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 Claude Esteban

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MezzaVoce
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MessageSujet: Claude Esteban   Jeu 27 Sep 2012 - 18:29



Claude Esteban est un poète français né en 1935 et mort en 2006. De père espagnol et de mère française, partagé entre deux idiomes, il est marqué par le sentiment douloureux d'une division et d'un exil dans le langage, qui se trouve à la source même de sa vocation poétique. Fondateur de la revue Argile, aux éditions Maeght, il est aussi l'auteur de nombreux écrits sur l'art et sur la poésie, et il a été le traducteur de Jorge Guillén, Octavio Paz, Borges, García Lorca, Quevedo, etc.

Claude Esteban est l’un des poètes majeurs de notre temps. Dans sa quête toujours renouvelée d’un dialogue entre l’univers des signes et la saveur concrète du monde sensible, son œuvre nous touche par sa limpidité et sa nudité sincère. Placée sous le signe de l’alliance mystérieuse d’une plénitude et d’un manque, elle dit à la fois l’impermanence et la splendeur des choses. Même quand elle nous parle du malheur et de l’inconsolable chagrin, c’est avec une délicatesse et une pudeur qui donnent aux mots leur plus grand pouvoir de suggestion, et à l’émotion sa plus durable intensité. Claude Esteban fut aussi un prosateur admirable. (dixit Scopalto).

« Il importait, à cette fin, que la parole se délivre de toutes les « nuits obscures » qui l’obsèdent et de tous les recours fallacieux qui se proposent à son devenir. Les systèmes, les formules de l’entendement, les logiques totalisantes n’ont pas cessé de compromettre le dialogue entre les mots et les choses. Il ne suffit plus, à l’instar de quelque démiurge légendaire, de nommer l’immédiat pour qu’il recouvre sa capacité d’immanence. Devant nous, rien qu’un « lieu pauvre » – ainsi que le découvrait Hölderlin – et le dessein tenace de nous en approcher, de le rejoindre, avec des mots, des mots encore, mais qui se refusent aux miroitements des images, aux subterfuges du discours. Comme si, par-delà cette distance toujours impérieuse des signes, le poème, une fois encore, pouvait se tenir au plus près de la voix. » (Claude Esteban, Au plus près de la voix)
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MezzaVoce
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MessageSujet: Re: Claude Esteban   Jeu 27 Sep 2012 - 18:53

Je ne l'avais jamais lu et je viens de faire une magnifique promenade en sa compagnie.

L'ordre donné à la nuit (2005) est publié dans la collection Verdier L'Image. Chacun des auteurs de cette collection évoque une image unique ayant occupé ou occupant encore une place essentielle au cœur de sa réflexion, de ses rêveries ou de sa création. Pour Claude Esteban, il s'agit de la toile La Vocation de saint Matthieu, peinte il y a quatre siècles par Le Caravage.

L'auteur nous offre une balade intime en sa compagnie lors de laquelle il discute de l'art, de la peinture en particulier, mais aussi des mots, de l'inspiration créatrice et enfin de la poésie. On a l'impression de marcher à côté en l'écoutant sagement. Même si je ne partage pas tout ce qu'il dit, notamment au sujet des courants de peinture formalistes (car j'ai l'impression qu'il oublie ce que suggère Rimbaud : « Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. »), j'ai apprécié le voyage et l'invitation à la réflexion, presque un dialogue imaginaire.

Sur La Vocation de saint Matthieu :
Citation :

Au laconisme du récit, à l’obéissance immédiate du publicain, paradigme parfait pour l’âme chrétienne, Caravage substitue une dramaturgie des passions autrement complexe, toute nimbée de mystère, de vacillement, de perplexité. Et le tableau lui-même, par la distribution spatiale des personnages, la dissymétrie délibérée de la composition, et plus flagrante aux yeux, la bataille que semblent se livrer ici les ombres et la lumière, traduit ces atermoiements d’un homme devant sa destinée. D’une part, surpris dans leurs calculs ou leurs plaisirs, les protagonistes du monde profane, vieillards cupides penchés sur une table, jeunes garçons paradant avec nonchalance dans leurs costumes chamarrés, jouant aux dés ou comptant des pièces de monnaie, n’importe, mais prisonniers de leurs gains, de leur goût du lucre, prêts, s’il le faut, à quelque querelle de spadassins – crépitement de couleurs vives –, et d’autre part, surgissant de la ténèbre fuligineuse, et le corps comme occultés derrière une silhouette sombre [Pierre], cette figure imposante qui ne se révèle que par un profil, un bras tendu, un doigt qui se dirige, telle une flèche inflexible, vers l’homme qui ne peut comprendre, lui, le collecteur d’impôts, le protecteur de l’usure et de la lésine, qu’il est requis d’abandonner son poste et ses profits pour suivre celui dont il ignore même le nom. Autour, rien que le confinement d’une chambre, et surplombant tous les acteurs, l’opacité d’une fenêtre qui ne s’ouvre plus sur le jour.

