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 Jacques Lacan [Psychanalyse]

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MezzaVoce
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MessageSujet: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 11:31



Jacques Lacan (1901-1981) est un psychiatre et psychanalyste français.
Élevé dans un milieu bourgeois, catholique et conservateur, Jacques Lacan commence, avec assiduité et rigueur, ses études au collège Stanislas. Il découvre Spinoza à l'âge de 14 ans et s'initie à une critique de la religion au côté de son professeur de philosophie Jean Barusi. Lisant Nietzsche et confortant son émancipation idéologique, il lui devient de plus en plus difficile d'accepter l'atmosphère religieuse et familiale. Après avoir renoncé à une carrière politique, il intègre le milieu médical, soutient sa thèse 'De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité' en 1932 et obtient son diplôme de médecin légiste. Il adhère à la Société psychanalytique de Paris (SPP) et élabore sa célèbre théorie sur le 'Stade du miroir'. Au discours de Rome, auprès de Dolto, Pontalis et Jean Laplanche, il investit l'espace structuraliste et linguistique et écrit dans la revue 'La Psychanalyse'. Après la scission des différentes institutions psychanalytiques, Jacques Lacan fonde en 1964 l'Ecole freudienne de Paris' (EFP), commence les 'Séminaires' et fait publier les 'Ecrits'. Seize ans plus tard, le psychanalyste dissout l'EFP et meurt à Paris en 1981. Réhabilitant les théories freudiennes contre l'alternative américaine, Jacques Lacan comparera la structure de l'inconscient à l'articulation linguistique et définira la construction du sujet à travers des concepts tels que l'imaginaire, le symbolique et le réel.


« Pour le psychanalyste, la loi est différente [du "rendez à César ce qui est à César et à dieu de qui est à Dieu"] ; elle est : rendez à la vérité ce qui est à la vérité et à la connerie ce qui est à la connerie.
Eh bien, ce n'est pas si simple ! Parce qu'elles se recouvrent et que, s'il y a une dimension qui est là, propre à la psychanalyse, ce n'est pas tant la vérité de la connerie que la connerie de la vérité. »

Jacques Lacan, séminaire du 22 novembre 1967, cité dans Les impromptus de Lacan, 543 bons mots recueillis par Jean Allouch, 1998, Éditions Mille et une.


Dernière édition par MezzaVoce le Ven 31 Aoû 2012 - 11:34, édité 1 fois
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MezzaVoce
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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 11:32

Séminaire sur La lettre volée d'Edgar Allan Poe prononcé le 26 avril 1955, édité au Seuil sous le titre Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse puis en ouverture des Écrits de 1966.

Difficile de réduire un texte de Lacan à son contenu tant le contenant est virtuose. Mais bon, essayons...


Le contenu, d'abord...

À travers la nouvelle d'Edgar Alan Poe, La lettre volée, Lacan illustre quelques-uns de ces thèmes de prédilection.

♦ Les trois registres lacaniens Réel-sympolique-imaginaire » (RSI)

La métaphore de la table : la table imaginaire recoupe les différentes fonctions de la table (on mange dessus, on y pose des objets...) ; la table symbolique, c'est le mot table au sein du discours (à table !, faire table rase, table des matières...) ; le réel, c'est tout le reste, soit ce que l'on ne connaît pas (« le Réel, c'est l'impossible »).
Précision : si ces trois « dit-mensions » sont dissociées pour leur théorisation et leur enseignement, elles fonctionnent en totale synergie pour fonder – normalement – une entité solidement tissée (une « structure trine »)

Le symbolique, plus précisément, car c'est ce qui intéresse Lacan au tout premier chef.

C'est ce qui est « en-deçà » de l'imaginaire, c'est-à-dire que le premier nourrit le second. Lacan prend l'exemple des hiéroglyphes : « Tant qu'on a cherché quel était le sens direct des vautours, des poulets, des bonshommes debout, assis, ou s'agitant, l'écriture est demeurée indéchiffrable. C'est qu'à lui tout seul le petit signe "vautour" ne veut rien dire ; il ne trouve sa valeur signifiante que pris dans l'ensemble du système auquel il appartient. »

La lettre volée est prise comme symbole. Et à travers elle, Lacan explore la « notion de signifiant dans le symbole »

♦ Mais le signifiant, c'est quoi ?

