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 Patrik Ourednik [République tchèque]

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MessageSujet: Patrik Ourednik [République tchèque]   Ven 20 Jan 2012 - 12:00



Fils d'une mère française et d'un père tchèque, Patrik Ourednik a passé sa jeunesse en Tchécoslovaquie. Il est né en 1957. Aujourd'hui il vit à Paris. Il a décidé de quitter la Tchécoslovaquie en 1983. (…) Bilingue, Patrik Ourednik a traduit de nombreux livres français en tchèque (Rabelais, Jarry, Vaché, Queneau, Becket, Béalu, Michaux, Vian, Simon, Butor) et de livres tchèques en français (Vancura, Hrabal, Holan, Skacel, Holub, Grusa, Wernisch). Dès 1992 il publie aussi ses propres textes. Il commence par la poésie et passe à la prose. Il se fait connaître au lecteur tchèque cependant surtout par deux ouvrages du genre encyclopédique. Déjà en 1988, il a écrit son dictionnaire du tchèque non conventionnel au titre intraduisible "Smirbuch de la langue tchèque" et, en 1994, il récidive avec un recueil de locutions bibliques et apocryphes "... car il n'y a rien de nouveau sous le soleil". Dans son Smirbuch il a tenté de répertorier les multiples facettes de la langue parlée et argotique. Ce dictionnaire des argots tchèques manquait sensiblement sur le marché et il devient un instrument très utile pour les lecteurs, les traducteurs et pour tous ceux qui s'intéressent aux métamorphoses de la langue tchèque. D'ailleurs les problèmes de la langue ne cesseront d'intriguer Patrik Ourednik même dans la suite de sa carrière. En 1997 il publiera un essai intitulé "A la recherche de la langue perdue". Toute sa production est marquée par l'intérêt pour les aspects drôles et surprenants de la vie, la recherche des formes et des genres encore inexplorés et un omniprésent esprit de jeu. Il joue avec les mots, mais aussi avec l'histoire, les événements, les disciplines, les lecteurs. Il ne se refuse qu'à un seul jeu. Ce co-auteur des encyclopédies publiées par la maison d'édition Robert Laffont et de l'Encyclopedia Universalis refuse de jouer les chercheurs sérieux. »

Source : edition Allia

Peu connu en France sa biographie est donc succinte.


Dernière édition par Kierkegaard le Ven 20 Jan 2012 - 14:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Ven 20 Jan 2012 - 12:01

Classé sans suite

Résumé

Après deux tentatives d'incendies criminels et un suicide suspect, Vilém Lebeda, respectueux inspecteur en chef d'un district d'ordinaire paisible de Prague, se lance dans une enquête. Il croise la route d'un vieil homme retraité acariâtre, Viktor Dyk. L'inspecteur découvre que Viktor a un fils à "l'esprit un peu limité", pour ne pas dire imbécile. D'obscurs souvenirs de violences subies dans son enfance hantent Dyk Junior. Il découvre également que le vieux Dykk n'est pas sans rapport avec un précédent meurtre, qui a eu lieu quarante ans auparavant et classé sans suite…
Classé sans suite contient tous les ingrédients d'un thriller… Mais, à l'insu des genres, le roman s'avère une parabole, une satire sociale et un jeu… d'échecs.

Extrait :

« De plus, contre une prime mensuelle de 1810 couronnes, Lebeda remplissait la fonction d’“indicateur furtif”, lequel pléonasme désigne un homme discret et vigilant qui rôde dans le secteur, écoute les ragots et enregistre dans son calepin les comportements suspects. L’indicateur furtif n’était activé que ponctuellement, dans les cas où l’on supposait une activité délictueuse plus ou moins spontanée et collective, et un cas de ce genre avait justement atterri sur le bureau de Lebeda dans un dossier de couleur incertaine taché de gras. »

Mon avis :

