Parfum de livres… parfum d’ailleurs

Littérature, forum littéraire : passion, imaginaire, partage et liberté. Ce forum livre l’émotion littéraire. Parlez d’écrivains, du plaisir livres, de littérature : romans, poèmes…ou d’arts…
 
Accueil*Portail*RechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez | 
 

 T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Lun 20 Fév 2012 - 11:03

Thomas Stearns Eliot (1888-1965)



T. S. Eliot, poète, dramaturge, et critique littéraire américain fut naturalisé citoyen britannique.
Traducteur de Saint-John Perse, T.S Eliot se définissait ainsi : "classique en littérature, royaliste en politique, anglo-catholique en religion".
Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1948.




Citation :


T.S. Eliot a passé sa vie au Royaume-Uni à partir de 1914. Auparavant, en 1910, il a séjourné à Paris dans le quartier du Montparnasse, où il a rencontré d'autres artistes éminents de son temps. Man Ray fera son portrait. Il s'absorbe dans l'étude du sanskrit et des religions orientales. Il est alors étudiant de Georges Gurdjieff.


En 1915, Ezra Pound, alors éditeur international du magazine Poetry, recommande à Harriet Monroe la publication de "The Love Song of J. Alfred Prufrock", où le jeune poète de 22 ans a parfaitement réussi à capturer les états d'âme d'un homme dans la quarantaine.
En octobre 1922, Eliot publie The Waste Land (La Terre vaine) dans le Criterion. Ce poème, écrit au moment où Eliot souffre au niveau personnel et familial (son mariage va à vau-l'eau) entre en résonance avec les peines de l'époque et de la génération perdue qui revient de la Première Guerre mondiale ; il devient l'un des modèles de la nouvelle poésie britannique. Avant même sa publication en livre (décembre 1922), T.S. Eliot prend ses distances avec le ton du poème qu'il juge par trop sombre : « en ce qui concerne The Waste Land, c'est une chose du passé et je me sens tourné vers l'avenir et vers une nouvelle forme et un nouveau style » écrit-il à Richard Aldington en novembre de la même année.
En dépit de la forme complexe du poème, des changements brusques de narrateur, de temps, de lieux, en dépit des références nombreuses et élégiaques à d'autres cultures et d'autres religions, The Waste Land est devenu un phare de la littérature moderne dont certaines phrases sont entrées dans l'anglais courant : April is the cruellest month - « Avril est le mois le plus cruel » ; I will show you fear in a handful of dust – « je vais vous montrer la peur en une poignée de cendre » ou Shantih shantih shantih.
La période qui suit sa conversion est, assez naturellement, religieuse, mais s'attache aussi à l'héritage britannique et à ses valeurs. En 1928, T.S. Eliot résume son sentiment dans la préface de son livre For Lancelot Andrewes « le point de vue général peut être décrit comme classique dans sa forme, royaliste dans ses idées et anglo-catholique dans ses convictions ». Cette période voit la publication du Mercredi des cendres – Ash Wednesday, Le Voyage des mages – The Journey of the Magi et Quatre quatuors – Four Quartets qu'Eliot considérait comme son chef d'œuvre et qui est basé sur les quatre éléments et quatre aspects du temps : théologique, historique, physique et humain. Les Quatre quatuors (en), écrits de 1935 à 1944, le souligneront pour le Prix Nobel qui lui sera décerné en 1948. (Source Wikipedia)



Bibliographie :


Poésie:

Prufrock and Other Observations ; 1917
Ara vos prec
La Terre vaine ; 1922 (The Waste Land)
The Hollow Men ; 1925
Ash Wednesday
Animula
Quatre quatuors ; (Four Quartets)
The Sacred Wood
On Poets and Poetry
Notes Towards a Definition of Culture




Pièces de théâtre écrites pour la plupart en vers :