Lacan s'inspire du principe de la double articulation linguistique de Saussure : le langage utilise les relations signifié/signifiant. En gros, le signifié serait « ce qu'on veut dire » et le signifiant « ce qu'on utilise pour dire ». Le signifiant est donc le son du mot parlé ou l'image du mot écrit, une construction purement humaine renvoyant à un concept ou une idée.
Par exemple, le mot (le signifiant) « arbre » (image écrite ou son prononcé) renvoie à différents signifiés : arbre d'une forêt, arbre généalogique, arbre à came...
Le concept de signifiant est ensuite étendu au-delà du mot : tout objet peut être un signifiant. Et donc la lettre (missive) peut l'être autant que la lettre (alphabétique).

♦ De là, la chaîne symbolique

La pensée humaine est « prisonnière » du symbole (mais c'est aussi ce qui fait sa richesse, la pensée « animale » étant, elle, prisonnière, du concret, de l'utilitaire). La prévalence de la chaîne symbolique fait que la détermination symbolique est supérieure à l'effet du hasard.

« L’objet humain tombe sous le coup de la saisie, qui, annulant sa propriété naturelle, l’asservit désormais aux conditions du symbole. » « La matière qu’elle déplace, en ses effets, dépasse de beaucoup en étendue celle de l’organisation cérébrale, aux vicissitudes de laquelle certains d’entre eux sont confiés, mais les autres ne restent pas moins actifs et structurés comme symboliques, de se matérialiser autrement. »

Lacan relève la traduction erronée du titre de la nouvelle : « the purloined letter, mettre de côté, ou, pour recourir à une locution familière qui joue sur les deux sens, de : mettre à gauche, car c’est bel et bien la lettre détournée qui nous occupe, celle dont le trajet a été prolongé (c’est littéralement le mot anglais), ou pour recourir au vocabulaire postal, la lettre en souffrance. »

« Le déplacement du signifiant détermine les sujets dans leurs actes, dans leur destin, dans leurs refus, dans leurs aveuglements, dans leur succès et dans leur sort, nonobstant leurs dons innés et leur acquis social, sans égard pour le caractère ou le sexe, et que bon gré mal gré suivra le train du signifiant comme armes et bagages, tout ce qui est du donné psychologique. »

« C’est la lettre et son détour qui régit leurs entrées et leurs rôles. Qu’elle soit en souffrance, c’est eux qui vont en pâtir. À passer sous son ombre, ils deviennent son reflet. À tomber en possession de la lettre, – admirable ambiguïté du langage –, c’est son sens qui les possède. »

« Le ministre donc n’est pas absolument fou dans cette stagnation de folie, et c’est pourquoi il doit se comporter selon le mode de la névrose. Tel l’homme qui s’est retiré dans une île pour oublier, quoi ? il a oublié, – tel le ministre à ne pas faire usage de la lettre, en vient à l’oublier. C’est ce qu’exprime la persistance de sa conduite. Mais la lettre, pas plus que l’inconscient du névrosé, ne l’oublie. Elle l’oublie si peu qu’elle le transforme de plus en plus à l’image de celle qui l’a offerte à sa surprise, et qu’il va maintenant la céder à son exemple à une surprise semblable. »

L'intersubjectivité

« Le Réel, c'est l'impossible » : le sujet est « sans recours contre un Autre absolu », l'Autre ne nous est jamais connu, nous accédons seulement à une image de l'autre, construite à travers une série de projections/identifications.

Si on prend deux individus A et B en interaction.
A tente de « deviner » ce que va penser/dire/faire B (il fait une appréciation). Il s'agit d'une identification imaginaire, une imitation interne de B. « A objective B » : il en fait un objet qu'il manipule en pensée.
Puis A agit selon son appréciation.
Mais B tente aussi de penser/dire/faire A : même processus, « B objective A ».
On finit par avoir B qui objective A qui objective B, etc. sans fin, en une « oscillation infinie »).

Le même phénomène aurait pu être illustré avec la nouvelle Le scarabée d'or.

