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 Des femmes (Wajdi Mouawad)

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coline
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MessageSujet: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMar 24 Jan 2012 - 14:45

DES FEMMES

Il me semblait que je jouais de malchance avec la programmation de ces trois pièces de Sophocle mises en scène par Wajdi Mouawad. Mais tout vient à point etc… Et je crois que finalement je les ai vues dans les meilleures conditions possibles, ce qui m’a comblée.
Trois soirs de suite, au Théâtre royal de Namur, Les Trachiniennes, puis Antigone et Electre

vidéo annonce

Wajdi Mouawad parle de son projet Sophocle

Trois pièces consacrées à trois femmes... trois histoires de la tragédie antique (le texte de Sophocle est traduit pour ce projet par Robert Davreu)... et, dans le respect de leurs différences, une mise en scène visant l’unité du projet (comédiens, éléments de décor, chœurs composés et interprétés magistralement par Bertrand Cantat que je découvrais…).
Cela tient pour le spectateur de l’ordre de l’expérience…Ces spectacles me marqueront sans doute pour longtemps (à jamais) et me laissent dans l’impatience de voir les quatre suivants, puisque Wajdi Mouawad mettra en scène les sept pièces de Sophocle qui nous sont parvenues : à venir donc, après cette trilogie « Des femmes », « Les héros » : Ajax et Œdipe Roi, puis « Les mourants » : Philoctète et Œdipe à Colone

Fort heureusement donc, à suivre....





Dernière édition par coline le Mar 24 Jan 2012 - 23:56, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMar 24 Jan 2012 - 14:56

Quelques images en vrac pour commencer...
Des femmes (Wajdi Mouawad) 749811 Des femmes (Wajdi Mouawad) Avigno10 Des femmes (Wajdi Mouawad) 43627710 Des femmes (Wajdi Mouawad) Les-tr10 Des femmes (Wajdi Mouawad) Desfem10 Des femmes (Wajdi Mouawad) Avigno11 Des femmes (Wajdi Mouawad) Id304710 Des femmes (Wajdi Mouawad) Electr10 Des femmes (Wajdi Mouawad) Antigo10
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMar 24 Jan 2012 - 15:07

Et du son...

Des femmes (Wajdi Mouawad) Choeur10

Rien n'est plus redoutable que l'homme

Déjanire

Eros

Heureux sont ceux qui du malheur n'ont pas connu leur vie durant le goût
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMar 24 Jan 2012 - 15:28

Les Trachiniennes

A Trachis, Déjanire attend le retour de son époux Héraclès. Il tarde mais voici que leur fils, Hyllos, annonce son retour. Déjanire est folle de joie.

Ecoutez...
Les mouillages
aime

Héraclès revient accompagné d’un groupe de femmes prisonnières. Parmi elles, la jeune et belle Iole.
Déjanire a pitié d’elle mais elle apprend que Héraclès est amoureux d’Iole. Elle devient folle de jalousie.
Ce n’est pas la mort d’Iole qu’elle choisit mais l’utilisation de ce qu’elle croit être un filtre d’amour pour ramener à elle son époux.
Malheur !...Le filtre est un poison…Héraclès meurt…Déjanire se suicide…

Dans le rôle de Déjanire : Sylvie Drapeau

Des femmes (Wajdi Mouawad) Les-tr11 Des femmes (Wajdi Mouawad) 66708_10 Des femmes (Wajdi Mouawad) Les-tr10


Ecoutez...Déjanire aime
Déjanire, par deux rivaux si convoitée naguère,
le coeur en mal d'amour,
telle aujourd'hui un oiseau désolé,
N'arrive plus à trouver le sommeil
Ni à sécher dans ses yeux les larmes du chagrin.
Tenaillée sans répit par l'angoisse pour un mari absent,
elle se consume sur sa couche sans homme
Et n'attend plus, la pauvre, qu'un funeste destin.


C'est la première pièce que nous voyons...Le choc est important...Le texte de cette tragédie est plus faible que celui des deux suivantes, les jeux des comédiens est très inégal... Mais le choeur, lui, est sidérant...Il occupe la première place dans ce spectacle. Je découvre la voix et la présence d'un chanteur dont je ne m'étais guère approchée...Bertrand Cantat...