Sweeney Agonistes ; 1925,
Le Roc ; 1934 (The Rock)
Meurtre dans la cathédrale ; 1935,
Réunion de famille ; 1939 (The Family Reunion)
Cocktail Party ; 1950,
L'employé de confiance ; 1953 (The Confidential Clerk)
L'homme d'État âgé ; 1958 (The Elder Statesman)

Citation :

Meurtre dans la cathédrale raconte la mort de Thomas Becket, Eliot raconte qu'il a été influencé, entre autres, par les œuvres du prêcheur Lancelot Andrewes. Cette œuvre a été créée en France et mise en scène par Jean Vilar en 1945 au théâtre du Vieux colombier à Paris, puis au festival d'Avignon. On a aussi pu en voir une version télévisée vers 1965 (en noir et blanc), avec Alain Cuny dans le rôle principal.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Lun 20 Fév 2012 - 11:07



Les hommes creux

Un penny pour le vieux Guy



I


Nous sommes les hommes creux
Les hommes empaillés
Cherchant appui ensemble
La caboche pleine de bourre. Hélas !
Nos voix desséchées, quand
Nous chuchotons ensemble
Sont sourdes, sont inanes
Comme le souffle du vent parmi le chaume sec
Comme le trottis des rats sur les tessons brisés
Dans notre cave sèche.

Silhouette sans forme, ombre décolorée,
Geste sans mouvement, force paralysée ;

Ceux qui s’en furent
Le regard droit, vers l’autre royaume de la mort
Gardent mémoire de nous – s’ils en gardent – non pas
Comme de violentes âmes perdues, mais seulement
Comme d’hommes creux
D’hommes empaillés.


II


Les yeux que je n’ose pas rencontrer dans les rêves
Au royaume de rêve de la mort
Eux, n’apparaissent pas:
Là, les yeux sont
Du soleil sur un fût de colonne brisé
Là, un arbre se balance
Et les voix sont
Dans le vent qui chante
Plus lointaines, plus solennelles
Qu’une étoile pâlissante.

Que je ne sois pas plus proche
Au royaume de rêve de la mort
Qu’encore je porte
Pareils francs déguisements: robe de rat,
Peau de corbeau, bâtons en croix
Dans un champ
Me comportant selon le vent
Pas plus proche -

Pas cette rencontre finale
Au royaume crépusculaire.


III


C’est ici la terre morte
Une terre à cactus
Ici les images de pierre
Sont dressées, ici elles reçoivent
La supplication d’une main de mort
Sous le clignotement d’une étoile pâlissante.

Est-ce ainsi
Dans l’autre royaume de la mort:
Veillant seuls
A l’heure où nous sommes
Tremblants de tendresse
Les lèvres qui voudraient baiser
Esquissent des prières à la pierre brisée.


IV


Les yeux ne sont pas ici
Il n’y a pas d’yeux ici
Dans cette vallée d’étoiles mourantes
Dans cette vallée creuse
Cette mâchoire brisée de nos royaumes perdus

En cet ultime lieu de rencontre
Nous tâtonnons ensemble
Evitant de parler
Rassemblés là sur cette plage du fleuve enflé

Sans regard, à moins que
Les yeux ne reparaissent
Telle l’étoile perpétuelle
La rose aux maints pétales
Du royaume crépusculaire de la mort
Le seul espoir
D’hommes vides.


V


Tournons autour du fi-guier
De Barbarie, de Barbarie
Tournons autour du fi-guier
Avant qu’le jour se soit levé.

Entre l’idée
Et la réalité
Entre le mouvement
Et l’acte
Tombe l’Ombre

Car Tien est le Royaume

Entre la conception
Et la création
Entre l’émotion
Et la réponse
Tombe l’Ombre

La vie est très longue

Entre le désir
Et le spasme
Entre la puissance
Et l’existence
Entre l’essence
Et la descente
Tombe l’Ombre

Car Tien est le Royaume

Car Tien est
La vie est
Car Tien est

C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
Pas sur un Boum, sur un murmure.



