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 J.A. Baker (Le pèlerin) [Nature]

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animal
Tête de Peluche
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MessageSujet: J.A. Baker (Le pèlerin) [Nature]   Lun 19 Nov 2012 - 22:15

John Alec Baker né en 1926 et décédé en 1987 est surtout connu pour son livre Le pèlerin/The Peregrine (1967). Il a travaillé pour l'Automobile Association puis pour une entreprise de jus de fruits chez lui à Chelmsford sur la côté est de l'Angleterre.

Le pèlerin

Recommandée ici par bix, recommandée par le libraire, recommandé par Werner Herzog dans une interview... Le drôle de livre tient du mythe tout en se faisant assez discret (avec la bonne nouvelle d'une nouvelle publication en 2011 en Angleterre avec un autre texte : The Hill of Summer). C'est le folio que j'ai lu. Autant passé par l'ombre pour commencer : les phrases ont parfois une drôle de tête : texte original, traduction ? Ce n'est heureusement pas si important dans le cas présent (bien qu'il puisse y avoir une tentation pour la version originale...).

Il s'agit d'une œuvre de non-fiction, d'un journal d'une saison du mois d'Octobre au mois d'Avril passée à observer et approcher le faucon pèlerin, quelques-uns en fait, sur la côte est de l'Angleterre. Quelques pages introduisent le livre : présentation des oiseaux : faucons et autres, quelques chiffres relevés des observations et les bribes qui situent définitivement le texte dans sa période moderne : les oiseaux sont de moins en moins nombreux, l'activité humaine apparait ici directement. Et c'est une de ses très rares présences dans le livre.

Entrées datées du jour, notes sur la journée : météo, oiseaux et autres animaux parfois, apparition possible d'un faucon, observation du vol, de la chasse. De jour en jour les notes se suivent et se ressemblent. Le ciel, l'attente, les vols et les cris des oiseaux, le vol du faucon et ses piquées meurtrières, l'observation des dépouilles. La mer, le ciel, la saison.

Il passe par la tête comme l'idée que c'est une forme abrupte de nature writing, un émerveillement lucide du factuel, malgré une omniprésence de la mort dans cette nature très proche mais qui se révèle terriblement étrangère. Pas tant pour notre bonhomme qui s'oublie dans ces lignes, quoique, que pour le lecteur. L'attente, les heures dehors, le déroulement de la journée, d'une saison, les rythmes des oiseaux, des animaux, des marées.

Et puis le lien entre l'homme et cet oiseau particulier. Les jours passent et l'homme s'approche, devenant moins homme, essayant de ne plus l'être pour approcher. L'insistance de la peur, celle de l'oiseau, des proies, de l'homme aussi. Les mimétismes et les ressemblances dans les comportements des oiseaux : imitations de vols d'une autres espèces ou simples ressemblances, répétitions...

D'une certaine façon rien ne se passe et l'homme disparait comme rarement sans pour autant pouvoir disparaitre totalement même en se levant avant le soleil et en ne quittant le territoire de son observation qu'à la nuit tombée. On a beau le dire et le penser l'effet d'une telle lecture est à part. Mur d'incompréhension, de fascination et d'émerveillement. Une acceptation, une fusion pacifique avec la part violente, brutale de la nature dans toute son immédiateté et en même temps un regard, une beauté presque infinie de si peu.  Les descriptions sont-elles si lyriques ? je ne sais pas, on ne le dirait pas, il y a de l'humidité, du froid, du temps, une décomposition, un oubli primitif dans ce texte qui ne pose pas la question de l'évocation lyrique de la nature.

C'est presque asocial comme bouquin, comme expérience. Pourtant elle est écrite et partagée. Lecture marquante.

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bix229
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MessageSujet: Re: J.A. Baker (Le pèlerin) [Nature]   Lun 19 Nov 2012 - 22:59

Tu n' as pas prononcé le mot amour, Animal. Moi, c' est ce que j' ai ressenti. Le mot est fort, mais il a -pour moi- toute la charge affective que ce mot comporte et au delà : respect, admiration, attention. A sens unique. Forcément. Mais un amour n' a pas besoin d' etre partagé pour exixter.
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animal
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MessageSujet: Re: J.A. Baker (Le pèlerin) [Nature]   Mar 20 Nov 2012 - 22:29

Je vois ce que tu veux dire mais ce n'est pas une association qui me vient, même à la réflexion. Pas tant par le rapport à l'oiseau que par le rapport à soi ? je ne sais pas trop comment le formuler.


En attendant un extrait. Ni le plus 'magique', ni le plus marquant, mais un exemple parmi d'autres de l'étourdissement sauvage qui anime ce journal.

Citation :
9 janvier. Le premier jour ensoleillé de cette année. Le jour le plus radieux et le plus froid que j'aie jamais connu. Au nord du gué, un héron se tenait debout, enfoncé dans la neige jusqu'aux genoux. Le vent violent ne l'ébranlait pas, n'ébouriffait pas ses longues plumes grises. Majestueux, mort de froid, il bravait le vent dans son fragile sarcophage de glace. Déjà des dynasties entières semblaient nous séparer. Je lui ai survécu comme le singe baragouineur a survécu au dinosaure.
Une poule d'eau chancelante traversa la glace du torrent, à petits pas feutrés et arthritiques; la démarche de l'agonie, dans toute sa drôlerie pathétique. Des bouvreuils se nourrissant de bourgeons bariolaient la blancheur des vergers. Des bécasses jaillirent des douves dans un sillage de neiges ramollies.
A une heure de l'après-midi, une pipistrelle voltigeait au-dessus du chemin creux. Elle se tortillait et plongeait comme pour attraper des insectes. Elle était bien la seule à pouvoir voler par ce froid. Peut-être avait-elle été réveillée par le soleil pour chasser en rêvant à l'été.
Les champs blancs étaient jonchés de grappes d'oiseaux; on y reconnaissait les contours rebondis des canards sauvages, des poules d'eau, des perdrix; les silhouettes plus étroites des bécasses et des pigeons; les virgules et les vermicelles qu'étaient les merles, les grives, les pinsons et les alouettes. Impossible de se cacher. Plus de problèmes pour le faucon. Sous ses yeux s'étalent des cartes géographiques noir sur blanc, craquelures sur une pellicule muette. Tout ce qui est noir et bouge est à abattre.
Le tiercelet piqua dans le vent et remonta à la crête d'une énorme vague d'oiseaux. En pénétrant au cœur de cette vague, faisant taire ses battements d'ailes, il entraîna les oiseaux dans la neige. Un ramier se laissa emporter par le faucon, balancé mollement dans le piège de sa serre, répandant des plumes rouges et de lents ruissellements de sang.

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J.A. Baker (Le pèlerin) [Nature]
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