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 Tawada Yoko

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kenavo
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Ven 21 Déc 2012 - 13:14

eXPie a écrit:
Voilà pourquoi le livre allemand fait tant de pages... En français, on n'a "que" les textes de Tawada.
Les autres ont l'air bien compliqués, si l'on en croit le même blog : "Ein kleines bisschen Grundwissen zu Barthes, Benjamin und Derrida sei jedoch empfohlen.".
merci pour ces recherches supplémentaires, je pense que je vais opter dans ce cas pour la version française Wink

et concernant son théâtre je vais vous tenir au courant Very Happy

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kenavo
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Mar 28 Mai 2013 - 15:54

Tout comme pour Schwager in Bordeaux (Voyage à Bordeaux) (images sur la première page de ce fil), le livre avec les pièces de théâtre de Yoko Tawada est tel quel déjà un objet d'art... encore beaucoup plus joli que le voyage, c'est tout à fait extraordinare, avec des images, des petites annotations, des passages en japonais, des dessins en noir et blanc... somptueux... je ne sais pas si, et si oui, sous quelle forme, on va traduire ce livre... mais je souhaite la même version pour le public français, c'est extraordinaire!!


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coline
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Mar 28 Mai 2013 - 16:07

Comme il est beau ce livre!...alors oui, j'espère qu'il sera traduit dans la même version (mais c'est peu probable, non? c'est le choix de la maison d'édition allemande)
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kenavo
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Mar 28 Mai 2013 - 16:13

coline a écrit:
Comme il est beau ce livre!...alors oui, j'espère qu'il sera traduit dans la même version (mais c'est peu probable, non? c'est le choix de la maison d'édition allemande)
j'ai bien peur aussi qu'on ne va pas trouver ce livre tel quel lors d'une traduction (s'il va y en avoir)... mais je ne pouvais pas faire autrement que partager avec vous quelques images, j'espère que je vais me régaler autant avec ses textes Very Happy

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eXPie
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Mar 28 Mai 2013 - 19:37

kenavo a écrit:
coline a écrit:
Comme il est beau ce livre!...alors oui, j'espère qu'il sera traduit dans la même version (mais c'est peu probable, non? c'est le choix de la maison d'édition allemande)
j'ai bien peur aussi qu'on ne va pas trouver ce livre tel quel lors d'une traduction (s'il va y en avoir)... mais je ne pouvais pas faire autrement que partager avec vous quelques images, j'espère que je vais me régaler autant avec ses textes Very Happy
Merci pour les images !
Oui, moi aussi j'ai bien peur qu'on n'ait pas tout ça en français...
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shanidar
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Mer 23 Oct 2013 - 10:58

Journal des jours tremblants/Après Fukushima

Passionnantes conférences que celles réunies dans ce volume.

Tawada surprend par la position qu'elle s'autorise : ni tout à fait Japonaise puisque vivant en Allemagne et voyageant souvent (au Pays-Bas et en Afrique du sud entre autre) et écrivant également en allemand mais pas tout à fait européenne non plus puisqu'elle ne peut (et ne veut sans doute pas) renier ses origines. Cette position donne d'autant plus de fraicheur et d'intérêt aux propos de Tawada, à ses réflexions qui invitent à s'interroger sur le regard que nous portons sur l'Autre, l'oriental, le Japonais… mais aussi sur la manière même dont nous imaginons que ce Japonais nous perçoit.

D'un geste elle n'hésite pas à balayer certaines idées reçues, non tous les Japonais ne sont pas végétariens, d'ailleurs elle ne connait aucun japonais végétarien et non, les Japonais ne qualifient pas les occidentaux de 'longs nez', en tout cas elle n'a jamais entendu cette appellation avant d'arriver en Europe et de la découvrir dans la bouche d'une allemande…

Et le texte se déroule ainsi, allant à hue et à dia pour le plus grand émerveillement du lecteur. Yoka Tawada souligne qu'au départ elle voulait centrer le sujet de ses conférences sur les sirènes, les animaux fantastiques marins mais que la catastrophe de Fukushima a fait dériver son propos.

