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 Alain Damasio

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kali
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MessageSujet: Alain Damasio   Jeu 28 Juin 2007 - 20:57



D'après www.imaginales.com :

Né à Lyon en 1969, Alain Damasio réalise des études socio-économiques. Mais sa véritable passion, c'est l'écriture. Déjà remarqué lors de la publication de son premier roman, La Zone du Dehors, un récit qui témoignait de son engagement social mais aussi d'un indéniable tempérament d'écrivain, Alain Damasio a publié à l'automne 2004 un ouvrage qui lui a valu une presse enthousiaste tant dans les médias généralistes (Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Soir) que spécialisés (Galaxies, Bifrost). Le succès public, déjà significatif, vient d'amener son éditeur à effectuer un second tirage, six mois à peine après la mise en vente de l'ouvrage !

Dire qu'Alain Damasio est un auteur prometteur serait très en-dessous de la vérité : avec La Horde du Contrevent, on découvre un écrivain à l'imaginaire puissant et à la langue riche, capable d'inventer un monde original et des personnages forts, un écrivain qui parvient sans difficultés à se hisser au niveau des meilleurs romanciers américains de SF…
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kali
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Jeu 28 Juin 2007 - 20:59

La horde du contrevent

4e de couverture :
Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu'un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s'y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d'eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu'en Extrême-Aval ait été formé un bloc d'élite d'une vingtaine d'enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueules, leur vie durant, le vent jusqu'à sa source, à ce jour jamais atteinte : l'Extrême-Amont.
Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m'appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l'éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l'azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l'ultime.

Mon avis :
Wow! L'auteur crée un univers unique, par son imagination et par sa maîtrise de la langue avec laquelle il joue sans cesse. Les personnages sont tous attachants, et leur vie aussi, on suit leur quête, leur courage, leurs histoires d'amitié et d'amour.
Il ne faut surtout pas se laisser rebuter par les néologismes et les différents narrateurs, ne laissez pas tomber au bout du premier chapitre, ça serait dommage. Comme je l'ai lu ailleurs, au début on dirait un peu la langue des schtroumpfs, mais ça passe vite, vous verrez.
Bref : un grand roman!!
Le livre grand format est fourni avec un CD, dont je ne peux rien dire puisque je ne l'ai pas écouté. J'avais peur que ça biaise mon interprétation du roman, j'aime bien quand je suis complètement libre d'entrer dans le livre comme je veux.
Il est sorti en poche au mois de mars (si vous l'achetez, vérifiez bien la présence du marque-pages à l'intérieur, il vous permettra de re-connaître tous les personnages en un clin d'oeil et est franchement indispensable à la lecture!).
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Mar 28 Aoû 2007 - 2:31

LA HORDE DU CONTREVENT d'Alain DAMASIO
ed La Volte/521p


Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu'un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s'y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d'eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu'en Extrême Aval ait été formé un bloc d'élite d'une vingtaine d'enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueule, leur vie durant, le vent jusqu'à sa source, à ce jour jamais atteinte : l'Extrême Amont".
Mon nom est Sov Strochnis, scribe, Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m'appelle aussi Golgoth, traceur de la horde, Arval l'éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l'azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l'ultime."


"Nous sommes fait de l'étoffe dont sont tissés les vents" (extrait).

La lecture de La Horde du Contrevent est une aventure à elle seule. Il faut accepter d'entrer dans un monde hors norme où c'est au lecteur d'imaginer, de bâtir des hypothèses sur l'univers dans lequel se déroule l'histoire : une histoire passionnante épique, racontée à près de 22 voix.
Ce qui surprend avant tout c'est la forme particulière du roman. La pagination est inversée (de la page 521 à 0), les personnages sont représentés par un glyphe associé à leur nom [ ) Sov Strochnis, Scribe<> Aoi Nan, cueilleuse et sourcière, X Oroshi Melicerte, aéromaître, )- Arval Redhamaj, Eclaireur, (.) Alme Capys, soigneuse, ~ Callirhoé Déicoon, Feuleuse, etc..] car chacun d'entre eux devient narrateur et raconte l'histoire. Il faut donc se reporter assez souvent sur la liste des personnages pour savoir qui parle (sauf pour les principaux que l'on finit par mémoriser).
Il ne faut pas oublier l'inventivité du vocabulaire lié au souffle, au vent etc...On y rencontre des créatures appelées Chrones aux propriétés étonnantes.
C'est un roman qui se dévore une fois acceptés les partis pris de l'auteur mais qui peut éventuellement déboussoler les lecteurs habitués à une trame classique en fantasy.

