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 Yi Ch'ongjun [Corée]

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eXPie
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MessageSujet: Yi Ch'ongjun [Corée]   Dim 18 Nov 2012 - 20:43



"Yi Ch'ôngjun (이청준, orthographié également Yi Ch'ongjun ou Yi Chong-jun, en anglais Lee Cheong-jun) est un écrivain sud-coréen né le 9 août 1939 et mort le 31 juillet 2008 (à 68 ans).
Auteur de plus de 100 nouvelles et de 13 romans, il est un des auteurs sud-coréens les plus respectés, récompensé par plusieurs grands prix littéraires de son pays." ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Yi_Ch'ôngjun )

Ses oeuvres ont souvent été adaptées pour la télévision ou pour le cinéma (notamment par Im Kwon-Taek et Lee Chang-dong : Secret Sunshine, 2007).

"Yi Ch'ongjun occupe, depuis la fin des années soixante, une place importante dans les lettres coréennes. Influencé par la littérature allemande, qu'il a étudiée à l'université, il incarne la littérature dite conceptuelle. Son regard analytique très nouveau a beaucoup intrigué les lecteurs, en raison de la façon dont il fait évoluer des gens étranges dans un monde étrange. Et il le fait étrangement, car les thèmes évoqués sont, au contraire, tout à fait familiers.
La guerre de Corée (Le Mur des rumeurs), les artisans (Le Fauconnier), le mythe salvateur (L'île d'Io), la superstition (Le Feu mystique du bouddhisme ésotérique) sont autant de facettes qui évoquent la vie quotidienne des Coréens.
" (Ch'oe Yun et Patrick Maurus, postface de L'Ile d'Io).
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MessageSujet: Re: Yi Ch'ongjun [Corée]   Dim 18 Nov 2012 - 20:43


(Couverture : Caspar David Friedrich, Le Moine au bord de la mer, détail, 1808-1809) ; Berlin, Nationalgalerie)

- L'Ile d'Io (Io do, 1975). Traduit du coréen en 1991 par Cho'oe Yun et Patrick Maurus. Actes Sud. 94 pages.

Citation :
"Les opérations de recherche sur l'île Bleue, qui avaient mobilisé pendant deux semaines les vaisseaux de la marine, venaient de s'achever.
Du sud de l'île de Cheju jusqu'à l'immense étendue de la mer de Chine orientale, à l'exception de la seule île Mara, les navires n'avaient rien aperçu. En dépit de quinze jours de repérages serrés, passés à écumer la zone de recherche, ils n'avaient pas trouvé l'île Bleue.
L'île n'existait pas. Les bateaux étaient rentrés au port.
La mission était achevée. [...]
Pourtant, pendant l'opération, un accident quelque peu embarrassant s'était produit." (page 7).
Un journaliste, qui accompagnait l'expédition, a disparu. Il s'est sans doute noyé.

Sonu, l'enseigne du navire sur lequel avait embarqué le journaliste, se rend au journal pour expliquer les conditions de l'accident... s'il s'agit bien d'un accident : cela ne pourrait-il pas être un suicide ? Mais pour quelles raisons ?
Il en parle avec le rédacteur en chef.

Le dernier soir avant de disparaître, le journaliste avait parlé à Sonu de l'île mythique d'Io : pour lui, l'île Bleue et l'île d'Io ne sont qu'une seule et même île.
L'île d'Iô :
Citation :
"il s'agissait d'une île de nirvâna, jaillissant, blanche comme un rêve, des vagues de la mer du Sud, à plus de mille li. Personne ne l'avait jamais vue, mais l'imagination de chacun en faisait une île absolument réelle.
Une île de salut, où tous savaient pouvoir trouver le bonheur de l'au-delà, après en avoir fini avec les misères de ce monde. Quelques rares personnes avaient affirmé l'avoir vue, mais comme elles y étaient retournées pour toujours, personne n'était capable de la décrire d'une façon concrète." (pages 23-24).

Cette île Bleue, est-ce simplement un massif corallien qui affleure à marée basse ?
Par un curieux effet, "les légendes sur Io rendaient[-elles] plus plausible l'existence de l'île Bleue" (page 25).

Citation :
"Sonu sentit qu'il nageait à nouveau dans la confusion." (page 78).
Le lecteur aussi. Mais il faut dire que le rédacteur en chef ne lui facilite pas la tâche : lui aussi est obsédé par l'île d'Io.
Citation :
"Essayez d'oublier cette histoire de vérité pour une fois. On la trouve souvent dans la fiction et non dans les faits. On préfère alors souvent la vérité de la fiction à la vérité tout court. [...] Vous comprendriez mieux son suicide si vous abandonniez les faits. Tout ce que je vous souhaite, c'est de parvenir à oublier votre obsession des faits." (page 86).