« Après un coup gagné ou perdu pour moi, nous dit en substance le garçon, je sais que si mon adversaire est un simple, sa ruse n’ira pas plus loin qu’à changer de tableau pour sa mise, mais que s’il est d’un degré plus fin, il lui viendra à l’esprit que c’est ce dont je vais m’aviser et que dès lors il convient qu’il joue sur le même » [ceci rejoint les recherches actuelles sur la théorie de l'esprit]

« C’est par une imitation interne de ses attitudes et de sa mimique qu’il prétend obtenir la juste appréciation de son objet. »

L'automatisme de répétition

Freud l'appelait « compulsion de répétition » : processus autonome, incoercible et inconscient obéissant au caractère conservateur des pulsions, caractère qui implique le refoulement. Ce qui est refoulé, c'est « ce qui est demeuré incompris » et qui, dès lors, n'a de cesse de « faire retour » (rêves, symptômes, mises en acte...) afin de permettre la résolution dont dépend la délivrance du sujet.

Les objets refoulés sont donc « oubliés » de la conscience mais restent malgré tout incessamment sous nos yeux aveuglés par l'évidence (comme la lettre volée), et ce par le biais des rêves, lapsus, actes manqués mais aussi de tous nos mécanismes de défenses (symptôme, projection...).

Le symptôme est alors considéré comme une reproduction déguisée d'un conflit passé. Par exemple, le symbole hystérique est un symbole mnésique). Certains symptômes sont d'ailleurs manifestement répétitifs (ex. des rituels obsessionnels).

« [À travers l'automatisme de répétition] l’inconscient manifeste son originalité de ne pouvoir se satisfaire que de retrouver l’objet foncièrement perdu. »



… et le contenant !


Comme à son habitude brillant, Lacan jongle avec les mots, les concepts, les digressions qui n'en sont pas, les chausse-trappes et les jack-in-the-box. Plaisir (jouissance ?). Exemples :

« Ce qui est caché n’est jamais que ce qui manque à sa place, comme s’exprime la fiche de recherche d’un volume quand il est égaré dans la bibliothèque. Et celui-ci serait-il en effet sur le rayon ou sur la case d’à côté qu’il y serait caché, si visible qu’il y paraisse. C’est qu’on ne peut dire à la lettre que ceci manque à sa place que de ce qui peut en changer, c’est-à-dire du symbolique.
(…) Et comment en effet, pour revenir à nos policiers, auraient-ils pu saisir la lettre, ceux qui l’ont prise à la place où elle était cachée ? Dans ce qu’ils tournaient entre leurs doigts, que tenaient-ils d’autre que ce qui ne répondait pas au signalement qu’ils en avaient ? A letter, a litter, une lettre, une ordure. On a équivoqué dans le cénacle de Joyce sur l’homophonie de ces deux mots en anglais. La sorte de déchet que les policiers à ce moment manipulent ne leur livre pas plus son autre nature de n’être qu’à demi déchiré. Un sceau différent sur un cachet d’une autre couleur, un autre cachet du graphisme de la suscription sont là les plus infrangibles des cachettes. Et s’ils s’arrêtent au revers de la lettre où, comme on sait, c’est là qu’à l’époque l’adresse du destinataire s’inscrivait, c’est que la lettre n’a pas pour eux d’autre face que ce revers. »


« Scripta manent, c’est en vain qu’elle apprendrait d’un humanisme d’édition de luxe la leçon proverbiale que verba volant termine. Plût au ciel que les écrits restassent, comme c’est plutôt le cas des paroles : car de celles-ci la dette ineffaçable du moins féconde nos actes par ses transferts. Les écrits emportent au vent les traites en blanc d’une cavalerie folle. Et, s’ils n’étaient feuilles volantes, il n’y aurait pas de lettres volées. »
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colimasson
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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 12:51

Shocked Fiou ! Merci pour cette initiation à la pensée de Lacan...