(1925)


(Extrait de "Four quartets", in La Terre vaine et autres poèmes/ Traduction de Pierre Leyris / Collection Points.)




Dans une célèbre scène du film “Apocalypse Now”, Kurtz (Marlon Brando) lit à voix haute "The Hollow Men" (Les hommes creux) de T.S Eliot :


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Mer 22 Fév 2012 - 7:49



Morning at the window


They are rattling breakfast plates in basement kitchens,
And along the trampled edges of the street
I am aware of the damp souls of housemaids
Sprouting despondently at area gates.


The brown waves of fog toss up to me
Twisted faces from the bottom of the street,
And tear from a passer-by with muddy skirts
An aimless smile that hovers in the air
And vanishes along the level of the roofs.


Oxford, 1915




Matin à la fenêtre



La vaisselle du breakfast tinte dans les sous-sols
Et le long des trottoirs piétinés de la rue
J'ai conscience que l'âme humide des servantes
Perce languissamment aux entrées de service.


Les vagues rousses du brouillard lancent vers moi
Du fin fond de la rue des visages distors
Tirant d'une passante à la jupe boueuse
Un sourire sans but qui flotte dans les airs
Et s'évanouit le long des toits.


Oxford, 1915.


(Extrait de "Premiers poèmes", in "La terre vaine et autres poèmes", traduit de l'anglais par Pierre Leyris /Edition bilingue / Collec. Points)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Ven 24 Fév 2012 - 11:39

Version intégrale avec traduction de "La terre dévastée" par Guy Le Gaufey, autrement intitulée par Pierre Leyris
"La terre vaine" (NRF/Gallimard) : ICI
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Dim 17 Mar 2013 - 11:04

Doublon, je me suis plantée. scratch






Dernière édition par Constance le Dim 17 Mar 2013 - 11:14, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Dim 17 Mar 2013 - 11:08



La chanson d'amour
de J. Alfred Prufrock




S’io credesse che mia risposa fosse
A persona che mai tornasse al mondo
Questa fiamma staria senza piu scosse.
Ma perciocche giammai di questa fondo
Non torno vivo alcun, s’i’odo il vero,
Senza tema d’infamia ti respondo.




Allons-nous en donc, toi et moi,
Lorsque le soir est étendu contre le ciel
Comme un patient anesthésié sur une table :
Allons par telles rues que je sais, mi-désertes
Chuchotantes retraites
Pour les nuits sans sommeil dans les hôtels de passe
Et les bistrots à coquilles d’huîtres, jonchés de sciure:
Ces rues qui poursuivent, dirait-on, quelque dispute interminable
Avec l’insidieux propos
De te mener vers une question bouleversante ...
Oh ! ne demande pas: “Laquelle ?”
Allons plutôt faire notre visite.

Dans la pièce les femmes vont et viennent
En parlant des maîtres de Sienne.

Le brouillard jaune qui frotte aux vitres son échine,
Le brouillard jaune qui frotte aux vitres son museau
A couleuvré sa langue dans les recoins du soir,
A traîné sur les mares stagnantes des égouts,
A laissé choir sur son échine la suie qui choit des cheminées,
Glissé le long de la terrasse, bondi soudain,
Et voyant qu’il faisait un tendre soir d’octobre,
S’est enroulé autour de la maison, puis endormi.
Et pour sûr elle aura le temps,
La jaunâtre fumée qui glisse au long des rues,
De se frotter l’échine aux vitres;
Tu auras le temps, tu auras le temps
De te préparer un visage pour les visages de rencontre;
Le temps de mettre à mort et de créer,
Le temps qu’il faut pour les travaux et jours des mains
Qui soulèvent, puis laissent retomber une question sur ton assiette :
Temps pour toi et temps pour moi,
Temps pour cent hésitations,
Pour cent visions et révisions,
Avant de prendre une tasse de thé.

Dans la pièce les femmes vont et viennent
En parlant des maîtres de Sienne.