Dernière édition par coline le Mer 25 Jan 2012 - 0:01, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMar 24 Jan 2012 - 17:46

coline a écrit:
C'est la première pièce que nous voyons...Le choc est important...Le texte de cette tragédie est plus faible que celui des deux suivantes, les jeux des comédiens est très inégal... Mais le choeur, lui, est sidérant...Il occupe la première place dans ce spectacle. Je découvre la voix et la présence d'un chanteur dont je ne m'étais guère approchée...Bertrand Cantat...
Comme quoi on arrive à tout Coline Very Happy

Je suis contente pour toi, tu as l'air éblouie. Et aussi très contente que tu révises ton jugement sur Cantat!
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMar 24 Jan 2012 - 20:02

Je viens d'écouter Dejanire.

Scotchée! Puis Eros, Dionysos, et la plupart des liens suivant. J'adore...Je veux y aller!!!

(Vous m' aviez caché que Cantat avait composé la musique...)



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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMar 24 Jan 2012 - 21:05

J'ai pris aussi beaucoup de plaisir à cette trilogie malgré quelques défauts qui m'ont un peu frustré.

Wajdi Mouawad cherche une vision "populaire" de la tragédie grecque sans renoncer pour autant à l'expérimentation et à la modernité. Le texte a donc été traduit avec plus ou moins de bonheur. L'écriture est élégante, directe, simple à comprendre mais avec cette tentation d'un langage actuel qui fonctionne parfois très bien (et avec discrétion) mais qui peut aussi appauvrir considérablement à certains moments le texte d'origine (en tout cas la traduction dont je dispose). Je pense en particulier à cette magnifique tirade de Hémon dans Antigone que j'aime tellement et qui perd beaucoup de relief dans cette version. ça reste relatif mais je pense qu'il n'était pas forcément utile de retraduire le texte...

Pour les points forts, j'ai trouvé particulièrement intense et réussie l'idée de représenter le choeur par le chant déchirant de Bertrand Cantat qui est accompagné par ses musiciens. A part quelques dérapages trop "rock" à mon goût la musique cherche le plus souvent l'incantation en apportant beaucoup d'intensité au risque de trouver plus fade par contraste le reste de l'action. Le son est parfois un peu trop fort et nuit à la compréhension du texte. Et c'est encore plus dérangeant quand ce sont certains des comédiens qu'on entend difficilement. Pour une tragédie antique c'est quand même dommage. L'autre point fort repose sur l'utilisation et la circulation entre les 3 spectacles de différents rituels où l'eau (la terre aussi) a une place symbolique très forte et unificatrice. Cela donne droit à de superbes tableaux successifs.

Des femmes (Wajdi Mouawad) 43627710

Le dernier point fort est pour moi la qualité exceptionnelle de jeu des principaux rôles féminins (notamment une fabuleuse Electre et une excellente Antigone qui joue aussi le rôle de Chrysotémis, idem pour Déjanire). Pour un spectacle intitulé "Des femmes" c'est plutôt heureux. Oreste/Hémon est aussi un acteur magnétique.

Dans Les Trachiniennes la découverte de ce choeur est marquante et emporte le spectacle malgré un jeu approximatif des comédiens qui surprend. La pièce en elle-même est peu connue mais très belle notamment grâce à une superbe tirade de Déjanire évoquant l'infidélité de son mari. La comédienne qui l'interprète était très émouvante. Un texte à (re)découvrir.

Dans Antigone j'ai aimé la façon dont l'héroïne vient au premier plan libérer de sa main fermée une poignée de terre qui restera au même endroit tout le spectacle. Terre dont elle recouvre son frère interdit de sépulture puis elle-même comme pour mieux entrer en guerre contre l'autorité et rejoindre ce frère tant aimé dans l'au-delà. Créon est médiocre. Le Choeur fait encore quelques interventions mais plus inégales.

