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 Agnès Desarthe

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Chatperlipopette
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MessageSujet: Agnès Desarthe   Dim 1 Juil 2007 - 18:46



"Agnès Desarthe est née à Paris en 1966.
Considérant très tôt le français comme une langue étrangère - car chez elle on parle l'arabe, le russe et le Yiddish - elle tente de l'apprivoiser en écrivant des poèmes qui font pleurer sa mère, des histoires qui enorgueillissent son père.
Malgré une orthographe souvent défaillante, elle parvient à suivre des études de lettres, puis d'anglais.


La traduction est son premier métier. Les livres pour enfants viennent ensuite, les romans, les chansons, les scenarii, les pièces de théâtre. Arrivée à l'âge où l'on commence à fatiguer, elle mène ces diverses et trop nombreuses activités de front, ce qui la rend parfois folle.
Elle danse beaucoup, et jardine vigoureusement.


Jugée tantôt trop douce, tantôt trop cruelle, elle se verra jusqu'au bout comme une immigrée dans la république des lettres.
En écrivant, elle cherche à rendre compte du chaos qui la stupéfie, de la violence qui la cloue et l'empêcherait de se lever si elle ne trouvait pas moyen de l'utiliser, de la mater, de la transmettre.
Issue de la tradition orale, elle a entendu tant d'histoires qu'elle n'a finalement jamais eu d'autre choix que d'en raconter à son tour.
Elle souhaite, si les conditions le permettent, finir ses jours à la campagne." extrait du site consacré à l'auteure

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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Dim 1 Juil 2007 - 18:49

"Le principe de Frédelle"

J'ai lu moult commentaires élogieux au sujet de « Mangez-moi » le dernier roman d'Agnès Desarthe et je n'avais qu'une envie: découvrir son univers. C'est chose faite grâce au Swap littéraire et à Moustafette!
Que dire en dehors du fait que je suis littéralement tombée sous le charme de l'exquise écriture d'Agnès Desarthe? Une écriture tout en sensation, en images dignes des plus belles peintures impressionnistes, une héroïne délicieusement décalée et naïve. Les ambiances et les atmosphères sont décrites de telle manière que l'on a l'impression d'être au coeur du récit, d'être aux côtés de Frédelle.
Frédelle est une jeune femme, psychologue scolaire, devenue veuve un mois après son mariage. Elle est seule dans une grande maison, où les travaux à peine commencés se sont arrêtés, et à la tête d'une très grande fortune.Elle se retrouve seule et en train de vivre des situations déstabilisantes qui la fragilise. Depuis quatre ans, elle promène sa solitude, son chagrin, son mal être entre sa maison, froide et triste, et l'école où elle s'occupe d'Irwin.
Frédelle a quatre hommes dans sa vie: son défunt mari, Dimitri, son père Sarkis, son banquier Victor Hugo Espinoza et Harold, rencontré à la bibliothèque.
Frédelle entend des voix, celles de la maison. Frédelle est toujours à l'écoute des autres et du monde, ses oreilles sont un inépuisable réceptacle pour les paroles d'autrui. Ces voix, entendues peut-être en raison de du grand désarroi affectif dans lequel elle se trouve, sont le reflet d'une certaine rupture avec la réalité. Frédelle se réfugie dans le fantasme des vies intérieures de ces voix, ces âmes qui ont vécu avant dans la maison.

Peu à peu, le lecteur comprend ce qui relie ces hommes à Frédelle et s'interroge sur la frontière entre le rêve et la réalité.
Par petites touches subtiles, Agnès Desarthe met des mots sur les actes indignes comme sur les plus belles émotions. La tromperie est une blessure insidieuse et douloureuse qui fera ouvrir, enfin, les yeux à Frédelle et lui fermera les oreilles pour lui montrer le chemin à suivre. Les errances de son âme s'achèveront comme pour lui permettre de devenir enfin adulte et se reconstruire.