Jamais osé m'attaquer au bonhomme, sauf à travers la visualisation d'un documentaire, qui présentait également une de ses conférences. Bon, ça m'avait semblé être de l'esbroufe.. Tout cela ne me parle pas beaucoup, j'ai l'impression que Lacan cherche surtout à titiller sur des détails finalement assez peu importants.
A moins que je ne pense cela que pour éviter de me prendre la tête avec la complexité de sa pensée ? ... attentif

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bix229
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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 15:47

Lacan a été révéré à une époque où le structuralisme s' imposait, avec ses grilles de lecture, son langage codé et souvent assez insupportable et son dogmatisme propre à tous tous les systèmes philosphiques peu clairs.
Lacan était une sorte de gourou à la mode et qui s' imposait dans ses conférences où se pressaient ses adeptes très convaincus. Meme s' ils étaient loin de comprendre tout ce qu' il disait. Justement ! Il faisait parti des multiples branches du freudisme, aussi divisées entre elles que les maoistes Chinois dans la Révolution culturelles et qui tous, se battaient à mort au nom de Mao. Et d' ailleurs, pas mal de structuralistes de l' époque étaient aussi maoistes. Lacan se moquait -à juste titre- de ces divisions. Il s' en était desolidarisé et prétendait rendre à Freud et au freudisme sa véritable place. Ecouter ces conférences est plutot décevant...

Mais tu as raison de citer ces textes de Lacan, Mezzavoce, peut etre apportent-ils quelque chose de différent..

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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 15:52

Je suis d'accord avec Bix. Le souci de Lacan est qu'il a fondé sa réflexion sur deux principes totalement orientés : rétablir Freud et défendre une sorte de communisme. Il semble avoir enrobé cela dans un joli spectacle dû à son charisme et un langage volontairement incompréhensible.
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Marko
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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 16:53

Beaucoup en parlent mais peu l'ont vraiment lu ou étudié. J'ai suivi un séminaire qui lui était consacré et au-delà de cet hermétisme parfois excessif et rebutant il a eu des intuitions géniales et il vaut la peine qu'on lui consacre une réflexion. Je ne partage pas tous ses prolongements mais sa façon de relire Freud pour mieux le dépasser est enrichissante. J'ai des collègues psychologues qui lui ont consacré du temps et leur approche me semble souvent pertinente. J'aime moins la récupération et la vulgarisation qui ont découlé de ses théories.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 17:29

J'ai fait quelques tentatives à une époque, même suivi quelques exposés à son sujet, et j'ai été plus que rebutée par l'hermétisme dont parle Marko, en arrivant à le voir comme une sorte de charlatanisme. Après quelques temps, en discutant avec des gens pour qui j'ai le plus profond respect, et dont la bonne foi ne peut être mise en cause, j'ai réalisé qu'il a apporté, et continue à apporter quelque chose de visiblement unique, qu'il est source de réflexion enrichissante pour certains. Ce ne sera jamais réellement mon cas, sa façon de formuler sa pensée est trop aux antipodes de mon fonctionnement, mais j'évite désormais des jugements à l'emporte pièces à son sujet. D'autant plus, que comme le dit Marko, beaucoup de ses détracteurs ne le connaissent pas vraiment, et se contentent de quelques citations. Voire critiquent l'homme pour decrédibiliser l'oeuvre, ce qui est procédé des plus contestables.


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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 19:01

Le meilleur conseil qui m'ait été donné, concernant Lacan : lisez-le sans chercher à tout comprendre. Et ça a marché. Au début, j'avais souvent l'impression d'être totalement dépassée et puis, quelques temps après, me revenaient certains passages, certaines réflexions, qui venaient alors susciter et alimenter les miennes. Un formidable fourmillement neuronal. Peu à peu, ça m'a décomplexée et, chose curieuse, j'ai trouvé ses théories alors bien plus compréhensibles. D'autres part, j'avoue qu'il me fait souvent rire car c'est vraiment une tête de pioche et un vrai énergumène. Mais j'ai toujours le plus grand respect pour les personnes qui applique d'abord leur humour à elles-mêmes. Enfin, littérairement, c'est un vrai plaisir !

