et démontre que toutes sont conscientes de leur vie dans laquelle elles jouent « le jeu »d’être une épouse assujettie. Pourtant il suffit de peu pour que ces femmes se rallient à la cause de «l’hérétique ».

Le livre de la sœur : sœur du shah et épouse du grand vizir Amir Kabir. Partisane de la poétesse. L’ordre chronologique des événements commence à voir le jour au travers de cette personnalité, en effet, Nakhjavani opte pour la narration déstructurée, ce qui nous sollicite à se centraliser afin de ne pas se perdre dans les sinuosités des lignes, chaque chapitre correspond à une pièce de puzzle à assembler au récit. (ce qui m’a valu quelques retours en arrière)

Le livre de la fille : une partie concernant la poètesse Tahirih Qurratu’l-Ayn et sa fille.

« Nous définissons aujourd’hui le voile comme un emblème d’identité culturelle, de foi religieuse. Elle n’y voyait que préjugés, littéralisme et uniformité. Nous en avons fait un symbole politique, un argument dans la négociation de la liberté d’expression, un symbole politique. Elle le rejetait précisément parce qu’il représentait l’oppression. Si l’Islam contemporain est déchiré par l’écart grandissant entre modérés et extrémistes, par le conflit entre chiites et sunnites, et si l’anarchie au Moyen Orient et la montée partout dans le monde du fondamentalisme et de la terreur qui en sont les conséquences ont commencé à menacer la texture même de nos démocraties, il peut être opportun pour le public occidental de redécouvrir l’histoire de cette Perse du XIXème siècle » B.N

Au-delà d’un hommage, Bahhiyih Nakhjavani soulève le voile et nous mène au travers de ses yeux dans ce royaume ou l’anderoun ne ressemble pas au conte des mille et une nuits, Téhéran n’exalte pas ses effluves d’épices et de fleurs, mais la puanteur des famines et des maladies, les jardins paradisiaques sont les lieux de tortures et le vin coulant à flots n’est autre que le sang du peuple.
C’est un voyage au cœur de la Perse, sous une identité dévoilée au travers d’un joyau qui n’est pas des moindres, la liberté d’expression parée de superbes allégories, que Bahhiyih Nakhjavani signe ce bijou littéraire mettant en avant la condition féminine, la religion et les enjeux politiques.

Je suis la rivière de vin rouge
Dans la bouche de la vie et de la mort.
Le dit écarlate de mes paroles
Passe goutte à goutte dans ton souffle.

Je suis la rivière jaune
Qui nourrit et sustente la jeune intelligence
Mes pages safran offrent l’espoir à l’espèce humaine.

Je suis la rivière des mots verts comme le miel, pleins de vie.
Je tiens dans mes bras qui m’inspire et me fait confiance,
Les saisons et leur combat.

Je suis la rivière d’eau blanche
Par laquelle le cœur est lavé de la rouille.
Mes paroles d’unité ont soif de boire la poussière.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Bahiyyih Nakhjavani [Iran]   Mer 11 Jan 2012 - 13:42

Merci pour ce nouveau fil et ton commentaire
La lecture de son livre La sacoche me reste en bonne mémoire

_________________
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c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque


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shanidar
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MessageSujet: Re: Bahiyyih Nakhjavani [Iran]   Sam 28 Jan 2012 - 15:39

La Femme qui lisait trop

je referme ce livre et une image surgit pour le définir, celle d'un marteau frappant un fer sur une enclume, le marteau serait l'orgueil du mâle, l'enclume les règles sociales et le fer rougi serait la femme que l'on frappe et modèle à son goût mais qui une fois le fer refroidi peut se faire dure et durable. La femme qui a appris à lire est de celle qu'on ne peut plus frapper.

page 358 : Le monde changeait quand on altérait les définitions de ce qu'est une femme.

Nous sommes au milieu du XIXème siècle en Perse, nous sommes avec des femmes, au sein de l'anderoun, vivant au rythme des crimes politiques, des famines, des tortures. On croit que le pouvoir est détenu par le Shah et ses sbires mais on devine derrière la fatuité de l'un et les médiocrités des autres, les mains assurées et fébriles des femmes, mère, concubine, épouse, soeur ou fille, elles sont là, les femmes perses et se laissent séduire par une poétesse, femme qui sait, qui lit l'avenir, qui devine et qui apprend à lire. Femme qui retire son voile devant les hommes. Femme qui répudie son mari. Femme dont la vie est ici reconstituée par bribes, par morceaux, parfois difficiles à comprendre, parfois limpides.

Nakhjavani explique son choix d'une narration éclatée dans une post-face engagée, lucide, démontrant que le monde de la poétesse de Qazvîn est à peu près le même que celui dans lequel nous évoluons, gagné par les extrêmistes et les fondamentalistes, gouvernés par des inconscients, mais son choix m'a semblé très difficile à suivre. La chronologie éclatée, le fait de ne jamais nommer les personnages autrement que par leur statut (la femme du maire, la poétesse de Qazvîn, son Altesse...) alourdit passablement la narration déjà fortement compliquée. Mais ce livre est nécessaire et ils sont rares ceux qui le sont autant. Ils sont rares ceux qui expriment sans faillir la nécessité de penser le monde à l'aune du passé, de l'alphabétisation des femmes, de la révolte contre la puissance ravageuse d'hommes sans honneur. Sans hargne et sans désespoir, Nakhjavani s'empare du destin non pas d'une femme qui serait poète mais des femmes qui l'entourent, simple servante, ou femme de noble, soeur du shah ou mère suprême, l'auteure passe en revue un système, une société, un pays dont elle dénonce les collusions avec la terreur, les errances, les dogmatismes.