Quelques extraits:

« Le ruissellement contait à Frédelle des histoires de rivières souterraines, d'enfants perdus dans la forêt, de grenouilles s'accouplant sur les rives glissantes, de martins-pêcheurs embusqués dans les branches, leur bec au tranchant de poignard prêt à s'enfoncer dans la chair glacée de poissons furtifs. Le soleil miroitait en taches, découpé par les feuilles, des semelles écrasaient les brindilles, les insectes s'enfonçaient dans la boue. Le vent, l'écho du vallon, un coucou. » (p 51)

« Le ciel était d'un beau gris épais, une capsule de zinc posée sur les toits rouges des maisons. Le vert des rares feuilles persistantes était exalté par la lumière fantomatique, diffractée dans les minuscules goutelettes d'eau en suspension dans les airs. La sauge et son velours amande, le thym et son vieux vert costaud, le romarin et son vert gris olivier, le laurier et son vert arrogant, son vert impérial en fait. Armée de ciseaux, elle taillada le bois des tiges; la sauge était la plus douce, coupée à l'aide de l'ongle du majeur appuyé contre la chair du pouce. Après avoir disposé les quatre petits paquets, dont l'odeur était encore inhibée par le froid, sur le perron, elle les contempla un instant, se demandant si une formule magique s'imposait. » (p 136-137)
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coline
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Dim 1 Juil 2007 - 22:44

Je m'étais promis de lire Mangez-moi...
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Ven 23 Nov 2007 - 16:56

J'espère te mettre l'eau à bouche chère Coline avec ceci:



Voilà un roman qu'il me tardait de lire: enfin, mon attente s'est achevée ces jours derniers.
Que dire de ce roman qui n'a déjà été dit par celles et ceux qui n'avaient pas attendu sa sortie en édition de poche pour le dévorer à belles dents de livrovores, sinon qu'il est une mine de petits bonheurs au fil des pages.

"Myriam est un peu perdue, un peu fantaisiste et un peu rêveuse. Un beau jour, elle décide d'ouvrir son restaurant. A sa propre surprise, Chez moi devient vite le rendez-vous incontournable des habitants du quartier, le havre chaleureux où tout le monde se retrouve. Dans sa cantine, Myriam ouvre l'appétit et délie les esprits, avec l'instinct, la grâce et la sensualité des artistes aux fourneaux... " telle est la mise en bouche offerte par l'éditeur.

