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 Tchulpân [Ouzbékistan]

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Ouliposuccion
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MessageSujet: Tchulpân [Ouzbékistan]   Sam 28 Jan 2012 - 17:45



Tchulpân, de son vrai nom ‘Abd al-Hamid Sulayman, est né à Andidjan, capitale de la province orientale éponyme de l’actuel Ouzbékistan, à une date incertaine comprise entre 1883 et 1898 (celle de 1897 est la plus retenue en vue de sa double instruction  islamique et russe). En 1908, le jeune ‘Abd al-Hamid envoie son premier poème au quotidien Shuhrat (« La Renommée »), de Samarcande. Au printemps 1914, il fait partie du cercle des chroniqueurs du mouvement moderniste musulman, appelé localement « djadidisme ». Début 1916 survient au Turkestan, contre la conscription dans l’armée du Tsar, le soulèvement dit « des saisonniers », qui laissera une cicatrice profonde dans l’œuvre de Tchulpân. Celui-ci accueille la révolution de février 1917 comme la promesse d’une rupture avec l’ordre colonial en Asie Centrale. Mais les bolcheviks répriment dans le sang l’Autonomie du Turkestan proclamée en novembre 1917. Son œuvre littéraire et journalistique demeurera dominée par le thème de la lutte contre la domination russe. Après la création, en 1924, de la République socialiste soviétique (RSS) d’Ouzbékistan, Tchulpân s’éloigne à Moscou où il rencontre Maïakovski et Essenine. À leur contact, son œuvre poétique se teinte d’une ironie de plus en plus sombre. Populaire en Asie Centrale, Tchulpan se retrouve dans la ligne de mire des censeurs.



Son roman Nuit paraît en 1936, croisé, un homme et une femme n’ayant pas de langue en commun et fuyant à la veille du déclenchement de la « terreur rouge ». Il offre d’intéressantes variations de ton (parfois truculent) et de style (témoin la trouvaille romanesque qui fait dialoguer, en un journal vers Moscou). Vaste tableau du Turkestan pendant le soulèvement de 1916, il apparaît comme un roman anticolonial et antistalinien. S’il est bien accueilli par le public (l’unique tirage est vite épuisé), il vaut en revanche à son auteur une réaction violente de la critique bolchevique orthodoxe, qui l’accuse de « nationalisme bourgeois ». Arrêté le 8 avril 1937 avec d’autres auteurs apparentés au djaddisme, Tchulpân est envoyé en camp de relégation, où il est condamné, le 5 octobre 1938, à la peine capitale pour « activités contre-révolutionnaires », et exécuté.
La volonté d’éradication du « tchulpanisme » pousse les autorités politiques de Tachkent à faire arrêter les traducteurs et commentateurs de l’écrivain en russe et en tatar, tandis que plusieurs de ses avocats dans le milieu littéraire ouzbek sont durablement exclus des instances officielles de la République. Ce n’est qu’à la veille de l’indépendance de l’Ouzbékistan, en septembre 1991, que paraîtront les premières rééditions d’œuvres de l’écrivain proscrit et que sera reconnue sa place, centrale, dans l’histoire littéraire de cette région du monde.



Son œuvre, abondante, est éparse. La partie connue à ce jour est constituée pour l’essentiel des nombreux poèmes édités en recueil du vivant de leur auteur. Une proportion importante de l’œuvre en prose de Tchulpân reste encore à exhumer, à commencer par une seconde partie, Jour, probablement inachevée et restée manuscrite, de Nuit : confisquée en 1937, elle n’est pas réapparue depuis. Il ne faut pas exclure, en outre, qu’un certain nombre d’œuvres en prose de forme brève nous demeurent inconnues, car disséminées sous divers pseudonymes dans la presse musulmane du Turkestan et de Russie d’Europe entre 1914 et 1937. Or, ces œuvres occupent une place significative dans la biographie intellectuelle de leur auteur, dans la mesure où les reportages de voyage et les nombreuses nouvelles de Tchulpân ont pavé la voie de son grand roman mémorial, Nuit et Jour.
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Ouliposuccion
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MessageSujet: Re: Tchulpân [Ouzbékistan]   Sam 28 Jan 2012 - 17:47

Nuit



traduit de l’Ouzbek par Stéphane A.Dudoignon , chercheur au CNRS
Edition Bleu Autour ; 434 pages.