Cette lecture est éprouvante parce qu'elle demande beaucoup de concentration, éprouvante parce qu'elle met en scène des évènements et des êtres qui ont subit des souffrances silencieuses, terribles, mais au bout du compte cette lecture est un moment rare de réflexion sur le devenir féminin, sur les batailles encore en cours, sur le voile, la lecture masculine de l'Islam, sur ce qu'est le pouvoir des hommes. Sans tomber dans un angélisme qui ferait des femmes des êtres merveilleux ou supérieurs (le personnage de la mère du shah est un vrai démon prêt à toutes les compromissions, toutes les machinations pour conserver le pouvoir), ce livre est d'une lucidité glaçante qui n'épargne ni la Perse, ni les occidentaux, ni les hommes, ni les femmes...

je le répète : un livre nécessaire pour comprendre l'Iran d'aujourd'hui, l'Islam et sa relation aux femmes ou inversement les femmes et leur relation à l'Islam.

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Aaliz
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MessageSujet: Re: Bahiyyih Nakhjavani [Iran]   Ven 16 Nov 2012 - 13:24

La Femme qui lisait trop

Mon avis est beaucoup moins enthousiaste que celui des autres lecteurs, je m'attendais à autre chose et je suis finalement déçue par ce roman qui pourtant semblait prometteur.
Après lecture de la 4ème de couverture, je me faisais une joie de découvrir le destin de cette femme qui osa braver les interdits et la domination des mollahs.
Mais finalement, tout ce qu'il y avait à retenir est contenu dans les 5 pages que constituent la post-face et la chronologie présentée en fin d'ouvrage.

Je me suis terriblement ennuyée pendant cette lecture qui a été longue et pénible. La première chose qui m'ait perturbée est le fait qu'aucun des personnages n'est nommé par son nom. L'auteur utilise à la place des qualificatifs tels que « l'épouse du maire », « la fille de la poétesse », « la mère du shah », jamais ces personnes ne sont nommées directement. Heureusement qu'il y a la chronologie à la fin pour savoir de qui on parle exactement (tout le monde n'est pas forcément au point sur l'Histoire de l'Iran !). Parfois, je ne m'y retrouvais absolument plus, je ne savais plus de qui l'auteur parlait, j'étais obligée de revenir plusieurs lignes en arrière et de relire, parfois sans succès.
Je ne comprends pas du tout pourquoi l'auteur a procédé ainsi. En plus, elle utilise le discours indirect en abondance ou le discours direct libre mais il n'y a aucun dialogue clairement marqué. Tout ceci contribue à une lourdeur et à une sensation de manque de relief. Ce récit ne vit pas , aucune émotion n'est transmise.
La construction est elle aussi très étrange. le roman se découpe en 4 parties, chacune consacrée à évoquer une même histoire mais du point de vue d'une femme différente. La première partie est consacrée à la vision de la mère du shah, la deuxième à celle de l'épouse du maire, la troisième à celle de la sœur du shah et la dernière à la fille de la poétesse (quoique …). Et dans chaque partie, on a droit à des flash-backs incessants, il faut vraiment être bien concentré pour suivre !

Je m'attendais donc à une biographie romancée de Tahiri Qurratu'l-Ayn mais finalement seule la dernière partie du roman lui est véritablement consacrée. Les trois autres ne font que relater les déboires de la famille du shah avec la présence de la poétesse en toile de fond.
Alors certes, on a une description de la vie en Iran au XIXème siècle mais uniquement du point de vue des femmes et surtout des femmes de haut rang. Finalement, le portrait que l'auteur fait de la Perse de l'époque est d'une incroyable noirceur. Il n'y a rien de positif, à l'en croire, l'Iran de l'époque des shahs n'est que violence, complots, intrigues, médisances, mesquineries, mariages forcés, tortures, massacres, famines, assassinats et émeutes. On est loin des Mille et Une nuits et de la magie orientale. Que je suis contente d'être née en France au XXème siècle !!

J'aurais tout de même appris des choses grâce à cette lecture et notamment un pan de l'Histoire de l'Iran au XIXème siècle et surtout l'existence de Tahiri Qurratu'l-Ayn, du courage de cette femme, figure du féminisme en Orient, elle qui a osé retirer son voile en public, elle qui s'est battue pour que les femmes aient accès à l'instruction, qu'elles apprennent à lire, à écrire et à être enfin reconnues comme des êtres pensants et capables de réflexion à égalité avec les hommes. C'était une femme remarquable et son souvenir subsiste encore au sein du peuple iranien bien que l'Histoire officielle l'ait « oubliée ». La question du statut de la femme étant toujours d'actualité dans certaines contrées, les problématiques de ce roman en font un plaidoyer très moderne.
Mais bien que l'objectif et l'intention de cette œuvre soient très louables, le traitement trop confus et décousu du sujet n'a pas été à la hauteur de mes espérances. Dommage …
Néanmoins, je ne ferme pas la porte à cet auteur. Son autre titre La sacoche m'intrigue aussi et j'espère ne pas être déçue cette fois-ci.
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