Myriam décide de se lancer, sans formation hôtellière, sans diplôme, dans la restauration et d'ouvrir un petit restaurant "Chez moi". D'ailleurs, "Chez moi" est tellement discret qu'on ne l'identifie même pas de la rue comme étant un restaurant: pas d'enseigne ni de tableau annonçant la carte. "Chez moi" est aussi le chez soi de Myriam qui n'a pas assez d'argent pour vivre ailleurs que dans son restaurant: une banquette se transforme en lit la nuit, le bac à vaisselle de la cuisine en douche et en lavabo. Derrière l'amour de préparer à manger pour les autres, se cache une profonde blessure chez Myriam. Quelle est-elle? D'où vient-elle? La mise en oeuvre des petits plats amène la remontée des souvenirs, les meilleurs comme les plus sombres. Myriam a eu une vie autrefois, une vie de femme et de mère. Puis, un jour, tout s'est écroulé, tout s'est évaporé jusqu'à en devenir irréel, inexistant. Myriam atterri dans un cirque, le Santo Salto, où elle s'emploie à la cuisine telle une mère nourricière. La parenthèse enchantée hélas ne dure pas, le cirque est délogé, les artistes s'éparpillent sous les étoiles, reste Myriam et sa peine, Myriam et son envie de donner aux autres en égayant leur assiette.
Les étoiles en s'égayant n'abandonnent pas Myriam: les bonnes rencontres viennent sauver "Chez moi" du gouffre et le transformer en lieu rendez-vous matinal des gens du quartier qui viennent boire un café avant se de rendre au travail. Grâce à l'industrieux et discret Ben, "Chez moi" devient un restaurant reconnu et apprécié. Or, la blessure de Myriam est loin d'être guérie: le réalisme économique est de mise, il faut agrandir pour ne pas périr et cela fait peur, atrocement peur à Myriam....et si elle ne méritait vraiment pas de réussir? Et si le succès n'était pas fait pour elle? et si, et si...et si tout simplement, la peur de l'échec ne faisait-elle pas reculer Myriam et la pousser à abandonner le train en marche? D'ailleurs, ce train a-t-il encore besoin d'elle à ses commandes? Ben est un artiste de la cuisine et se révèle être un virtuose de la pâtisserie sans compter son sens aigu des affaires: il saura conduire la machine seul et continuer le voyage au pays des papilles. Il est temps de fermer sa valise, de quitter sur la pointe des pieds "Chez moi" pour partir vers un ailleurs "Toujours aussi dingue" mais résolument plus radieux une fois que les blessures cicatrisent.
Un roman amusant, délirant dévoilant sous des apparences légères un filigrane sombre et douloureux. Les amoureux des bonnes et belles choses seront comblés: Agnès Desarthe régale son lecteur en l'étourdissant de senteurs, de saveurs, de couleurs et de textures plus affolantes et appétissantes les unes que les autres. Un art consommé de la description extraordinaire et de la mise en scène des gestes minutieux et chaleureux nécessaires à la réalisation d'un menu!
Agnès Desarthe sait trouver les mots justes pour faire vivre la vie d'une cuisine sur une page:
"Suis-je une menteuse? Non, car tout ce que je prétends savoir faire, je sais le faire. Je manie les spatules comme un jongleur ses massues; tel un contorsionniste j'actionne avec souplesse, et indépendamment, les différentes parties de mon corps: d'une main je lie une sauce tandis que, de l'autre, je sépare les blancs des jaunes et noue des aumônières." (p 9)
Elle parsème dans le plaisir de la lecture quelques assertions presque philosophiques sur la quintessence de l'art culinaire:
"Léquilibre est la clé et je ne crois pas que l'équilibre puisse naître de la préméditation. C'est une pensée dangereuse, mais si souvent mise à l'épreuve que je suis prête à prendre le pari. L'humain penche. Il ne le sait pas. Mais il penche. cela s'appelle une tendance, une inclination, une manie. Pour qu'un plat soit réussi, il faut que le rapport entre le tendre et le croquant, entre l'amer et le doux, entre le sucré et le piquant, entre l'humide et le sec existe et soit soumis à la tension de ces couples adverses. Personne n'est assez tolérant ni assez inventif pour respecter ls contraires, il convient donc de leur ouvrir la voie de la contrebande, de la clandestinité." (p 84)
Elle met en scène, en soignant l'atmosphère des décors, des moments clés de la préparation des plats:
"Je me redresse brusquement, écrase ma cigarette dans l'évier et me lave les mains jusqu'aux coudes. J'ai l'impression d'être un chirurgien au bloc, flanqué de son infirmière....En cuisine, comme en chirurgie, nous n'avons pas le droit au lapsus. Je dis sel et Ben répète le mot en me tendant l'objet. je dis beurre, il dit beurre. Je dis poivrons, il dit poivrons. Je dis six oeufs, il dit six oeufs. Il a compris sans que j'aie eu besoin de lui expliquer. il a constaté l'urgence dans ma voix, dans mes gestes. il anticipe, passe des coups d'éponge fréquents, envoie les épluchures au panier à mesure qu'elles s'accumulent, ouvre les feux, met le four à préchauffer. Nos bras se croisent, nos voix se chevauchent, il remet une de mes mèches en place, il sait combien cela m'agace d'avoir les cheveux dans es yeux quand je travaille. je glisse sur une épluchure de tomate, il me rattrape. Je lui tends les couteaux à rincer. il me fournit des cuillers, des spatules... Je lui montre comment fabriquer des dés de tomates, des lamelles de courgettes. Il dit "Ah, génial!" et m'imite. Ses talents en cuisine égalent ses talents en salle. Il esta droit, patient, minutieux, concentré et rapide. Il comprend la balance citron/sel, perçoit l'équilibre sucré/piquant. il a beaucoup d'instinct et, tandis que je lui transmets tout ce que je sais, j sens mon coeur s'alléger. Le poids de la connaissance me quitte, je ne pense à rien. Je gagne encore en rapidité. cela me fait sourire. C'est presque un numéro de cirque." (p 169 et 170)
Et ne lésine pas pour offrir des listes poétiques et colorées à l'imagination du lecteur subjugué par la peinture d'une malicieuse nature morte étalant les trésors d'une réussite en cuisine:
" Sous la fenêtre, il a pratiqué une ouverture et construit un garde-manger pourvu de clayettes en bambou. Des choux luxuriants, des poireaux goguenards, des bettes cambrées, des carottes terreuses, des patidoux à la peau d'ocelot, des potimarrons à bonnets de lutin, des sucrines en forme de calebasses, des navets ravissants...dans les seaux en bois, séparés du sol par des briques creuses, les haricots à oeil noir me regardent, les lentilles roses dorment, les soissons glissent, les pois chiches roulent." ( p 226 et 227)
Une lecture rendue jubilatoire par les multiples sensations et émotions secrétées tout au long de la narration fabuleuse de ce conte, parfois cruel, culinaire où l'héroïne ne pense qu'à crier au monde "aimez-moi". Une lecture truffée de référence à "Alice au pays des merveilles" de Lewis Caroll (hummm la scène où Myriam vit la même aventure qu'Alice et son gâteau qui fait grandir ou rapetisser à volonté, est superbe).
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Lun 26 Nov 2007 - 17:32