Et pour sûr j’aurai bien le temps
De me demander: “Oserai-je ?” et “Oserai-je ?”
Le temps de me retourner et de descendre l’escalier
Avec une couronne chauve au sommet de ma tête ...
(Et l’on dira: “Mais comme ses cheveux se font rares !”)
Ma jaquette, mon faux col montant avec fermeté jusqu’au menton,
Ma cravate riche et modeste rehaussée d’une discrète épingle ...
(“Voyez comme ses bras et ses jambes sont grêles !”)
Oserai-je
Déranger l’univers ?
Une minute donne le temps
De décisions et de repentirs qu’une autre minute renverse.

Car je les ai connus, je les ai tous connus -
J’ai connu les soirées, les matins, les midis,
J’ai mesuré ma vie avec des cuillers à café;
Je sais les voix mourantes dans une mourante retombée
Sous la musique venue d’une pièce lointaine
Comment, dès lors, me risquerais-je ?

Et j’ai connu les yeux, je les ai tous connus -
Ceux qui vous rivent au moyen d’une formule
Et une fois mis en formule, une fois étalé sur une épingle,
Une fois épinglé et me tordant au mur,
Comment, dès lors, commencerais-je
A cracher les mégots de mes jours et détours ?
Comment, dès lors, me risquerais-je ?

Et j’ai connu les bras déjà, oui, tous connus ...
Les bras cernés de bracelets et blancs et nus
(Mais sous la lampe duvetés de châtain clair !)
Est-ce un parfum de robe
Qui me fait ainsi divaguer ?
Les bras couchés sur une table, les bras qui enroulent un châle.
Devrais-je dès lors me risquer ?
Comment devrais-je commencer ?

Dirai-je : j’ai passé à la brune par des rues étroites,
Et j’ai vu la fumée qui s’élève de la pipe
Des hommes solitaires penchés en bras de chemise à leur fenêtre ?

Que n’ai-je été deux pinces ruineuses
Trottinant par le fond des mers silencieuses.

L’après-midi, le soir dort si paisiblement !
Lissé par de longs doigts,
Assoupi ... épuisé ... ou jouant le malade,
Couché sur le plancher, près de toi et de moi.
Devrais-je, après le thé, les gâteaux et les glaces,
Avoir le nerf d’exacerber l’instant jusqu’à sa crise ?
Mais bien que j’aie pleuré et jeûné, pleuré et prié,
Bien que j’aie vu ma tête (qui commence à se déplumer) offerte sur un plat,
Je ne suis pas prophète ... et il n’importe guère;
Ma grandeur, j’en ai vu le moment vaciller,
J’ai vu l’éternel Laquais tenir mon pardessus et ricaner,
En un mot j’ai eu peur.
Aurait-ce été la peine, après tout,
Après les tasses, le thé, la marmelade d’orange
Parmi les porcelaines et quelques mots de toi et moi,
Aurait-ce été la peine
De trancher bel et bien l’affaire d’un sourire,
De triturer le monde pour en faire une boule,
De le rouler vers une question bouleversante,
De dire : “Je suis Lazare et je reviens d’entre les morts,
Je reviens pour te dire tout, je te dirai tout” -
Si certaine, arrangeant un coussin sous sa tête,
Avait dit : “Non, ce n’est pas ça du tout;
Ce n’est pas ça du tout que j’avais voulu dire.”

Aurait-ce été la peine, après tout,
Aurait-ce été la peine,
Après les arrière-cours, les couchers du soleil et les rues qu’on arrose,
Après les tasses de thé et les romans, après les jupes qui traînent sur le plancher -
Et ceci et tant d’autres choses ?
Ah ! comment exprimer ce que je voudrais dire !
Mais comme si une lanterne magique projetait le motif des nerfs sur un écran :
Aurait-ce été la peine si certaine,
Arrangeant un coussin ou rejetant un châle,
S’était tournée vers la fenêtre en déclarant:
“Ce n’est pas ça du tout,
Ce n’est pas ça du tout que j’avais voulu dire.”