Par le truchement d’une fiction à rebondissements, bâtie sur une intrigue de harem, Tchulpân dresse un tableau cinématographique du Turkestan en proie à la colonisation russe à la veille de la soviétisation.


1916. Sous fond d’animosité et de félonie dans le harem du mingbochi (administrateur d’un canton) se trame le destin d’une jeune fille, Zébie, acculée à devenir la quatrième femme de celui-ci. A Tachkent, le mouvement du Djadidisme fait écho
.
Non loin de là, le Padishah blanc (tsar de Russie) lutte contre l’ennemi extérieur : l’Allemagne, et l’ennemi intérieur, « les révolutionnaires » : les bolcheviks.
L’Empire du Turkestan russe tremble.

Mais quelle différence pour le peuple du Turkestan entre Djadidisme et Bolcheviks ?
Tchulpân revient souvent dans son livre sur l’illettrisme, l’inculture de son peuple. Il le compare à « Un peuple de mouton » « des vaches à lait qui se font traire par les russes. »

La perte de l’empire a pour cause première l’ignorance.

C’est en effet dans le personnage central de Mir Yacoub , homme de profit , respectable notoire que Tchulpân soulève les questionnements de ce peuple entre foi , modernisme voulant une réforme islamique afin de s’ouvrir au monde occidental mais le soviétisme changera la perception du monde de l’Islam sur l’occident et amène la thématique anticoloniale , anti russe.

L’histoire de « Nuit » se passe en grande partie à Andijan, vallée de Ferghana, deuxième plus grande ville d’Ouzbekistan dans laquelle la tension endémique est toujours d’actualité, elle est un foyer de résistance, du tsar au colonialisme, du soviétisme à l’état Ouzbek actuel né de L’URSS.A ce jour, Ferghana la rebelle renferme toujours de par son isolement culturel des vagues d’islamisation radicales.

Une immersion dans la culture d’Asie Centrale, une partie de son histoire, sa domination, celle d’un peuple qui n’aura jamais gouté aux prémices d’une liberté.
Les scènes de vie et les traditions propres à l’Ouzbékistan sont relatées au travers de la traduction avisée de Stéphane A Dudoignon qui ne faillit pas, elle est d’une grande justesse.


Un livre que je conseille à toute personne intéressée par l’histoire de l’Asie Centrale, bien trop méconnue encore à ce jour. Un hommage à Tchulpân et à toute la classe intellectuelle disparue au Goulag, à toute la classe intellectuelle présente d’Ouzbékistan, opprimée et toujours sous le joug de la dictature.
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traversay
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MessageSujet: Re: Tchulpân [Ouzbékistan]   Sam 28 Jan 2012 - 18:45

Merci, c'est noté. Je suis plus à même de parler de cinéma d'Asie Centrale que de sa littérature, je dois dire ...
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Ouliposuccion
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MessageSujet: Re: Tchulpân [Ouzbékistan]   Sam 28 Jan 2012 - 20:50


J'espère que ce livre te plaira , mais si tu es adepte du cinéma d'ASIE Centrale , je pense que tu en retrouveras toutes les couleurs ^^
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Arabella
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MessageSujet: Re: Tchulpân [Ouzbékistan]   Ven 24 Avr 2015 - 16:19

Nuit


Ouliposuccion a délà présenté l’auteur et le contexte du livre. Cela commence avec une jeune fille, Zebi, qui comme toutes les jeunes filles veut s’amuser avec ses amies, rire, chanter, et peut être tomber amoureuse. Mais voilà, son père est un soufi rigoureux, qui ne cesse de brimer sa femme et sa fille, leur refusant tout ce qui pourrait leur faire plaisir. Et lorsqu’elle arrive avec l’aide intelligente de sa mère à contourner les interdits de son père et partir quelques jours à la campagne avec des amies, un danger plus grand l’attend, dans la maison du  Mingbochi (chef d’un canton pour le compte des Russes).