") De mon passé de rafale, je n'ai jamais cherché à dégravoyer le lit. Mes souvenirs sont faits d'épaisseurs, de vents et de poussière. Je coule, j'avance à pas élastiques, délardé comme une pierre, étréci jusqu'au dense, jusqu'à l'axe. Avant même de naître, je crois que nous marchions. Nous étions déjà debout, la horde entière étalée en arc, déjà fermes sur fémurs et nous avancions avec nos carcasses raclées et nos côtes nues, les rotules rouillées de sable, à griffer le roc avec nos tarses. Nous avons marché longtemps ainsi, tous ensemble à chercher la première de toutes nos prairies. Nous n'avons jamais eu de parents : c'est le vent qui nous a faits." (extrait)

Le CD : le roman est vendu avec un CD spécialement créé pour être écouté pendant la lecture du roman. Personnellement, mise à part 2 ou 3 morceaux plutôt agréables, j'estime que c'est un plus dont on peut se passer, d'autant que les passages parlés gênent plus la lecture qu'ils ne la prolongent.
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Mer 2 Avr 2008 - 21:02

J'apporte ma pierre à l'édifice Wink

Quatrième de couverture:

Citation :
"Un groupe d'élite, formé dès l'enfance à faire face, part des confins d'une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l'origien du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un noeud de courage: la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d'un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou."


On est immédiatement happé par ces quelques lignes qui disent sans dire le récit qui se trouve à l'intérieur. La Horde, vingt-trois hommes et femmes, conditionnés à poursuivre une quête, dès l'enfance arrachés à leur famille. D'où vient le vent? D'où tient-il ses forces, sa force? Depuis des générations, l'Extrême-Aval, l'Hordre, envoie des Hordes vers l'Extrême-Amont afin de connaître et savoir d'où vient le vent. Nos héros appartiennent à la 34è Horde envoyée vers l'inconnu. Sa tâche: continuer et faire avancer la Quête au cours d'une marche forcée qui se mesure à l'échelle d'une vie.
Comme toutes les quêtes, la mystique et les arcanes du savoir ne sont jamais bien loin, l'épopée et l'héroïsme non plus.
Comment ne pas succomber devant la recherche littéraire de ce roman-ovni, oscillant entre la SF, la Fantaisy et le space-opéra, la qualité d'écriture de Damasio (les néologismes foisonnent et enchantent l'oeil et l'oreille), la richesse des descriptions, des idées véhiculées, l'étrangeté extraordinaire des situations et la relation polyphonique de la quête de la Horde!
Damasio trace son récit, entraîne le lecteur à sa suite en extraordinaire chef charismatique, tel son héros Golgoth! Il nous emmène à travers les steppes battues par les vents, traversées par les chrones (ah!!! la belle invention que ces chrones...magie et horreur assurées!), les déserts sifflants sous les rafales implacables, les villages blottis dans les moindres creux et à l'existence si fragile! Il nous embarque dans la quête de la Horde au son des vents et de leurs multiples variations, au rythme de la marche et des efforts et au gré des notes dispersées de la nostalgie des hordiers. La mélancolie guette ces âmes battues par les vents: elles croisent les Fréoles, libres sur leurs bateaux glissant dans les houles aériennes, ivres de vitesse et de technologie, les Obliques, ceux qui décident de prendre la tangente et de se laisser porter par les vents, orpailleurs ou pillards, les Abrités, les sédentaires des villages figés dans l'espace infini des steppes. Nostalgie du passé révolu, sans espoir de retour vers un chez soi puisque le chez soi est la Quête, qui assaille parfois les hordiers à la tombée de la nuit.
Damasio réussit le tour de force à mettre son lecteur, celui qui parvient à franchir le cap des 50 premières pages (l'épopée fantastique se mérite), au sein de la Horde: on devient un membre de cette dernière, son vingt-quatrième élément. On veut que la Quête réussisse, on veut parvenir à la Norska faite de glaces et de vents hurlants, bord du monde connu, enfer glacial à traverser et vaincre, on veut connaître les ultimes réponses. Bien sûr, la Horde ne parviendra pas entière au bout du bout du monde, on le sait dès le début mais on s'en fiche car l'aventure est tellement merveilleusement angoissante et fascinante!
Le choc est époustoufflant devant la chute du récit: on ne peut que saluer la maestria de l'auteur qui manie avec adresse la logique terrible des dernières révélations. La Quête est un voyage initiatique pour se connaître et connaître le monde, la bataille est souvent plus intérieure qu'extérieure et des gestes désespérés sont accomplis sous l'empire des démons intimes. L'humain est fragile et dur comme un diamant: les personnages sont attachants malgré leurs défauts, leurs obsessions ou leur monstrueux égo; il faut dire que l'auteur les aime ses héros aux pieds d'argile et sa tendresse est palpable au fil des mots et des phrases. La Horde est un pack, une équipe qui joue "collectif" car elle ne peut faire autrement sans se perdre et échouer: chaque membre de l'équipe compte, est essentiel par ses talents uniques...l'individualité moteur de la collectivité!
"La horde du contrevent" est une pure merveille, une lecture grandiose et hallucinante qui laisse son empreinte dans l'imaginaire du lecteur! Un voyage littéraire inoubliable tout simplement.


