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 Walter Benjamin [Critique littéraire]

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Arabella
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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Dim 9 Sep 2012 - 19:35

eXPie a écrit:
[
Je l'avais trouvé à la librairie du Louvre (où les tentations sont assez nombreuses...)

Que oui. C'est pour cela que j'évite au maximum. Wink

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Maline
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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Dim 9 Sep 2012 - 21:47

Si vous vous intéressez au Livre des passages, essayez de trouver le catalogue d'une exposition qui a eu lieu à Paris et dans diverses villes allemandes vers 1992/93. Le catalogue de l'exposition Passages. [D'] après Walter Benjamin. est bilingue français-allemand et les éditeurs sont Victor Malsy, Uwe Rasch, Peter Rautmann, Nicolas Schalz. Vous y trouverez des dessins de Wolfgang Schmitz et des photographies de Robert Doisneau ainsi que des textes sur l'actualité d'alors de l'esthétique de Walter Benjamin.
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Maline
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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Dim 9 Sep 2012 - 22:48

bix229 a écrit:
J' aimerais beaucoup savoir ce que vaut la tradution de Proust par Benjamin... Maline ? Fait-elle toulours autorité ou y' en at-il d' autres...
bix,
je me suis perdue dans la lecture du catalogue mentionné ci-dessus study
et je me dépêche maintenant de te répondre auclavier

Vers 1926 le premier volume de la Recherche parut en allemand, son traducteur fut Rudolf Schottlaender. Le futur professeur de latin et grecque ancien à l’université Humboldt de Berlin recueillit une volée de bois verts pour sa traduction. On peut spéculer que cette réaction était dû au fait que Schottlaender ne faisait pas partie du sérail des académiciens d’alors (je parle de l’académie prussienne) car sa traduction ne manque pas de charme, présente de belles tournures et possède une jolie mélodie de la langue même si elle n’est pas toujours fidèle au texte de Marcel Proust.

Walter Benjamin a pour ainsi dire continué avec maestria le travail de Rudolf Schottlaender en reprenant le premier tome, traduisant le 2e et 3e et les faisant paraître. Il fut stoppé pas les dérives de l’économie allemande et surtout la faillite de sa maison d’édition suite à la crise économique de 1929. C’est elle qui freine la réception de l’œuvre de Proust auprès des germanophones. Dans la tourmente disparaît la traduction du tome IV, c.-à-d. de Sodome et Gomorrhe, par Walter Benjamin.

Ce n’est qu’au lendemain de la 2e guerre mondiale qu’une nouvelle traduction de la Recherche est commandée par une maison d’édition en RFA à Eva Rechel-Mertens qui s’était fait un nom comme traductrice littéraire en passant par Balzac, Roger Martin du Gard, Simone de Beauvoir et Sartre. C’est cette traduction dont la parution s’échelonne de 1953 à 1957, qui fait toujours autorité. Elle a été revue vers l’an 2000 par Luzius Keller.

Mes amis allemands, lecteurs de Marcel Proust, recommandent de lire cette traduction Rechel-Mertens / Keller de préférence à toute autre et surtout à une plus récente. Il paraît en effet que l’écrivain allemand Michael Kleeberg s’est attaqué tout récemment à une nouvelle traduction en allemand de la Recherche. Un premier volume est paru, attendons la suite.
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bix229
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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Dim 9 Sep 2012 - 23:53

OK ! Merci Maline ! Je me contente du français et il me reste encore les 2 derniers vol de La Recherche...
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Arabella
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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Lun 10 Sep 2012 - 7:25

Maline a écrit:
Si vous vous intéressez au Livre des passages, essayez de trouver le catalogue d'une exposition qui a eu lieu à Paris et dans diverses villes allemandes vers 1992/93. Le catalogue de l'exposition Passages. [D'] après Walter Benjamin. est bilingue français-allemand et les éditeurs sont Victor Malsy, Uwe Rasch, Peter Rautmann, Nicolas Schalz. Vous y trouverez des dessins de Wolfgang Schmitz et des photographies de Robert Doisneau ainsi que des textes sur l'actualité d'alors de l'esthétique de Walter Benjamin.

