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 Edward O. Wilson

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animal
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MessageSujet: Edward O. Wilson   Jeu 17 Mai 2012 - 13:58


Edward O. Wilson

Citation :
Professeur à l'université Harvard, auteur de plus de vingt ouvrages, deux fois prix Pulitzer, EO Wilson est connu internationalement pour ses travaux sur les fourmis. Il est à l'origine de la sociobiologie et est l'un des ardents défenseurs de la théorie de l'Evolution et de la biodiversité. Il a reçu en 1976 la National Medal of Science pour ses travaux et vient de se voir décerner avec Bill Clinton le prix "Technology, Entertainement and Design" 2007 qui récompense des personnalités américaines ayant oeuvré pour le bien de l'humanité.
biographie chez Dunod

un peu plus étoffé : wikipedia.org

le plus intéressant à lire et esquisse positions et controverses (et pas trop long) uieis.univ-tours.fr

Biophilie


Citation :
Je définirais la “biophilie” comme la tendance innée à se concentrer sur la vie et les processus biologiques. Depuis notre prime enfance, nous nous préoccupons avec bonheur de nous-mêmes et des autres organismes. Nous apprenons à faire le départ entre le vivant et l’inanimé et nous nous dirigeons vers le premier comme des phalènes vers une lampe. Nous apprécions en particulier la nouveauté et la variété. Tout cela se conçoit d’emblée, mais il y a encore beaucoup à en dire. J’entends démontrer qu’explorer la vie, s’affilier à elle, constitue un processus profond et complexe du développement mental. Dans une mesure encore sous-évaluée par la philosophie et la religion, notre existence repose sur cette inclination.
La biologie moderne a conçu une façon toute nouvelle de considérer l’univers, laquelle s’accorde du avec ce point de vue de la biophilie. En d’autres termes, l’instinct, pour une fois, s’aligne sur la raison. J’en tire une conclusion optimiste : c’est pour autant que nous en viendrons à comprendre d’autres organismes que nous leur accorderons plus de prix, comme à nous-mêmes.

Un ouvrage pas si vieux que ça, puisque c'est le début des années 80, la biologie moderne existe. Cependant ce n'est pas un livre scientifique ni un même de vulgarisation. Pour cette raison les anecdotes de recherche ou les théories dessinées ou relatées le reste de façon très légère et très accessible... au risque de laisser légèrement sur sa faim le lecteur. Mais ce livre parle de quelque chose d'intéressant, qui tient pour beaucoup du ressenti mais étayé par le contenu et les exemples, il parle de la science et plus particulièrement de la biologie, il en parle en essayant d'expliquer l'intérêt fondamental et inné de l'homme pour son environnement mais aussi pour le mélange de recherches et de ressemblances, il essaye d'entrouvrir cette porte de mystère de l'esprit qui pousse à chercher. C'est certainement sincère et bigrement stimulant et pour ce que j'ai pu en sentir dans mes études, et maintenant dans mes lectures, oui, ça doit être vrai, au moins un peu, assez.

Une posture de l'esprit qui n'est pas gratuite, qui dit science dit confrontation ou application, et là l'autre courant du livre est fort lui aussi, c'est une foi (en quelque sorte), et un choix, dans cette démarche scientifique. Et de ce point de départ on retrouve ce qu'on pourrait résumer en courant de pensée moderne, cette ombre de darwinisme très économique, une ombre dense finalement qui est traversée de politique et peut-être de philosophie. L'élément central est quand même et ce n'est pas forcément ce que j'appellerai une contrepartie la double fondation de la biologie moderne : la génétique et la sélection naturelle. Et sans fausse pudeur. Pourtant je dirai que ce qui démange le plus le lecteur de 2010 ne sera pas forcément le déterminisme sans pitié mais potentiellement bien que ce ne soit pas très développé ce qui ressemble à des raccourcis dans l'approche très déterministe et simple de la génétique.

Et étant donné qu'on reste en surface on pourra toujours s'interroger sur les choix et imaginer un "et si" derrière certains exemples... n'empêche c'est un beau livre sur cette aventure et ses enjeux, connaissance, conservation, et liberté entre le déterminisme, l'essence fatale de l'existence et le choix, en fin de compte. C'est aussi un beau livre sur la pensée et l'esprit qui constamment s'écarte de la science pour se nouer avec l'art et pas seulement par commodité. Le mystère et la connaissance, encore, les formes concrètes ou celles de la pensée.