"Cétait le moment, repérable, où le vent cessait de siffler pour passer à une vitesse proprement inhumaine, insupportable même aux pierres, même aux buis. le son perdit son ciselage aigu, sortie de la cinquième forme et devint ce qu'aucun hordier ne pouvait effacer de sa mémoire physique, une fois entendue, cette effroyable torche de terre raclée qui s'appelait le furvent. L'onde de choc fut audible à une centaine de kilomètres en amaont, au tonnerre projeté et à ce moment-là, même habitué, même en face du cinquième furvent comme je l'étais, une terreur froide me monta à travers l'axe de la colonne vertébrale et le réflexe immédiat, impossible à contrer, inutile à acquérir..." (p 672)
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Lun 12 Mai 2008 - 22:21

Je ne ferais rien d'originale en rajoutant mes quelques banales mots à l'éloge de ce livre.

Voilà vraiment un très très grand roman dans une Fantasy en pleine ébullition. Alain Damasio crée vingt-trois personnages et il jonglera entre leurs différents points de vues tout au long du récit. Chacun ayant sa propre personnalité, et on retrouve des différences bien marqués dans leur manière de s'exprimer, si bien qu'une fois habituer, on arrivera à reconnaître le personnage rien qu'à sa façon de parler.

Le début peut en rebuter certains. On est d'un seul coup lâché au milieu de la Horde, sans aucun point de repère, dans un monde totalement nouveau, et il faudra bien attendre quelques chapitres avant de s'y retrouver. Mais vraiment il ne faut pas lâcher le roman, car ensuite tout s'enchaîne, et Damasio montre tout son talent en orchestrant une histoire époustouflante. Ce dernier montre d'ailleurs toute sa maîtrise de la langue dans le duel que livrera Caracole avec Sèleme. Vraiment c'est un passage qui m'a impressionné.

L'histoire est tout simplement passionnante, on suit le décompte des pages avec avidités, impatient de savoir d'où provient le Vent, d'avoir enfin la clé des mystères de ce monde. Et quand on arrive à la fin... Mon dieu on reste ébahis, à contempler les derniers mots.