L'exposition n'aurait-elle pas eu lieu à Beaubourg ?

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Maline
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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Lun 10 Sep 2012 - 13:58

Arabella a écrit:
L'exposition n'aurait-elle pas eu lieu à Beaubourg ?
Non, je l'avais vu à l'institut Goethe à Paris et le catalogue me le confirme. Autrement elle a voyagé à Brême, Berlin et Mayence.
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Arabella
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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Lun 10 Sep 2012 - 18:41

D'accord. Il y avait aussi eu une exposition il y a une vingtaine d'année à Beaubourg, je pensais donc que c'était ce dont tu parlais.

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colimasson
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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Jeu 16 Juil 2015 - 22:41

Œuvres – Tome 1 (1914-1922)




Walter Benjamin écrivait sans méthode, par bribes décousues, intellectuel itinérant laissant à Theodor Adorno le soin de classer ses pages après sa mort. Le premier tome des Œuvres de Walter Benjamin regroupe quelques-uns de ses essais majeurs écrits entre 1914-1922. C’est la période au cours de laquelle Walter Benjamin conçoit sa théorie du langage autour de deux textes fondateurs : « Deux poèmes de Friedrich Hölderlin » et « Sur le langage en général ». Il considère que le langage est fondé sur une dichotomie opposant une fonction de communication utilitaire à une fonction centrale qui serait capable de révéler l’essence de l’homme par le verbe, dans un dialogue où le destinataire de l’homme serait Dieu –excusez du peu, mais enfin, vous pouvez remplacer ici par n’importe quelle entité transcendante qui vous tient à cœur.  


« Le fait que la fonction instrumentale du langage, la communication, l’ait emporté sur sa fonction de nomination et de révélation, est expliqué en termes de péché originel, et la tâche assignée à la philosophie est de travailler à remettre en vigueur la fonction originelle du langage. »


La théorie du langage s’accompagne d’une réflexion sur l’œuvre du critique littéraire (« La tâche de la grande critique n’est ni d’enseigner au moyen de l’exposé historique ni de former l’esprit au moyen de la comparaison, mais de parvenir à la connaissance en s’abîmant dans l’œuvre »). Walter Benjamin aborde les Affinités électives de Goethe ou L’Idiot de Dostoïevski selon le mot d’ordre de Novalis pour qui toute œuvre d’art contient « un idéal a priori, une nécessité d’exister », qu’il tient à la critique de mettre en lumière. Avec Walter Benjamin, la critique devient morale. Une bonne œuvre est celle qui est nécessaire. Certaines situations n’autorisent pas qu’on s’amuse avec les mots. On peut rire et profaner des calembours à tout bout de champ, lorsqu’on communique vraiment, d’une essence à une autre, les mots doivent retrouver leur caractère divin.


Cette conception du langage aura marqué la première étape d’un parcours intellectuel rétrospectivement découpé en trois étapes. Nous découvrons ici un Walter Benjamin métaphysicien dont le programme, à travers l’élaboration d’une nouvelle théorie de la connaissance, serait « de trouver pour la connaissance une sphère de totale neutralité par rapport aux concepts de sujet et d’objet ; autrement dit, de découvrir la sphère autonome et originaire de la connaissance où ce concept ne définit plus d’aucune manière la relation entre deux entités métaphysiques ». Entre les lignes de ses essais, on soupçonne Walter Benjamin d’être un cérébral radical, un littéraire à la plume racée et un homme blessé par les compromis hypocrites de la société (« La vie des étudiants », « Critique de la violence »). Il s’entraîne aux retranchements de la pensée métaphysique et lorsque nous parvenons avec lui au terme de cette réflexion orientée, nous commençons à comprendre les raisons qui conduisirent cette exploration intense sur une impasse. Que nous offre la métaphysique ? Rien de ce qu’un idéaliste aux pieds sur terre comme Walter Benjamin ne pouvait espérer. Dans les années 30, il opèrera un revirement matérialiste dans lequel la fonction politique du langage recouvrira ses fonctions théologique et métaphysique. Il représente ainsi le balancement éternel qui semble caractériser les grands cycles de l’histoire des peuples, entre besoin de spiritualité et besoin de matérialisme. Cette seconde étape du parcours intellectuel de Walter Benjamin sera présentée dans la suite de ses Œuvres mais se trouve déjà annoncée de manière subliminale dans un de ses essais de la première période, « La tâche du traducteur » :


