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 Jean Lorrain

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Arabella
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MessageSujet: Jean Lorrain   Ven 14 Sep 2012 - 17:53

Jean Lorrain (1855-1906)







Naissance à Fécamp, son père est agent maritime et armateur. Etudes, puis en 1875 l’armée. Il semble avoir pris un certain plaisir à manier le sabre. Malgré le souhait de son père, ne montre aucune disposition pour les affaires et mène une vie frivole, jusqu’à son départ à Paris, pour poursuivre des études de droit (1878). Il y fait connaissance d’un certain nombre d’artistes et écrivains et en 1880 abandonne définitivement le droit pour une carrière de lettres. Son père accepte de lui verser une petite pension. Appartient au groupe d’artistes qui collabore avec Le chat Noir, cabaret et revue. Se lie d’amitié avec J.K. Huysmans, dont il admire A rebours. Appartient de façon affirmée aux artistes décadents, abuse de l’éther. Après la mort de son père, sa mère vient le rejoindre à Auteuil et vivra avec lui jusqu’à sa mort.

En parallèle à la publication de recueils de poèmes et de romans, Lorrain commence à écrire dans diverses revues. En 1886, Maupassant croit se reconnaître dans Très russe, et envoie des témoins à Lorrain, qui refuse le duel. Pendant l’affaire Dreyfus se range d’une façon très affirmée parmi les anti-dreyfusards

Sa carrière de critiques et chroniquer prend de plus en plus d’ampleur, sa plume acérée lui vaudra de nombreux ennemis et quelques ennuis : un duel avec Marcel Proust en 1897, en 1903 un procès perdu contre Jeanne Jacquemin dans lequel il est fortement condamné (prison et gros dommages et intérêts). En 1904, un assassin lors de son procès l’accuse (avec Barrès) de l’avoir corrompu par voie de littérature.

Ce qui ne l’empêche pas de beaucoup publier par ailleurs, romans, nouvelles, poésie….


Bibliographie

Je ne vais pas reproduire la liste de plus de 100 titres, pour ceux que cela intéresse je vous mets le lien vers un site consacré à Jean Lorrain ici

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Arabella
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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Ven 14 Sep 2012 - 17:56

Histoires de Masques




Des nouvelles avec, en principe, le thème commun du masque. La couverture avec une reproduction d’Ensor n’est pas là par hasard, Jean Lorrain admirait beaucoup le peintre. Je vais laisser la parole au préfacier de l’édition originale, Gustave Coquiot :

Citation :
Mais encore, un jour, rappelez-vous, l’écrivain de ces histoires déclara qu’il admirait James Ensor, le jeune maître d’Ostende, qui a exécuté lui aussi, là-bas, une série merveilleuse de masques aux mufles d’hippocampes ou aux faces de batraciens. Et, en effet, en lisant Histoires de Masques, vous retrouverez le frénétique amant de toute bizarrerie, le glorieux Ensor, embusqué derrière toutes les pages. Il vous semblera même que l’écrivain a eu à cœur de ménager à l’artiste des illustrations parfaites, des ressources dans l’épouvante et dans l’horrible.

Et comment Jean Lorrain lui-même envisage-t-il ces masques :

Citation :
Le mystère attirant et répulsif du masque, qui pourra jamais en donner la technique, en expliquer les motifs et démontrer logiquement l’impérieux besoin auquel cèdent, à des jours déterminés, certains êtres, de se grimer, de se déguiser, de changer leur identité, de cesser d’être ce qu’ils sont ; en un mot de s’évader d’eux-mêmes ?

Quels instincts, quels appétits, quelles espérances, quelles convoitises, quelles maladies d’âme sous le cartonnage grossièrement colorié des faux mentons et de faux nez, sous le crin des fausses barbes, le satin miroitant des loups ou le drap blanc des cagoules ? A quelle ivresse de haschisch ou de morphine, quel oubli d’eux-mêmes, à quelle équivoque et mauvaise aventure se précipitent, les jours de bals masqués, ces lamentables et grotesques défilés de dominos et de pénitents ?

Ils sont bruyants, débordants de mouvements et de gestes, ces masques, et pourtant leur gaieté est triste ; ce sont moins des vivants que des spectres. Comme les fantômes, ils marchent pour la plupart enveloppés dans des étoffes à longs plis, et, comme les fantômes, on ne voit pas leur visage.