Des femmes (Wajdi Mouawad) Sans-b10

Dans Electre j'ai aimé l'intensité de jeu des 2 soeurs et d'Oreste. Il y a des séquences très puissantes, érotiques, proches d'une folie maîtrisée. Peut-être le plus beau des 3 spectacles pour moi malgré le recul du Choeur qui a peu de présence.

Des femmes (Wajdi Mouawad) Avigno10

A l'arrivée le voyage en vaut la peine malgré ses défauts et irrégularités. Mouawad ne cherche pas la perfection et la sidération (comme le génial Castellucci évoqué ailleurs) mais une forme de simplicité et de modestie dans cette quête d'un théâtre intemporel qui n'exclut pas de beaux moments de transe et d'élévation. La critique a été injuste à son égard.

Troublant enfin de voir Bertrand Cantat dont la voix comme blessée renvoie l'écho des tourments de ces êtres humains qui apparaissent toujours dans leurs paradoxes et leur complexité. Son histoire personnelle ne peut qu'entrer en résonance avec leurs destinées et quoi qu'on pense de ce qu'il a fait cela reste déchirant. Il apporte beaucoup de sa sensibilité et Mouawad a fait preuve de beaucoup d'humanité en faisant appel à lui. C'était un pari très risqué et réussi.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMer 25 Jan 2012 - 0:09

Aeriale a écrit:
Je viens d'écouter Dejanire.

Scotchée! Puis Eros, Dionysos, et la plupart des liens suivant. J'adore...Je veux y aller!!!

(Vous m' aviez caché que Cantat avait composé la musique...)




Je te souhaite de voir ces trois pièces Aériale, et je le souhaite à tous les Parfumés...Malgré les imperfections que nous aurons pointées, ou allons pointer...Elles valent le coup vraiment !
Surveillons aussi les 4 prochaines autres pièces de Sophocle que Wajdi Mouawad mettra en scène dans les mois, les années à venir!
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMer 25 Jan 2012 - 15:23

Marko a écrit:

Wajdi Mouawad cherche une vision "populaire" de la tragédie grecque sans renoncer pour autant à l'expérimentation et à la modernité. Le texte a donc été traduit avec plus ou moins de bonheur. L'écriture est élégante, directe, simple à comprendre mais avec cette tentation d'un langage actuel qui fonctionne parfois très bien (et avec discrétion) mais qui peut aussi appauvrir considérablement à certains moments le texte d'origine (en tout cas la traduction dont je dispose). Je pense en particulier à cette magnifique tirade de Hémon dans Antigone que j'aime tellement et qui perd beaucoup de relief dans cette version. ça reste relatif mais je pense qu'il n'était pas forcément utile de retraduire le texte...


Nous en avons déjà parlé et je ne porte pas un jugement aussi sévère que le tien sur la traduction de Robert Davreu.
D'une part parce que je n'avais pas, comme toi, imprimée dans mon souvenir, une traduction qui lui soit éminemment supérieure.
Et ayant lu ces traductions de Davreu (Actes Sud Papiers) avant d'aller voir les spectacles mis en scène par Wajdi Mouawad, je me suis, à proprement parler, régalée de la qualité de ces traductions, de l'exigence stylistique de Robert Davreu et de l'accessibilité de ces textes traduits sans facilités (sans "vulgarité" dira-t-il) de langage contemporain. J'ai décelé quelques incursions de langue "moderne" au moment où j'assistais aux spectacles. Elles sont rares et ne m'ont pas choquée...Je crois qu'elles étaient soulignées par un part pris de jeu d'acteur qui allait dans ce sens parfois, seulement parfois...

Je joins ces extraits du livre "Traduire Sophocle" où Robert Davreu et Wajdi Mouawad parlent de ces traductions...Et, tu le verras, de la nécessité qui s'imposait de voir traduites les sept pièces de Sophocle par un même traducteur... Et surtout par ce traducteur-là...dans le projet théâtral de ce metteur en scène-là...