Sur les mots :
Citation :
J’avais dû subir le partage permanent entre deux idiomes qui se combattaient en moi, et ce dédoublement verbal avait accru ma défiance à l’endroit du langage et de ses capacités à rendre compte, à tout le moins, d’une couleur, d’un instant de ciel, de l’objet le plus modeste qui réclamait que je le nomme. Presque toujours, il me fallait choisir, c’est-à-dire, privilégier, aux dépens d’un autre, tel aspect, telle incidence, telle émotion ressentie que tantôt le français, tantôt l’espagnol cernait de façon plus probante. Mais ce n’était là qu’une approche fragmentaire, insuffisante, sans cesse à reprendre. Chaque langue m’imposait sa version des choses, et je ne parvenais à les conjoindre que par le truchement de translations éprouvantes, d’approximations, d’équivalences provisoires où la solidité et le substrat du monde se dérobaient à mon désir. Avais-je les moyens de rompre avec ce maléfice, de convoquer dans les vocables plus qu’une ombre, ou devais-je me résoudre à cette altération comme irrémédiable de la réalité, sitôt que je tentais de m’en saisir avec une poignée de signes, rassemblés au hasard et qui ne m’appartenais pas ? J’ai longtemps imaginé qu’il n’y avait pour moi d’autre issue qu’une parole toujours fautive ou le mutisme, et que l’écriture m’était interdite, puisque je ne parvenais pas à la soustraire à « l’universel reportage », tel que le définit Mallarmé, où ces mots ne sont plus qu’une monnaie d’échange dans le commerce du quotidien, une sorte de troc hasardeux des consciences qui s’ignorent.
Et sur la poésie :
Citation :
Tout comme le visage, une fois questionné, harcelé par Giacometti, et même saccagé par Francis Bacon, résiste aux mandements négatifs, aux interdits, aux blasphèmes, je pense que la poésie peut échapper aux contraintes qu’on lui inflige, à cette insularité qui la protège des atteintes du dehors et qui l’étouffe. Il lui appartient, de par ses origines orales, de faire entendre derechef une voix, celle qui s’élève hors des paroles écrites, et qui lui restitue une ampleur qui excède la page et la seule intervention des yeux qui lisent. Car la voix, tout autant que le visage pour Giacometti, est en vérité un geste de la parole tourné vers autrui, un élan volitif qui se dirige, lui aussi, vers l’étranger reconnu dans son identité, exigeant de moi que je l’admette dans sa différence, et m’adressant à lui, que je me confirme dans mon être personnel.


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Marko
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MessageSujet: Re: Claude Esteban   Jeu 27 Sep 2012 - 19:24

Encore une porte qui s'ouvre... Merci MezzaVoce. Son écriture est un peu chargée mais ce qu'il dit est très intéressant.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Claude Esteban   Jeu 27 Sep 2012 - 21:19

Marko a écrit:
Son écriture est un peu chargée
Oui : des phrases très longues, alambiquées, qu'il faut parfois relire une deuxième fois en faisant des pauses. Mais j'ai fini pas m'habituer et apprécier. J'ai d'ailleurs eu du mal à enchaîner sur une lecture plus "simple". Si mes souvenirs sont bons, c'est grâce au fil sur Edward Hopper que j'ai eu envie de lire cet auteur. Mais le livre qu'il lui a consacré, Soleil dans une pièce vide, doit être consulté sur place à la bibliothèque. Alors j'ai pris celui-ci et je n'en suis pas déçue.

Mais maintenant, forcément, j'ai très envie de lire Soleil dans une pièce vide. Il va falloir que je programme une lecture intra muros.
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silou
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MessageSujet: Re: Claude Esteban   Jeu 27 Sep 2012 - 23:19

MezzaVoce, si tu aimes la poésie, Claude Esteban devrait encore t'apporter de grands plaisirs .

Son recueil La mort à distance ne s'éloigne jamais très longtemps de ma table de chevet.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Claude Esteban   Ven 28 Sep 2012 - 8:29

Merci pour ce fil
MezzaVoce a écrit:
Si mes souvenirs sont bons, c'est grâce au fil sur Edward Hopper que j'ai eu envie de lire cet auteur. Mais le livre qu'il lui a consacré, Soleil dans une pièce vide, doit être consulté sur place à la bibliothèque.
j'ai en effet parlé sur la page 7 et 8 du fil Edward Hopper de ce livre,
iil a une autre approche qu'avec celui que tu nous présente
Il s'imagine des 'histoires' à partir des images, il donne une vie à ces personnages, des pensées.. moi j'aime et trouve sublime ce qu'il en a fait
et puisque j'adore Caravaggio, L'ordre donné à la nuit est déjà dans mon panier Very Happy

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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MezzaVoce
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MessageSujet: Re: Claude Esteban   Ven 28 Sep 2012 - 10:17

kenavo a écrit:
j'ai en effet parlé sur la page 7 et 8 du fil Edward Hopper de ce livre,
iil a une autre approche qu'avec celui que tu nous présente
Il s'imagine des 'histoires' à partir des images, il donne une vie à ces personnages, des pensées.. moi j'aime et trouve sublime ce qu'il en a fait
Alors c'est toi que je dois remercier pour cette belle découverte !
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bix229
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MessageSujet: Re: Claude Esteban   Ven 28 Sep 2012 - 16:53

Bonne idée que de parler de Claude Estéban. Les poètes ont bien du mal à se frayer un chemin dans un monde envahi par le rien ou le tout venant.

Le jour ne revient pas, dites-vous, mais

seulement sa blessure, le sang

que laissse le soleil quand il s' effondre

au loin

tous les corps oubliés

veulent savoir si quelque chose exixte

sous le sol, qui les rassemble, une parcelle

que l' ombre, immobile comme

un caillou

peut etre que l' espoir

n' est qu' une entaille dans la chair

une étincelle sans futur

dans la mémoire

ne dites pas quand vous partez, que

c' est le jour qui meurt.

Dans l' anthologie Une salve d' avenir. Sur le site Esprits nomades
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