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 Jean-Luc Seigle

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traversay
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MessageSujet: Jean-Luc Seigle   Lun 23 Avr 2012 - 16:01



Citation :
Jean-Luc Seigle est un auteur et scénariste français pour la télévision et le cinéma. Il a publié quatre romans : La nuit dépeuplée en 2001, Le sacre de l'enfant mort en 2003, Laura ou Le secret des des 22 lames en 2006 et En vieillissant les hommes pleurent en 2012. Ce dernier a obtenu le Grand Prix RTL-Lire 2012.
« Bouleversant, puissant, empreint d'humanité et de nostalgie, En vieillissant les hommes pleurent dont la bande originale pourrait être La Montagne de Jean Ferrat raconte la fin d'un monde et la naissance d'un autre, les conséquences de cette mutation sur les plus modestes, ceux auxquels la littérature ne s'intéresse pas assez...la plus belle découverte de l'année 2012 », raconte Bernard Lehut, rédacteur en chef adjoint de RTL.
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traversay
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MessageSujet: Re: Jean-Luc Seigle   Mar 1 Mai 2012 - 13:23



En vieillissant les hommes pleurent
Citation :
9 juillet 1961. Dès le lever du jour, il fait déjà une chaleur à crever. Albert est ouvrier chez Michelin. Suzanne coud ses robes elle-même. Gilles, leur cadet, se passionne pour un roman de Balzac. Ce jour-là, la télévision fait son entrée dans la famille Chassaing. Tous attendent de voir Henri, le fils aîné, dans le reportage sur la guerre d'Algérie diffusé le soir même. Pour Albert, c'est le monde qui bascule.

En vieillissant les hommes pleurent se déroule sur une seule journée. En juillet 1961. En un lieu unique : la maison d'Albert, ouvrier chez Michelin, près de Clermont-Ferrand. Le héros du roman de Jean-Luc Seigle, qui a fait la guerre sur la ligne Maginot et a été fait prisonnier, n'a jamais raconté ses souvenirs. Il n'en peut plus, Albert, il survit plus qu'il ne vit. Le monde est devenu moderne, la télévision, le remembrement, la guerre d'Algérie où son fils aîné combat, tout lui rappelle qu'il n'y a plus sa place. Sa femme rajeunit, sa mère s'enfonce dans les ténèbres, son jeune fils découvre Balzac. Ils pourront faire sans lui. Avec pudeur et un amour profond de ses personnages, Seigle raconte la douleur intime d'un homme qui n'a plus la force de continuer. Dans un style limpide, avec un souci du détail matériel et psychologique qui ne sont jamais pesants. Au passage, dans une sorte de post-face à la fiction, l'auteur réhabilite la ligne Maginot, si souvent moquée, et ses combattants qui repoussèrent les allemands en 40, pour rien, parce que l'Histoire n'a retenu que la débâcle sur l'autre front, le vrai, selon les manuels. Dans ce livre, la colère est enveloppée dans une torpeur estivale, la chaleur accablant les corps et exacerbant les états d'âme. Une belle oeuvre sur la mémoire, l'oubli, les remords, le progrès et la transmission. Oui, avant tout, la transmission.
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mimi54
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MessageSujet: Re: Jean-Luc Seigle   Sam 19 Mai 2012 - 18:13

Citation :
« Tout à l’heure je ne serai plus ce que je suis et que je n’aime pas être. Je n’aime pas qui je suis. Je n’aime pas ce qu’il faudrait que je sois, je n’aime pas me réjouir de cette vie-là, je ne suis pas de cette vie, je suis d’un autre temps que je n’ai pas su retenir. »

Une journée dans la vie d’un homme Albert, ouvrier chez Michelin, qui en ce jour de juillet 1961 se trouve à la croisée des chemins. Ce jour-là, la famille s’apprête à recevoir le premier poste de télévision, pour enfin voir leur fils ainé mobilisé à la guerre d’Algérie. Le cadet, Gilles, est passionné de lecture.
Ce roman teinté de nostalgie, et d’odeur d’antan nous fait toucher du bout des doigts toute la sensibilité qu’un homme ne peut exprimer autrement qu’avec le geste, et les symboles. Les drames de la vie d’Albert sont palpables, mais jamais clairement dits. Il y a Albert, le fils, dont la mère de plus en plus absente s’en va à petit feu. Il y a Albert, le père qui n’a pu ou su apprivoiser l’ainé, et qui dans un élan d’amour va confier le cadet aux bon soins d’un instituteur. Il y a Albert, l’époux dépassé par une épouse éprise de modernité, lui qui n’a d’intérêt que pour l’ordre ancien. Albert ne s’y retrouve plus, n’a pas sa place dans ce monde qui tourne trop vite pour lui.
En cette journée d’été la chaleur est là, mais n’accable pas le lecteur. L’auteur nous offre là une histoire tout en pudeur, sensibilité et humanité, servie par une écriture soignée. Une histoire de mémoire, d’oubli, d’un futur que l’on transmet faute de pouvoir l’accompagner soi-même.
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Harelde
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MessageSujet: Re: Jean-Luc Seigle   Ven 29 Juin 2012 - 13:33