Chef d’œuvre en vue. J’ai été aspiré par le style et l’histoire. Attention n’attendez pas un roman policier conventionnel car l’enquête n’est que secondaire au sein de cet ouvrage. N’attendez pas non plus de comprendre par vous-mêmes c’est impossible.
Patrik Ourednik nous sème dans les méandres d’une histoire rassemblant des relations complexes entre les personnages au sein d’un Prague mi-réel mi-imaginaire où seuls les connaisseurs de la ville sauront faire la différence.
Au-delà du roman policier il y’a une vraie analyse anthropologique de la mentalité tchèque et de son rapport à l’histoire de son pays. Les mentalités sont critiques, les comportements visés avec beaucoup d’humour, enjoué parfois mais souvent cynique.
Il n’y a pas de hiérarchie d’importance entre les personnages, car selon l’aspect qui vous intéresse, alors chaque personnage a une importance plus ou moins affirmée. C’est là toute la richesse du récit : il mélange pratiquement tous les genres du roman moderne avec beaucoup d’influences d’auteurs passés. Pour le style j’y ai reconnu un peu de Hasek, un peu de Hrabal.
Pour l’humour un peu de Ionesco, un peu de Kundera et moi en tant que lecteur je me suis cru Joseph K. perdu dans une histoire que je ne peux comprendre. Et j’ai adoré cela.
Les personnalités sont riches et pourtant aucun événement ne nous montre que ces personnages s’affirment, on le ressent à travers les dialogues mais jamais à travers leurs actes. C’est un autre aspect intéressant, nous ne pouvons que ressentir ce que nous ne comprenons pas sans jamais réussir à « tomber dessus ».
Un petit mot pour les dialogues qui sont somptueux. On dit souvent qu’on reconnaît un bon écrivain à l’importance que ses dialogues apportent au récit. Eh bien si tel est le cas Ourednik est un très grand écrivain. Ses dialogues sont d’une qualité similaire à celle que l’on trouve dans les pièces de Ionesco : rythme rapide, beaucoup d’humour et souvent un peu d’absurde.
Les dialogues s’enchaînent et notre lecture s’accélère tant on est pris par la conversation et par son rythme.
Ceci ne pourrait être le cas sans un vocabulaire riche et soigné.

Je ne sais pas si cet ouvrage plaira à beaucoup de monde mais il m’a conquis.
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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Ven 3 Fév 2012 - 17:29

Europeana une brève histoire du XXè siècle

Allia (l'éditeur malin) a écrit:
Qu’est – ce que la réalité historique ? La vérité littéraire ? La vérité de la mémoire ? Ce livre ne nous fournit aucune réponse, ou pire, il nous en fournit nonchalamment, une telle quantité - on croirait assister à une dernière démarque de la solderie du vingtième siècle – que cela revient au même. Cependant, il nous livre peut-être une piste, avec le thème du Bug du Millénium : si les ordinateurs avaient identifié de façon erronée l’année s’annonçant, pendant la nuit du 31 décembre 1999, cela aurait été « comme si le vingtième siècle et l’attentat sur l’héritier du trône d’Autriche n’avait jamais eu lieu.

Le petit livre (rouge) se présente sous forme d'une suite de petits textes pots pourris des grumeaux du XXè siècle en un jeu qui consiste à faire revenir de façon légèrement outrancière des données marquantes et non explicitées et de façon répétitive car les fragments ne sont que très vaguement chronologiques. Des notes dans la marge dégagent les "idées fortes" non sans sens de l'absurde. L'écriture, elle, s'en tient à une énumération débi(li)tante volontairement plate et indigeste. Exemple :

Les Amishes étaient contre l'Internet et contre la guerre et la société de consommation et le tabac et l'alcool et ils n'aimaient pas l'électricité et s'éclairaient à la lampe à pétrole et vivaient dans des colonies et allaient à la ville en calèche pour vendre des légumes biologiques et des produits qui respectaient l'environnement et des chandelles et des bûches de pin et des moulins à café et des batteurs à œufs et des poêles et des lampes à pétrole et ils attendaient avec impatience l'apocalypse qui mettrait fin à l'Internet et aux guerres etc. et leur permettrait d'entrer parmi les élus et de s'asseoir à la droite de Dieu. (...)