Des femmes (Wajdi Mouawad) Davreu10
Robert Davreu

« Il s’agissait de traduire d’abord et avant tout pour le théâtre, mais pour le théâtre tel que le conçoit et le pratique Wajdi, c’est-à-dire une entreprise de création indissolublement personnelle et collective, en particulier dans un rapport qui est à la fois de respect et de liberté, mais surtout un rapport sensible où l’expérience vécue compte beaucoup plus que les points de vue nécessairement réducteurs des théories, si légitimes soient-elles. »

« Encore allait-il s’entendre sur ce que cela signifiait, « traduire Sophocle » dans la perspective d’une création théâtrale. Traduire, dan mon esprit comme dans celui de Wajdi, ne pouvait signifier adapter les œuvres. Il n’était donc pas question d’ajouter ou de retrancher aux textes, ni d’en changer l’organisation et la structure au-delà de ce qu’ils sont susceptibles de permettre sans les dénaturer.
[…]
Si l’on peut parler d’appropriation, du traducteur, du metteur en scène, des comédiens, des musicies, des techniciens, c’est d’abord et avant tout de manière intransitive qu’il faut l’entendre Il nous fallait nous approprier à l’écoute des œuvres de Sophocle, nous rendre propres à les recevoir, nous adapter à elles pour en offrir le présent.
[…]
pas question d’adopter, pour ce qui est de la langue, un parti pris de prétendue modernisation, à savoir, en fait, de vulgarisation dans le sens de la vulgarité. C’est, d’une manière générale, réduire la portée des grandes œuvres que de vouloir, à toute force, et de façon le plus souvent artificielle, ainsi les moderniser. On ne gagne rien à faire des rois des chefs d’entreprise qui parle comme des chefs d’entreprise. C’est là brouiller la compréhension de notre présent, plutôt que de l’éclairer. Et c’est surtout partir du présupposé, à la fois stérilisant pour la création et méprisant pour le public, du monde de la communication, selon lequel il faudrait rechercher le toujours plus petit dénominateur commun. La langue qui s’est comme imposée à moi a donc été une langue qu’on peut qualifier de classique, laquelle, me semble-t-il, demeure susceptible d’être entendue et comprise aujourd’hui de tous, pour peu qu’elle soit débarrassée de quelques expressions vieillies, désuètes ou trop expressément datées que l’on encontre chez les auteurs classiques, et qu’elle reste, autant que faire se peut, soucieuse de préserver la métaphore première, le sens premier, propre ou sensible qui en dit toujours plus que ce qu’on appelle curieusement le sens figuré, à avoir le concept ou l’idée. »

Robert Davreu

Des femmes (Wajdi Mouawad) Wajdi210
Wajdi Mouawad

[…] être poète ; appartenir à ce jardin. Oui. J’aimerais tant ! mais le mot « poète », jamais je n’ai réussi à l’approcher de moi. Je connais très peu de poètes. Des vivants, je veux dire, et que je peux fréquenter, prendre des cafés avec eux. J’en connais deux. Robert et Bertrand. »
[…] Robert Davreu est poète et sa poésie a contribué à ma formation artistique. De plus, quoi de plus beau que d’avoir un poète avec soi pour qui le monde des Grecs porte des résonances similaires aux nôtres puisqu’ancré dans l’enfance et le soleil de la Méditerranée. Au-delà de la nécessité d’avoir une même traduction pour les sept pièces afin d’assurer la cohérence poétique de la langue, il est si beau de créer des traductions risquant le choix de la poésie avant celui de la philologie ou celui de la philosophie. Le théâtre est corps, donc le théâtre est voix. La voix contribue à la pigmentation des couleurs.[…] La langue change la pigmentation des choses. Voilà pourquoi, lorsque l’on veut créer des images profondes rattachées à son âme, il vaut mieux œuvrer avec un poète. »

Wajdi Mouawad

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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMer 25 Jan 2012 - 16:27

coline a écrit:
Nous en avons déjà parlé et je ne porte pas un jugement aussi sévère que le tien sur la traduction de Robert Davreu.
D'une part parce que je n'avais pas, comme toi, imprimée dans mon souvenir, une traduction qui lui soit éminemment supérieure.Wajdi Mouawad

