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 Étienne de La Boétie

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tina
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MessageSujet: Étienne de La Boétie    Jeu 8 Nov 2012 - 16:17



Citation :
Étienne de La Boétie était un écrivain humaniste et un poète français, né le 1er novembre 1530 à Sarlat et mort le 18 août 1563 à Germignan, dans la commune du Taillan-Médoc, près de Bordeaux.

La Boétie est célèbre pour son Discours de la servitude volontaire. Il fut un grand ami de Montaigne, qui lui rendit hommage y compris dans ses Essais.

source: wikipedia




Discours de la servitude volontaire


« Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».

Phrase impérissable écrite par Montaigne sur son ami

La Boétie, prodige de culture et de sensibilité. Sorte d’étoile filante dans le paysage littéraire et l’histoire de la pensée.
Les Anglais ont eu Thomas More, les Néerlandais Erasme, nous, on a eu – entre autres ! – la Boétie et son discours fondamental sur la servitude « volontaire ». L’adjectif étant central.

Où le jeune homme médite sur le rapport gouvernants/gouvernés, quel que soit le régime du gouvernant, monarchie ou autre. Cela ne change rien à ses vices, à sa corruption, à ses dérives despotiques.
La réflexion est universelle.

La réponse à la question : mais pourquoi les peuples acceptent-ils de subir la tyrannie ?

Parce que justement, ils l’ACCEPTENT !

LB nous donne divers arguments, toujours d’actualité : conditionnement (et oui, la société nous forme à obéir), d’où passivité, parfois couardise, mais surtout connivence et complicité !

Ces deux derniers termes illustrent la formidable solidité de la structure pyramidale où chacun tente de tirer le maximum de profit matériel à soi, incluant toujours un cercle de thuriféraires, qui eux-mêmes reproduisent le même schéma, du haut en bas et inversement.

S’ajoutent quelques techniques pour abêtir la populace, les jeux, certes, mais aussi le théâtre ou les farces, voire les festins grandioses. On pense aux Romains d’antan, on pourrait citer la grande machine hollywoodienne actuelle, entre maints exemples.

Autre astuce : cultiver le mystère, les maîtres Assyriens ne se montraient jamais, comme les pharaons et tant d’autres qui ont bien compris la nécessité de créer une fantasmagorie générale, sorte d’hallucination collective autour du pouvoir et de la personne qui l’incarne, ce qui suscite la crainte, l’émerveillement, etc…

Enfin, LB n’oublie pas l’argument magique : celui qui dirige est parfois doué d’une capacité de guérison, par le toucher, la parole, etc…Nos rois certes, mais voyons plus près avec cet Obama quasi messianique que la presse nous sert depuis 2008 !

Une argumentation imparable, qui tient à l’observation judicieuse de la nature humaine, de ses élans naturels, de ses faiblesses et à l’analyse psychologique des foules et de leurs leaders. Certes, la liberté est inscrite dans nos gênes, mais les viles passions encore plus !

Instinct grégaire incontournable, on a les dominants qu’on mérite. Il faudrait être conscient de cette privation de liberté, puis secouer le joug, mais on dirait bien qu’une chape de plomb pèse sur les peuples, toutes ethnies confondues, toutes religions confondues.

De nos jours, on pourrait paraphraser LB avec des notions plus modernes, telles que « propagande », « manipulation des masses », « désinformation », « culte de la personnalité » et j’en passe.

L’écrit a été récupéré par de nombreuses factions politiques, à commencer par les révolutionnaires, mais il reste, au-delà des clivages réducteurs, celui d’un esprit éclairé et épris d’absolu.

Un grand bonhomme que ce La Boétie…
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bix229
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MessageSujet: Re: Étienne de La Boétie    Jeu 8 Nov 2012 - 16:58

Un grand bonhomme en effet et aussi curieux de nature, d' esprit ouvert et évolué que son ami Montaigne.
Pourquoi, n' a t-on jamais répondu concrétement à cette question qui parait tellement évidente ? Pourquoi l' homme accepte-t-il de se soumettre volontairement aux institutions qui le contraignent et l' aservissent ?