Le Prince Hamlet ? Non pas, je n’ai jamais dû l’être;
Mais un seigneur de la suite, quelqu’un
Qui peut servir à enfler un cortège
A déclencher une ou deux scènes, à conseiller
Le prince; assurément un instrument commode,
Déférent, enchanté de se montrer utile,
Politique, méticuleux et circonspect;
Hautement sentencieux, mais quelque peu obtus;
Parfois, en vérité, presque grotesque -
Parfois, presque, le Fou.

Je vieillis, je vieillis ...
Je ferai au bas de mes pantalons un retroussis.

Partagerai-je mes cheveux sur la nuque ? Oserai-je manger une pêche ?
Je vais mettre un pantalon blanc et me promener sur la plage.
J’ai, chacune à chacune, ouï chanter les sirènes.

Je ne crois guère qu’elles chanteront pour moi.
Je les ai vues monter les vagues vers le large
Peignant les blancs cheveux des vagues rebroussées
Lorsque le vent brasse l’eau blanche et bitumeuse.

Nous nous sommes attardés aux chambres de la mer
Près des filles de mer couronnées d’algues brunes
Mais des voix d'hommes nius réveillent et nous noient.


Paris-Munich, 1911


(Extrait de "Premiers poèmes (1910-1920)", in "La terre vaine et autres poèmes"/ Edition bilingue/ Traductions de Pierre Leyris/ Collec. Points)




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Mar 25 Juin 2013 - 14:13

Burnt Norton 




Le temps présent et le temps passé
sont tous deux présents peut-être dans le temps futur
Et le temps futur contenu dans le temps passé.
Si tout temps est éternellement présent
Tout temps est irrémissible.
Ce qui aurait pu être est une abstraction
Qui ne demeure un perpétuel possible
Que dans un monde de spéculation.
Ce qui aurait pu être et ce qui a été
Tendent vers une seule fin, qui est toujours présente.
Des pas résonnent en écho dans la mémoire
Le long du corridor que nous n’avons pas pris
Vers la porte que nous n’avons jamais ouverte
Sur le jardin de roses. Mes paroles font écho
Ainsi, dans votre esprit 
      Mais à quelle fin
Troublent-elles la poussière d’une coupe de roses,
Qu’en sais-je ?
      D’autres échos
Habitent le jardin. Les suivrons-nous ?
Vite, dit l’oiseau, vite, trouve-les, trouve-les
Au détour de l’allée. Par le premier portail,
Dans notre premier monde, allons-nous suivre
Le leurre de la grive ? Dans notre premier monde,
Ils étaient là, dignes et invisibles,
Se mouvant sans peser parmi les feuilles mortes,
Dans la chaleur d’automne, à travers l’air vibrant,
Et l’oiseau d’appeler, en réponse
A la musique inentendue dissimulée dans le bosquet,
Et le regard inaperçu franchit l’espace, car les roses
Avaient l’air de fleurs regardées.
Ils étaient là : nos hôtes acceptés, acceptants.
Et nous procédâmes avec eux en cérémonieuse ordonnance,
Le long de l’allée vide et dans le rond du buis,
Pour plonger nos regards dans le bassin tari.
Sec le bassin, de ciment sec, au rebord brun,
Et le bassin fut rempli d’eau par la lumière du soleil,
Et les lotus montèrent doucement, doucement,
La surface scintilla au cœur de la lumière,
Et ils étaient derrière nous, se reflétant dans le bassin.
Puis un nuage passa et le bassin fut vide.
Va, dit l’oiseau — les feuilles étaient pleines d’enfants
excités, réprimant leurs rires dans leurs cachettes.
Va, va, va, dit l’oiseau : le genre humain
Ne peut pas supporter trop de réalité.
Le temps passé, le temps futur,
ce qui aurait pu être et ce qui a été
tendent vers une seule fin, qui est toujours présente.



