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 Boris Pahor [Slovène]

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Arabella
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MessageSujet: Boris Pahor [Slovène]   Sam 16 Juin 2012 - 20:51

Boris Pahor (1913 - )






Présentation copiée sur Wikipédia

Boris Pahor est un écrvain slovène, citoyen italien né le 28 août 1913 à Trieste alors appartenant à l'Empire d'Autriche-Hongrie.
En 1920 il assista à l'incendie de la maison de la Culture slovène (Narodni dom, soit la « Maison du peuple »), par les fascistes italiens. Quand les nazis prirent le contrôle de la région en 1944, il rejoignit les rangs de l'armée de libération yougoslave. Arrêté, il fut déporté en Alsace), puis en Allemagne.
La plupart de ses romans ont leur source dans cette épreuve. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des écrivains slovènes les plus importants de son époque.
Il est révélé aux lecteurs de langue française par son récit majeur Nekropola (Pèlerin parmi les ombres, La Table ronde, 1990), où il narre son expérience des camps d’extermination, puis par son roman Printemps difficile (Phébus, 1995).
Il est candidat sur la liste de la "Südtiroler Volkspartei" (SVP) au nom de l'alliance avec la "Slovenska Skupnost" pour les élections européennes de 2009.
Invité des 7e "Rencontres européennes de littérature" à Strasbourg, il a reçu la médaille d'honneur de la Ville le 24 mars 2012.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Boris Pahor [Slovène]   Sam 16 Juin 2012 - 20:52

Arrêt sur le Ponte-Vecchio



14 nouvelles, classées dans un ordre chronologique. Ce ne sont pas les mêmes personnages qui semblent apparaître dans les différents textes, si on s’en tient à une minutieuse exactitude, mais ils sont tous Slovènes, de Trieste, et racontent une même histoire, l’histoire de gens qui sont nés à cet endroit à une certaine époque, comme si, d’une certaine façon, cette identité et cet ancrage historique et géographique, primait sur les caractéristiques individuelles. Et ces histoires semblent de toute façon trouver un écho dans les biographies de l’auteur, comme s’il lui était impossible de s’affranchir de cette expérience, et que la seule façon de la digérer, de la rendre supportable était une transmutation en mots, qui lui donnent une dignité, un sens.

Il s’agit d’une histoire douloureuse, entre persécutions fascistes, déportations, et la sensation d’être un étranger dans le pays dont on est citoyen. Mais en même temps l’auteur ne force pas le trait, il s’attache à des petits événements et expériences, souvent à des personnages qui sont des enfants ou des anonymes, des sans grandes, et l’immense injustice se traduit dans des petites injustices du quotidien. Tout cela dans une belle écriture fluide et poétique, qui aimerait dire autre chose, des bonheurs et des joies, mais à qui la réalité inflexible ne le rend pas possible.

Comme dans tout recueil de nouvelles, certaines semblent plus fortes, plus réussies que d’autres, mais on retrouve le ton de l’auteur dans toutes. L’auteur capte incontestablement merveilleusement bien des instants et c’est une belle lecture, même si, pour pouvoir avoir une vraie estimation de la valeur de cette œuvre, j’aimerais lire des romans, voir de quelle façon Boris Pahor développe une histoire, et construit un récit, construit des personnages et leur évolution. Peut être avec sa trilogie triestine, Printemps difficile (1958), Jours obscurs (1975) et Dans le labyrinthe (1984).

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silou
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MessageSujet: Re: Boris Pahor [Slovène]   Sam 16 Juin 2012 - 21:53



L'appel du navire


Voici la présentation par Pauline Fournier de ce très beau roman paru en slovène en 1964 et en français chez Phébus en 2008.


Le personnage principal de ce roman est une jeune fille slovène, Ema. Avec elle, l’écrivain nous fait pénétrer peu à peu dans les maillons de la résistance slovène née vers la fin des années 1920 à Trieste et dans le Primorje, une région à la frontière de l’Italie, pour faire face au régime fasciste italien qui menait alors une politique radicale d’« italianisation ».

Il est étonnant de voir une figure féminine mener le récit dans l’œuvre de cet écrivain inspirée fortement de faits autobiographiques, véritable témoignage des horreurs et persécutions perpétrées par les différents régimes totalitaires du XXe siècle. Boris Pahor évoque par exemple son enfance à Trieste dans son recueil de nouvelles Un bûcher dans le port (1959), au moment où a lieu l’incendie de la Maison de la culture slovène commis en 1920 par les fascistes, ou encore l’homme rescapé des camps d’extermination nazis dans Pèlerin parmi les ombres (1967). Ce « devoir de mémoire » est le message principal motivant la création de Boris Pahor qui élabore une fiction à partir de ses expériences vécues. L’appel du navire évoque ainsi la jeunesse de l’écrivain dans le cadre du premier
réseau de résistance d’Europe, les TIGR (acronyme formé du nom de quatre villes, Trst, Istra, Gorica et Reka), créé dans le but de combattre le fascisme. Pourtant, et contrairement à ses autres romans, le personnage principal n’est pas ce jeune homme dans lequel le lecteur peut deviner la projection de l’auteur. Ema arrive à Trieste sans famille et sans travail. En quête de soi, son cheminement la mènera au fil des rencontres à son intégration parmi les résistants. Outre sa féminité, rien en elle ne rappelle l’auteur, son appartenance à Trieste aux paysages familiers, et le caractère joyeux du jeune homme aventurier. Quelle signification apporte cette figure féminine au roman ? Si Ema n’est pas une représentation de l’auteur, elle existe bel et bien dans le récit. Danilo est ce personnage tant attendu par les lecteurs
avertis des romans de Boris Pahor. Pourtant il n’est plus au premier plan car il apparaît ici seulement au travers des expériences d’Ema, présent dans son cheminement mais toujours au second plan du récit, comme caché dans les lignes.
Ce procédé littéraire de mise à distance du personnage-référent veut expliquer par la forme ce qu’est dans le fond un réseau de résistance : une organisation secrète, difficilement accessible, visible dans ses actions mais invisible dans
son organisation.