A travers une intelligente, érudite et ludique réflexion sur la langue japonaise, allemande, afrikaans ou encore néerlandaise, Tawada nous pousse à nous questionner sur notre propre 'traduction' des choses. Sur la manière dont nous incorporons à notre quotidien, des notions, des mots, des attitudes venant d'hôtes étrangers. Elle nous interroge aussi sur la manière dont les langues se réinventent sans cesse, se colonisent, s'entre-tuent ou s'alimentent les unes aux autres à travers l'Histoire des hommes, de leurs conquêtes, de leurs élans missionnaires, de leur volonté marchande.

L'ouvrage est d'une richesse étonnante. Et l'intérêt en est d'autant plus décuplé que Tawada  ne joue par les poseuses mais bien au contraire jette un regard plein d'humour, d'entrain, plein d'irrévérence sur les véhicules particulier et commun que sont nos manières de dire, nos langages, nos réserves de mots.

Il me reste à poser cette question : est-ce d'avoir vécu à Hambourg ou d'être japonaise qui donne à Tawada cette légère impertinence teintée de séduction ?

 

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tom léo
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Mer 23 Oct 2013 - 17:22

Ah oui, c'est très intéressant, et cela m'attire. Tu pourrais vérifier, Shanidar, sur la quatrième (ou sixième,) page, quel est le titre de l'original? C'est bien "Fremde Wasser"? Merci!
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shanidar
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Mer 23 Oct 2013 - 18:30

tom léo a écrit:
Ah oui, c'est très intéressant, et cela m'attire. Tu pourrais vérifier, Shanidar, sur la quatrième (ou sixième,) page, quel est le titre de l'original? C'est bien "Fremde Wasser"? Merci!
C'est ça, d'ailleurs kenavo soulignait l'étonnante traduction du titre en français...

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kenavo
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Jeu 24 Oct 2013 - 6:37

shanidar a écrit:
tom léo a écrit:
Ah oui, c'est très intéressant, et cela m'attire. Tu pourrais vérifier, Shanidar, sur la quatrième (ou sixième,) page, quel est le titre de l'original? C'est bien "Fremde Wasser"? Merci!
C'est ça, d'ailleurs kenavo soulignait l'étonnante traduction du titre en français...
oui... tu peux même trouver ici ma présentation du livre en allemand - et les recherches d'eXPie concernant les différences entre livre allemand et livre français Very Happy

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tom léo
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Jeu 24 Oct 2013 - 7:42

Pardon pour ma question qui montrait bien que j'avais déjà oublié ce que j'avais lu auparavant dans la deuxième page... Auteur remarquable!
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kenavo
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Jeu 24 Oct 2013 - 7:45

pas grave du tout, voilà probablement plus d'un membre qui va lire un peu plus sur ce fil et c'est bien pour Yoko Tawada qui est, comme tu le dis, auteur remarquable Very Happy

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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Lun 6 Juil 2015 - 21:49

- Opium pour Ovide (Opium für Ovid, 2000). Traduit de l'allemand par Bernard Banoun en 2002. Editions Verdier. 201 pages.

Le livre est composé de vingt-deux histoires qui mettent chacune en scène un personnage féminin ayant un nom latin (et ce, même si les histoires se déroulent à Hambourg, de nos jours) : Léda, Galanthis, Daphné, Latone, Scylla, Salmacis, Coronis, Clyméné... Les textes ne sont pas totalement étanches les uns par rapport aux autres : ainsi, certains personnages apparaissent ou sont évoqués dans plusieurs histoires.

Voici le début du texte Léda :
Citation :
"Léda entra dans la baignoire. La porte de la salle de bains était fermée. Léda avait les deux bras paralysés. Cela l'empêchait de se laver, mais elle refusait l'aide d'autrui. Elle ne voulait plus montrer son corps nu, disait-elle, il n'en valait plus la peine. Bien plus tard, une question me vient à l'esprit : on désire plus une vieille maison qu'une maison neuve ; on admire plus souvent un arbre tricentenaire qu'un arbre de trois ans ; plus une théière, un livre et une maison sont anciens, plus on est sensible à leur beauté. Pourquoi en irait-il autrement des humains ?" (page 7).
Le rapport direct, physique, avec la Léda de l'antiquité est assez clair (mais quel sens a-t-il ?). Ce ne sera pas toujours aussi évident dans d'autres textes.
Et, même dans cette Léda, la signification de ce qui suit n'est pas évident. Il n'y a jamais de "vraie" histoire, les textes sont constitués de fragments posés les uns à côté des autres, comme des vignettes, qui ne cherchent pas à forcément à éclairer le reste.