« C’est à partir de l’histoire, non de la nature, moins encore d’une nature aussi variable que la sensation et l’âme, qu’il faut finalement circonscrire le domaine de la vie. Ainsi naît pour le philosophe la tâche de comprendre toute vie naturelle à partir de cette vie, de plus vaste extension, qui est celle de l’histoire. »




Citation :
« Sans la déploration d’une grandeur manquée, on ne peut attendre aucun renouvellement de sa vie. »
Essai sur Deux poèmes de Friedrich Hölderlin


Citation :
« Chacun trouvera son propre précepte, celui qui présente à sa vie la plus haute exigence. Par voie de connaissance chacun libèrera l’avenir de ce qui aujourd’hui le défigure. »
La vie des étudiants


Citation :
« Tout langage se communique en lui-même, il est, au sens le plus pur du terme, le « médium » de la communication. »
Sur le langage en général et sur le langage humain
Sur le langage en général et sur le langage humain


Citation :
« La question de l’existence de la religion, de l’art, etc. peut jouer un rôle dans la philosophie, mais seulement par le biais du questionnement sur la connaissance philosophique de cette existence. »
Sur le programme de la philosophie qui vient


Citation :
« La fondation de droit est une fondation de pouvoir et, dans cette mesure, un acte de manifestation immédiate de la violence. Si la justice est le principe de toute finalité divine, le pouvoir est le principe de toute fondation mythique du droit. »
Critique de la violence


Citation :
« Le destin est l’ensemble de relations qui inscrit le vivant dans l’horizon de la faute. »
Essai sur les Affinités électives de Goethe


Une clé importante de la compréhension de Walter Benjamin fournie dans la présentation :

Citation :
« Les hommes ont toujours aspiré à l’émancipation, et le passé ne livre sa véritable signification que si on y redécouvre leur révolte. C’est là sans doute le sens du pacte secret entre les générations dont parle Benjamin dans son dernier texte : la dette des vivants à l’égard de l’aspiration au bonheur qui fut celle des morts. »


*Peinture de Zdzislaw Beksinski

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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Ven 17 Juil 2015 - 13:09

J'avais trouvé Œuvres III d'un langage plutôt accessible tout en maniant des idées extrêmement pointues à l'aide de constructions parfois intrigantes (biscornues ?) ; mais là les grands mots de métaphysique, essence, révélation me font vraiment très peur. Est-ce quand même compréhensible pour un lecteur peut habitué à manier ses grands principes ??

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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Dim 19 Juil 2015 - 16:27

Oui, je n'y suis sans doute pas plus habituée que toi...
Mais je ne lis pas d'une manière très rigoureuse. Certains chapitres m'ont gardé à distance, je n'ai pas essayé de percer leurs mystères à tout prix. Je préfère faire confiance à ma compréhension immédiate d'autres essais.

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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Dim 19 Juil 2015 - 18:36

c'est "La conception de l'Histoire" qui m'intéresse, savez-vous dans quel tome elle se trouve ? merci

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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Dim 19 Juil 2015 - 19:11

Bédoulène a écrit:
c'est "La conception de l'Histoire" qui m'intéresse, savez-vous dans quel tome elle se trouve ?  merci

Le court texte "Sur le concept d'histoire" est dans le volume III des Oeuvres (folio essais). On trouve aussi le texte (légalement ?) sur https://moggolospolemistisvalkaniosagrotisoklonos.wordpress.com/2010/01/27/walter-benjamin-sur-le-concept-d’histoire/
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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Dim 19 Juil 2015 - 20:33

meci Expie ! sourire

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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Dim 6 Sep 2015 - 22:00

Oeuvres - Tome II (1927-34)




1927-1933 : on situe le revirement matérialiste de Walter Benjamin à cette époque alors qu’il s’était plutôt fait connaître jusque-là pour ses opinions métaphysiques. Mais ainsi que la métaphysique ne l’avait pas entièrement conquis, le matérialisme ne deviendra pas sa nouvelle religion. Walter Benjamin s’aventure sur le terrain de la pensée comme une bonne vieille dame en emplettes sur le marché. Il pourrait adopter n’importe quel masque mais il reconnaît qu’on perd moins de temps et qu’on se fatigue moins en en revêtant un seul.


Il serait long et peu représentatif de citer tous les essais contenus dans ce livre. Walter Benjamin analyse les phénomènes littéraires, sociaux et politiques de son époque sans jamais cesser de se tourner vers le passé pour donner un peu de ce relief qui manque souvent aux choses du présent. D’ailleurs, on devrait plutôt dire que Walter Benjamin interroge sans cesse l’éternel. Cet absolutiste ne juge rien d’après les valeurs éphémères d’une époque ou d’une civilisation. Son seul critère de qualité est celui de la sincérité, qu’elle soit angoisse dans son stade premier d’irrésolution, ou légèreté dans ses stades plus avancés de compréhension. Ses critiques semblent à première vue impersonnelles et froides à force d’objectivité mais, en les alignant, on découvre que ce sont toujours les mêmes interrogations qui reviennent pour pousser ses sujets d’études dans leurs retranchements. La question qu’il pose est la suivante : jusqu’où avez-vous été prêt à sacrifier votre confort pour démasquer les supercheries ?


Parmi tous les essais contenus dans cet ouvrage, j’ai surtout aimé « Le caractère destructeur » qui m’a permis de comprendre enfin pourquoi j’aimais tout casser :


« Le caractère destructeur est jeune et enjoué. Détruire en effet nous rajeunit, parce que nous effaçons par-là les traces de notre âge, et nous réjouit, parce que déblayer signifie pour le destructeur résoudre parfaitement son propre état, voire en extraire la racine carrée. […]
Le caractère destructeur n’a aucune idée en tête. Ses besoins sont réduits ; avant tout, il n’a nul besoin de savoir ce qui se substituera à ce qui a été détruit. D’abord, un instant du moins, l’espace vide, la place où l’objet se trouvait, où la victime vivait. On trouvera bien quelqu’un qui en aura besoin sans chercher à l’occuper. […]
Le caractère destructeur ne souhaite nullement être compris. A ses yeux, tout effort allant dans ce sens est superficiel. Le malentendu ne peut l’atteindre. Au contraire, il le provoque, comme l’ont provoqué les oracles, ces institutions destructrices établies par l’Etat. […] Le caractère destructeur accepte le malentendu ; il n’encourage pas le commérage.
Le caractère destructeur est l’ennemi de l’homme en étui. Ce dernier cherche le confort, dont la coquille est la quintessence. […]
Aux yeux du caractère destructeur rien n’est durable. C’est pour cette raison précisément qu’il voit partout des chemins. Là où d’autres butent sur des murs ou des montagnes, il voit encore un chemin. Mais comme il en voit partout, il lui faut partout les déblayer. […] Voyant partout des chemins, il est lui-même toujours à la croisée des chemins. Aucun instant ne peut connaître le suivant. Il démolit ce qui existe, non pour l’amour des décombres, mais pour l’amour du chemin qui les traverse. »



Quelle merveille de lire ces textes qui fouillent au plus profond de l’individu tout en gardant leur dignité froide et impassible. Les cliniciens austères ont eux aussi des états d’âme…



Georges Rouault


Walter Benjamin nous rapporte son expérience du haschisch, un jour à Marseille :

Citation :
« Je voudrais croire que le hachisch sait convaincre la nature de nous amener à cette dissipation de notre propre existence qui a lieu dans l’amour, mais de façon moins intéressée que dans l’amour. »


Essai sur Goethe:

Citation :
« Si en effet le grand écrivain est celui qui d’emblée fait de son monde intérieur une affaire publique, et qui reprend tous les problèmes du temps pour en faire des problèmes de son univers personnel, de sa propre sphère d’expérience et de pensée, alors Goethe, dans ses œuvres de jeunesse, représente ce type avec une perfection qui n’avait jamais été atteinte avant lui. »


Essai sur Proust:

Citation :
« [Proust] est pénétré de cette vérité que les vrais drames de l’existence qui nous destinée, nous n’avons pas le temps de les vivre. C’est cela qui nous fait vieillir. Rien d’autre. Les rides et les plis du visage sont les marques des grandes passions, des vices, des prises de conscience qui sont venus nous trouver –mais nous, les maîtres du logis, nous étions absents. »


Essai sur Julien Green :

Citation :
« Green met de l’ordre dans nos terreurs les plus précoces. Au domicile de l’enfance, vidé de ses meubles, il rassemble au balai les traces laissées par l’existence de nos parents. Dans le monceau de souffrance et d’horreur qu’il accumule, leur cadavre sans sépulture nous choque et nous transperce brutalement comme, il y a des siècles, le Corps transperça l’homme pieux qu’il stigmatisa. »


Essai sur Karl Kraus:

Citation :
« Kraus voit fondre sur lui toute l’histoire universelle à travers les énormités d’un seul fait divers local, d’une seule phrase, d’une seule petite annonce. »


Essai sur Franz Kafka:

Citation :
« Comme les Aggadah du Talmud, les livres de Kafka offrent des récits qui sont toujours laissés en suspens, qui s’attardent dans les descriptions les plus minutieuses, comme s’ils espéraient et, simultanément, redoutaient que le précepte et la formule de la Halaknah, de la doctrine, puissent les surprendre en cours de route. »


Expérience et pauvreté :

Citation :
« Pauvres, voilà bien ce que nous sommes devenus. Pièce par pièce, nous avons dispersé l’héritage de l’humanité, nous avons dû laisser ce trésor au mont de piété, souvent pour un centième de sa valeur, en échange de la piécette de l’ « actuel ». »


Et parmi les autres essais non cités : sur Gottfried Keller, André Gide, Hugo von Hofmannsthal, le surréalisme, Robert Walser (il paraît qu'il faut lire à tout prix : Blanche Neige !), Johann Peter Hebel S. Kracauer, Berlin Alexanderplatz de Döblin, Max Kommerell, Ernst Jünger et son ouvrage collectif sur la guerre, Paul Valéry, la photographie, Kierkegaard, Oedipe, la position de l'écrivain français...


« Le décisif n’est pas la progression de connaissance en connaissance, mais la fêlure à l’intérieur de chacune d’elles. »

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MessageSujet: Re: Walter Benjamin [Critique littéraire]   Sam 3 Oct 2015 - 16:29

Je viens de découvrir Walter Benjamin à travers ses essais sur l'oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. Tes commentaires, Colimasson, donnent envie d’en apprendre plus ! Le bonhomme a l’air très intéressant, d’avoir touché à tout.
J’ai été très surprise par ces essais ; car même s’il annonce très vite le caractère politique (Marxiste) du texte, la progression est pas évidente : tout d’abord, une histoire de la reproduction technique (surtout photo, film) ; puis une analyse fine, souvent visionnaire, de ce que pourrait être l’aura d’une œuvre d’art (ce qui rend l'objet spécial). On s’interroge sur ce qu’impliquent les nouvelles techniques de reproduction de l’image (photo et film) pour cette notion d’aura… puis on remet en question l'idee de l’aura : historiquement, quelles instituions l’ont construit, ce caractère si spécial des ‘œuvres d’art’ ? L’aura a-t-elle jamais existé ? Et on finit, par une percée intellectuelle, sur la politique, la sociologie. Si je ne suis pas toujours tout à fait d’accord, si je ne comprends pas toujours parfaitement, j’ai aimé ce dialogue entre les disciplines. Puis je suis drôlement étonnée par la justesse de certaines de ses prédictions : très intéressant à lire à l’ère d’internet, à l’ère de l’œuvre postmoderne…
A creuser !
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