Évidemment cela traduit une certaine liberté de l'absurde et de l'esprit et tout ça tout en étant révélateur également du siècle. Forcément. Et les juxtapositions libres et irrévérencieuses sont autant d'illuminations.

Avec non moins d'évidence ce sont les deux guerres mondiales et les camps et les exterminations des uns et des autres tiennent le haut du pavé.

Et avec la même absence de surprise c'est avec très peu d'intérêt que j'ai lu la chose. Style réchauffé et gonflant, sans véritable audace... de même que le contenu qui donne l'impression d'une certaine complaisance non dénuée de satisfaction. Pot pourri d'horreurs faussement choisies avec un détachement vaguement cynique mais certainement réfléchi (et engagé ?) si on en croit les tentatives des dernières pages. A l'arrivée on n'apprend pas grand chose, les perspectives sont absentes ou réduites (ça vaut le coup de se foutre de pas mal de monde), et c'est pénible à lire. Une sorte d'exercice de style facile (fait avec facilité en tout cas il faut l'espérer), faussement centré sur l'Europe et qui fait l'impasse sur beaucoup de choses de l'Europe (certainement) perdu qu'il est entre son besoin de jouer des horreurs du siècle et le vide relatif (haha) de la démarche ou de l'excuse. Un petit ouvrage très réducteur et faussement malin et remarquablement dispensable.

Je serais tenté par un léger rapprochement avec Gog pour l'approche en panorama un peu fou mais plus large dans Gog, pas moins acide (et pas forcément moins européen). Plus de son temps sans prétendre être ailleurs mais probablement plus pertinent.

Je cherchais Classé sans suite mais faute de grives... je crains maintenant l'eau froide.

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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Dim 15 Avr 2012 - 16:17

Kierkegaard a écrit:
Classé sans suite

Résumé
Après deux tentatives d'incendies criminels et un suicide suspect, Vilém Lebeda, respectueux inspecteur en chef d'un district d'ordinaire paisible de Prague, se lance dans une enquête. Il croise la route d'un vieil homme retraité acariâtre, Viktor Dyk. L'inspecteur découvre que Viktor a un fils à "l'esprit un peu limité", pour ne pas dire imbécile. D'obscurs souvenirs de violences subies dans son enfance hantent Dyk Junior. Il découvre également que le vieux Dykk n'est pas sans rapport avec un précédent meurtre, qui a eu lieu quarante ans auparavant et classé sans suite…
Classé sans suite contient tous les ingrédients d'un thriller… Mais, à l'insu des genres, le roman s'avère une parabole, une satire sociale et un jeu… d'échecs.

Mon avis :
Chef d’œuvre en vue. J’ai été aspiré par le style et l’histoire. Attention n’attendez pas un roman policier conventionnel car l’enquête n’est que secondaire au sein de cet ouvrage. N’attendez pas non plus de comprendre par vous-mêmes c’est impossible.
Patrik Ourednik nous sème dans les méandres d’une histoire rassemblant des relations complexes entre les personnages au sein d’un Prague mi-réel mi-imaginaire où seuls les connaisseurs de la ville sauront faire la différence.
Au-delà du roman policier il y’a une vraie analyse anthropologique de la mentalité tchèque et de son rapport à l’histoire de son pays. Les mentalités sont critiques, les comportements visés avec beaucoup d’humour, enjoué parfois mais souvent cynique.
Il n’y a pas de hiérarchie d’importance entre les personnages, car selon l’aspect qui vous intéresse, alors chaque personnage a une importance plus ou moins affirmée. C’est là toute la richesse du récit : il mélange pratiquement tous les genres du roman moderne avec beaucoup d’influences d’auteurs passés. Pour le style j’y ai reconnu un peu de Hasek, un peu de Hrabal.
Pour l’humour un peu de Ionesco, un peu de Kundera et moi en tant que lecteur je me suis cru Joseph K. perdu dans une histoire que je ne peux comprendre. Et j’ai adoré cela.
Les personnalités sont riches et pourtant aucun événement ne nous montre que ces personnages s’affirment, on le ressent à travers les dialogues mais jamais à travers leurs actes. C’est un autre aspect intéressant, nous ne pouvons que ressentir ce que nous ne comprenons pas sans jamais réussir à « tomber dessus ».
Un petit mot pour les dialogues qui sont somptueux. On dit souvent qu’on reconnaît un bon écrivain à l’importance que ses dialogues apportent au récit. Eh bien si tel est le cas Ourednik est un très grand écrivain. Ses dialogues sont d’une qualité similaire à celle que l’on trouve dans les pièces de Ionesco : rythme rapide, beaucoup d’humour et souvent un peu d’absurde.
Les dialogues s’enchaînent et notre lecture s’accélère tant on est pris par la conversation et par son rythme.
Ceci ne pourrait être le cas sans un vocabulaire riche et soigné.
Je ne sais pas si cet ouvrage plaira à beaucoup de monde mais il m’a conquis.