Le livre propose de très beaux portraits de nombreux personnages, qui donnent un tableau de la société ouzbek du début du vingtième siècle, pendant la grande guerre, et juste avant la révolution russe et la soviétisation du pays. Le grand talent de l’auteur consiste à dresser des épisodes à première vue anodins, parfois drôles, parfois terribles ou ironiques, et à partir de tous ces personnages et tableaux, l’air de rien, nous montrer tout un monde, toute une société, une culture, et évoquer son histoire et son destin, par petites touches subtiles.

Le constat est terrible, la violence et l’injustice sont omniprésentes, dans les familles, dans la société ouzbek elle-même, mais aussi entre les indigènes et les Russes maîtres du pays. Une société dans une impasse. Et le pire est à venir, dont l’auteur sera très prochainement victime.

Un roman magnifique, superbement écrit, qui laisse trace dans la mémoire. Par ses beaux personnages, surtout ceux des femmes, par l’analyse intelligente d’une situation sociale et politique, et par le tableau qu’il laisse entrevoir d’un pays et d’une culture. Une grande œuvre universelle, menée d'une main de maître par un écrivain au sommet de ses moyens.

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MessageSujet: Re: Tchulpân [Ouzbékistan]   Ven 24 Avr 2015 - 18:08

Ah, à te lire, je suis bien contente de l'avoir sur ma PAL… Wink
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Arabella
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MessageSujet: Re: Tchulpân [Ouzbékistan]   Ven 24 Avr 2015 - 19:41

Oui, tu as bien fait de l'acheter. Je pense d'ailleurs me l'offrir, parce que je sais que j'aurais envie de le relire. C'est un livre fabuleux, d'une très grande richesse.

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Marko
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MessageSujet: Re: Tchulpân [Ouzbékistan]   Ven 24 Avr 2015 - 19:48

Et Arabella lyrique ça n'est pas tous les jours !

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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MessageSujet: Re: Tchulpân [Ouzbékistan]   Ven 24 Avr 2015 - 19:50

Il suffit de savoir toucher la corde sensible. Wink

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MessageSujet: Re: Tchulpân [Ouzbékistan]   Mar 2 Juin 2015 - 0:06

Nuit


Oulipo et Arabella ont déjà dit l'essentiel sur le contenu, ce qui me facilite la tâche.

C'est une histoire qui m'a souvent fait penser au dispositif du film "Epouses et concubines" où la nouvelle venue faisait l'objet d'intrigues, d'alliances et de rivalités entre les premières épouses. Mais le propos et le contexte étaient différents.

Le personnage le plus important reste Mir Yacoub qui tire pratiquement toutes les ficelles et manipule les uns et les autres pour son propre profit. C'est à travers lui que Tchulpân fait le portrait de la société ouzbèke et des rouages politiques de l'époque. Ceux qui s'intéressent à ces questions y trouveront beaucoup d'informations et de critiques qui ont d'ailleurs condamné leur auteur au Goulag puis à la mort. Ce livre a donc une valeur de témoignage et de pamphlet.

Je dois reconnaître que j'ai été un peu dérouté par le contraste entre une intrigue de harem d'abord enlevée et distrayante puis  vite lassante (dans un style de roman pour ados qui se lit vite et facilement), et le portrait politique qui est plus riche mais à mon goût un peu rébarbatif d'un point de vue romanesque.

Je n'ai pas trouvé le style particulièrement intéressant (l'écriture est factuelle) et les personnages ne m'ont pas semblé si approfondis et subtils que ça même si certains sont attachants. Le récit est polyphonique et aucun personnage n'a vraiment le temps d'exister en profondeur en dehors de Mir Yacoub. Je me suis finalement un peu ennuyé et il me tardait d'en voir le bout. Je finissais par ne plus m'intéresser à l'intrigue dont le dénouement était par ailleurs plutôt prévisible.

Je comprends ce que dit Arabella sur le côté mosaïque qui décrirait des choses simples en surface mais dont l'agencement formerait un ensemble plus riche. Mais je ne l'ai pas ressenti comme ça. Il m'a manqué le relief d'une écriture plus captivante ou habitée.

Donc pas de coup de coeur pour moi mais ce livre reste un témoignage utile sur une période et un monde qui m'étaient totalement inconnus.


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