En vieillissant les hommes pleurent

Un petit hameau de campagne tout près de Clermont-Ferrand. Un peu moins de cent âmes. C’est ici qu’Albert, cinquante-deux ans et ancien soldat affecté sur la ligne Maginot durant la Seconde Guerre Mondiale, vit avec Suzanne son épouse, Madeleine sa vieille mère à la lucidité occasionnelle et Gilles son fils puiné de dix ans. Henri, le fils aîné est mobilisé en Algérie : nous sommes le 9 juillet 1961 et la journée qui s’annonce promet d’être de nouveau caniculaire.
Ce jour est important : Liliane (la petite sœur d’Albert que ce dernier a élevé à la mort de leur père) vient déjeuner avec son mari. Suzanne attend également le poste de télévision (le premier du village) qui doit lui être livré dans l’après-midi. L’évènement doit d’ailleurs être sacralisé par une visite de la famille chez le photographe, une habitude qui perdure depuis une dizaine d’années : à chaque évènement d’importance, madame emmène mari et enfants se faire tirer le portrait ; le cliché est ensuite collé dans un bel album avec la mention de la date et de la touche de modernité qui a pénétré dans le foyer ce jour-là. Aujourd’hui, c’est la télé. Et Suzanne est d’autant plus fébrile qu’Henri, son fils chéri, doit passer le soir même dans l’émission « cinq colonnes à la une » consacrée au conflit engagé par le Général. Tout le village est invité pour l’occasion.
Mais on sent Albert bien loin de ces préoccupations. Détaché de tout, concerné par rien. La terre héritée de ses ancêtres ne le nourrit plus si bien qu’il a dû prendre un emploi de nuit à l’usine Michelin. Terres qui vont de toute façon lui être enlevées à l’occasion du grand remembrement décidé par le gouvernement.
Jean-Luc Seigle nous livre ici un huis-clos poignant. J’ai d’abord crains un recueil de souvenirs d’antan à la Pagnol. Mais l’atmosphère étouffante de cette journée, la passion du jeune Gilles pour Balzac, l’attirance de Suzanne pour le beau facteur qui lui apporte les lettres en provenance du front, l’inquiétude de cette mère pour son fils qui ne rentrera peut-être pas orientent différemment le récit. On comprend rapidement la détresse d’Albert, écorché par la guerre, la honte de la défaite, et sa captivité durant quatre années en Allemagne. Il est un homme du passé, incapable de s’adapter aux changements, réfractaire à ce monde moderne qui envahit chaque jour un peu plus son quotidien (et dont le fameux poste de télévision se veut être le symbole). Albert n’en peut plus, il ne peut plus suivre. Et ne le souhaite plus. Jusqu’à son second fils passionné de littérature et qu’il se montre impuissant à comprendre ou à aider.
Ce livre, c’est le drame d’un homme décrit avec une grande pudeur. D’un homme au bout de son chemin, d’un homme qui a décidé que cette journée serait sa dernière et qui en éprouve une certaine sérénité. Un style d’écriture très agréable, empreint de sobriété et d’une grande finesse dans les descriptions. On note l’investissement de l’auteur dans ce récit, son profond attachement pour ses personnages qu’il brosse avec minutie. Le post-scriptum réhabilitant la ligne Maginot et ses héros achève de nous convaincre de l’œuvre personnelle réalisée par l’auteur : de legs du savoir, des valeurs d’une génération à la suivante, puis de mémoire.
Un très beau livre.