Rien à redire sur le commentaire éclairé de Kierkegaard. J'ai aimé et me suis beaucoup amusé.

"Le handicap habituel des écrivains tchèques est de se prendre trop au sérieux." Manifestement, ce n'est pas le cas de Patrik Ourednik, qui publie toujours dans sa langue d'origine alors qu'il vit depuis longtemps en France. "J'écris sur la bêtise tchèque parce qu'elle m'est plus compréhensible que d'autres', se justifie t-il. La bêtise, la grandiloquence des abrutis, Ourednik l'attrape au vol dans les dialogues virtuoses et hilarants de Classé sans suite, un polar biaisé qui ne mène nulle part, parce que son auteur en a décidé ainsi. Ecrire sur rien, c'est l'une de ses ambitions mais, osons le contredire, il y a beaucoup plus dans ce rien que dans bien des romans remplis jusqu'à la gueule de péripéties en tous genres. L'écrivain se moque de tout avec une belle santé, du peuple tchèque, de l'Europe qui méprise son petit pays et enfin, et surtout, aux romans traditionnels, qui font croire au gogo lecteur que la vérité se trouve dans leurs pages plus que dans le monde réel. Le lecteur, justement, est l'une des cibles d'Ourednik, quand il l'apostrophe au coeur de Classé sans suite. Il lui dit en substance que s'il ne comprend rien à son livre c'est parce que 1, l'auteur (c'est à dire lui) est un idiot ; 2, le lecteur est un imbécile. C'est du 50/50. Voilà, c'est cela, Classé sans suite, un jeu littéraire, un petit monument d'insolence tapi sous plusieurs couches d'intrigues, avec des personnages on ne peut plus incarnés, bien qu'énigmatiques, dans une Prague à moitié imaginaire. Céder aux maléfices de ce livre manipulateur est pur délice. On en redemande et la postface, signée d'un certain Jean Montenot, en donnant quelques clés avec malice, sans pour autant en dire trop, ajoute encore au bonheur de lecture. Au passage, un grand coup de chapeau à la traductrice, qui fait des merveilles, et à l'éditeur, qui vend l'ouvrage moins de dix euros. Ce n'est pas cher pour un bijou pareil.


Une interview donnée à Libération ICI

Extraits :

"Najman était un spécimen si accompli de la connerie tchèque qu'on aurait pu l'exhiber dans les Expositions universelles : jovial, trivial, populaire, passablement inculte et agressif. Il adorait discuter, ce qui, en Bohème, désigne une opération sociale consistant à désarçonner le plus rapidement possible le crétin d'en face. Ce n'est que quand un Tchèque se plie à cette contrainte qu'il est considéré comme un homme intelligent : ici, l'intelligence jaillit des ténèbres dans lesquelles un crétin plonge un autre crétin. Si bien qu'argumenter veut dire nier tout ce que les autres disent, par principe (il ne m'auront pas), et qu'avoir une opinion revient à barboter dans le marécage qui tient lieu de cervelle au dit.
Najman excellait dans les discussions, argumentations et opinions, de sorte qu'il jouissait de l'estime et de la considération de ses concitoyens : arriver à exprimer son crétinisme avec toute l'autorité que cela suppose est pour les Tchèques l'ambition suprême, juste après la collaboration avec les puissances du moment et l'entretien des nains de jardin.
"

"Il y avait quelques graffiti sur le mur du cimetière. Les sentences prévisibles (Celui qui lira ça est un con et Téo, va te faire enculé) étaient complétées par deux inscriptions plus ambitieuses, l’une empreinte d’interrogation cartésienne (Lida est une pute, David aime Lida, David est-il putassier ?), la seconde teintée d’un prudent optimisme (Si qq lit Verlaine, laisse ton mail).