Bien entendu Boris Pahor ne s’arrête pas à la plasticité que ce personnage féminin apporte à la construction du roman. Il va au fur et à mesure des chapitres l’habiller d’un symbole fort. Ema, au début du récit, est libre mais affectée par son « intranquillité ». En fin de récit, les valeurs sont inversées : elle finit emprisonnée, et cependant elle attend sa libération avec confiance. Son parcours l’a menée à trouver sa voie, en adéquation avec ses convictions. Elle devient ainsi, à l’instar de Danilo, une figure de la résistance et de ce fait reprend la première place dans le récit.
C’est à ce moment que la féminité du personnage prend tout le sens d’un symbole fort : la transmission. La femme devient mère et transmet d’une génération à l’autre la langue slovène. Le combat des résistants d’alors est de permettre
la continuité de cette transmission de leur langue maternelle, élément essentiel de la « slovénité ». Pour cela, ils apportent clandestinement des livres d’école, des revues et des romans en slovène à ceux qui n’y ont pas accès étant donné le contexte d’assimilation forcée. C’est dans le maquis qu’Ema comprendra cette évidence. Ce maquis est symbolisé par la mer, seul endroit où les Slovènes de Trieste peuvent s’exprimer sans réprimande, c’est aussi ce lieu virtuel qu’est la langue et qu’il faut défendre pour pouvoir continuer d’exister.

Pauline Fournier « Boris Pahor, L’Appel du navire »,
Slavica bruxellensia, 2 | 2009, mis en http://slavica.revues.org/177


Un extrait repris d'un autre article tout aussi intéressant ici
Citation :
Il ne pleuvait pas à ce moment-là, et le vent repoussant les gouttes s’en prenait désormais aux façades, comme pour les sécher, même si les nuages bas menaçaient à nouveau de lâcher leurs eaux. Les immeubles étaient trempés, lourds, saturés jusqu’aux fondations de cette coupable grisaille. Le tramway grinçait, mais pas de la façon claire et nette des jours de vent habituels, le son était émoussé, étouffé, sans écho, comme s’il transportait une carcasse de plomb sur des rues en plomb. Ca va retomber, pensa-t-elle. La rue Carducci s’ouvrait de toute sa largeur au vent froid, et Ema se devait de l’affronter de la même manière que sur les quais. Les magasins jetaient leurs reflets multicolores sur les trottoirs mouillés, les néons éclatants clignotaient comme pour se soustraire au souffle glacial oudainement introduit dans la vapeur couleur cyclamen des petits tubes. Le grouillement était intense et les passants nombreux, mais le froid humide les faisait reculer dans les magasins ; et à la sortie ils se hâtaient sur les trottoirs pour essayer de devancer les gouttes menaçantes. L’atmosphère n’avait rien d’une veille de Noël…

Que cette langue est belle, Boris Pahor est de ces écrivains qui vous nourrissent et pour longtemps.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Boris Pahor [Slovène]   Dim 19 Aoû 2012 - 19:12

Le Jardin des Plantes

Le narrateur de ce roman, Igor Sevken, est un écrivain slovène vivant à Trieste. Ce qui amène évidemment la question de savoir à quel point Igor Sevken est Boris Pahor. D’autant plus que de nombreuses similitudes semblent exister : la déportation, les souvenirs de l’époque mussolinienne….Le point sur lequel il est le plus difficile de trancher, ce sont les amours d’Igor, qui tiennent une grand place dans le récit. Et en tout premier lieu, celui pour Lucie, une jeune femme d’une trentaine d’année, qu’il vient rejoindre régulièrement à Paris, d’où le titre du livre. Un amour difficile, Igor a le double de l’âge de Lucie, et cette dernière lui dit clairement qu’elle souhaite une relation avec un homme plus jeune. Et fait des tentatives dans ce sens. Ce dont souffre Igor. Ce qui ne l’empêche pas d’être sensible au charme d’autres femmes. Tout cela accompagne l’essentiel, son travail d’écriture, de mémoire, sa lutte pour la reconnaissance de la minorité slovène de Trieste…

Le livre est déroutant, on se demande ce qui y est vrai, et ce qui est une création romanesque. J’ai eu une certaine difficulté à y entrer, ne reconnaissant pas l’écriture de Arrêt sur le Ponto Vecchio, j’en suis même venue à me poser des questions sur la traduction. Et puis ces conversations, ces voyages à répétitions, sans qu’il se passe grand-chose en apparence, ne me passionnaient pas, l’histoire de cet homme de plus de soixante ans qui s’accorde à ce point un pouvoir érotique, c’était un peu agaçant.
Mais je suis entrée peu à peu dans le roman, dans son rythme particulier, dans les petites choses qui le constituent. Il y a finalement une réelle sincérité dans cette façon de décrire cette vie, toutes ces souffrances, cette opposition viscérale à ce que le narrateur considère comme le mal. Le tableau prend sa cohérence petit à petit, et finalement c’est difficile de le quitter.

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