Cinq photos de ma femme

Voici une histoire qui m'interpelle profondément. Non par sa qualité littéraire (Agnès Desarthe écrit bien mais je l'ai connue en meilleure forme), mais par sa fin.
Max Opass (tiens, Opass, comme le nom de famille de Violette Opass dans "Un secret sans importance" de la même Agnès Desarthe. Oubli, volonté, coïncidence ?) a perdu sa femme il y a un peu plus d'un an. Son fils vit à La Paz et sa fille à Tokyo, ils ne se voient presque jamais mais s'écrivent souvent. Max a 80 ans, toujours en verve, il ne s'ennuie pas vraiment mais sent la présence de sa femme Telma autour de lui en permanence, ça finit par le déranger. Alors Max se dit que ça serait pas mal de fixer cette ombre, ce fantôme, en commandant un portrait de son épouse défunte réalisé à partir de cinq photos d'elle prises à des époques différentes. Max parcourt les pages jaunes, sélectionne quelques artistes dont le nom lui plaît, se rend chez eux, leur parle, passe commande et s'interroge de plus en plus sur le sens de la vie et de l'existence.
A la fin, Max récupère les portraits, aucun ne correspond à ses volontés, il sait que jamais il ne pourra emprisonner sa femme sur une toile, c'est dans sa tête et dans son coeur qu'elle réside désormais.

Ce texte est beau, les trois quart du récit s'écoulent comme un long fleuve tranquille sur lequel nous assistons aux petites péripéties de la vie de Max (sa montre cassée, sa voiture en panne, son club de bridge, son charme toujours agissant, etc.). A travers le portrait de Telma qu'il souhaite, c'est lui qui se raconte en ressassant ses souvenirs et en les livrant aux artistes dans l'espoir qu'ils comprennent quel amour particulier unissait Max et Telma. Ces conversations avec les artistes donnent lieu à de très belles rencontres, notamment avec Diane, une superbe jeune femme au visage défiguré.

En réalisant peu à peu que la vie passe, même pour lui, Max commence à s'interroger de manière plus profonde et existentielle sur la vie, la mort, la vieillesse, l'après-mort. C'est là que ce roman prend chez moi une tournure très particulière. Ces questions, je me les suis posées les unes après les autres, sans chaque fois trouver de réponses ou faisant évoluer celles-ci au gré du vent et de mes humeurs. En suivant le parcours de Max et en soulevant des interrogations identiques aux siennes, j'ai réveillé des craintes enfouies, voire des terreurs. J'ai ressenti la même oppression que Max Opass, j'ai refermé le livre avec un profond malaise oubliant complètement la forme et l'apparence de l'histoire pour n'en retenir que la fin.
Un règlement de compte cruel entre Max et Telma, entre leurs deux âmes réunifiées le temps d'un rêve, lui fait prendre conscience du fossé le séparant de la mort et qu'un pas suffirait à combler. La lettre envoyée par Max à son fils et clôturant le livre est bouleversante de tendresse et de sincérité. C'est l'acte de contrition, la minute de vérité d'un vieillard qui réalise qu'il n'a pas compris grand-chose à la vie et qu'il est peut-être passé à côté de points essentiels. Il sait que le temps imparti ne lui permettra pas de le rattraper, alors il va se préparer, du mieux qu'il pourra, à faire le grand saut. C'est beau et ça me fait mal au ventre... c'est de la peur, rien d'autre.


Un extrait:
"Il avait pris sa matinée pour récolter les actes de naissance des enfants qui partaient en voyage d'étude avec leur professeur de russe. Assis au soleil, tournant délicatement sa cuillère dans sa tasse, il s'était senti abattu.
Bientôt vingt ans de mariage, et comme ça, pas à pas, mais dans la main, ils allaient poursuivre leur route, rectiligne, se guidant l'un l'autre vers le bout du monde, la fin des temps. Polis jusqu'au dernier instant: "Prends ma main, monte dans la barque, il n'y a qu'à traverser le fleuve, nous nous retrouverons sur l'autre rive." "Non, toi d'abord, je t'en prie". Un amour éternel, à la vie, à la mort.
Dans un sursaut de rébellion, il avait abordé sa voisine de table. Détour illusoire. A la fin de la matinée, les passeports n'étaient toujours pas faits et le coeur de Max pourrissait dans la trahison." (page 56)
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Lun 26 Nov 2007 - 17:33