De temps à autre un touriste épris de pop’art déboulait sur la place, mais l’événement était relativement rare. Le musée s’écartait des itinéraires touristiques habituels et peu de visiteurs étrangers savaient qu’Andy Warhol était en réalité tchèque, ou plutôt slovaque, ce qui revient au même, tout au moins pour Warhol, natif de Pittsburgh. La plupart des gens qui avaient réussi de par le monde étaient d’ailleurs d’origine tchèque : Sigmund Freud, Madeleine Albright, et passim. La Slovaquie, en dépit de sa sécession, comptait d’autres célèbres quasi-Tchèques, corps trapus mais esprits alertes ; le dénommé Andreï Varhola était l’un d’eux.

Le quartier devait aussi sa tranquillité à la présence du parc. Il ne convenait pas à la prostitution, était trop éloigné du centre pour les revendeurs de drogue. N’était le nombre croissant d’aliénés qui s’adonnaient aux premières heures du jour à une activité dénommée Djo-Guing, laquelle avait remplacé les exercices de gymnastique devant la fenêtre ouverte avec vue sur l’usine, pour un regard hâtif, bien peu de choses témoignaient du fait qu’ici aussi, la roue de l’Histoire avait tourné
."
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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Dim 15 Avr 2012 - 20:57

J'ai l'impression d'avoir fait la mauvaise pioche... même si l'extrait n'arrive pas à m'amadouer. jemetate

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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Lun 28 Mai 2012 - 19:02

Animal, j'ai bien aimé !!!


« Les Américains qui ont débarqué en 1944 en Normandie étaient de vrais gaillards et mesuraient en moyenne 1m73 et si on avait pu les ranger bout à bout plante des pieds contre crâne ils auraient mesuré 38 kilomètres. » Ainsi débute cet OLNI à la jolie couverture rouge du sang de nos guerres inutiles.

Je le feuillette et vois des petites phrases en marge du texte, tiens, étonnant. En lisant, je découvre qu’elles servent de repères et, pour une relecture, très pratique. Quant au texte lui-même, j’ai froncé les sourcils ; drôles de longues phrases, souvent sans virgule, avec beaucoup de « et »… comme lorsque les enfants s’amusent et disent et puis on ferait ça et on serait ci….. D’abord étonnée par cette construction, je me suis laissée prendre à cette litanie. Patrik Ourednik mélange tout, passe d’une guerre à l’autre, d’un fait à l’autre sans d’autres liens apparents que sa mémoire, par association d’idées, comme dans une conversation. Le sujet qu’il a effleuré dans un chapitre, revient beaucoup plus détaillé 3 chapitres suivants et tout ceci fonctionne, car, sous ses airs de Candide, de fausse ingénuité Patrik Ourednik sait très bien de quoi il parle et comment il en parle. Peu de dates, c’est plutôt le livre de sa mémoire. De temps à autre, l’on sent la colère de Patrik Ourednick, à d’autres moments il persifle, raille, ironise…. Bref ce n’est pas de tout repos. Ce XXème siècle non plus ne fut pas de tout repos. On y trouve le pire et le moins pire, je n’ose dire le meilleur !!!


Un OLNI à garder sous le coude pour des piqûres de rappel. Une brève histoire du XXe siècle longue des maux de notre société.