Ce livre inaugure par ailleurs une nouvelle collection (verte) chez José Corti :

Cette collection a pour vocation de mettre le vivant au coeur d’éclairages ou de rêveries transdisciplinaires de tous les temps : éthologues, philosophes, zoologues, ethnologues, systématiciens, folkloristes, naturalistes, explorateurs et créateurs (romanciers, poètes, illustrateurs) pourront s’y rencontrer dans le buisson foisonnant des espèces dont le devenir concerne la nôtre. (Fabienne Raphoz)

Avec le souvenir de la lecture des contes d'oiseaux, ce choix apparait donc significatif, et c'est assez beau aussi.

Je reviendrai avec des extraits.

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MessageSujet: Re: Edward O. Wilson   Jeu 17 Mai 2012 - 20:09

D'abord petit extrait pour illustrer l'intérêt double porté à la science (il y a des passages plus porté sur le cheminement de découverte mais...) et le recul, important et intéressant, vis à vis du processus :

Citation :

Picasso a défini l'art comme un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité. La formule convient à l'art comme à la science, dans la mesure où chacun, à sa manière, recherche la puissance via l'élégance. Mais ce paradoxe inspiré n'est qu'une technique de réflexion et de communication. Une similitude encore plus fondamentale les unit : toutes deux sont des entreprises de découverte. Et la force prégnante réside dans notre biologie et notre relation avec d'autres organismes. En art, on explore les opérations de l'esprit, alors que le domaine de la science est le monde dans son ensemble auquel s'ajoute désormais et de plus en plus celui des opérations de l'esprit. Tout est aussi important, tous deux s'en remettent à des formes comparables de métaphore et d'analogie, parce qu'ils partagent les limites strictes et particulières du cerveau, s'agissant du traitement de l'information.
La plupart des scientifiques ont douté, à un moment ou à un autre, de leurs propres procédures de découverte. Les enjeux sont élevés : un progrès majeur peut résulter d'une seule intuition ne prenant que quelques secondes. La théorie scientifique est la dernière et la plus grande des industries artisanales et la source principale de vitalité dans n'importe quelle discipline. Y-a-t-il une méta-formule, secrète et cachée, grâce à laquelle l'esprit créée ces formules visibles ? Des psychologues de la cognition ont posé cette question dans leurs études sur la créativité. A mesure que la poigne de fer de la philosophie behaviouriste se relâchait, que les études de l'esprit se faisaient plus respectables, leur travail a avancé plus rapidement dans la dernière décennie. Le témoignage des scientifiques, relativement à leurs propres étapes de découverte, pèse d'un poids égal. Les essais de Freeman Dyson, J.B.S. Haldane, Werner Heisenberg, Willard Libby, Henri Poincaré, John Wheeler, Chen Nin Yang et d'autres constituent un véritable manuel de psychologie pour la plus subtile des opérations mentales.

(faut que j'en trouve avec des bestioles ou des morceaux d'équilibre dynamique de populations, c'est tellement instantanément fascinant... )

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MessageSujet: Re: Edward O. Wilson   Jeu 17 Mai 2012 - 20:14

Ah, ça parait interessant ! Encore que les fourmis ... Une société orwellienne, non ? Shocked
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MessageSujet: Re: Edward O. Wilson   Jeu 17 Mai 2012 - 20:43

C'est un autre des bons points de ce qu'il raconte, il n'humanise pas la fourmi. A la suite d'une description assez complète d'un cycle de vie d'une population de fourmis, de celles qui "cultivent" un champignon (à moins que ce ne soit l'inverse comme il le souligne), le cycle avec les soldats, ouvrières, et reine, il prend bien le temps de séparer cette efficacité (le mot n'est pas employé directement) de la "vision darwiniste rentabilisante et sans pitié mais tellement légitime" (c'est moi qui caricature) pour considérer cet ensemble plutôt sous l'angle d'un (super-)organisme. Les différences et le contexte global de déterminisme génétique (en poussant le bouchon de très peu il faudrait parler d'inégalités) n'impliquent donc pas de hiérarchie au sens social.

Et c'est tout ce qui fait l'intérêt de cette science à sa manière radicale, la volonté de ne pas truquer. Ici, avec ces fourmis c'est vu dans le "bon sens" mais le positionnement moral est présent mais ne préexiste pas au résultat, si on veut d'un point de vue plus général. Je crois que ça ne lui donne que plus de sens.

(Un chouette morceau aussi sur la communication des abeilles qui traine).

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MessageSujet: Re: Edward O. Wilson   Jeu 17 Mai 2012 - 21:49

Tu as raison, Animal, pas de jugement moral ou anthropocenntrique. Mais on ne peut s' empecher de comparer, de juger, en fonction de critères personnels, émotifs, sociétaux.

