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 Jesmyn Ward

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zazy
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MessageSujet: Jesmyn Ward   Jesmyn Ward Icon_minitimeMar 18 Sep 2012 - 22:58

Jesmyn Ward 7c53f44f2c3133343138313738313730373534

Jesmyn Ward, trente-cinq ans, est née à DeLisle, dans le Mississippi. Issue d'une famille nombreuse, elle est la première à bénéficier d'une bourse pour l'université. Son premier roman, Where the Line Bleeds, à paraître chez Belfond, lui a valu d'être remarquée par la critique américaine. Mais c'est avec Bois Sauvage qu'elle va connaître la reconnaissance internationale, en remportant, à la surprise générale, le National Book Award, récompense littéraire suprême aux Etats-Unis. Jesmyn Ward vit en Alabama.
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zazy
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MessageSujet: Re: Jesmyn Ward   Jesmyn Ward Icon_minitimeMar 18 Sep 2012 - 23:02

Jesmyn Ward 9782714453167

Bois sauvage
Jesmyn Ward
Traduction de Jean-Luc Piningre
Editions Belfond
340 pages
ISBN : 9782714453167


4ème de couverture :

A Bois Sauvage, Mississippi, en 2005. Depuis que sa mère est morte en couches, Esch, quatorze ans, s’occupe des hommes de sa famille : son père Claude, ses deux aînés, Randall et Skeetah, et Junior, le petit dernier. Esch a du mal à trouver sa place : elle couche avec les copains de ses frères pour leur faire plaisir mais c’est de Manny qu’elle est amoureuse. Et dont elle est enceinte. A qui le dire ? Skeetah n’a d’yeux que pour China, son pitbull adoré qui vient d’avoir une portée de chiots ; Randall s’entraîne pour le match de basket qui pourrait lui valoir une bourse sportive et Junior traîne dans ses pattes, en quête d’un peu d’attention.
Quant à leur père, il tombe régulièrement dans la bière pour oublier qu’il est seul. Alors Esch se réfugie dans son livre favori, sur la mythologie grecque, et fait des rêves où sa mère prend les traits de Médée. Les journaux annoncent l’arrivée imminente d’une tempête. Habituée à la saison des ouragans, la famille fait ce qu’elle fait toujours : consolider la maison, rassembler de la nourriture, quitte à aller en chaparder aux alentours.
Mais cette tempête n’est pas comme les autres, elle se nomme Katrina, elle est la mère de tous les ouragans. Et sa violence est sans limites…

==================

A « Bois Sauvage » une famille noire vit sans autre éducation que celle donnée, un peu par l’école, beaucoup par la vie ; Et la vie n’est pas tendre avec eux. Une mère morte trop jeune en accouchant du petit dernier, un père toujours ivre, des frères, des copains, des animaux…. tel est le quotidien d’Esch, jeune adolescente de 14 ans. Les copains à qui elle ne se refuse pas car il est « plus facile de laisser faire que de lui demander d’arrêter, plus facile de me faire prendre que de le repousser, plus facile que de l’entendre répéter : « Mais pourquoi » Me taire et accepter plutôt que répondre. » Et puis, il y a Manny qu’elle aime mais qui abuse de son corps sans lui rendre son amour…. Elle tombe enceinte !

N’allez pas penser qu’elle est malheureuse, perverse ; elle n’en a pas le temps, toujours à essayer de vivre. Ils forment un vrai clan, les frères et la sœur, un clan soudé avec quelques accrocs, mais toujours présents. La lecture d’un livre sur la mythologie est le seul refuge d’Esch.

Comme si cela ne suffisait pas, Katrina va arriver, le père le sent…… tout le monde doit travailler à consolider la misère jusqu’au dernier instant.

Le style de ce livre est heurté, la violence sourd de partout. Les phrases pètent, le vocabulaire est direct voire cru. Ce livre n’est pas misérabiliste pour autant ; Au détour des pages, il y a des moments de tendresse, de poésie, d’humanité. Esch est si attachante dans son animalité naïve et sa grande intelligence de la vie.

La quatrième de couverture compare Jesmyn Ward, entre autres grands littérateurs du sud, à Harper Lee. Je préfère nettement ce livre qui est plus animal, plus viscéral à « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ».

Pour toutes ces raisons, j’ai vraiment aimé ce livre. Jesmyn Ward a beaucoup de talent et je comprends qu’elle ait obtenu National Book Award en 2011. Un bon coup de cœur.