Merci à Traversay et à mimi54 pour m'avoir incité à cette lecture.
bonjour

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tina
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MessageSujet: Re: Jean-Luc Seigle   Ven 29 Juin 2012 - 13:59

Ca me plairait beaucoup, je note.
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traversay
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MessageSujet: Re: Jean-Luc Seigle   Ven 29 Juin 2012 - 15:14

Très content, Harelde !
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mimi54
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MessageSujet: Re: Jean-Luc Seigle   Ven 29 Juin 2012 - 15:21

Et moi qui croyais que ce livre n'avait intéressé personne....
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topocl
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MessageSujet: Re: Jean-Luc Seigle   Ven 29 Juin 2012 - 16:21

Si, rassure toi, je l'ai réservé à la médiathèque, mais comme justement il intéresse plein de gens, je suis encore sur liste d'attente
On a souvent cette impression que nos comm ne sont pas suivis d'effet, mais c'est parce qu'on n'a pas tous les mêmes rythmes; quelques temps après , ça finit par ressortir! Il suffit d'un peu de patience.
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MessageSujet: Re: Jean-Luc Seigle   Mer 8 Aoû 2012 - 10:20

En vieillissant les hommes pleurent

Une terre rurale en train de devenir ouvrière. Trois générations d’hommes, trois guerres : Verdun, la ligne Maginot, l’Algérie, et toujours cette incompréhension au pays. Un homme qui tourne en rond dans son passé sans pouvoir le communiquer et le dépasser, jamais remis d’un amour dévorant pour sa jeune sœur qui a « tourné commnuniste », pendant que sa femme joue les jeunettes et se croit sauvée par la première télévision qui arrive au village (et justement chez elle): un couple qui va à vaut l’eau dans une certaine tendresse, une famille où les alliances sont tracées et l’échec marqué au départ au départ. Une vieille femme qui perd la tête , mais assène quelques vérités. Un jeune garçon qui découvre la lecture et la vie à travers elle, petit génie qui vous analyse Eugénie Grandet mieux qu’un professeur d’université, un ancien instituteur passeur de savoir et de mémoire qui comprend tout…On glisse peu à peu de cliché en cliché et cela efface l’émotion (la mienne en tout cas)



Les commentaires Traversay, Mimi et Harelde m’avaient fait espérer un livre aussi bouleversant que son titre : une unité de temps, un homme exténué, une histoire de transmission.. Je l’ai malheureusement traversé sans beaucoup d’émotion, un peu irritée par ces personnages archétypaux, ces propos toujours profondément signifiants , cette multitude de thèmes non aboutis, le nombre d’événements chargés de sens qui se passent dans une même journée. Qui trop embrasse mal étreint, j’ai trouvé ce livre un peu indigeste dans sa démonstration, tirée au cordeau, mais manquant de brio. Faute de place dans un roman assez court, (ou faute de capacité) Jean Luc Seigle n’approfondit pas ses personnages, il creuse son sillon .Le récit ne manque pas complètement de certaines nuances , on voit bien les failles des personnages derrière leurs façades, mais rien n’arrive à surprendre, je n’ai pas trouvé de finesse dans ce livre. Le texte comprend de beau passages, assez nombreux, mais souffre parfois d’une langue approximative. Jean Luc Seigle n’est pas Balzac.


J’ai trouvé le petit pamphlet final plutôt pontifiant, je ne suis pas sûre qu’il ne comporte que des vérités historiques (mais je suis trop inculte en histoire pour l'affirmer), même s’il introduit des idées intéressantes sur la non-reconnaissance aux soldats, et j’ai beaucoup regretté que JL Seigle n’ait pas intégré tous ces éléments au roman, plutôt que de le poser là , dans un moment d’émotion donneuse de leçons.

Une réflexion sur le passé, son emprise, la nécessité de le dépasser sans l’oublier, la transmission, qui aurait dû m’enthousiasmer mais dont seuls certains passages m’ont intéressée.

Citation :
Les grandes veuves de guerre, les vraies, celle de la Première Guerre mondiale, n'étaient pas les femmes qui avaient perdu un mari, mais celle qui avaient perdu un fils. Une épouse qui avait perdu son mari, même au champ d'honneur, pouvait toujours se remarier. Mais une mère était amputée à vie d'un amour qu’elle ne pourrait jamais retrouver, mort là-bas dans la boue et la désolation, dans les bruits des canons et dans les gaz, dans les diarrhées et les vomissures. Ces veuves étaient devenues intouchables, presque sacrées, quasiment les égales de la mère du Christ. Comme la Vierge, elles étaient, bien sûr, capables de recevoir, comme des bouquets de roses sans épines, toute la compassion du monde, à la différence près qu'elle s'octroyaient, en plus, le droit de distribuer les reproches les châtiments adaptés si l'une d'entre elles dérogeait à la règle qu'elles avaient elles-mêmes écrite sur les usages à suivre dans le cadre du deuil, inconsolable et innommable, d'un enfant.

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