Il n' y a pas qu' une seule réponse à cette question fondamentale. Mais un homme, Pierre Clastres, ethnologue, a essayé de prouver que des sociétés, dite "primitives" avaient bel et bien répondu à leur façon à cette question, en étudiant des peuples amazoniens.

- Pierre Clastres : La Société contre l' Etat. Esai d' anthropologie politique. - Minuit
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tina
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MessageSujet: Re: Étienne de La Boétie    Jeu 8 Nov 2012 - 18:11

Dans les sociétés dites primitives, y a t-il des abus aussi graves que dans les autres systèmes ?
Il me semble que les nombreux "tabous" verrouillent pas mal les comportements, non ?



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bix229
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MessageSujet: Re: Étienne de La Boétie    Jeu 8 Nov 2012 - 19:44

tina a écrit:
Dans les sociétés dites primitives, y a t-il des abus aussi graves que dans les autres systèmes ?
Il me semble que les nombreux "tabous" verrouillent pas mal les comportements, non ?




C' est très difficile à comparer, Tina, meme si ces sociétés ont vécu et fonctionné pendant des milliers d' années sur tous les continents.

On peut brièvement les caractériser en disant que c' était des micro sociétés (le nombre d' individus a son importance), non hiérarchisées, vivant essentiellement de la peche, de la chasse et de la cueillette. Le point essentiel, c' est qu' elles produisaient des mécanismes régulateurs qui empechaient tout développement de hiérarchie ou de pouvoir personnel.

Ces sociétés ont subsisté concuremment à d' autres sociétés hiérarchisées et étatiques. Par exemple en Amérique du Sud, les Mayas ou les Incas et d' autre part, les Indiens d' Amazonie ou les Araucans du Sud Chili. Elles ont disparu au contact de socétés guerrières, conquérantes ou coloniales.

Contrairement aux sociétés hiérarchiques, elles ont peu laissé de vestges culturels, mais simplement le souvenir d' une autre façon de vivre, peut etre plus libre ou moins contraignante, puisque les nécessités vitales ne leur coutaient que quelques heures par jour.

Mais, ce que je dis là est schématique et réducteur. Si tu lis Clastres, tu comprendras mieux. Sur le plan économique, l' américain Marshal Sahlins a écrit un texta au titre déjà éclairant : Age de pierre, age d' abondance. - Gallimard. Montaigne et La Boétie, j' en suis certain auraient été satisfaits de connaitre ces civilisations-là...
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Étienne de La Boétie    Mer 7 Aoû 2013 - 17:19

Etienne de La Boëtie, Discours de la servitude volontaire a écrit:
Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut
que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent
quelquefois un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent,
qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer,
et qui ne pourrait leur faire aucun mal s'ils n'aimaient mieux tout souffrir
de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante --- et pourtant
si commune qu'il faut plutôt en gémir que s'en ébahir
-, de voir un million d'hommes misérablement asservis, la tête
sous le joug, non qu'ils y soient contraints par une force majeure, mais
parce qu'ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés
par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient pas redouter --- puisqu'il est
seul --- ni aimer --- puisqu'il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle
est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l'obéissance,
obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les
plus forts. Si donc une nation, contrainte par la force des armes, est
soumise au pouvoir d'un seul --- comme la cité d'Athènes le
fut à la domination des trente tyrans ---, il ne faut pas s'étonner
qu'elle serve, mais bien le déplorer. Ou~ plutôt, ne
s'en étonner ni ne s'en plaindre, mais supporter le malheur avec
patience, et se réserver pour un avenir meilleur.

Mais, dites-moi, ça n'a pas pris une ride bom !

Exposé si ce n'est dangereux en son temps et son lieu, ou alors signant un arrêt de mort, et encore ce n'est qu'un avant-bouche, un échantillon d'autres petites choses qu'il ose commettre écrire dans le fracassant "discours de la servitude volontaire".