Vraiment une œuvre magistrale et incontournable.
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Mar 13 Mai 2008 - 19:56

Merci héri pour ce commentaire qui ne peut que donner envie de lire ce roman extraordinaire cat
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Mar 13 Mai 2008 - 21:07

Merci Chap', mon avis est loin d'être aussi complet que le tien. J'ai du mal à trouver les mots quand un livre m'a vraiment touché.

Enfin je ne peux que conseiller à tout le monde de le lire. C'est vraiment une aventure fantastique à vivre en compagnie de cette Horde.
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Dim 1 Juin 2008 - 13:29

voilà ma lecture terminée.

Un roman captivant. Une langue d'abord qui tourbillonnent réellement, qui s'invente, se déplie, se découvre. Damasio parvient à moduler son écriture selon quel est le narrateur du chapitre. Il donne une identité propre et extrèmement forte à chacun de ses personnages.

C'est une quête vers l'inconnu, une quête de soi. On suit cette Horde qui va se modifier, se modeler, s'entremêler, se diviser et finalement être au bout ensemble. Etre debout.


Damasio hésite pas à entrer dans les profondeurs de la psychologie humaine, sans pour au temps tomber dans le pamphlet, les caricatures, et les trucs trop lourds, il maintient l'équilibre.

L'aventure en elle-même est aspirante. On a envie de tourner les pages et de les tourner encore pour savoir où ils vont arriver, et comment.


J'ai trouvé que réellement, l'écriture de Damasio était exceptionnelle. Une telle qualité, une telle densité. C'est impressionnant. Parvenir à donner corps à une vingtaine de personnages, à donner vie à une planète mystérieuse, à faire sentir le Vent qui souffle...

J'ai été scotché.

Mais je l'ai tout de même trouvé un peu long, et il partait parfois dans des explications pointues d'évènements qui ne demandaient peut être pas tant de précisions. Mais bon, c'est aussi parce que plus de 500 pages ça fait un sacré truc à avaler quand même, et qu'au bout d'un moment même si on adore, à force de s'en gaver on frôle le mal de ventre. C'est comme le chocolat.


en tout cas, je brûle d'envie de lire autre chose de cet auteur.

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MessageSujet: La Horde Du ContreVent   Dim 1 Juin 2008 - 13:34

La Horde Du ContreVent

Citation :
« J'adorais cette sensation d'homme debout, de lame de chair, encore droite sur ce monde horizontalisé, devant ce champ de bataille dans riposte ni ennemi, où rien n'avait été vaincu mais tout lavé à grande eau de bourrasques, tout renouvelé et redonné à nos pas, à notre simple trace. Ce rêve têtu, de la plus haute crétinerie, cette chimère d'atteindre un beau jour le bout de la Terre, tout là-haut, l'Extrême-Amont, à boire le vent à sa source – la fin de notre quête, le début de quoi? »