Quelqu’un qui traduit, en Tchèque, Rabelais, Jarry ou Queneau ne peut que me tenter et je vais essayer de trouver son autre livre : « le silence aussi »


Allia nous offre de petits bijoux d’une belle qualité d’imprimerie et d’une grande qualité littéraire.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Lun 4 Juin 2012 - 10:07

Europeana, une brève histoire du XXème siècle

il y a deux disparitions dans ce livre. La première est celle des virgules... les phrases sont si simples à lire qu'elles n'ont pas besoin de la scansion, de la respiration des virgules, et qui dit simplicité, dit souvent clarté, ce qui est le cas du propos d'Ourednik, un propos simple et clair, si clair qu'il est presque sans goût, sans relief et par suite peut-être sans beaucoup d'intérêt.

La deuxième disparition est celle des noms propres. L'auteur se sert de manière quasie incontinente du vocable : certains philosophes disaient, certains mathématiciens disaient certains historiens disaient certains physiciens disaient et ainsi ad libitum... Qu'est-ce que cela veut dire ? D'abord que le style est excessivement lourd, répétitif et indigeste ; d'autre part cela permet à Ourednik de reprendre à son compte les phrases, les pensées, les raisonnements des autres sans jamais leur rendre l'hommage qu'ils pourraient mériter (Freud, Baudrillard, Lanzmann sont là, dans l'encoignure de la page, jamais nommés, jamais reconnus, à charge pour le lecteur de démêler qui et où, petit jeu de l'esprit qui devient vite rébarbatif et légèrement agaçant). Pourquoi ne pas rendre à César ce qui appartient à César ? Pourquoi parler du nazisme sans jamais dire Hitler, parler du communisme sans jamais dire Staline, pourquoi dire un Français a traversé la Manche en aéroplane et ne pas nommer Blériot et tous les autres... cette absence, cet étrange escamotage m'a laissé un sentiment de malaise, comme si l'auteur se payait une bonne tranche de raillerie sur le dos de certains philosophes, de certains psychanalystes, de certains historiens en s'arrangeant pour éviter procès ou attaques personnelles. Attitude lâche ? volonté systémique d'effacement pour ne garder que la substance, l'Idée, la réflexion... ? refus de reconnaissance de paternité ? combat contre l'individualisme ? je reste interloquée par cette manière d'envisager le fait historique sans jamais lui donner de références nommées, pas plus que Ourednik ne nous donne les sources des chiffres qu'ils annoncent comme des vérités établies (par qui ? comment ?). Et cela ouvre à une question plus vaste : qu'est-ce que ce livre ? qu'est-ce que l'auteur a voulu faire en l'écrivant ? travail de mémoire, travail de dénonciation (sans désigner quiconque), questionnement sur la manière dont on se raconte ce XXème siècle, livre sommaire qui n'ouvre que sur lui-même (où aller chercher les sources de l'auteur puisqu'il ne les cite pas ?). Etrange manière de se faire le passeur des idées , des vies, des inventions des autres.

Enfin, dans sa courte introduction, on comprend que l'auteur est surtout un être qui aime les jeux de l'esprit et qu'il ne faut peut-être pas prendre son texte au pied de la lettre mais sur un mode léger. Ce qui est impossible. Car ce dont nous parle Ourednik ce sont des millions de morts de la Seconde Guerre Mondiale, ce sont des camps d'extermination nazis, des goulags communistes, des guerres, des épidémies, de la bombe atomique qui ont ravagé des pays et des vies. Peut-on faire de cela un jeu de l'esprit ? Ma réponse est non.

Bref, un livre dont on peut aisément se passer et qui me semble être même quelque peu malhonnête dans sa manière de faire disparaître hommes et virgules au profit d'un cynisme un peu facile...

(en revanche comme le soulignait zazy : quel beau travail des éditions Allia, le papier est magique et le format idéal).

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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Lun 4 Juin 2012 - 10:10

Shanidar juste une petite précision quand il déclare "certains philosophes..." c'est un clin d'oeil ironique justement à certains philosophes qui ne nommaient jamais leurs rivaux intellectuels.