Quelques extraits :
« C’est rien comparé à ce qu’à souffert maman en accouchant de Junior. Comme nous, il a vu le jour dans la chambre des parents, au milieu de la clairière que son père a créée de ses mains avant de nous construire notre maison. On l’appelle maintenant la Fosse. J’avais huit ans, je suis la seule fille de la famille et j’avais rien pu faire. Papa dit que maman voulait pas qu’on l’aide, que Randall et moi étions sortis vite, sous l’ampoule nue au-dessus du lit, alors elle pensait que ça serait pareil avec Junior, mais elle se trompait. »

« Un cœur de fille qui se laissait prendre par les autres avant lui, parce qu’ils le voulaient, pas parce que je leur donnais. Je les laissais faire car pendant un moment j’étais Psyché, ou Eurydice ou Daphné ».

« Après que maman est morte, papa disait : « Mais qu’est-ce t’as à pleurer ? Arrête. C’est pas parce que tu pleures que ça va changer quelque chose ». On n’a jamais arrêté. On a fait plus doucement. On s’est cachés, c’est tout. J’ai appris à pleurer sans faire couler les larmes, ou juste une, des fois, j’ai appris à avaler, ça a un goût d’eau tiède, salées, elles me tombent au fon de la gorge. C’est tout ce qu’on pouvait faire. Alors j’avale, je regarde au travers et je cours. »

« Avant quand maman devait nous réveiller, elle nous mettait une main dans le dos. Elle nous sentait gigoter un peu, le temps qu’on sache que c’est le matin »

« J’ai essayé de lire ce matin, mais je me suis arrêtée au milieu de la quête pour la Toison d’or, à cause de Médée, qui pense plus qu’à Jason, le cœur embrasé, et les joues aussi, son malheur qui est un peu comme du bonheur. La déesse lui a donné le coup de foudre et elle avait plus le choix. »


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MessageSujet: Re: Jesmyn Ward   Jesmyn Ward Icon_minitimeMer 19 Sep 2012 - 0:10

Il a l'air pas mal ce livre! Je commence malgré tout à me lasser un peu de cette obsession de la littérature américaine pour ces histoires de familles dysfonctionnelles (certes elles le sont toutes probablement...). Mais ce que tu en dis semble original et prometteur.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Jesmyn Ward   Jesmyn Ward Icon_minitimeMer 19 Sep 2012 - 12:13

Avec en arrière-fond, mais très présent : Katrina
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MessageSujet: Re: Jesmyn Ward   Jesmyn Ward Icon_minitimeSam 27 Oct 2012 - 9:42

Bois sauvage

Certes Katrina est le grand thème du livre : elle se prépare, elle rôde, elle éclate, puis l’apaisement après la bataille
Ce sujet puissant terrifiant et magnifique est le nœud du livre , il emporte le lecteur et sa violence n’est qu’une métaphore de la lutte quotidienne de ce petit peuple Noir du Mississipi.

Le deuxième grand thème, c’est cette fratrie, 4 gars et 1 fille, laquelle raconte. Ecorchés vifs car leur mère est morte en donnant naissance au petit dernier , Junior. Le père ne s’en est pas remis, toujours entre deux vins, dépassé par les évènements, déchiré par une tendresse pour ses enfants qu’il est incapable de montrer. Les enfants sont un mélange de sauvagerie et de douceur, ils s ‘épaulent dans l’adversité féroce de leur vie en plein air, entre épaves de camions et souvenirs douloureux. Et toujours , le souvenir de cette mère « comme quand on vous coupe un doigt et qu’il est toujours là ».

Oui cette fratrie est prodigieuse, sauvage, parce que grandie à la va comme je te pousse, communiant avec la nature, élevant ses chiens dans un amour incontrôlable, les menant au combat où s’exprime toute sa fureur rentrée. Mais aussi d’une grand douceur, ne se lâchant pas, se protégeant l’un l’autre comme une chienne ses petits, disant d’un mot , d’un geste, d’une caresse qu’ils sont là l’un pour l’autre, à jamais (et cet amour entre les enfants fait que je ne parlerais pas de famille dysfonctionnelle, Marko, il y a là, bien caché, quelque chose de très sain au contraire)

Enfin il y a le regard d’Esch, la jeune héroïne, déterminée et farouche, terriblement fragile et audulte en même temps. D’une sensualité époustouflante, racontant le souvenir d’une bouteille fraîche sur sa peau, d’une main massant le dos, du temps que tout le monde était encore heureux, traquant la bonté cachée sous la rudesse, se rêvant comme une Médée des temps modernes..

Et puis le style de Jesmyn Ward, ce parlé faussement oral et populaire, jamais excessif, des phrases courtes, acérées qui vont droit au but, met de plein pied dans ce monde de chaos où ce n’est pas la parole qui est pas la reine, mais l’acte, le geste.

Message de misère, message d’espoir, le roman monte peu à peu en puissance et laisse une étrange émotion.