Ceci de sa plume entre 16 et 18 ans, pour un trépas à 33 ans. Rien que ça.
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Constance
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MessageSujet: Re: Étienne de La Boétie    Mer 7 Aoû 2013 - 19:45

Texte de La Boétie très prisé par les anars qui s'y réfèrent fréquemment, de même qu'au célèbre "Le Droit à la paresse" de Paul Lafargue.
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bix229
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MessageSujet: Re: Étienne de La Boétie    Mer 7 Aoû 2013 - 20:02

Constance a écrit:
Texte de La Boétie très prisé par les anars qui s'y réfèrent fréquemment, de même qu'au célèbre "Le Droit à la paresse" de Paul Lafargue.

 ... Et à Pierre Clastres : La société contre l' Etat...

_________________
L' imagination est l' histoire vraie du monde.
Roberto Juarroz
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Étienne de La Boétie    Jeu 7 Aoû 2014 - 20:10

Samedi 2 août 2014, 15h, du côté de Denfert-Rochereau, manifestation de soutien à Gaza. Lorsque passe le groupe Génération Palestine, sur le camion sono une jeune femme en foulard, micro en main, clame dans les haut-parleurs un discours anti-impérialiste; soudain elle lance : ''Il y a un livre que vous devez tous lire, il a été écrit il y a quatre siècles mais il faut le lire : c'est De la servitude volontaire, son auteur s'appelle La Boëtie !''

Coïncidence: je venais à peine d'en achever une relecture. Texte intégral, dans la langue d'origine. Vous pouvez le trouver ici mais, attention, il est rendu (traduit ?) en français "contemporain".
(éditions La pharmacie de Platon/William Blake & Co 1995).

Discours de la servitude volontaire, ou le contr'un. Ecrit vers 1574-1576. 80 pages environ.

D'une grande érudition, truffé de références à l'antiquité, vous ne vous embarquerez pas dans ce texte sans de solides annotations, ou à défaut sans faire ronfler votre moteur de recherches web (pas nécessaire toutefois  pour les extraits ci-dessous !).

Alors qu'on naît libre, pourquoi accepter la sujétion ?
La Boëtie souhaite mettre le mécanisme en évidence: il faut être deux. Il faut que l'un domine et l'autre accepte d'être dominé; d'une certaine façon La Boëtie décrit, bien avant la théorie clinique, le syndrome dit de Stockholm. On est tyran parce qu'on le naît, ou parce qu'on le devient. Succession de type monarchique, force des armes ou bien...par élection. Et on sert par naissance, ou par lâcheté, ou par accommodement: on y trouve son compte, certes relatif, le compte, mais le fardeau est vécu comme un moindre mal.

Citation :
Ce sont donc les peuples mesmes qui se laissent ou plutost se font gourmander, puis qu'en cessant de servir ils seroient quittes; c'est le peuple qui s'asservit, qui se coupe la gorge, qui aiant le chois ou destre serf ou destre libre quitte sa franchise et prend le ioug: qui consent à son mal ou plustost le pourchasse. Sil lui coustoit quelque chose a recouvrer sa liberté ie ne l'en presserois point; combien qu'estce que lhomme doit avoir plus cher que de se remettre en son droit naturel, et par maniere de dire de beste revenir homme ?
On note la référence au "droit naturel", à "la naissance libre" notions fort exploitées (en particulier par Rousseau) à l'époque des Lumières.

Citation :
D'où a il pris tant d'yeulx, dont il vous espire, si vous ne les luy avez baillés ? Comment a til tant de mains pour vous frapper, s'il ne les prend de vous ? Que vous pourroit il faire, si vous n'estiés receleur du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue, et traistres à vous mesmes ?

La Boëtie regarde d'un peu plus près le mécanisme, en vient à énoncer que si la sujétion n'a pas force naturelle, pourrait-on dire, elle nous est inculquée.
Citation :
Mais certes la coustume qui a en toutes choses grand pouvoir sur nous, na en aucun endroit si grand vertu qu'en cecy, de nous enseigner à servir, et comme lon dit de Mitridat qui se fit ordinaire à boire le poison, pour nous apprendre a avaler et ne point trouver amer le venin de la servitude.