Tout est décrit de façon analytique, détachée, sans émotion ni pathos : ce sont des faits exposés. Cela n'empêche pas ces faits de parfois confiner à l'absurde. Par exemple dans le texte intitulé Clyméné :
Citation :
"Clyméné dit « zort », un mot que la plupart des gens n'avaient encore jamais entendu. Il n'y avait aucune raison pour dire ce mot. Et pourtant elle dit « zort », cela lui arriva, tout simplement. Nul ne soupçonnait que la vie d'une personne si calme et si solide puisse se laisser mener par le désir d'un non-sens. Ainsi, elle dit un jour « zort », une fois peut devenir coutume, et cela ne fut jamais oublié. Elle n'était pas seule au moment où elle prononça ce mot, une collègue était à proximité, le mot la subjugua et elle tint à constituer sans tarder un groupe de travail sur la notion de « zort ». Clyméné ne fut pas assez ferme dans son refus pour empêcher la naissance de ce groupe de travail. Depuis, elle était obligée d'aller une fois par mois à une rencontre du groupe de recherches Zort." (pages 84-85).

Il y a ainsi des thèmes récurents chez Tawada (au-delà, ici, du thème de la métamorphose, du changement) : le problème des langues, du sens des mots ; la place des gens qui habitent un pays ou une langue qui ne sont pas les leurs depuis leur naissance.

Certaines formulations, certaines idées anticipent sur Gonçalo M. Tavares. Par exemple, voici le père de Sémélé, un dentiste qui aime arracher des dents (cela rapporte) :
Citation :
"- Malheureusement, on ne pourra pas la sauver.
Le patient tremble encore entre la douleur de l'adieu et l'angoisse de la douleur imminente que déjà le dentiste va chercher la tenaille avec laquelle il extirpe cet archaïque morceau de corps. À l'emplacement vide, il implantera plus tard une dent en plastique, civilisée." (page 135).

Les textes baignent dans une atmosphère très curieuse, à la fois nette et déconnectée de la réalité et de la logique : l'effet de l'opium, sans doute.
Je n'ai globalement pas compris grand-chose, mais cela n'est pas très grave (je l'espère, du moins) : c'est un livre souvent original, très intrigant, dans lequel on ne sait jamais ce qui va suivre et, même s'il manque des clefs de compréhension, il semble qu'elles doivent exister quelque part, pas loin.
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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Mar 7 Juil 2015 - 9:42

en tout cas Expie les extraits reflètent bien ce que tu dis.

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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Mar 7 Juil 2015 - 19:38

En tout cas les extraits sont très clairs et intéressants dans leurs approche de certains sujets.

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MessageSujet: Re: Tawada Yoko   Lun 18 Juil 2016 - 8:04

Un nouveau Tawada paraît en français le 25 août : "Histoire de Knut" (chez Verdier)


Un petit texte de Tawada Yoko est paru dans Libé ( http://www.liberation.fr/debats/2016/07/13/l-accent-est-le-visage-de-la-langue-parlee_1466019 ) ; en voici voici un bout :

Citation :
  «L’accent est le visage de la langue parlée»

L’accent est le visage de la langue parlée. Ses yeux scintillent comme le lac Baïkal ou la mer Noire ou comme une autre eau. Dans les yeux de ma langue, il y a de l’eau du Pacifique, où d’innombrables voyelles forment des îles flottantes. Sans elles, je me noierais.

[...]