ça ça ça !! mais c'est trop beau quand ça te tombe dessus sans prévenir !! :
Citation :
« Elle me plaît terriblement. J'ai envie d'embrasser sa nuque fraîche. Ses cheveux glissent sur sa joue avec une enfantine grâce. Ils se délient sous le vent par salves joueuses, mobiles, avec des reflets d'écorce et de châtaigne, et viennent parfois se poser sur sa bouche, la voiler... Elle me parle d'une voix pleine qui désarçonne ma pudeur et m'encourage à lui répondre en vrac, à la volée, sans rien contenir. [...]
Je faseyais comme une voile mal remplie, j'avais besoin d'elle, sa présence me brassait le sang dans les veines. Elle avait des yeux d'un bleu d'orage, d'un bleu si dense que je l'imaginais, pleurant, faire des trous de ciel dans son mouchoir. Mais sa bouche, plus encore, me décramponnait, une bouche de vin hors d'âge, hors de portée, à boire fou, et debout. Cette courbe humide et le velours, de la voir frémir, trembler d'attente et de soif, pour cueillir le fruit rapide de sa langue que je voyais rosir sous la syllabe et sucer le caillou des sons. J'avais une envie tanguante de croquer dans ses lèvres, d'en crever le rouge bai, d'en avaler le jus jusqu'à la gorge et de laisser ma main faire, qu'elle cueille au creux ses seins, les enveloppe... Les tétons faire saillir, durcir en quête... La coucher sur les planches du pont, dures, elle souple par contraste, prendre sa bouche, tenir dans ma main sa nuque, que la tête ne bute, dans l'autre son sein glissant. Et laisser le chat fou sous sa robe marine sinuer jusqu'au fondant, jusqu'à la succulence... La sentir alors, toute entière – lâcher – se distendre comme un cordage qui trempe, tandis que flottent ses couleurs au-dessus d'une terre de planches. Sentir son odeur de femme, la lécher, écarlate, l'ouvrir, la laper farouche comme un vin de banquet, mordre dans l'abricot de ses seins, dans son omoplate nue. Puis entrer en elle, à un signe bleu, sur un sourire qui consent. La pénétrer, elle, à cru. Eprouver à quel point elle m'accepte, lent balancement, pluie du sang, fusion. »


Citation :
« Lorsqu'on me demandait ce que j'espérais trouver en Extrême-Amont, cette question banale posée mille fois, je répondais maintenant : « J'espère trouver mon visage. Quelqu'un là-haut le sculpte à coups de salves dures. Chaque acte que je fais le modifie et l'affine. Mes fautes le balafrent. Mais peu importe : il se fait ; il m'attend, posé sur son socle. Et je le verrai, comme je vous vois devant moi, comme on se regarde dans un miroir enfin exact. Je verrai ce visage que je me suis fait tout au long de ma vie, juste avant de mourir. Ce sera ma récompense. » »


Citation :
« Il n'a plus de figure. Il a sa peur pour tout visage. De partout, les voix hachent le vacarme de la cascade, des cris incompréhensibles strient, des hurlements de tripes s'arrachent de nos gorges... Là-bas, presque au bord de la chute, debout, le courant des labourants à hauteur de poitrine, les repoussant mètre par mètre vers le trou, comme une porte un bélier, Caracole et Steppe luttent avec leurs dernières ressources d'homme pour ne pas basculer dans le vide. »


Citation :
(Golgoth)« Si je devais me rappeler d'une caque, d'une seule, d'une solide caquée de trouille tord-bide, chiasseuse au goulet, si je devais faire le tri des lentilles, eh ben je choisirais celle-ci. Celle du siphon de Lapsane. Quand Erg a riveté ce bout de lac au harpon, comme on l'apprend à Ker Derban : fissa, recta, claro ; que tous les hordiers ont cliqueté leur harnais sur sa cordée, que ce costaud de Steppe s'est sorti à force de tractions de la zone d'adieu, j'ai cru que c'était gagné. Le gouffre allait bien finir par se remplir ou le lac par se vider, au moins par chez nous. On allait bien finir par avoir pied quelque part, avec la terre qui s'entassait devant. Fallait juste y croire. »

La force de vivre ensemble, d'être un groupe, une unité dans la diversité. Ce roman est aussi une belle ôde à l'humanité, et à cette force qui s'en dégage lorsqu'elle décide d'avancer unie vers un même but salutaire pour le reste du monde.