J'ai vu Antigone dans une version classique l'an dernier à Lille et il y a des répliques qui avaient beaucoup de relief alors que chez Mouawad elles me semblaient plus en retrait, affadies. Je comprends bien la démarche de Mouawad et les extraits que tu cites sont intéressants mais je n'arrive pas à ressentir la nécessité de ce projet de retraduction. L'idée d'une langue "accessible à tous" et en quelque sorte "dépoussiérée", "modernisée" me dérange. C'est justement la beauté de cette écriture d'un autre âge qui la rend troublante et magique. Mouawad écrit ses propres textes dans un langage d'aujourd'hui ce qui est cohérent. Mais rendre "modernes" ces tragédies me donne le sentiment de les appauvrir comme si on voulait rendre les phrases de Proust moins précieuses et "datées" par exemple si on en faisait un spectacle. Elles me touchent justement parce qu'elles évoquent un monde, une époque que je ne connais pas et qui me fait voyager à travers le temps et le langage.

Ceci dit beaucoup de grands auteurs on réécrit leurs propres Electre, Antigone... et avec des résultats souvent admirables. Mais ce sont des pièces de Anouilh, Brecht, Cocteau ou même Bauchau et non des nouvelles traductions. Dans "Des femmes" ce sont bien les pièces de Sophocle mais réécrites dans un langage contemporain. Le résultat me touche moins que les pièces d'origine qui, je le concède, étaient aussi des traductions liées à une certain époque. C'est juste que la traduction de Robert Davreu me séduit moins. J'ai peut être tort et je réviserai certainement mon jugement après quelques spectacles mais ce que j'ai entendu ne me satisfaisait pas tout le temps. C'est finalement un détail car l'ensemble m'a plu.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMer 25 Jan 2012 - 16:51

Aeriale a écrit:
coline a écrit:
C'est la première pièce que nous voyons...Le choc est important...Le texte de cette tragédie est plus faible que celui des deux suivantes, les jeux des comédiens est très inégal... Mais le choeur, lui, est sidérant...Il occupe la première place dans ce spectacle. Je découvre la voix et la présence d'un chanteur dont je ne m'étais guère approchée...Bertrand Cantat...
Comme quoi on arrive à tout Coline Very Happy

Je suis contente pour toi, tu as l'air éblouie. Et aussi très contente que tu révises ton jugement sur Cantat!

Marko a écrit:
Pour les points forts, j'ai trouvé particulièrement intense et réussie l'idée de représenter le choeur par le chant déchirant de Bertrand Cantat qui est accompagné par ses musiciens.


“Il n'y a pas la moindre provocation
de ma part. Ma motivation est avant tout
artistique : je voulais un chœur de style rock
et j'aime la voix de Bertrand Cantat ». (Wajdi Mouawad)

Bertrand Cantat invité par Wajdi Mouawad à rejoindre l’aventure Sophocle! … Polémique!…
Alors Wajdi Mouawad cite Sophocle à travers une réplique d'Antigone au roi Créon : « Je suis faite pour aimer, non pour haïr. ».

« Moi aussi, je suis fait pour aimer, commente-t-il, et la question que je pose est très claire : comment prend-on soin du vivant qu'il est, lui, Bertrand Cantat, et non pas du vivant qu'on aimerait qu'il soit ? Mais il n'y a pas la moindre provocation de ma part. Ma motivation est avant tout artistique : je voulais un chœur de style rock et j'aime sa voix. Et puis j'ai une foi absolue, radicale, dans l'art. Je me suis promis de faire le meilleur spectacle possible, comptant sur le théâtre pour que personne, dans le public, ne soit prisonnier de l'image de Bertrand Cantat sur la scène. »Wajdi Mouawad

« J'entends bien aujourd'hui les arguments comme “ce n'est pas encore le temps pour lui de revenir son métier”, et même si je m'interroge sur l'instance qui décidera du “bon” moment, il y a dans le calendrier de tournée des représentations avec ou sans Bertrand Cantat. Le public choisira. » Chacun, selon son envie ou sa conscience, ira ici ou là. A l'écoute, on l'espère, de la voix des Grecs.