« On ne sait pas si la série est le principe du sérieux », dit-il, dans Je parle aux murs. Ou encore : « Et si nous regardions d’un peu plus près comment c’est foutu, la science ? Essayez de faire ça une toute petite fois, avec une toute petite approche, mon écrit intitulé La science et la vérité. Il y avait un pauvre type, dont j’étais l’hôte à ce moment-là, qui a été malade de m’avoir entendu là-dessus, et après tout, c’est bien là que l’on voit que mon discours est compris. C’est le seul qui en ait été malade. C’est un homme qui s’est démontré de mille façons être quelqu’un de pas très fort. Moi, je n’ai aucune espèce de passion pour les débiles mentaux, je me distingue en cela de ma très chère amie Maud Mannoni. Mais comme les débiles mentaux on les rencontre aussi à l’Institut, je ne vois pas pourquoi je m’émouvrais. »

Ou plus loin : « C’est un truc que j’avais trouvé dans un almanach qui s’appelait Paris en l’an 2000. Ce n’est pas sans talent, encore qu’on n’ait jamais plus entendu parler du nom du type dont je cite le nom – je suis honnête – et qui raconte cette chose qui vient comme des cheveux sur la soupe dans l’histoire de Fonction et champ. Ça commence comme ça :

Entre l’homme et la femme,
Il y a l’amour.
Entre l’homme et l’amour,
Il y a un monde.
Entre l’homme et le monde,
Il y a un mur.


[…] C’est de la poésie proverbiale, parce que ça ronronne :

Entre l’homme et la femme,
Il y a l’amour.


Mais bien sûr ! Il n’y a que ça, et :

Entre l’homme et l’amour,
Il y a un monde.


Quand on dit Il y a un monde, ça veut dire Vous, vous y arriverez jamais. Mine de rien, on dit au début : Entre l’homme et la femme, il y a l’amour, ça veut dire que ça colle. Un monde, ça flotte. Mais avec Il y a un mur, alors là, vous avez compris qu’entre veut dire interposition. Parce que c’est ambigu, l’entre. Ailleurs, dans mon Séminaire, nous parlerons de la mésologie. Qu’est-ce qui a fonction d’entre ? Mais là, nous sommes dans l’ambiguïté politique, et, il faut le dire, ça vaut le coup. »





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Marko
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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 19:15

Lorsqu'on apprend une langue étrangère on doit commencer par le b.a. ba avant de pouvoir élaborer une pensée plus abstraite et complexe. Pour comprendre les équations d'Einstein il faut d'abord maîtriser les mathématiques, la physique puis la physique quantique... sinon on est incapable d'appréhender ce qu'il nous montre. Lacan a élaboré son propre langage qui rend compte de concepts abstraits impossibles à traduire en mots du langage courant. Le symbolisme est parfois la seule voie pour dépasser ce que le langage ne peut exprimer ou concevoir de façon satisfaisante. Quand on suit un séminaire de Lacan on apprend progressivement ces signes, ces symboles qui permettent un cheminement progressif vers des concepts très abstraits. Petit à petit on s'immerge dans ce néolangage et on perçoit une nouvelle façon d'envisager la psyché humaine, l'inconscient... Cela peut prendre des mois ou des années comme lui-même a mis une vie entière à créer sa théorie. Le résultat peut sembler aussi kabbalistique que l'équation d'Einstein (toutes proportions gardées) mais il y a un cheminement qui peut faire sens et enrichir sur le plan théorique. Reste à savoir ce qu'on en fait en pratique et là aussi il a inventé ou approfondi des grilles de décrytpage dont certaines apparaissent limpides et aident dans une prise en charge psychothérapeutique et d'autres laissent sceptique. Je n'adhère pas par exemple à son concept de "forclusion du nom du père" dans la schizophrénie mais d'autres intuitions me séduisent davantage...

Ensuite il a aussi compris la part de pensée magique chez l'être humain, cette propension à l'irrationnel, à la suggestion. Et il a créé ce personnage de gourou un peu fou qui se permet d'étranges fantaisies comme certains sorciers ou chamans pouvaient en manifester. C'est un aspect contestable ou agaçant mais qui fait partie d'un tout. Tobie Nathan a montré que différentes formes d"'influences" peuvent "guérir" ou agir sur l'autre. En matière de psychologie cela peut parfois avoir un impact utile. C'est malheureusement moins vrai en ce qui concerne de nombreuses pathologies mentales qui reposent davantage sur des anomalies neurobiologiques que sur des facteurs psychologiques et environnementaux qui néanmoins jouent un rôle. D'où l'intérêt d'intégrer des approches multiples à partir du moment où elles nous aident à progresser et à aider l'autre bénéfiquement. La théorie lacanienne ne me guide pas au quotidien mais son approche de l'humain et de la psyché apporte un sous-texte qu'il est utile de connaître. Je ne suis qu'un béotien par rapport à Lacan mais j'entrevois tout ce qu'on peut y puiser si on prend le temps de le connaître mieux. Je n'en ai pas le temps et j'ai d'autres priorités, d'où l'importance de collaborer avec des psychologues qui ont pris des années à acquérir cet apport.