Une autre technique revient au fameux "diviser pour mieux régner", et abrutir le peuple (en paraissant le contenter, et le peuple paraît content, "est" content, sans doute, si on lui demande): "Ceste ruse de tiran d'abestir leurs subiets" .
Citation :
Or il est doncques certein qu'avec la liberté, se perd en un coup la vaillance: les gens subiets n'ont point d'allegresse au combat ni d'aspreté: ils vont au danger quasi comme attachés et tous engourdis par maniere dacquit, et ne sentent point bouillir dans leur coeur l'ardeur de la franchise, qui fait mespriser le peril, et donne envie d'achapter par une belle mort entre ses compagnons l'honneur et la gloire, entre les gens libres cest a l'envi a qui mieulx mieulx, chacun pour le bien commun, chacun pour soi; ils sattendent davoir tous leur part au mal de la defaite ou au bien de la victoire; mais les gens asservis outre ce courage guerrier, ils perdent aussi en toutes choses la vivacité, et ont le coeur bas et mol, et incapables de toutes choses grandes, les tirans connoissent bien cela, et voians quils prennent ce pli pour les faire mieulx avachir, ancore ils aident ils.  

Et je crains que, ramené à notre moderne, urbanisée et occidentale époque, le petit passage ci-dessous ne puisse se lire partout et par tous aujourd'hui sans, peut-être, tomber de quelque hauteur:
Citation :
(...) ces pauvres et miserables gens s'amuserent a inventer toutes sortes de ieus, si bien que les Latins en ont tiré leur mot, et ce que nous appelons passetemps ils l'appellent ludi comme s'ils vouloient dire Lyde. Tous les tirans n'ont pas  ainsi déclaré expres quils voulsissent effeminer leurs gens: mais pour vrai ce que celui ordonna formelement et effect sous main ils l'ont pourchassé la plus part.

A la vérité c'est le naturel du menu populaire, duquel le nombre est touiours plus grand dedans les villes; quil est soubçonneus a l'endroit de celui qui l'aime et simple envers qui le trompe. Ne pensés pas quil y ait nul oiseau qui se prenne mieulx a la pipée, ni poisson aucun qui pour la friandise du ver s'accroche plus tost dans le haim; que tous les peuples s'aleschent ivstement a la servitude pour la moindre plume quon leur passe comme l'on dit devant la bouche: et c'est chose merveilleuse qu'ils se laissent aller ainsi tost, mais seulement qu'on les chatouille. Les theatres. Les ieus, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bestes estranges, les medailles, les tableaux, et autres telles drogueries c'estoient aux peuples anciens les apasts de la servitude, le pris de leur liberté, les outils de la tirannie: ce moien, ceste pratique, ces allechements avoient les anciens tirans pour endormir leurs subiects sous le ioug. Ainsi les peuples assortis trouvant beaus ces passetemps amusés d'un vain plaisir qui leur passoit devant les yeulx, s'accoustumoient a servir aussi niaisement, mais plus mal que les petits enfans, qui pour voir les luisans images des livres enluminés aprenent à lire.

 Les Rommains tirans s'adviserent ancore d'un autre point de festoier souvent les dizaines publiques abusant de ceste canaille comme il falloit, qui se laisse aller plus qu'a toute autre chose au plaisir de la bouche. Le plus avisé et entendu d'entr'eus neust pas quitté son esculée de soupe pour recouvrer la liberté de la republique de Platon. Les tirans faisoient largesse d'un quart de blé, d'un sestier de vin, et d'un sesterce: et lors c'estoit pitié d'ouir crier Vive le Roi: les lourdaus ne s'avisoient pas qu'ils ne faisoient que recouvrer une partie du leur, et cela mesmes quils recouvroient, le tiran ne le leur eust peu donner, si devant il ne l'avoit osté a eus mesmes, tel eust amassé aujourdhui le sesterce, et se fut gorgé au festin public benissant Tibere et Neron et leur belle liberalité, qui le lendemain estant contraint d'abandonner ses biens a leur avarice, ses enfans a la luxure, son sang mesmes a la cruauté de ces magnifiques empereurs, ne disoit mot non plus qu'une pierre, ne se remuoit non plus qu'une souche.        