(Merci Zazy sourire !)
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MessageSujet: Re: Jesmyn Ward   Jesmyn Ward Icon_minitimeLun 29 Oct 2012 - 17:01

Topocl, bravo
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MessageSujet: Re: Jesmyn Ward   Jesmyn Ward Icon_minitimeSam 14 Fév 2015 - 22:32

Bois sauvage

C'est l'histoire d'une famille de Noirs pauvres vivant à Bois Sauvage dans le Mississipi. La mère est morte lors du dernier accouchement et restent le Père et 4 enfants, 3 garçons Randall, Skeeter, Junior le benjamin et une fille Esch, c'est la narratrice.
Alors que s'annonce la tempête Katrina que le Père redoute, Randall pense à être sélectionné dans l'équipe de baskett, Skeeter élève China une femelle Pitt-Bull, chienne de combat qui met bas et dont il espère pouvoir gagner de l'argent en vendant les chiots, Junior joue et essaie de suivre les plus grands quant à Esch elle sait faire deux choses, l'amour et courir.

Bien qu'hostile aux combats de chiens, je reconnais que dans ce livre l'amour que porte Skeeter à la chienne est confondant, toute la fratrie est intéressante, l'affection qui les lie, les voir se protéger mutuellement, remplaçant la mère disparue est réconfortant, pas de pathos, la vie, difficile mais tous l'assume.

Esch est amoureuse de Manny, elle se voit comme Médée le livre qu'elle lit mais son Jason s'il profite de son corps ne l'aime pas et la rejette, elle tombe enceinte. Skeeter son frère le plus proche le comprend.

La tempête Katrina arrive, balayant tout sur son passage, la famille résiste et survit. China la chienne de Skeeter est emportée par les flots mais il ne se résout pas et pense, assure, qu'elle reviendra, vivante et belle comme avant ; Esch l'espère aussi, elle qui va être mère comme la chienne, un état qui rapproche la jeune fille et l'animal pense-t-elle.



L'écriture est souple, ronde, poétique, au service d'une histoire réaliste mais sans amertume, juste de la responsabilité et de l'espoir. Tous les sentiments sont bien étudiés, tout particulièrement ceux de Skeeter et Esch.
Une bonne lecture !

extraits

"Les flancs ondulent. Elle gronde, les babines closes comme un trait noir, les yeux rouges, le liquide rose. Tout son corps se contracte, un million de billes roulent sous sa peau, elle semble se retourner comme un gant, du dedans au dehors. Je vois le bulbe violet entre ses cuisses. China fleurit."

"Manny me montre son dos comme une porte fermée. Ses belles épaules. Je m'imagine dessus, il navigue avec moi sur les hauts-fonds, me porte à l'abri sur la rive. L'autre Manny se retournerait pour m'embrasser, boirait à ma bouche. L'autre Manny me prendrait par la main au lieu de me faire tâter son sexe sous la surface. Quand je lui dirai mon secret, il me tournera le dos, encore ?"

"La peinture blanche a bronzé au soleil, et on voit rien derrière les fenêtres à cause des rideaux blancs. C'est comme des murs aveugles avec des yeux fermés, un porche en béton surélevé sur toute la longueur, et des rocking-chairs très bleus, comme les lézards qui habitent dans les fissures chez nous et qu'on voit accroupis par terre."

"Des fois, je me demande s'il a pas tout oublié, s'il a pas la tête comme une passoire, alors ceux qui lui ont donné le biberon, qui l'ont chouchouté et qui ot bu ses larmes, tout ça, ça passe dans l'égouttoir comme l'eau dans la gouttière, et ça lui laisse plus qu'aujourd'hui, ses trous dans le sable, son petit torse nu, et Randall qui lui crie dessus. Le présent lavé des souvenirs comme les légumes lavés de la terre où ils poussent."

"Quand je pense que Manny a tourné la tête pour pas voir ce que je porte, je me remets à pleurer à cause de ce que j'ai été, à cause de ce que je suis et que je serais encore."

"alors Skeeter s'allonge près de l'ouverture en nous regardant, le cou tordu comme s'il vomit, et il tend la main, tire papa, le chiot doit être mort dans mon T-shirt parce qu'il bouge pas, je le sors et je tousse et je tousse toute l'eau de la tempête et de la Fosse, je peux plus m'arrêter, et Skeeter se redresse pour regarder à travers le toit, il appelle China et il la voit flotter, raide comme un mocassin, ballottée dans les troncs qui naviguent plus loin, et Junior se balance sur le bout des pieds comme un poteau qui va tomber, les mains sur les yeux parce qu'il veut plus voir et il chiale : "NonNonNonNonNonNonNonNON....""

_________________
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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