Après demeure l'éternel débat : peut on rire de tout ? Chacun a des arguments qui sont honorables moi j'ai tendance à apprécier cette tradition tchèque à pouvoir rire de tout ce qui est sérieux voire grave. Pour moi ce n'est pas un manque de respect c'est une manière dévacuer ce qui est terrible sans oublier que ca l'est (terrible).


Dernière édition par Kierkegaard le Lun 4 Juin 2012 - 10:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Lun 4 Juin 2012 - 10:12

Kierkegaard a écrit:
Shanidar juste une petite précision quand il déclare "certains philosophes..." c'est un clin d'oeil ironique justement à certains philosophes qui ne nommaient jamais leurs rivaux intellectuels.

merci pour la précision mais quand le clin d'oeil devient deux yeux fermés, que doit-on en conclure ?

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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Lun 4 Juin 2012 - 10:13

shanidar a écrit:
Kierkegaard a écrit:
Shanidar juste une petite précision quand il déclare "certains philosophes..." c'est un clin d'oeil ironique justement à certains philosophes qui ne nommaient jamais leurs rivaux intellectuels.

merci pour la précision mais quand le clin d'oeil devient deux yeux fermés, que doit-on en conclure ?

Pour moi c'est un joli trait d'esprit donc je ne peux en conclure que ce sont deux yeux fermés.
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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Lun 4 Juin 2012 - 10:33

Kierkegaard a écrit:
shanidar a écrit:
Kierkegaard a écrit:
Shanidar juste une petite précision quand il déclare "certains philosophes..." c'est un clin d'oeil ironique justement à certains philosophes qui ne nommaient jamais leurs rivaux intellectuels.

merci pour la précision mais quand le clin d'oeil devient deux yeux fermés, que doit-on en conclure ?

Pour moi c'est un joli trait d'esprit donc je ne peux en conclure que ce sont deux yeux fermés.

deux petites réflexions comme ça : ce trait d'esprit qui devient à force un tic de langage a beaucoup gêné ma lecture parce qu'il l'a profondément alourdie et si cette ironie s'adresse à 'certains philosophes' , pourquoi l'étendre à des historiens, des mathématiciens, etc... qui eux ne sont pour rien dans ce genre de polémique et qui auraient pu mériter une certaine reconnaissance de la part de l'auteur ?

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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Lun 4 Juin 2012 - 10:37

shanidar a écrit:
Kierkegaard a écrit:
shanidar a écrit:
Kierkegaard a écrit:
Shanidar juste une petite précision quand il déclare "certains philosophes..." c'est un clin d'oeil ironique justement à certains philosophes qui ne nommaient jamais leurs rivaux intellectuels.

merci pour la précision mais quand le clin d'oeil devient deux yeux fermés, que doit-on en conclure ?

Pour moi c'est un joli trait d'esprit donc je ne peux en conclure que ce sont deux yeux fermés.

deux petites réflexions comme ça : ce trait d'esprit qui devient à force un tic de langage a beaucoup gêné ma lecture parce qu'il l'a profondément alourdie et si cette ironie s'adresse à 'certains philosophes' , pourquoi l'étendre à des historiens, des mathématiciens, etc... qui eux ne sont pour rien dans ce genre de polémique et qui auraient pu mériter une certaine reconnaissance de la part de l'auteur ?

Car c'est un essai à la base pour se moquer justement des théories complexes et pourtant hasardeuses. C'est un livre absurde il faut le prendre ainsi.
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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Lun 4 Juin 2012 - 10:47

mmmm... certains raccourcis fait par l'auteur ne me gênent pas par eux-mêmes, il y a même quelques réflexions par exemple sur la psychanalyse qui font mouche (science ô combien hasardeuse) mais à force le procédé finit par lasser, enfoncer le clou n'est pas une mauvaise chose mais l'enfoncer cent fois a-t-il encore un sens ? l'absurde de répétition ne m'est pas étranger mais là il atteint quand même des proportions un peu trop élevées pour moi Wink

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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   Lun 4 Juin 2012 - 10:55

C'est pour cette raison qu'il faut le picorer et non le dévorer.
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MessageSujet: Re: Patrik Ourednik [République tchèque]   

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Patrik Ourednik [République tchèque]
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