(Extrait de Quatre quatuors, in La terre vaine et autres poèmes, coll. Points/ éd. bilingue
trad. Pierre Leyris)








Burnt Norton 


I 


Time present and time past
Are both perhaps present in time future,
And time future contained in time past.
If all time is eternally present
All time is unredeemable.
What might have been is an abstraction 
Remaining a perpetual possibility
Only in a world of speculation.
What might have been and what has been
Point to one end, which is always present.
Footfalls echo in the memory
Down the passage which we did not take
Towards the door we never opened
Into the rose-garden. My words echo
Thus, in your mind.
                     But to what purpose
Disturbing the dust on a bowl of rose-leaves
I do not know.
                Other echoes
Inhabit the garden. Shall we follow?
Quick, said the bird, find them, find them,
Round the corner. Through the first gate,
Into our first world, shall we follow
The deception of the thrush? Into our first world.
There they were, dignified, invisible,
Moving without pressure, over the dead leaves,
In the autumn heat, through the vibrant air,
And the bird called, in response to
The unheard music hidden in the shrubbery,
And the unseen eyebeam crossed, for the roses 
Had the look of flowers that are looked at.
There they were as our guests, accepted and accepting.
So we moved, and they, in a formal pattern,
Along the empty alley, into the box circle,
To look down into the drained pool.
Dry the pool, dry concrete, brown edged,
And the pool was filled with water out of sunlight,
And the lotos rose, quietly, quietly,
The surface glittered out of heart of light,
And they were behind us, reflected in the pool.
Then a cloud passed, and the pool was empty.
Go, said the bird, for the leaves were full of children,
Hidden excitedly, containing laughter.
Go, go, go, said the bird: human kind
Cannot bear very much reality.
Time past and time future
What might have been and what has been
Point to one end, which is always present. 









Le château de Burnt Norton (Gloucestershire) que visita T.S Eliot en 1934, alors que cette bâtisse était inhabitée.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
GrandGousierGuerin
Sage de la littérature
avatar

Messages : 2669
Inscription le : 02/03/2013

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Mar 25 Juin 2013 - 14:56

Très évocateur ce poème.
Je le mets dès que j'aurai à vendre ma maison dentsblanches
merci Constance !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.girlsgogames.fr/jeu/lapine_dhiver.html
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Mer 26 Juin 2013 - 15:56

Sachant que je n'en ai encore copié que la première partie qui en comporte quatre, il te faudra offrir un fascicule aux éventuels acheteurs ... ça fait cher l'annonce. Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
GrandGousierGuerin
Sage de la littérature
avatar

Messages : 2669
Inscription le : 02/03/2013

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Mer 26 Juin 2013 - 16:02

Constance a écrit:
Sachant que je n'en ai encore copié que la première partie qui en comporte quatre, il te faudra offrir un fascicule aux éventuels acheteurs ... ça fait cher l'annonce. Very Happy
mdr2
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.girlsgogames.fr/jeu/lapine_dhiver.html
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Sam 17 Aoû 2013 - 11:56

.

Burnt Norton


II



Ail et sapphir parmi la boue

Bloquent le moyeu enlisé.

Le fil qui vibre dans le sang

Chante au-dessous des cicatrices

Indélébiles, apaisant

D'anciennes guerres oubliées.

La danse le long de l'artère

La circulation de la lymphe

Sont dans la dérive des astres

S'élèvent vers l'été dans l'arbre

Au faîte de l'arbre oscillant

Nous oscillons dans la lumière

Qui baigne la feuille ouvragée

Entendant sur le sol trempé

Sanglier et limier poursuivre

Leur motif ainsi que devant

Mais réconciliés dans les astres.


Au point-repos du monde qui tourne. Ni chair ni privation de chair;

Ni venant de, ni allant vers; au point-repos, là est la danse;

Mais ni arrêt ni mouvement. Ne l'appelez pas fixité,

Passé et futur s'y marient. Non pas mouvement de ou vers,

Non pas ascension ni déclin. N'était le point, le point-repos,

Il n'y aurait nullement danse, alors qu'il n'y a rien que danse.