Wajdi Mouawad


Personnellement je ne connaissais pas Bertrand Cantat, le chanteur de Noir Désir…Je ne connaissais que l’homme d’un faits divers qui m’avait profondément bouleversée…Et que j’ai détesté alors…
Je n’ai manifesté aucune curiosité à voir l’homme du faits divers dans ces spectacles, je l’ai oublié…
Le talent du chanteur, sa voix inoubliable, ses accents déchirants, m’ont eux, subjuguée…
Plusieurs fois, il s’est fait un écho troublant entre les mots de Sophocle et le destin du chanteur…Le spectateur chavire un instant, submergé d’émotion, mais le spectacle continue qui ne s’apesantit nullement sur cette situation…

« Heureux sont ceux qui du malheur leur vie durant n’ont pas connu le goût. »

Mouawad s'explique sur le sujet dans une émission au Canada


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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMer 25 Jan 2012 - 17:03

Marko a écrit:
Je comprends bien la démarche de Mouawad et les extraits que tu cites sont intéressants mais je n'arrive pas à ressentir la nécessité de ce projet de retraduction. L'idée d'une langue "accessible à tous" et en quelque sorte "dépoussiérée", "modernisée" me dérange. C'est justement la beauté de cette écriture d'un autre âge qui la rend troublante et magique. Mouawad écrit ses propres textes dans un langage d'aujourd'hui ce qui est cohérent. Mais rendre "modernes" ces tragédies me donne le sentiment de les appauvrir comme si on voulait rendre les phrases de Proust moins précieuses et "datées" par exemple si on en faisait un spectacle. Elles me touchent justement parce qu'elles évoquent un monde, une époque que je ne connais pas et qui me fait voyager à travers le temps et le langage.

[...]Dans "Des femmes" ce sont bien les pièces de Sophocle mais réécrites dans un langage contemporain. Le résultat me touche moins que les pièces d'origine qui, je le concède, étaient aussi des traductions liées à une certain époque. C'est juste que la traduction de Robert Davreu me séduit moins. J'ai peut être tort et je réviserai certainement mon jugement après quelques spectacles mais ce que j'ai entendu ne me satisfaisait pas tout le temps. C'est finalement un détail car l'ensemble m'a plu.

Nul n'a tort ou raison...Il s'agit ici d'une différence de ressenti, d'appréciation d'un texte...
Je crois que de mon côté, je suis tellement imprégnée et séduite par l'univers de Wajdi Mouawad que je trouve ces traductions en harmonie avec son travail... J'aimerais bien que tu les relises...Et moi je vais en relire d'autres... content
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMer 25 Jan 2012 - 17:11

L’aventure des Sophocle : une aventure aussi d’amitié.

« Traduire Sophocle, traduire les sept pièces qui sont parvenues jusqu’à nous de Sophocle ; les traduire, c’est-à-dire les re-traduire après tant d’autres, héllénistes éminents pour beaucoup, les retraduire, chargées qu’elles sont en outre de commentaires de commentaires, d’interprétations et de gloses par quelques uns des plus grands penseurs et des plus grands créateurs des siècles passés comme des temps présents ; il est clair que je n’eusse de moi-même osé me lancer dans pareille aventure si l’amitié ne m’y avait en quelque sorte contraint. A Wajdi Mouawad je ne pouvais tout simplement pas ne pas répondre oui lorsqu’il m’en a fait la demande, pour des raisons que le lecteur aura sans doute comprises ou comprendra en lisant son propos. »
Robert Davreu (dans « Traduire Sophocle »)

« Vivre une grande aventure de création en compagnie de gens qui me sont chers, comédiens, concepteurs, techniciens ou poètes. Passer le plus clair de mon temps avec eux, rassemblés autour d’une œuvre qui, justement, raconte la perte et la chute de l’enchantement tout en relevant l’horizon de la poésie.[…] Je veux appartenir à cette communauté qui est celle des personnes rassemblées dans le local des répétitions. « Par le sang qui nous lie, oui, toi, Ismène, ma sœur » est la première phrase d’Antigone. Ce sang est celui de l’aventure théâtrale dans laquelle nous nous sommes engagés. Ainsi la comédienne qui joue Ismène devient la comédienne qui dit : « Toi, avec laquelle je joue dans cette aventure. » C’est cela que je veux. C’est cela que je recherche. C’est en cet endroit que je me sens vivant. »