Cet extrait résume assez bien les récits sur les masques du recueil. Des masques tristes, se fuyant eux-mêmes, dans une atmosphère mélancolique, et un climat de fin de fête. Le rire lorsqu’il se produit, a un côté forcé. Jean Lorrain dépeint à merveille ces atmosphères, avec le mot juste, l’adjectif précis. Ces textes sont des sortes de tableaux, plus que des histoires à proprement parlé. Des tableaux somptueux, à la limite de la surcharge. A la limite aussi de la peur, du fantastique. Les choses pourraient déraper, plonger dans l’angoisse. Parfois cela arrive un peu. Mais ne va pas jusqu’à l’horreur. Tout au moins pour le narrateur, le personnage principal, qui reste un spectateur des masques plus qu’un masque lui-même. Les masques qu’il voit, sont une possibilité, une évolution possible, mais le pas n’est pas encore franchi. Même si on peut imaginer que cela arrive, et que là les choses pourraient devenir beaucoup plus périlleuses.

Il y a aussi des histoires plus liées à l’enfance, à la province. Et elles sont peut être encore plus réussies. Le climat de nostalgie est présent, et il se même aussi à une peur, à quelque chose qui pourrait être menaçant. Sans là non plus franchir une certaine limite. On se remémore des choses qui faisaient un peu peur, mais qui attiraient aussi. Peut être parce qu’elles faisaient peur. Une peur délicieuse, une angoisse délectable. Peut être que les masques finalement permettent plus tard de retrouver le même genre de sensations.

Et encore un mot, l’écriture est à se damner, cet homme sait mettre le mot juste, le rythme de phrase idoine, la formule qui en quelques mots donne une image précise, nous fait toucher du doigt. Avec une élégance raffinée incomparable. Je comprends que des gens aient pu vouloir le tuer, parce qu’avec une telle maîtrise de la langue, il pouvait être un critique redoutable. Mais pas seulement.

Une vraie découverte en tous les cas, que cet auteur, relativement oublié, et qui mériterait de l’être un peu moins.


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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Ven 14 Sep 2012 - 18:07

Je sens que ce fil va se remplir Very Happy

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Ven 14 Sep 2012 - 18:23

J'espère bien. Very Happy

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Ven 14 Sep 2012 - 19:17

J'ai commandé "Monsieur de Phocas".

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Ven 14 Sep 2012 - 19:28

Je l'ai lu. Commentaire demain, si tout va bien.

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Dim 16 Sep 2012 - 21:45

Monsieur de Phocas


Le narrateur se voit déposer, puis envoyer par la suite, le manuscrit d'un certain duc de Fréneuse, qui se fait appeler M. de Phocas. Jeune homme très riche, collectionneur de pierre précieuses, extravagant, excentrique, choquant quelque peu les bonnes âmes par sa façon de vivre. Il quitte la France, et raconte un certain nombre d'évènements qui l'ont amenés à cette décision. Des rencontres furent essentielles, en particulier celles de Claudius Ethal, un peintre anglais, qu'entoure une réputation des plus scandaleuse, et de Thomas Welcôme, jeune anglais, exclu de la bonne société à cause de rumeurs.

Le jeune duc nous raconte sa vie, nous dépeint les gens qu'il rencontre, parle de ses obsessions, de ses peurs, de ses idées fixes. De son mal de vivre, et de la morbide fascination du très dangereux Ethal.

L'écriture de Jean Lorrain est somptueuse, et sa façon de dépeindre une ambiance, un climat, un décor, une scène, magistrale. Là où cela pêche, c'est dans la manière d'articuler l'ensemble, de construire un roman, une progression, une évolution. On est en face de scènes, parfois très réussies et très prenantes, mais le schéma d'ensemble est assez bancal. Dans les textes de présentation (très fournis) est évoquée la façon de travailler de Lorrain, de réutiliser des choses écrites et de les intégrer dans de nouvelles oeuvres, y compris des articles ou chroniques dont il vivait. De même de se référer sans cesse aux oeuvres d'autres écrivains. On pense évidemment à Huysmans et A rebours, mais les références ne manquent pas. De même que les personnages décrits sont la plupart du temps des personnages réels que l'auteur a côtoyé, et de nombreuses notes nous expliquent de qui il s'agit.

Tout cela renforce encore un côté haché, un peu segmenté du livre. Finalement, j'ai été d'avantage convaincue par Histoires de Masques, qui sont de courts récits, qui se suffisent à eux-mêmes, et dans lequel le talent de l'auteur, sa capacité à décrire des lieux, des personnages, des ambiances, s'exprime pleinement, sans avoir besoin de construction romanesque, qu'il ne semble pas réellement maîtriser. Ou qui ne l'intéresse pas réellement.