Citation :
« J'ai la conscience, aigüe, de vivre sans doute mes dernières minutes d'existence. Nous sommes tous le vingt, main dans la main, reliés par une corde incertaine, le corps gondolé par le torrent, à résister au bord d'un trou central qui pourrait être la mort elle-même. Qui l'est.[...]
Je mémorise tout, chaque geste, chaque attitude, chaque position et chaque visage, comme si je les voyais enfin, comme s'il n'y avait pas trente ans derrière moi à les connaître par coeur, à ne plus les regarder, à ne plus savoir les contempler dans leur beauté simple et leur noblesse. »

Je trouve qu'on sent un réel amour des mots dans l'écriture et dans le discours de Damasio. Notamment grâce à ses deux personnages que sont Sov, le scribe qui retranscrit l'histoire de la horde, et qui est le plus touché par la parole et l'écriture. Et par, evidemment, le fabuleux Caracole, le troubadour qui vous enchaîne les mots, les phrases, les néologismes, qui rythme les phrases, les bouleverse, les fait vriller. Il malaxe la langue sur son palais.
Citation :
« Vis chaque instant comme si c'était le dernier. »
« Vis chaque instant comme si c'était le premier. »
« Ces deux phrases avaient une telle puissance, une telle expression vitale que j'en demeurais absolument ébloui, fauché sur pied, laissant les spires de cette pensée s'enfoncer dans ma chair et y creuser des ouvertures profondes qui s'aéraient déjà, déjà se laissaient traverser par le pollen de ces mots de passe. Sans que je comprenne sur le moment pourquoi, ils fécondaient un terreau en moi essentiel, y promettaient une floraison longue et exigeante. »


Citation :
« Caracole, lui, était un homme du pur présent et de l'extrême oubli. L'intérêt qu'il portait aux autres dépendait non pas de l'amitié tissée ou de l'ancienneté du lien, plutôt de la capacité que vous aviez de déjouer l'image qu'il avait de vous et de dérouter, sans cesse, les attitudes et réactions que son intuition, admirable, anticipait. Devenir son ami d'un jour ne demandait aucun effort ; mais le rester impliquait cette exigence de le surprendre, qu'il suscitait malgré lui. En un sens et pour paradoxal que ce fut, Caracole disciplinait ceux qui le côtoyaient, fut-ce d'une discipline étrange qui était celle du décalage érigé comme art de vivre – j'avais envie de dire : comme art d'être en vie. Ne jamais se contenter d'être soi, puisqu'alors il vous devinait et vous le lassiez. Devenir autre, et autre que cet autre, perpétuellement : condition expresse de son éveil et intérêt pour vous. »

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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Sam 7 Juin 2008 - 15:32

Ce que j'aime, ce que j'adore (entre autres) dans ce livre, c'est comment l'auteur joue avec les anachronismes: pour Damasio, la création poétique existe donc dans tous les univers, qu'ils soient fictifs ou réels, ainsi que la pensée ou le concept philosophique. C'est ce qu'il avait dit dans une de ses nombreuses interviews interréssantes ( il faudrait que je la retrouve...)


Sinon les personnages sont extraordinaires, surtout Caracole je trouve, l'univers incroyablement recherché, et la narration à 23 points de vue (!) est criante de vérité. Bref vous aurez compris que je conseille ce livre au maximum de lecteurs.


Citation :
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Jeu 6 Nov 2008 - 14:17

J'applique la méthode Kenavo pour faire remonter des fils qui me tiennent à cœur :

Lisez La Horde de Contrevent, il vient de sortir en poche :


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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Jeu 6 Nov 2008 - 14:27

À ne pas manquer donc content
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Jeu 6 Nov 2008 - 17:37

Queenie a écrit:
J'applique la méthode Kenavo pour faire remonter des fils qui me tiennent à cœur
puisque tu es gentille tu n'as même pas besoin de payer pour les droits d'auteur sourire

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c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Ven 7 Nov 2008 - 17:29

Une très bonne initiative Quennie !
Je viens justement de le relire... Toujours la même émotion, la même force qui se dégage de ce livre !
Vraiment à ne pas manquer ! Surtout que pour le prix d'un poche, une aventure inoubliable c'est donner sourire
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   Dim 9 Nov 2008 - 19:36

J'en rajoute une couche: un voyage sublime au coeur du vent et des hommes!!!
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MessageSujet: Re: Alain Damasio   

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Alain Damasio
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