Je ne puis que dire : nous avons été là, mais où, je ne saurais le dire.

Et je ne saurais dire pour combien de temps, car ce serait situer la chose dans la durée.



La liberté intérieure à l'égard du désir pratique,

La délivrance de l'agir et du souffrir, la délivrance de la

contrainte

Intérieure et extérieure, encore qu'environnées

D'une grâce du sentir, d'une blanche lumière en repos et

mouvante,

Erhebung sans mouvement, concentration

Sans élimination, à la fois explicite, appréhendé

Dans l'accomplissement de sa partielle extase,

La résolution de sa partielle horreur.

Pourtant l'enchaînement du passé et de l'avenir

Tissés dans la faiblesse du corps changeant

Protège l'homme du ciel et de la damnation

Que la chair ne peut endurer.

Le temps passé le temps futur

Ne permettent guère de conscience.

Etre conscient c'est n'être pas dans la durée

Mais dans la durée seule le moment au jardin des roses,

Le moment sous la tonnelle où la pluie battait,

Le moment dans l'église venteuse à l'heure où la fumée
retombe

Peuvent être remémorés; enchevêtrés dans le passé et
l'avenir.

Et c'est dans le temps seul que le temps est conquis.


(Extrait de Quatre quatuors, in La terre vaine et autres poèmes, coll. Points/ éd. bilingue trad. Pierre Leyris)



II



Garlic and sapphires in the mud

Clot the bedded axle-tree.

The trilling wire in the blood

Sings below inveterate scars

Appeasing long forgotten wars.

The dance along the artery

The circulation of the lymph

Are figured in the drift of stars

Ascend to summer in the tree

We move above the moving tree

In light upon the figured leaf

And hear upon the sodden floor

Below, the boarhound and the boar

Pursue their pattern as before

But reconciled among the stars.


At the still point of the turning world. Neither flesh nor fleshless;

Neither from nor towards; at the still point, there the dance is,

But neither arrest nor movement. And do not call it fixity,

Where past and future are gathered. Neither movement from nor towards,

Neither ascent nor decline. Except for the point, the still point,

There would be no dance, and there is only the dance.

I can only say, there we have been: but I cannot say where.

And I cannot say, how long, for that is to place it in time.


The inner freedom from the practical desire,

The release from action and suffering, release from the inner

And the outer compulsion, yet surrounded

By a grace of sense, a white light still and moving,

Erhebung without motion, concentration

Without elimination, both a new world

And the old made explicit, understood

In the completion of its partial ecstasy,

The resolution of its partial horror.

Yet the enchantment of past and future

Woven in the weakness of the changing body,

Protects mankind from heaven and damnation

Which flesh cannot endure.

Time past and time future

Allow but a little consciousness.

To be conscious is not to be in time

But only in time can the moment in the rose-garden,

The moment in the arbour where the rain beat,

The moment in the draughty church at smokefall

Be remembered; involved with past and future.

Only through time time is conquered.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Dim 19 Jan 2014 - 19:47

.  


Burnt Norton




III





C'est ici un lieu de désaffection

Le temps d'avant et le temps d'après

Dans une lumière confuse : ni la lumière du jour

Qui investit la forme de lumineuse tranquillité

Transformant l'ombre en beauté transitoire

Suggérant par sa lente rotation la permanence

Ni l'obscurité propre à purifier l'âme

vidant le sensoriel par la privation

Purgeant l'affect du temporel.

Ni plénitude ni vacuité. Rien qu'une lueur tremblotante

Sur les visages tendus harassés par le temps

Distraits de la distraction par la distraction

Emplis de fantasmagories, vidés de sens

Apathie borsouflée sans concentration

Hommes et bouts de papier tourbillonnant dans le vent froid

Qui souffle avant et après le temps

Le vent qu'aspirent, qu'expirent des poumons viciés

Le temps d'avant, le temps d'après.