Alors, je laisse le tout sous forme de questions, qu'on peut se poser à cette lecture:

 Sommes-nous donc libres, ici et aujourd'hui, ou sommes-nous "subiets de quelque tirannie" ?
 Les outils (dont nous ne saurions nous passer) vendus pour "libérants" ne sont-ils pas les plus enchaînants ?  
 Sommes-nous conduits à un hédonisme individualiste au service du tyran consumérisme ?
 Est-ce que l'être humain (occidental, contemporain, etc...) se damne à une vie de vacuité, abrutissante mais, paradoxe: toute dans l'illusion d'être emplie, cette vie ?
Je n'ai pas la prétention de tracer une ligne qui séparerait ce qui fait une tête bien pleine de ce qui fait un chou farci  Laughing  !

 Bref, sommes-nous tout particulièrement dans l'état de servitude ici et de nos jours ?  

Enfin, il faut une complicité, et le tyran doit miser sur ses hommes de mains; selon La Boëtie, quatre ou cinq ont l'oreille du tyran, et ceux-là contrôlent chacun une centaine d'êtres humains, et ces quatre ou cinq centaines, à leur tour, etc... mais le jeu de ces rouages-là peut avoir sa perversité:

Citation :
Ainsi le tiran asservit les subiects les uns par le moien des autres, et est gardé par ceus desquels sil valoient rien il se devroit garder: et comme on dit pour fendre du bois il faut les coings du bois mesme. Voila ses archers, ses halebardiers: non pas qu'eumesmes ne souffrent quelque fois de lui; mais ces perdus et abandonnés de Dieu et des hommes sont contens d'endurer du mal pour en faire, non pas à celui qui leur en fait, mais a ceus qui endurent comme eus, et qui n'en peuvent mais, touttefois voiant ces gens la qui nacquetent le tiran que pour faire leurs besongnes de sa tirannie et de la servitude du peuple, il me prend esbahissement de leur meschanceté, et quelquefois pitié de leur sottise. Ce a dire vrai quest ce autre chose de s'approcher du tiran, que se tirer plus arriere de sa liberté, et par maniere de dire serrer a deux mains et ambrasser la servitude ?      

 Plus on avance dans ce texte, plus on attend de la démonstration qu'elle nous fournisse une définition de la liberté. Or, La Boëtie ne s'y livre pas trop. Est-il rétif ? Ce n'est pas sûr, son propos est courageux (on dirait engagé, en sautant par delà les siècles), il peut valoir les pires ennuis à son auteur, un tout jeune homme (rédigé entre 16 et 18 ans, ce Discours...!).

  Une pique, attendue, sur l'instrumentalisation de la religion comme moyen de tyrannie; en substance, (je vous copie-colle un passage en français actuel)
Citation :
"Les tyrans eux-mêmes devraient trouver étrange que les hommes souffrissent qu'un autre les maltraitât, c'est pourquoi ils se couvraient volontiers du manteau de la religion et s'affublaient autant que faire se peut des oripeaux de la divinité pour cautionner leur méchante vie. Le peuple a toujours ainsi fabriqué lui-même les mensonges pour y ajouter ensuite une foi stupide.


Ou encore:
 
Citation :
Si cestuy qui ne faisoit que le sot est a ceste heure si bien traité la bas, ie crois que ceus qui ont abusé de la religion pour estre meschans, si trouveront ancore a meilleures enseignes.  
 
 Pourquoi, attendue ?

Parce que l'on peut se complaire à estimer qu'en filigrane il y a un distinguo foi/religion, ou plutôt foi/église (église=ecclesia, l'assemblée des fidèles, donc quelque chose de profondément modelé, en permanence donc en actualité, par l'humain, et ce par définition).

Parce que La Boëtie est fort pieux, Catholique engagé, très engagé dans des temps troubles, de part ses fonctions, sa charge.