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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 19:41

Arabella a écrit:
Ce ne sera jamais réellement mon cas, sa façon de formuler sa pensée est trop aux antipodes de mon fonctionnement,
C'est en grande partie vrai pour moi aussi mais il y a des choses à creuser. Je pense que je ne le ferai pas mais c'est bien que d'autres s'en chargent et critiquent autant qu'ils font progresser cette théorie.

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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 20:06

Très intéressante réflexion. Cela m'amène quelques remarques. Tu dis qu'il faut un temps très long (jusqu'à plusieurs années) pour bien comprendre et maîtriser la pensée lacanienne, et je pense que tu as raison. Mais pour le coup, peu de gens en arrivent là, même quelqu'un comme toi, qui semble être intéressé et qui en aurait usage, ne trouve pas forcément le temps de le faire. Donc peu de gens peuvent en discuter et possèdent les connaissances suffisantes pour en faire passer quelque chose, qui soit incontestable. Par ailleurs, il n'y a pas de démonstration scientifique (au sens d'une démarche expérimentale reproductible), ce qui s'ajoute à un discours incompréhensible pour la plupart, ce qui invalide cette approche pour la plupart des gens.
Certes, il y a le témoignage de praticiens tels que toi, qui trouvent visiblement une réelle utilité, théorique et pratique de ce cadre de pensée. Et comme je l'ai dit plus haut, je connais un certain nombre de gens, en qui j'ai toute confiance, qui partagent ce point de vue. Mais tu sais bien que tous tes collègues psychiatres ne sont pas forcément du même avis, de même tous les psychologues, très loin de là, n'ont ni la formation, ni n'adhérent à cette approche. Et c'est encore plus vrai hors de France.

Cette pensée, avec sa complexité et une forme d'hermétisme prête malheureusement le flanc à une ironie facile, qui pour certains dispense de toute tentative de compréhension, ce qui est bien dommage. Parce que je suis d'accord, il y a des choses à prendre, parfois on peut être saisi par un élément de ce discours, de cette pensée et s'en trouver enrichi, même si on le maîtrise pas complètement.

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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Ven 31 Aoû 2012 - 21:03

Au-delà des considérations théoriques et thérapeutiques, je trouve que les psychanalystes sont très souvent des analystes littéraires passionnants, qui permettent de relire ensuite les œuvres avec un regard tout différent. C'est le cas, notamment, de La lettre volée. On voit alors les liens très forts qui existent entre psychanalyse et création artistique.
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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Sam 1 Sep 2012 - 8:08

En tous les cas, ton enthousiasme fait plaisir à voir.

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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Dim 2 Sep 2012 - 0:01

Lacan fut le premier à comprendre que la distance entre le patient et le soignant devait être abolie par l'expression des sens, et une recompréhension affective des mots.
De préférence, par la spontanéité empathique du soignant ...

Un jour, il reçut une femme juive traumatisée par son vécu, arrêtée et torturée par la Gestapo ... devant sa détresse, il s'approcha d'elle, et il lui caressa lentement la joue, la rassurant par un "Geste à peau" (tout en prononçant ces mots), et cette polysémie, accompagnée d'un infinie tendresse, a suffi pour que cette femme retrouve la paix intérieure.
Cette réconciliation avec le vocabulaire servit de base à sa thérapie.
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MessageSujet: Re: Jacques Lacan [Psychanalyse]   Dim 2 Sep 2012 - 12:21

Constance a écrit:
Un jour, il reçut une femme juive traumatisée par son vécu, arrêtée et torturée par la Gestapo ... devant sa détresse, il s'approcha d'elle, et il lui caressa lentement la joue, la rassurant par un "Geste à peau" (tout en prononçant ces mots), et cette polysémie, accompagnée d'un infinie tendresse, a suffi pour que cette femme retrouve la paix intérieure.
Cette réconciliation avec le vocabulaire servit de base à sa thérapie.

Tu me sembles malheureusement illustrer ici les travers que je dénonce d'une certaine lecture interprétative rapide et excessive dont Lacan pouvait être l'acteur mais surtout l'initiateur chez des disciples ne faisant pas forcément dans la nuance.

Je ne pense pas que cette relecture affective du mot gestapo soit porteuse de sens et encore moins qu'elle soit thérapeutique. Comment imaginer qu'une femme ayant vécu de tels traumatismes se sente soulagée (jusqu'à "retrouver la paix intérieure") grâce à ce jeu de mots. C'est à mon sens une illusion se nourrissant de pensée magique et une mythologie qu'on a construite autour du personnage. De la même façon qu'on a prêté des réussites thérapeutiques à Freud pour appuyer sa théorie alors que les patients en question n'avaient pas été guéris ou soulagés dans la réalité. Il faut bien plus qu'un mot libérateur pour soulager des blessures d'une telle violence... L'empathie, l'écoute et un véritable échange sur le long cours éventuellement oui. On ne cicatrise pas de telles traumatismes par une pirouette. Même si elle cherche à détourner le sens d'un mot pour le rendre plus supportable.

Je vais citer un exemple vécu qui m'a amusé et un peu atterré au cours d'un séminaire de pédopsychiatrie où participaient des psychiatres et psychologues d'orientation analytique lacanienne. J'étais à l'époque encore interne. On regardait une vidéo d'un véritable entretien familial, d'une équipe d'une autre région, où se jouait des tensions entre parents et leurs 3 enfants. Les participants se sont mis à faire des interprétations hautement acrobatiques en se référant aux prénoms de ces enfants comme étant porteurs de sens dans la fantasmatique des parents. Ils en tiraient des conclusions, des axes thérapeutiques... Or personne n'a relevé une remarque que je me suis permise de faire et qui exprimait le fait que sur cet enregistrement vidéo il y avait un changement de sonorité à chaque fois qu'un prénom était prononcé. Pour la simple et bonne raison que pour préserver l'anonymat de cette famille tous les prénoms étaient remplacés par d'autres fictifs ...

Je me méfie de ces grilles de lecture qui impressionnent mais ne signifient pas forcément grand chose. Lacan a élaboré une théorie bien plus riche et intéressante que ces tours de passe passe plutôt pauvres si on y regarde d'un peu plus près. Et je suis pourtant de ceux qui laissent une place à l'irrationnel et la pensée magique dans les relations humaines. Il y a une limite entre un scientisme trop prononcé et cette forme de réduction simpliste.

Tu évoques la "spontanéité empathique" nécessaire du soignant et elle est manifestement indispensable. S'éloignant de la "neutralité bienveillante" des freudiens qui s'apparente souvent à un silence embarrassant et peu constructif quand il est utilisé de manière trop dogmatique. Par contre Lacan n'est heureusement pas le premier à avoir introduit cette dimension "affective" dans la relation thérapeutique même s'il l'a déplacée sur la sphère du langage et du symbolisme. Il y a eu de tous temps des médecins ou aliénistes puis psychiatres humanistes et dans une forme de lien plaçant le patient au centre de la relation de manière empathique. Et d'autres adoptant une distance allant jusqu'à la rigidité. ll y a autant de relations thérapeutiques que de personnalités en interaction. D'où la nécessité de se sentir en phase avec la personne qui soigne et écoute.

MezzaVoce a écrit:
Au-delà des considérations théoriques et thérapeutiques, je trouve que les psychanalystes sont très souvent des analystes littéraires passionnants, qui permettent de relire ensuite les œuvres avec un regard tout différent. C'est le cas, notamment, de La lettre volée. On voit alors les liens très forts qui existent entre psychanalyse et création artistique.

Certains psychanalystes parfois je suis d'accord mais ils sont peu nombreux à avoir réellement apporté une lecture de ces oeuvres d'art qui soit pertinente et éclairante. Freud a donné des interprétations très contestables ou presque naïves de certaines peintures. Je pense notamment à son analyse de "La vierge, l'enfant Jésus et Sainte-Anne" de Léonard de Vinci qui peut prêter à sourire malgré tout (le fameux vautour)...


_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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