Petit Prince Pouf
(jeunesse)

Dans ce pays imaginaire, on baptise les enfants selon la tête qu’ils ont à la naissance. C’est une affaire du plus grand sérieux ! Même les souverains se plient à la tradition. C’est ainsi que leur fils reçoit le nom de Pouf. Mazette ! Drôle de nom pour un héritier au sang bleu. Pouf a un visage tout rond et tout mignon et en plus, il est très malin. Cela lui vaut les faveurs de Monsieur Ku, grand précepteur de la Cour, qui lui apprend les leçons de la vie en même temps que les règles élémentaires des mathématiques. Voilà qui ne plaît pas à Bougris, chambellan de son métier, grand rival de Ku. De magnifiques dessins accompagnent ce conte enfantin, qui navigue entre leçon de chose et ABC du parfait petit écolier. Très amusant et idéal pour privilégier les têtes bien faites aux têtes bien pleines.
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Lun 26 Nov 2007 - 17:34

Les bonnes intentions

Sonia et Julien viennent d'emménager dans leur nouvel appartement, ils découvrent les joies et les tourments de la co-propriété. Sonia est enceinte, elle est traductrice d'anglais ; Julien est architecte. Ils sont heureux, même si Julien ne parle pas beaucoup, même si Sonia vit beaucoup dans sa tête et traverse des instants de folie à intervalles réguliers. Moïse vient au monde, suivi plus tard de Nestor. La vie s'organise au sein d'un immeuble peuplé d'étranges habitants, de Simone une gardienne sale et sympathique et surtout des Dupotier. Leur chien meurt, puis la femme, puis le fils. Ne reste que le vieux monsieur, complètement brimé par sa belle-fille, héritière avide, qui charge la gardienne (bientôt rejointe par son frère, Simono, un type raciste, moche et infect) de nourrir "le vieux", mais à moindre coût. Autant qu'il "crève" tout de suite !

Le conte de fée du départ se transforme en musée des horreurs, Monsieur Dupotier est séquestré et battu, Sonia agit ou se cache selon ses humeurs, Julien se fâche, la police s'en mêle, les insultes pleuvent (Sonia et Julien sont juifs, Simono déteste ça), la vie n'est tendre avec personne, les gardiens seront finalement arrêtés et Monsieur Dupotier placé. A travers toutes ces pages, illuminées par la joie de vivre et les errances de Sonia, par le flegme de son mari, par les rires de ses enfants, par le pathétisme attendrissant que dégage Simone, c'est la détresse humaine qui frappe à notre porte, celle qui se produit sans qu'on s'en rende compte, la solitude d'un vieil homme persécuté, le racisme discret de gens bien comme il faut, les difficultés de la vie en communauté, l'évolution de quartiers dits défavorisés... la vie de tous les jours en quelque sorte, magnifiquement décrite par une Agnès Desarthe très en verve (on la devine derrière les moindres faits et gestes de Sonia), qui clôture cependant son récit par un bémol de taille : la justice ne triomphera jamais de la méchanceté humaine. L'Homme est bête et cruel, ne l'oublions jamais.
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Lun 26 Nov 2007 - 17:35

V.W., le mélange des genres
(biographie de Virginia Woolf)

Travail biographique de longue haleine pour Agnès Desarthe et Geneviève Brisac. Dépouiller les oeuvres célèbres ou oubliées de Virginia Woolf, ainsi que son journal, sa correspondance et un tas d'articles, afin d'en tirer l'essence même de l'écrivain et le mettre en parallèle avec son oeuvre. Enfin une biographie comme je les aime, à savoir vivante, mélange de critique littéraire et de repères chronologiques, autre chose que ces sommes monstrueuses qui narrent tout par le détail sans jamais fouiller l'âme du héros principal du texte.
G.Brisac et A.Desarthe fouillent et dissèquent. En toute subjectivité et elles ne s'en cachent pas. A travers les écrits de V.Woolf, elles ont essayé de dresser un portrait, de tracer les contours d'un visage, de comprendre qui était réellement l'auteur. A travers l'écrivain, il s'agit de déceler la femme.