Au Japon, j’ai appris en cours de langue que l’allemand le plus parfait se trouvait à Hanovre et, plus précisément, sur une scène de théâtre et non pas n’importe où dans la rue. Mais quelqu’un qui serait né dans un théâtre de Hanovre et n’aurait jamais quitté le bâtiment, cela n’existe pas. Par conséquent, il n’existe pas de personne sans accent, pas plus qu’il n’existe de personne sans rides sur le visage. L’accent est le visage de la langue parlée, ses rides sur le contour des yeux et sur le front esquissent à chaque seconde qui passe un nouveau paysage. Toutes ces lointaines contrées, le locuteur les a arpentées, il les a façonnées, il en a écrit la musique, il a contribué à leur donner forme, les a nourries, soutenues, peut-être aussi détruites, et tout cela se retrouve dans sa prononciation. Son accent est son autobiographie qui s’inscrit à son tour dans la nouvelle langue.

L’accent est une généreuse invitation à partir en voyage dans des contrées et cultures lointaines. Dans une grande ville moderne, on doit se tenir prêt en permanence à partir faire le tour du monde au beau milieu de la pause déjeuner. Une serveuse ouvre la bouche et me voilà en partance pour Moscou, Paris ou Istanbul. La cavité buccale de la serveuse est une voûte céleste sous laquelle repose sa langue, incarnant le continent eurasiatique. Son souffle est l’Orient-Express. Je monte à bord.

Celui qui parle avec un accent se sent chez lui. L’accent est l’appartement qui lui appartient en propre, littéralement, car il est sa propriété, qui ne risque pas de lui échapper, même en ces temps de crise économique. Il l’emporte dans sa bouche partout où il va et peut ainsi à tout moment parler sa langue étrangère confortablement installé entre ses quatre murs.

Si l’accent disparaissait, on aurait vite fait d’oublier à quel point les êtres humains sont différents les uns des autres.

L’accent donne aussi du courage aux gens, car il est la preuve vivante qu’on peut, même à l’âge adulte, apprendre une langue parfaitement exotique. Si on l’avait apprise enfant, on la parlerait sans accent. Même à un âge avancé, nous pouvons encore élargir la voûte de notre palais, nous faire pousser de nouvelles dents fictives, affûter notre bagout, produire une plus grande quantité de salive, aérer à fond nos neurones et les faire carburer gaiement. Le but des apprenants n’est pas de se soumettre à leur lieu d’arrivée. On peut apprendre indéfiniment de nouvelles langues et garder ses anciennes langues présentes dans son accent. Quand quelqu’un parle sans accent et n’a pas l’air d’un étranger tout en étant originaire d’un pays lointain, il est à plaindre. Je connais un couple allemand dont la fille, qui est née aux Etats-Unis et a grandi là-bas, avait toujours peur d’aller à la poste en Allemagne. Car elle parle l’allemand sans le moindre accent, mais quand le préposé lui parle de «lettre recommandée», de «livraison contre remboursement» ou de «port dû», pour elle, c’est du chinois. Si elle avait un accent, on lui expliquerait ces mots posément, avec toute la bienveillance voulue. Mais, hélas, elle n’a pas d’accent. Elle m’a dit que les gens la trouvent un peu fêlée.

Pour les poètes et poétesses polyglottes, ce n’est peut-être pas un mal s’ils ont le cerveau un peu fêlé. Par la fêlure, la sonorité d’une langue passe dans l’autre langue et produit une musique atonale.

Il y a des gens qui, sans s’en rendre compte, éprouvent du mépris pour un locuteur s’exprimant avec un accent. A peine perçoivent-ils une sonorité d’origine étrangère qu’ils sécrètent aussitôt des hormones pour envoyer un signal d’alarme à leurs neurones. J’ignore si ces gènes remontent à l’âge de la pierre ou s’ils ont été manipulés par les médias modernes. Pourtant, l’histoire est pleine d’expériences positives avec les accents étrangers. Sans un certain nombre de gens à l’accent néerlandais, par exemple, la capitale de l’Allemagne serait restée un marécage. On parle de nos jours de «personnes issues de l’immigration», comme si par principe il y avait un background invisible caché dans le dos des gens. L’accent, lui, est la partie visible de la migration.
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