[…] être poète ; appartenir à ce jardin. Oui. J’aimerais tant ! mais le mot « poète », jamais je n’ai réussi à l’approcher de moi. Je connais très peu de poètes. Des vivants, je veux dire, et que je peux fréquenter, prendre des cafés avec eux. J’en connais deux. Robert et Bertrand. »
[…] Robert Davreu est poète et sa poésie a contribué à ma formation artistique. De plus, quoi de plus beau que d’avoir un poète avec soi pour qui le monde des Grecs porte des résonances similaires aux nôtres puisqu’ancré dans l’enfance et le soleil de la Méditerranée. Au-delà de la nécessité d’avoir une même traduction pour les sept pièces afin d’assurer la cohérence poétique de la langue, il est si beau de créer des traductions risquant le choix de la poésie avant celui de la philologie ou celui de la philosophie. Le théâtre est corps, donc le théâtre est voix. La voix contribue à la pigmentation des couleurs.[…] La langue change la pigmentation des choses. Voilà pourquoi, lorsque l’on veut créer des images profondes rattachées à son âme, il vaut mieux œuvrer avec un poète. »

Wajdi Mouawad dans « Traduire Sophocle ».
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMer 25 Jan 2012 - 17:35

coline a écrit:
Je te souhaite de voir ces trois pièces Aériale, et je le souhaite à tous les Parfumés...Malgré les imperfections que nous aurons pointées, ou allons pointer...Elles valent le coup vraiment !
Surveillons aussi les 4 prochaines autres pièces de Sophocle que Wajdi Mouawad mettra en scène dans les mois, les années à venir

J'en ai vraiment très envie Coline, mais j'ai regardé et pour l'instant rien n'est prévu sur Nice. Je chercherai dans la région.

En tout cas grand merci pour votre présentation, cela fait très envie et je pense que rendre ce théatre de Sophocle plus accessible est plutôt une bonne chose, l'idée des choeurs sous l'égide de Bertrand Cantat est à saluer et me préfigure Mouawad comme quelqu'un de profondément humain et généreux. Nous ne sommes pas là pour juger l'homme, simplement l'artiste et je trouve l'explication de l'auteur très sincère, surtout pleine de bon sens. Ce monsieur mérite le respect pour les risques qu'il prend, d'autant qu'au final son travail me parait vraiment sidérant.
Je n'ai qu'une envie après votre conversation et les extraits visionnés, le voir rapidement. Et avec Cantat si possible!

Marko a écrit:
Troublant enfin de voir Bertrand Cantat dont la voix comme blessée renvoie l'écho des tourments de ces êtres humains qui apparaissent toujours dans leurs paradoxes et leur complexité. Son histoire personnelle ne peut qu'entrer en résonance avec leurs destinées et quoi qu'on pense de ce qu'il a fait cela reste déchirant. Il apporte beaucoup de sa sensibilité et Mouawad a fait preuve de beaucoup d'humanité en faisant appel à lui. C'était un pari très risqué et réussi

Tu as tout bien dit Marko!
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MessageSujet: Re: Des femmes (Wajdi Mouawad)   Des femmes (Wajdi Mouawad) Icon_minitimeMer 25 Jan 2012 - 18:57

Aeriale a écrit:
coline a écrit:
Je te souhaite de voir ces trois pièces Aériale, et je le souhaite à tous les Parfumés...Malgré les imperfections que nous aurons pointées, ou allons pointer...Elles valent le coup vraiment !
Surveillons aussi les 4 prochaines autres pièces de Sophocle que Wajdi Mouawad mettra en scène dans les mois, les années à venir

J'en ai vraiment très envie Coline, mais j'ai regardé et pour l'instant rien n'est prévu sur Nice. Je chercherai dans la région.


Patience...Les sept pièces programmées ne pourront pas t'échapper... content
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