Un travail important qui livre l'image d'une Virginia Woolf fragile et sensible, attentive à l'image qu'elle donnait, avant-gardiste incomprise, orgueilleuse aussi, déconnectée des autres surtout.
Virginia que l'on a dit folle, dont le suicide a trop souvent été présenté comme une fuite alors qu'il n'en était peut-être rien. Ce suicide est à mes yeux un acte de création, un renoncement qui n'en est pas un et qui est davantage l'ouverture d'une porte vers un autre monde. Un monde que les autres ne voient pas, ne perçoivent pas, ne comprennent pas. Le monde de la sérénité, du repos, peut-être d'une certaine paix intérieure. Une quête d'un bonheur invisible dont elle parlait si souvent dans ses romans et sa correspondance. Un bonheur qu'elle pensait avoir touché du bout des doigts, sans pour autant être capable de l'identifier. Un bonheur qu'elle n'arrivait pas à saisir auprès des siens. Un suicide qui aurait été une passerelle vers ce bonheur, quitte à devoir créer le tourment pour emprunter ce fil ténu.

A la lecture du travail de Desarthe/Brisac, on prend pleinement conscience du vide au-dessus duquel Virgina Woolf a constamment évolué :
"La plupart d'entre nous marchent bien au milieu, évitant d'arpenter cet espace frontière où se déroulent tant de choses intéressantes, mais où l'on risque d'être terrassé par le vertige. Virginia Woolf prend le risque. Le funambulisme devient un art. Jusqu'au jour où tout bascule. Parce que, pour marcher droit, pour garder l'équilibre quand on avance sur un fil, il faut fixer les yeux sur l'horizon, regarder loin devant." (p.271)

Au fil des pages et des annotations, c'est une femme blessée et incomprise qui se dégage et qui cache ses angoisses derrière la vanité ou une certaine froideur. On pourrait reprocher à G.Brisac et A.Desarthe d'avoir privilégié cet aspect de la personnalité de V.Woolf au détriment de la critique littéraire acide qu'elle pouvait être ou de l'ambitieuse chroniqueuse qu'elle faisait. Mais ce n'était apparemment pas le but recherché et ma foi, sur ce point, il existe quantité d'ouvrages et d'articles qui nous en disent très long sur le talent et les compétences professionnelles de Virginia Woolf. C'est une femme qui nous est présentée ici, figure humaine écorchée qui apparait sans apparat et sans détour, telle qu'elle est au creux de son âme et de son corps, une icône désacralisée qui perd sans doute un peu de force pour gagner en faiblesse et ça ne le rend que plus attachante encore.

De plus, cet ouvrage de Desarthe/Brisac pousse à quelque chose et rien que pour cela, c'est admirable : la (re)découverte de l'oeuvre de Virginia Woolf. En insérant ci et là des extraits de ses nouvelles ou de son journal, on est tenté de pousser la porte et d'aller voir plus loin, de se replonger dans les textes pour une lecture différente, plus attentive, plus profonde, avec l'image de l'écrivain au-dessus de notre épaule, elle qui s'est si bien glissée dans la peau de chacun de ses personnages, tous étant le reflet d'une de ses nombreuses facettes.
(Un petit bémol cependant sur ce point et même si les deux auteurs s'en expliquent à la fin, je trouve le fait dommage et regrettable : aucun extrait n'est correctement référencé. Une bibliographie générale des ouvrages consultés figure en fin de parcours mais au fur et à mesure de la lecture, aucune note, aucune indication. Il faudra donc s'armer de patience pour retrouver les passages précis dans les textes de Virginia. Mais c'est sans doute aussi cela le plaisir de la découverte !)
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Lun 26 Nov 2007 - 17:36

Un secret sans importance

Esquisse de quatre personnages aux reflets tourmentés, "Un secret sans importance" aborde en douceur la question de la folie, de la solitude, de la mort et de la maladie, à travers quatre êtres au passé sombre et à l'avenir incertain.

Sonia a le cancer, il lui reste quelques jours à vivre, elle le sait. Le choix de l'heure de sa mort résonne comme un des beaux moments du livre. Lucide et fière, Sonia s'en ira avec force et conviction.
"Il y a des nuits où la magie et l'horreur quittent les livres de contes pour aller tourbillonner dans les rues et sur les chemins. Il suffit d'une fenêtre entrouverte pour qu'elles se glissent chez les gens. Au matin, on se souvient que la lune n'avait pas le même éclat et que le vrombissement des moteurs ne suffisait pas à couvrir la colère surnaturelle dont on s'efforçait de faire taire la voix. C'est dans la nuit que les enfants naissent et les vieillards meurent. Certains enfants et certains vieillards seulement. Il n'y eut personne pour recueillir le dernier souffle de Sonia."