Par exemple, on peut désormais se poser des questions sur les singes et particulièrement les primates. Après avoir lu un livre sur les Bonobos, je me demandais ce qui nous rapprochait d' eux et ce qui pouvait me sembler quelque part les trouver supérieurs à nous. La supériorité que nous avons sur le plan de l' intelligence, de la conscience et de l' évolution nous conduit à des abimes de destruction et d' autodestruction...
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MessageSujet: Re: Edward O. Wilson   Jeu 17 Mai 2012 - 22:18

pour rester dans le thème du livre et sans forcer (pour autre chose il parle des bonobos) puisqu'il parle de conservation au sens écologique, des équilibres dynamiques donc, des réserves naturelles et des études qui ont pour but de déterminer les surfaces et les moyens de la conservation d'espèces notamment dans les forêts tropicales, la science et la connaissance de la nature et de l'homme qui sont liées (en tout cas par Wilson) ont pour objet indirect, plus ou moins, cette même question.

Le livre s'ouvre et se referme sur le Surinam, un paradis sur terre devenu un "pays de muets" après le coup d'état de 1980 en plus de l'évolution économique abrasive pour la nature et une forme de culture.

Donc les deux conclusions, la première plus générale et la seconde qui conclut se retour sur le Surinam.

Citation :
La vérité c'est que nous n'avons jamais conquis le monde, ne l'avons jamais compris ; nous croyons juste exercer un contrôle. Nous ne savons même pas pourquoi nous réagissons d'une certaine façon à d'autres organismes, pourquoi nous en avons besoin de diverses manières, et si profondément. Les mythes répandus sur nos actions prédatrices les uns à l'égard des autres et vis-à-vis de l'environnement sont obsolètes, sujets à caution et destructeurs. Plus l'esprit sera sondé pour lui-même, en tant qu'organe de survie, plus grande sera la révérence pour la vie, au nom de raisons purement rationnelles.
La philosophie naturelle a mis clairement en relief le paradoxe suivant de l'existence humaine. L'aspiration à l'expansion perpétuelle - ou la liberté personnelle - est consubstantielle de l'esprit humain. Mais pour l'entretenir, il nous faut la gouvernance la plus délicate, la plus savante possible du monde vivant. Expansion et gouvernance pourrait sembler des buts contradictoires, a priori, mais ils ne le sont pas. La profondeur de l'éthique de la conservation s'appréciera selon que chacune de ces deux approches de la nature se remodèleront et se renforceront mutuellement. Le paradoxe sera résolu en changeant les prémisses, en les adaptant mieux à la survie ultime, par quoi je veux parler de la protection de l'esprit humain.

Citation :
Mais je voudrais affirmer qu'avec la croissance du savoir biologique l'éthique se modifiera profondément, de sorte que partout, pour des raisons liées à la fibre même du cerveau, la faune, et la flore d'un pays seront tenues pour des éléments constitutifs de son patrimoine, au même titre que son art ou sa langue, que ce stupéfiant mélange de réussite et de grotesque qui a toujours défini notre espèce.

Mais si c'est un semblant de spoiler, ce n'est pas tout, ce message est important et sous-tend l'ensemble du livre qui réserve de sacrés détours avant ces affirmations. Et des détours qui frappent directement l'esprit et l'imagination, très et tout simplement.

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MessageSujet: Re: Edward O. Wilson   Dim 19 Juil 2015 - 18:59

J'ai nettement moins adhéré à Biophilie qu'Animal. Ce que j'ai trouvé le plus intéressant, c'est vraiment le travail du naturaliste, sur le terrain, quand il explique ce qu'il voit, et comment il travaille, tout ce que l'on peut trouver comme vie à tel ou tel niveau, et comment tout cela fonctionne ensemble, dans une logique de système. Le rôle aussi et l'importance du recueil, à quel point cela n'est pas gratuit, mais qu'il s'agit d'une étape d'un travail de compréhension. L'imbrication génétique - théorie de l'évolution est aussi intéressante, et très claire.

Ce qui m'a moins convaincue, c'est lorsqu'il élargit le champ, quitte son domaine de compétence incontesté pour s'aventurer ailleurs : qu'il compare le scientifique à l'artiste, au poète, ou lorsqu'il analyse certains éléments et leur influence sur la culture (le serpent, l'attirance de la savane...) là c'est plus hasardeux, simpliste et presque naïf parfois.

Clairement il souhaite passer un message, sur la nécessité de préserver le capital de la biodiversité. Respectable en soi, mais cela le fait par moments s'aventurer sur des territoires un peu instables pour étayer son propos.

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MessageSujet: Re: Edward O. Wilson   Lun 20 Juil 2015 - 14:04

on peut aussi voir cet élargissement comme la part d'émerveillement et de mystère préalable à l'étude scientifique ? danse...

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