Dans la postface, Ch'oe Yun et Patrick Maurus donnent des explications très intéressantes sur l'île de Cheju, où se déroule le court roman (située à une centaine de kilomètres des côtes, elle "occupe une place bien à part dans l'espace géographique et l'espace imaginaire coréens", page 91), et écrivent que cette Io est "une légende si vivante qu'une expédition a réellement été organisée, à la recherche de l'île d'Io. Conclusion imbécile de cette chasse au mythe : Io est un récif corallien qui n'affleure que rarement à la surface." (page 92)
Ils donnent également un sens à ce court livre : chacun projette ses espoirs en autre chose, dans une sorte d'aveuglement qui évite d"aller droit à l'essentiel." (page 93). "l'essentiel n'est bien évidemment pas cet "ailleurs", auquel tant de personnages, mimant ici les lecteurs, s'efforcent de croire.
L'essentiel est un ici, qui, pour les Coréens de 1975, avait des couleurs d'uniformes.
" (page 94).

Curieux texte dans lequel le lecteur perd toute certitude.


Kim ki-young (connu en France pour son film La Servante, 1960, dont Im Sang-Soo a fait un remake en 2010, The Housemaid) en a signé l'adaptation au cinéma en 1977.


Dernière édition par eXPie le Dim 18 Nov 2012 - 22:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Yi Ch'ongjun [Corée]   Dim 18 Nov 2012 - 22:02

Yi Ch'ongjun, une vraie découverte, en effet ! Lisez Dialogue avec un arbre géant...Un recueil de 6 nouvelles.

Et remerciements à son traducteur, Patrick Maurus !
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MessageSujet: Re: Yi Ch'ongjun [Corée]   Jeu 25 Juil 2013 - 18:01

Les Gens du Sud. - Actes Sud

"Rarement un texte publié dans notre série "Lettres coréennes" n' aura été aussi coréen, car aucun ne s' est autant efforcé de résoudre la question de la coréité, écrit Patrick Maurus dans sa préface à Les gens du Sud...
Refusant la posture du romancier de droit divin, il propose toujours un lent cheminement vers la compréhension...

Les Gens du Sud n' est ni un recueil de nouvelles ni un texte unique, mais cinq textes profondément convergents, évoquant le Sud  (du point de vue de la capitale).
Un chanteur traditionnel vagabond élève la fille qu' il a eue d' une femme qui avait déjà un garçon. Après la mort de cette femme, il force les enfants à apprendre à chanter. Son fils l' abandonne, tandis qu' il aveugle sa fille pour améliorer sa voix. Après la mort du père, la fille
devendra chanteuse vagabonde à son tour et son frère partira à sa recherche.

Cette trame narrative très simple constitue en quelque sorte le schéma musical sur lequel Yi Ch'ongjun va faire chanter ses personnages, chargés de porter des formes de coréité.
Le père pratique le p'ansori, une pratique musicale ancienne, qui ne se fixe qu' au 18e siècle."


J' ai cité longuement Patrick Maurus, parce qu' il connait parfaitement la littérature coréenne et qu' il m' a beaucoup aidé dans ma lecture.
Rarement un texte m' a laissé ainsi sans repères. Et je me suis demandé si l' on pouvait apprécier une oeuvre dont les racines culturelles sont aussi éloignées des notres.
Peut etre qu' une grande partie nous échappe. Peut etre meme l' essentiel aux yeux d' un coréen.
Reste une grande étrangeté mais qui devient belle, poétique et meme envoutante au fil de la lecture. 
Grace à sa forme musicale et aux variations qui s' enchainent progressivement. Et aux personnages qui
portent et subliment un texte  aux résonnances  finalement universelles.

Il y a dans cette forme littéraire, musicale et théatrale, le dévoilement progressif d' une histoire tragique d' une grande tristesse que nous comprenons de mieux en mieux.
J' ai pensé par moments à la tragédie grecque. Sauf que la tragédie grecque nous est mieux connue, ou en tout cas balisée par d' innombrables auteurs qui se sont penchés sur ses significations. Meme si ces significations sont seulement plausibles et adaptées en fonction des connaissances de l' époque et du pays...
Mais, comme dans la tragédie grecque,  il y a aussi une quete  et son objet nous apparait à l' issue d' une errance aussi bien physique qu' intérieure.
Et enfin, il y a  l' évocation possible d' une époque où l' homme et le langage, l' esprit et le corps, la nature et le chant étaient intimement liés.

"Chi'uk était en train de penser à  la liberté de la langue. On vit pour ainsi dire une époque où la langue se venge férocement de l' homme. C' est le résultat naturel de la trahison de l' homme vis à vis de la langue. Ayant perdu leur lien de confiance mutuelle avec les hommes, presque tous les mots se vengent.


Mais ce jour-là, Chi'uk a rencontré des mots qui n' avaient pas choisi la vengeance et acceptaient la souffrance de la renaissance.

Ils étaient enracinés dans la vie de l' homme. Ils étaient accord avec la vie, au point que l' on pouvait dire qu' ils étaient la vie meme."

Les Gens du Sud, p. 144

_________________
L' imagination est l' histoire vraie du monde.
Roberto Juarroz
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