Dan, son mari, l'a épousée jeune et belle, il l'aimait avec passion. Aujourd'hui, il ne sait plus. Il souffre de la voir dépérir, il n'ose plus la toucher, il refuse de croire en l'issue fatale. Cet homme est un grand enfant, un réservoir de larmes qui tarde à se déverser, quelqu'un fuyant la réalité par peur du vide et de l'inconnu. Un être fragile admirablement dépeint par Agnès Desarthe qui a saisi toute l'essence de la fragilité humaine sous ses aspects les plus classiques et les plus discrets.

Emile est l'ami de toujours de Dan. Des amis d'enfance qui se sont tout dit, qui partagent tout, même la détresse silencieuse. Emile a eu un fils un jour ; sa compagne enceinte l'a laissé au bord du chemin, il n'a jamais vu cet enfant qu'il s'est efforcé d'oublier. Quand il y repense, il a honte, il préfère faire semblant. Eminent professeur de linguistique, il passe son temps à traquer sa secrétaire Harriet, une jeune américaine débonnaire qu'il refilera à un autre collègue plus exigeant. Le personnage d'Harriet est une caricature sur pieds : jeune, sportive, le sourire Ultrabrite, le corps à damner un saint, arriviste et commettant de grosses fautes de français, répétant "Daddy ceci ou Daddy cela"... elle met un peu de fraîcheur au milieu de la tourmente.

Violette est la voisine de Emile. Une jeune femme assez jolie sortant d'un asile psychiatrique. Folie disent les médecins. Une femme bizarre mais attachante pense Emile qui ignore tout des drames de sa voisine chez laquelle il vient prendre le café chaque matin à neuf heures précises. Une Violette fragilisée par la mort de sa mère et les médicaments abrutissants de la clinique. Une femme qui pense vivre sur une autre planète, qui exorcise les absences et la mort d'un père à travers une poupée d'argile devenue intime confidente. Violette se met à nu en ne racontant rien, elle offre son âme à nos regards et nous donne envie de pleurer en même temps qu'elle fait face à ce vide qui lui ronge l'esprit. Grâce à Emile, elle reprend peu à peu pied sur terre. Jusqu'au moment où elle repartira. Pour de bon. Sur les traces de ses origines. Laissant Emile seul et malheureux. Aucune idylle entre eux, une simple relation étrange d'amitié presque platonique à travers laquelle chacun échappera à la morosité de sa vie tout en ne se découvrant pas d'un fil face à l'autre.

Je ne pourrais clore ce résumé sans parler de Gabriel, le "grain de sable", brillant étudiant opportuniste et maniaque de l'ordre, élevé par son grand-père car abandonné par sa mère. Une mère qui a tout caché de lui à son père, un père qu'il retrouvera, un jour...

Fresque sensible de la destinée humaine, Agnès Desarthe explore les tréfonds de l'âme pour nous parler de la fragilité à l'état pur. En refermant ce livre, on se surprend à trembler. Pas vraiment d'effroi, quoique...
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monilet
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Dim 11 Mai 2008 - 13:00

J'ai terminé "Mangez-moi" et ai beaucoup apprécié ce livre que j'ai trouvé non conventionnel par son thème et le traitement de ce dernier. Tout y est mais tout y est comme décalé et nous amène donc à la réflexion .
Chapi a presque tout dit.
Personnellement j'ai un peu regretté que la fin, 10 ou 15 pages, redevienne plus convenue.
Un excellent moment de lecture.
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Mer 9 Juil 2008 - 10:58

Un secret sans importance

Après avoir abandonné en cours de lecture Cinq Photos de ma Femme pour cause d'ennui, je viens de terminer Un Secret Sans Importance, et celui-là je l'ai lu jusqu'au bout, d'une traite.

Je ne vous assomerai pas avec un résumé supplémentaire, car Sakhti en a fait un qui rend vraiment justice au livre, mais je vous livre tout de même quelques impressions.

Un bien joli livre, faits de personnages un peu décalés qui se rapprochent, s'effleurent puis s'éloignent autour de l'amour, de la folie, de la mort et de la filiation. Agnès Desarthe aborde tous ces sujets avec une légèreté un peu grave qui nous laisse sous le charme.

Il me reste Mangez-Moi à lire sur mes étagères. Peut-être cet été ? Cool

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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Mer 9 Juil 2008 - 12:49

bounce un excellent livre pour l'été!
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Mer 9 Juil 2008 - 12:51

monilet a écrit:
J'ai terminé "Mangez-moi" et ai beaucoup apprécié ce livre que j'ai trouvé non conventionnel par son thème et le traitement de ce dernier. Tout y est mais tout y est comme décalé et nous amène donc à la réflexion .
Chapi a presque tout dit.
Personnellement j'ai un peu regretté que la fin, 10 ou 15 pages, redevienne plus convenue.
Un excellent moment de lecture.

Je suis heureuse de lire ta satisfaction après la lecture de ce roman qui m'a vraiment emballée et que j'ai adoré! Le bémol que tu mets pour la fin du roman se retrouve chez de nombreux lecteurs. Mais en soi il ne gâche pas l'ensemble Wink
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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Jeu 2 Juil 2009 - 1:33

Et donc MANGEZ MOI

Ce livre-là, c' est simple, il est touché par la grace !

Le ton est constamment juste, l' histoire, romanesquement crédible et le personnage, une dame restauratrice au passé très agité, adorable.
Et puis Agnès Desarthe fait partie de cette tribu bancroche -mais réelle-
d' écrivains qui me mettent dans leur poche... c' est ainsi !

Et quand Agnès D. nous dit : Mangez-moi, on obéit avec plaisir et meme,
on en redemande !


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MessageSujet: Re: Agnès Desarthe   Mar 15 Sep 2009 - 2:44

Le remplaçant
Editions de l'Olivier

Citation :
Le problème,avec les livres, c'est qu'ils n'obéissent pas à leur auteur. On choisit un héros,et voilà qu'un personnage secondaire brigue le premier plan, on construit une histoire,mais une demi-page d'écriture s'empresse de la déconstruire . Ce que l'esprit forme- chez moi cela ressemble à des sphères parfaites, irisées, légères comme des bulles de savon -la main l'alourdit et le brise; La sagesse voudrait que je renonce à l'ambition de diriger,de planifier, mais je m'obstine.
Ce livre, que je suis en train d'écrire, était censé être un portrait du pédagogue polonais,mais dès les premières pages, le lapsus a oeuvré. J'ai su très rapidement qui allait prendre la place de Korczak dans ce récit, se superposer au personnage d'origine, profiter d'une vague ressemblance et de coïncidences historiques pour s'immiscer dans le projet, le faire dévier, le détourner irrémédiablement. Les deux figures ont toujours été mêlées. Dans la salle du musée, c'était déjà à l'autre que je songeais. Triple B est apparu ,et je n'ai pas pu faire autrement que raconter que son histoire à lui, lui sur qui je ne possède aucune documentation, lui dont j'ai si peu d'images,lui que personne ne connaît et dont tout e monde se fiche. Je voulais écrire sur un homme exemplaire, et voilà que je m'attache à un exemplaire d'homme.
C'est ainsi que fonctionne la fiction, la fiction qui, chez moi, l'emporte toujours sur son inverse ou plutôt son opposé, dont je peine à trouver le nom. Réalité? Vérité? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que cela me fait penser à une histoire de biscuit. Et s'il faut en passer par là pour comprendre comment un livre sur Janusz Korczak se transforme en un récit autour de Boris Jampolski, allons-y.

C'est un livre court, très simple et très pudique. Dans lequel Agnès Desarthe ,dont les grands- parents maternels étaient russes, et les grands-parents paternels lybiens, raconte son grand-père. Ou plutôt le remplaçant de son grand-père, celui qu'elle a connu, elle, car son vrai grand-père est mort à Auschwitz . Et bien sûr son enfance, à travers ce qu'elle conte de ce faux grand-père, qui lui aussi était un conteur.
Et comme on peut le lire dans l'extrait , ce n'est pas de lui qu'elle voulait parler ,mais de Janus Korczak,pédiatre et écrivain, qui rassemblait les enfants orphelins du ghetto de Varsovie et a été exterminé avec eux à Tréblinka.Elle va y arriver, mais pas tout de suite, après plusieurs digressions familiales et associations d'idées.
Comme j'apprécie cette façon d'écrire, par petites touches qui sont en fait très travaillées bien sûr, j'ai beaucoup aimé cette lecture dont les thèmes, les racines, la mémoire, la famille de sang ou de remplacement me sont chers aussi.

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