 Après entrevue avec Michel de l'Hospital, dont il partage les vues, il  prend le parti du catholicisme comme religion d’État, en pleine guerre de religions encore compliquée par l'arrivée massive de l'averroïsme tout en prônant une réforme du catholicisme, compromis qui lui paraît susceptible de réunir catholiques et protestants (un peu l'idée de la Paix de Longjumeau), le tout sur fond de graves troubles meurtriers en Agenais et en Périgord. Les Anglais sont au Havre, et nombre de réîtres d'outre-Rhin, venus avec armes et bagages à la solde des troupe de la Réforme, ne sont pas débandés, ni payés. Ce brillant jeune homme se trouve donc avec une charge officielle particulièrement lourde.

Pour avoir une idée de ces temps, où l'on entreprend de bâtir, ou de remodeler, suivant les moyens, dans le somptueux style Renaissance, en Périgord, en Agenais, ce n'est pas vraiment la règle, voir par exemple un château entre mille (puisqu'il y aurait mille châteaux en Dordogne)le château de Laxion.

Les ponts étaient coupés, dans la région - je songeais - je n'ai pas trouvé la réponse: combien de fois les ponts ont-ils été coupés en Aquitaine, entre la période gallo-romaine et nos jours ? Je mise quelques centimes sur deux, trois fois maximum.

Mais les magistrats catholiques de Bordeaux résistent à la politique de conciliation...

En 1563, le 8 août (j'attire votre attention sur la date de ce jour  sourire  !) il succombe à la dysenterie - après une séance au Parlement de Bordeaux, où on peut l'imaginer défendant avec courage la tolérance et  la liberté, il part chez les Lestonnac dans le Médoc, se reposer sur les terres de son épouse (dans ce château, situé à Saint Germain d'Esteuil):

Mais n'atteindra pas son but. La route du "Rimbaud de la pensée" (variante: "Mozart de la pensée", etc....) s'achève au hameau de Germignan (orthographié alors Germinian), aujourd'hui situé sur la commune du Taillan-Médoc, dans une tentacule médocaine de la grande banlieue résidentielle et pavillonnaire de l'agglomération bordelaise. Il faut beaucoup d'imagination, parfois un coin de décor composé d'un calvaire et d'un bois de chênes pour se représenter le spectacle possible de ce lieu alors, dernier que La Boëtie ait vu vivant.  

Je voudrais juste citer in extenso le tout dernier paragraphe, conclusif du "Discours...", histoire de supputer à qui La Boëtie s'en remet en matière de suprême juge et garant de la liberté et de la vertu (les mots "débonnaire" et "libéral" devant être entendus dans leur sens de l'époque), à noter qu'il ne définit toujours pas la liberté, mais...:

Citation :
Aprenons donc quelque fois, aprenons à bien faire; levons les yeulx vers le ciel ou pour nostre honneur ou pour l'amour mesmes de la vertu, ou certes a parler a bon escient pour l'amour et honneur de Dieu tout puissant , qui est asseuré témoin de nos faits, et iuste iuge de nos fautes. De ma part ie pense bien et ne suis pas trompé, puis quil nest rien si contraire a Dieu tout liberal et debonnaire que la tiranie, quil reserve la bas a part pour les tirans et leurs complices quelque peine particuliere.


Et, pour finir, citer Jean-Paul Michel dans la préface à cette édition:
Citation :
"Ce jeune seigneur a du feu, de l'âme, du style. Je le tiens pour l'un des rares modèles possibles pour des sagesses à venir - puisqu'il faudra bien, quelque jour, sortir du simplisme féroce de ce siècle, et, qui sait, élire une noblesse morale nouvelle, fondée sur le dégoût de la sauvagerie des foules, en un dernier pari sur la beauté d'allure d'un homme qui, en toute circonstances, donne le prix le plus élevé aux vives exigences d'une dignité".
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MessageSujet: Re: Étienne de La Boétie    Ven 8 Aoû 2014 - 21:44

Merci pour ton commentaire, Sigismond.
Le texte semble effectivement très intéressant ; par contre, je crois que je le lirai en français moderne... Ça doit perdre de son charme, mais je crois que (pour moi), le texte gagnera en compréhension plus immédiate. Question d'habitude (ou plutôt de manque d'habitude), sans doute.
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MessageSujet: Re: Étienne de La Boétie    

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Étienne de La Boétie
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