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Mer 26 Sep 2012 - 18:38

Maison pour dames

Mme Farnier, épouse d'un respectable fonctionnaire de province, taquine la muse à ses heures perdues. Et devient la lauréate d'un concours de poésie proposé par la revue Le laurier d'or. Elle est invitée à se rendre à Paris, pour être lancée par la revue. Le mari résiste un peu par la peur de qu'en dira-t-on, puis finit par se laisser fléchir. Le malheureux ménage va vivre l'enfer et les affres de cette situation : le directeur de la revue ne cherche qu'à tirer profit de la jeune poétesse, qui se voit jetée dans un tourbillon d'activités futiles et dangereuses. Entourée de gens qui cherchent à tirer profit de la situation ou mangés par l'envie et le désir de nuire, elle ne sait rapidement plus comment se tirer de cette situation plus que désagréable...

Un registre différent dans l'oeuvre de Jean Lorrain. Une satire de moeurs régnants dans le milieu de la presse de son temps. Et pas seulement de son temps. Les photos truquées, les articles plus ou moins inventés pour les besoins de la cause, l'envie, le désir de réussir à tout prix, les mesquineries, les coups bas....Pas sûr que cela ait changé le moins du monde, même si les techniques ont évoluées. Et puis aujourd'hui, une jeune femme ne rêverait plus d'être poète, mais mannequin, actrice ou chanteuse. Et on connaît les différentes émissions qui sur ce créneau éveillent le désir frénétiques de ces jeunes, les utilisent puis les jettent pour très vite aller en chercher d'autres.

Jean Lorrain a une plume acérée pour décrire tout ce petit monde qu'il connaissait bien, il croque des portraits au vitriol, assez drôles parfois, même si certainement les contemporains reconnaissaient sans doute des personnes réelles derrière ces portraits, ce qui devait ajouter du piquant à la chose. Cela dit, c'est moins réussi et personnel que les autres livres que j'ai lu de lui.

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Mar 30 Avr 2013 - 19:26

Princesses d'ivoires et d'ivresse

Citation :
Par les ciels mouillés de décembre, tandis que les passants enlaidis par le froid se hâtent et se heurtent à l'angle des trottoirs, et que la bise tourmente avec des férocités de chatte les guenilleux attardés au pavé dur des routes, combien il serait doux de pouvoir redescendre le passé, de pouvoir redevenir enfant et, blotti près des braises rougeoyantes, dans la tiédeur des chambres closes, quel repos et quelle fraîcheur ce serait aux pauvres yeux éraillés par la vie à se reprendre au charme de vieux livres d'images, des vieux livres d'étrennes illustrés de jadis, et de pouvoir croire encore aux contes !


Et pour retrouver ce plaisir du conte, du rêve, de l'évasion, Jean Lorrain en écrit à son tour. Des contes un peu étranges, tout de même. Des contes un peu cruels, où ses héros souffrent (ça c'est normal dans les contes) mais sans espoir d'une fin heureuse, et surtout pas de mariage, et beaucoup d'enfants à l'horizon. Des princesses décadentes, par trop ornées, promènent leur ennui, leur spleen, dans des somptueux palais-prison, et rêvent de mort et de tourments pour enfin avoir quelque chose à ressentir.

Et puis quelques réminiscences reviennent à Jean Lorrain, dans lesquelles il revisite certains contes qu'il a aimé, La reine des neige, Mélusine....Et les contes qu'il a entendu dans la cuisine racontée par sa nounou, et qui rappellent la Normandie de son enfance. Peut être les plus intéressants, les plus touchants, les plus authentiquement contes. Avant que l'âge adulte ne pervertissent la magie du conte, et en fasse une sorte de poème en prose décadent.


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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Mer 1 Mai 2013 - 10:40

Il est temps de te rejoindre sur ce fil...

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Mer 1 Mai 2013 - 11:48

Je trouve que là où il donne le meilleur de lui-même, c'est dans la forme courte, le roman ne lui réussit pas autant. Ce n'est sans doute pas un auteur essentiel, mais un jalon intéressant dans la littérature de la fin du XIXe, et au-delà de la vie littéraire et culturelle de l'époque. J'ai la sensation d'en avoir fait un peu le tour, mais je ne regrette pas la découverte.

Marko, j'ai failli ne pas te reconnaître avec ton nouvel avatar. dentsblanches

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Lun 8 Juin 2015 - 20:07

Monsieur de Bougrelon

Deux jeunes Français sont en visite à Amsterdam, où ils s'ennuient quelque peu. Dans un mauvais lieu, il font la connaissance de M. de Bougrelon, un compatriote âgé, visiblement dans la gêne et qui vit depuis de nombreuses années dans la ville. Il se charge de la leur montrer sous un jour qu'ils ne soupçonnaient pas, tout en leur racontant quelques épisodes de son existence.