Eructations d'âmes malsaines

Dans l'air fané, miasmes

Emportés par le vent qui balaye les hauteurs lugubres de
Londres,

Hampstead et Clerkenwell, Campden et Putney,

Highgate, Primrose et Ludgate. Pas ici

Non, pas ici l'obscurité dans ce monde pépieur.




Descends plus bas, descends seulement

Dans le monde de la solitude perpétuelle,

Un monde non pas monde, mais cela même qui n'est pas
monde,

Obscurité interne, privation,

Destitution de toute propriété

Dessication du monde du sentir

Evacuation du monde des images

Inopérance du monde l'esprit;

C'est là l'un des deux chemins, l'autre

Etant le même, non mouvement

Mais abstention de mouvement; cependant que le monde
se meut

Dans l'appétence, sur ses voies métalliques

De temps passé, de temps futur.



(Extrait de Quatre quatuors, in La terre vaine et autres poèmes, coll. Points/ éd. bilingue trad. Pierre Leyris)




III





Here is a place of disaffection

Time before and time after

In a dim light: neither daylight

Investing form with lucid stillness

Turning shadow into transient beauty

With slow rotation suggesting permanence

Nor darkness to purify the soul

Emptying the sensual with deprivation

Cleansing affection from the temporal.

Neither plenitude nor vacancy. Only a flicker

Over the strained time-ridden faces

Distracted from distraction by distraction

Filled with fancies and empty of meaning

Tumid apathy with no concentration

Men and bits of paper, whirled by the cold wind

That blows before and after time,

Wind in and out of unwholesome lungs

Time before and time after.

Eructation of unhealthy souls

Into the faded air, the torpid

Driven on the wind that sweeps the gloomy hills of London,

Hampstead and Clerkenwell, Campden and Putney,

Highgate, Primrose and Ludgate. Not here

Not here the darkness, in this twittering world.




Descend lower, descend only

Into the world of perpetual solitude,

World not world, but that which is not world,

Internal darkness, deprivation

And destitution of all property,

Dessication of the world of sense,

Evacuation of the world of fancy,

Inoperancy of the world of spirit;

This is the one way, and the other

Is the same, not in movement

But abstention from movement; while the world moves

In appentency, on its metalled ways

Of time past and time future.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Constance
Zen littéraire
avatar

Messages : 4066
Inscription le : 27/04/2010

MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   Mar 22 Avr 2014 - 11:42

.




Burnt Norton





IV



Le temps et la cloche ont enfoui le jour

La nuée noire emporte le soleil

Le tournesol va-t-il se tourner vers nous, la clématite

Descendre, se ployer vers nous : vrille et ramille

Saisir, gripper ?

Glacés

Les doigts de l'if se recourber

Sur nous ? Après que l'aile du martin-pêcheur

A répondu par la lumière à la lumière, et fait silence,

La lumière est en repos

Au point-repos du monde qui tournoie.



(Extrait de Quatre quatuors, in La terre vaine et autres poèmes, coll. Points/ éd. bilingue trad. Pierre Leyris)




IV



Time and the bell have buried the day,

The black cloud carries the sun away.

Will the sunflower turn to us, will the clematis

Stray down, bend to us; tendril and spray

Clutch and cling ?

Chill

Fingers of yew be curled

Down on us ? After the kingfisher's wing

Has answered light to light, and is silent, the light is still

At the still point of the turning world.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]   

Revenir en haut Aller en bas
 
T.S Eliot [Etats-Unis / Angleterre]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Un interne du CHU de Dijon distingué aux Etats-Unis
» Etats-Unis : Massacre à l'université de Virginie
» Monument Valley (Etats-Unis)
» Les élections présidentielles de 2008 aux Etats-Unis.
» Les élections présidentielles 2012 aux Etats-Unis.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres… parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Poésie (par auteur ou fils spécifiques)-
Sauter vers: