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 Paul Lafargue [Politique]

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colimasson
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MessageSujet: Paul Lafargue [Politique]   Dim 29 Juil 2012 - 16:33

Paul Lafargue (1842-1911)


Biographie :
Citation :

Né à Santiago de Cuba, Paul Lafargue s'installe en France avec ses parents à l'âge de 9 ans. Après des études secondaires à Bordeaux, il suit des cours à la Faculté de médecine de Paris où il fait la connaissance de Pierre Joseph Proudhon (1809-1865).

Paul Lafargue est exclu à vie de la Faculté en 1865 pour avoir déclaré lors du premier congrès international des étudiants qu'il souhaitait voir disparaître les rubans tricolores au profit de la couleur rouge. Il émigre alors à Londres où il rencontre Friedrich Engels et Karl Marx dont il devient le gendre en 1868 en épousant sa fille, Laura Marx.

Acquis au socialisme scientifique et membre de la Première Internationale dès 1866, Paul Lafargue rentre en France. Il représente l'Espagne au Congrès de Bruxelles en 1868, puis soutient la Commune de Paris en 1871 depuis Bordeaux où il réside. Ayant dû fuir en Espagne, il y fonde la même année une section marxiste de la 1ère Internationale et participe à la création du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol.

Après un séjour au Portugal, puis à Londres, Paul Lafargue fonde en 1880, avec Jules Guesde, le Parti Ouvrier, puis la revue "Le socialiste". Il est incarcéré en 1891 pour "provocation au meurtre" après les fusillades de Fourmies et devient, cette année-là, député de Lille.

Il est l'auteur d'un célèbre Pamphlet, "Le Droit à la paresse" (1880), ainsi que de plusieurs ouvrages polémiques ou engagés. Paul Lafargue est considéré comme l'un des initiateurs du marxisme en France et comme l'interprète autorisé de la pensée de Marx. Il se suicide avec son épouse en 1911 avant que la vieillesse ne lui enlève ses forces physiques et intellectuelles.

Source

La liste des publications de Lafargue : ICI

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colimasson
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MessageSujet: Re: Paul Lafargue [Politique]   Dim 29 Juil 2012 - 16:39

Le droit à la paresse (1880)


Il faut choisir le bon moment pour se lancer dans cette lecture…
Entamée pour ma part à la fin de la période des examens, elle m’a semblée totalement adaptée à la situation. Elle le paraîtra encore davantage à celui qui déciderait d’ouvrir ce livre au début de ses congés payés car Lafargue s’attaque moins au travail intellectuel d’apprentissage qu’au travail répétitif et abrutissant qui est avant tout motivé par l’acquisition de son gagne-pain.
En revanche, lecture à éviter peut-être pour celui pour qui les congés payés ne sont encore qu’un vague mirage : se faire comparer à un lourd bovin des prairies auvergnates et se faire rappeler l’abrutissement sévère qui est le sien ne saurait certainement pas remonter le moral après une longue journée à assembler des vis et des boulons, à rédiger des compte-rendu de réunion, ou à apporter des cafés à son supérieur et à ses collègues.

Aucune caste socio-professionnelle n’est épargnée par le constat de Lafargue : les politiciens, économistes et religieux sont les vecteurs de doctrines aptes à asservir les ouvriers, qui s’imaginent travailler pour leur bien et leur indépendance alors qu’ils ne servent qu’à enrichir le patron ou les bourgeois. Là où Lafargue surprend, c’est qu’il ne fustige pas entièrement ces vilains riches pleins de sous. Non, eux aussi sont victimes de la morale et des valeurs d’une société dédiée au labeur : contraints de s’enrichir toujours plus pour permettre aux ouvriers sans cesse plus nombreux d’avoir du travail, ils finissent par se morfondre d’une vie trop facile et ennuyeuse. C’est pour eux qu’on détourne une grande partie de la population active pour former cette caste qu’on nomme aujourd’hui le secteur tertiaire –celui des services. Des gens inutiles, qui n’ont d’autre mission que celle de distraire les bourgeois devenus malheureusement riches à cause des ouvriers qui se tuent malheureusement à la tâche, parce qu’ils croient aux discours faussement émancipateurs qu’on leur inflige.

Lafargue expose ce point de vue original avec une dérision souvent drôle. Il arrive à transformer cette agitation des sociétés capitalistes en une scène de théâtre absurde, uniquement dirigée par une poignée d’orateurs à l’esprit tordu. Où sont passés les philosophes de la Grèce Antique ? Eux, au moins, comme bon nombre d’autres peuples sauvages que Lafargue n’hésite pas à rappeler, avaient compris la nature aliénante du travail. Ces civilisations sont brandies comme des modèles, souvent comparées d’une manière caricaturale –mais drôle- à notre pauvre société qui s’est créée son propre malheur.

Lafargue a toutefois beau forcer le trait –procédé auquel on le sent obligé de recourir s’il se veut efficace, eut égard à la brièveté de son manifeste- jamais il ne paraît réducteur. L’enfermement dans lequel nous vivons ne provient que d’une chose : l’erreur qui est la nôtre lorsque nous pensons nous émanciper par le biais du travail acharné. Etant donnés les progrès techniques et technologiques qui caractérisaient la société du 19e siècle, 3 heures de travail quotidien auraient suffi à assurer son bon fonctionnement. Mieux que cela, tout le monde aurait enfin pu occuper une fonction et aurait disposé de suffisamment de temps pour se consacrer à ce que tout bon employé rêve de faire lorsqu’il s’image en vacances, mais qu’il ne fait jamais lorsqu’il l’est enfin –effrayé par la perspective de tout ce temps d’oisiveté qui se présente face à lui- : se prélasser, passer du temps en bonne compagnie, faire ripaille, se promener, instruire son esprit…

Heureusement que Lafargue n’exclut pas l’activité intellectuelle –modérée et motivée par le plaisir- de son Droit à la paresse : on se sentirait presque coupable de ne pas occuper notre temps libre à faire plutôt une petite sieste…Mais, au fait, pourquoi prendre de son temps libre pour effectuer cette lecture ? L’idéal reste certainement de lire ce manifeste pendant ses heures de travail, détournant ainsi la productivité de ses quotas de rendement exigés, et effectuant un bel hommage à la pensée de Lafargue… !


Van Gogh

Citation :
Et cependant, le prolétariat, la grande classe qui embrasse tous les producteurs des nations civilisées, la classe qui, en s’émancipant, émancipera l’humanité du travail servile et fera de l’animal humain un être libre, le prolétariat trahissant ses instincts, méconnaissant sa mission historique, s’est laissé pervertir par le dogme du travail. Rude et terrible a été son châtiment. Toutes les misères individuelles et sociales sont nées de sa passion pour le travail.

Puisque nous parlons de crise...

Citation :
Au lieu de profiter des moments de crise pour une distribution générale des produits et un gaudissement universel, les ouvriers, crevant de faim, s’en vont battre de leur tête les portes de l’atelier. Avec des figures hâves, des corps amaigris, des discours piteux, ils assaillent les fabricants : « Bon M. Chagot, doux M. Schneider, donnez-nous du travail, ce n’est pas la faim, mais la passion du travail qui nous tourmente ! » Et ces misérables, qui ont à peine la force de tenir debout, vendent douze et quatorze heures de travail deux fois moins cher que lorsqu’ils avaient du pain sur la planche. Et les philanthropes de l’industrie de profiter des chômages pour fabriquer à meilleur marché.

Une vision de l’obsolescence programmée :

Citation :
Notre époque sera appelée l’âge de la falsification, comme les premières époques de l’humanité ont reçu les noms d’âge de pierre, d’âge de bronze, du caractère de leur production. Des ignorants accusent de fraude nos pieux industriels, tandis qu’en réalité la pensée qui les anime est de fournir du travail aux ouvriers, qui ne peuvent se résigner à vivre les bras croisés. Ces falsifications, qui ont pour unique mobile un sentiment humanitaire, mais qui rapportent de superbes profits aux fabricants qui les pratiquent, si elles sont désastreuses pour la qualité des marchandises, si elles sont une source intarissable de gaspillage du travail humain, prouvent la philanthropique ingéniosité des bourgeois et l’horrible perversion des ouvriers qui, pour assouvir leur vice de travail, obligent les industriels à étouffer les cris de leur conscience et à violer même les lois de l’honnêteté commerciale.

Le tout servi par une langue souvent très lyrique...

Citation :
La France, capitaliste, énorme femelle, velue de la face et chauve du crâne, avachie, aux chairs flasques, bouffies, blafardes, aux yeux éteints, ensommeillée et bâillant, s’allonge sur un canapé de velours ; à ses pieds, le Capitalisme industriel, gigantesque organisme de fer, à masque simiesque, dévore mécaniquement des hommes, des femmes, des enfants, dont les cris lugubres et déchirants emplissent l’air […]

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MessageSujet: Re: Paul Lafargue [Politique]   Dim 29 Juil 2012 - 17:44

Bravo ! Voilà un livre excitant et plein de bon sens ! J' ai le souvenir mitigé de m' etre fait engueler sur un autre forum pour avoir dit du bien de ce livre. On me reprocait en gros et en détail de faire l' éloge de la fainéntise... Et puis, comment ? je n' avais pas honte de moi de traiter un sujet pareil dans une telle époque ! J' en passe et des pires... Et bien entendu, ces braves gens ne l' avaient pas lu ce cher Lafargue et pourtant, il présageait déjà le Front populaire et mai 68 !

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Dernière édition par bix229 le Dim 29 Juil 2012 - 21:26, édité 1 fois
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colimasson
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MessageSujet: Re: Paul Lafargue [Politique]   Dim 29 Juil 2012 - 21:22

Contente de voir ton enthousiasme à toi aussi Bix. Par contre, je ne me risquerais pas à établir un parallèle avec mai 68, qui reste encore un évènement bien mystérieux à mes yeux...

Je ne pense pas que Lafargue fait l'éloge de la fainéantise. Il prône plutôt le travail raisonné et montre l'absurdité qu'il y a à vouloir soumettre tout le monde aux mêmes rythmes. Après tout, si untel ne peut vivre qu'en travaillant douze heures par jour, qu'il le fasse...même s'il sera sans doute le seul !

Bix, tu as lu d'autres ouvrages de Lafargue ?

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MessageSujet: Re: Paul Lafargue [Politique]   Dim 29 Juil 2012 - 21:34

colimasson a écrit:
Contente de voir ton enthousiasme à toi aussi Bix. Par contre, je ne me risquerais pas à établir un parallèle avec mai 68, qui reste encore un évènement bien mystérieux à mes yeux...

Je ne pense pas que Lafargue fait l'éloge de la fainéantise. Il prône plutôt le travail raisonné et montre l'absurdité qu'il y a à vouloir soumettre tout le monde aux mêmes rythmes. Après tout, si untel ne peut vivre qu'en travaillant douze heures par jour, qu'il le fasse...même s'il sera sans doute le seul !

Bix, tu as lu d'autres ouvrages de Lafargue ?

Je sais ! Ce sont les autres qui confondaient fainéantise et paresse, et je ne désavoue ni l' un ni l' autre. Et d' ailleurs, par la négative, Lafargue montre à quel point un travail long et pénible est nocif pour les travailleurs obligés de se vendre pour enrichir leurs maitres et leurs patrons...
Non, je n' ai rien lu d' autre sur Lafargue...
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colimasson
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MessageSujet: Re: Paul Lafargue [Politique]   Dim 29 Juil 2012 - 21:41

Hum, dommage, j'espérais que tu me conseilles...

Il me semble que son Pie IX au paradis est plutôt drôle... Et dans les éditions Milles et une nuits, il y a La légende de Victor Hugo, qui m'intéresse moins étant donné que je n'ai jamais lu ledit auteur...

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MessageSujet: Re: Paul Lafargue [Politique]   Dim 29 Juil 2012 - 21:53

... Lafargue voguait sur le meme bateau familial que Marx (il avait épousé la fille du dit Marx), mais apparemment pas pour le meme destin...
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