C'est spirituel, drôle par moments, mais tout de même mineur. Définitivement, Jean Lorrain réussit mieux dans la forme courte que dans le roman, où ce qui s'en approche.

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Lun 8 Juin 2015 - 20:21

Arabella a écrit:
Je trouve que là où il donne le meilleur de lui-même, c'est dans la forme courte, le roman ne lui réussit pas autant. Ce n'est sans doute pas un auteur essentiel, mais un jalon intéressant dans la littérature de la fin du XIXe, et au-delà de la vie littéraire et culturelle de l'époque. J'ai la sensation d'en avoir fait un peu le tour, mais je ne regrette pas la découverte.

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Mar 14 Juil 2015 - 19:14

Ce que j'aime chez Jean Lorrain c'est sa concision dans les détails, sa finesse mêlée de sensualité, les descriptions détaillées, les petits riens et toutes les petites choses qui nous donnent l'impression d'être dans le livre, de respirer la même odeur, de sentir la pluie, l'angoisse, la chaleur...
Et tant pis pour le dandy désobligeant et misogyne.
Je vous joins un extrait d'un recueil de nouvelles.

Citation :
« Les jours de grains, quand l’averse fait rage et met comme d’innombrables et longues baguettes d’eau sales entre le ciel et le macadam. Il faut la voir aller et venir à travers la cohue des gens, tassés là par la pluie sous les arcades de la rue de Rivoli.

Elle arpente le trottoir, hésite un instant à un angle, se retrousse comme pour prendre son élan pour traverser la rue, puis, au moment d’ouvrir son parapluie ou de héler un fiacre, revient brusquement sur ses pas, attirée on croirait par les splendeurs d’un étalage : la voici, d’ailleurs, qui s’y arrête et, comme hypnotisée, s’immobilise devant un assortiment de broderies persanes, le front appuyé à la fraîcheur des glaces, les yeux ailleurs, reculés sous les plis des paupières tandis que la bouche entr’ouverte sourit, qu’un bout de langue y pointe au coin mouillé des lèvres et dit crûment d’oser aux hommes qui passent, oui, d’oser prendre à pleines mains cette taille qui se cambre et cette croupe qui s’offre.

Car à cette minute cette femme aux dessous couteux et parfumés, à la chaussure fine, aux bas à coins brodés de deux louis la paire, est à qui veut la prendre… Sans volonté, sans défense, elle est la proie que peut emmener et posséder tout son saoul, en toute sécurité, dans le premier garni du voisinage ou chez lui, le premier comme le dernier venu (…) et cette femme, la mère de vos enfants, est à ce monsieur, à ce passant, à cet inconnu.

Mais elle, l’épouse adultère ?… Oh ! Elle ne se doute même pas de ce qu’elle fait, elle ne saura qu’après : la névrose la travaille, elle est inconsciente, en pleine crise. (…)

Et à quoi a obéi cette femme, qui vient de se prostituer bêtement à un inconnu, sans intérêt et sans plaisir ? Car elle n’a pas même pris plaisir, elle aime quelquefois son mari.

Mystère !… À on ne sait quel rut, quelle folie née des stations prolongées de vent toutes ces étoffes, tous ces reflets de peluches et de soieries, convoitises inavouées et inassouvies de ces mille objets de luxe et de féerie ; à on ne sait quel prurit aussi développé au frôlement de la foule, la foule des jours de pluie fumante et mouillée, et dégageant, tassée dans la chaleur de ces grands magasins, comme une odeur de bête et de fourrure. Est-ce que l’on sait, d’ailleurs ? Peut-être tout simplement à l’ennui, à un ennui de femme mariée astreinte à un minimum de dépenses, affolée des exigences du budget ; peut-être tout simplement à l’énervement de cette journée d’octobre, molle, pluvieuse et chaude, à un besoin de sensation neuve, à l’envie d’une brutalité. »

Jean Lorrain
« Inconsciente » Samedi 8 octobre 1892
Recueil de nouvelles Âmes d’automnes
Édition Alteredit – Les auteurs français 1900 (page 13)
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MessageSujet: Re: Jean Lorrain   Mar 14 Juil 2015 - 20:24

de Jean Lorrain :

"...le printemps de la Riviera me captive et me retient dans le charme caressant de sa douceur et de ses parfums. Nice, vide de filles et de rastaquouères est redevenue une indolente petite ville italienne. Tout près, c'est le port, ses matures et le bleu de la Méditerranée. C'est une griserie sensuelle et très grave dont je savoure lentement l'ivresse"
Avril 1902
cité par A.Benvenuto, "Guide amoureux, secret et historique du Vieux Nice."


Dernière édition par Chamaco le Mar 14 Juil 2015 - 20:51, édité 1 fois
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