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 André Gide

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kali
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MessageSujet: André Gide   Mer 11 Juil 2007 - 12:37



Issu d'une famille bourgeoise et protestante, André Gide reçoit une éducation très puritaine. Il perd son père à l'âge de onze ans.
Evoluant d'abord dans le cercle des symbolistes, il part en Afrique du Nord pour des raisons de santé et en revient métamorphosé. Il publie alors 'Les Nourritures terrestres', assumant son homosexualité, clamant sa volonté d'assouvir ses désirs et de s'affranchir des servitudes sociales et religieuses, ce qui lui vaut une mésentente avec Claudel. Son succès s'accroît après la Première Guerre mondiale, notamment grâce à sa théorie de 'l'acte gratuit'.
En 1925, Gide part pour un voyage d'un an au Tchad et au Congo : il s'engage alors pleinement dans la dénonciation du colonialisme en Afrique noire française. Fervent défenseur du communisme, il fustige ce système après son retour d'URSS en 1937. Le prix Nobel de littérature lui a été décerné en 1947.
Toute sa vie, André Gide s'est préoccupé du rôle et de la responsabilité de l'écrivain. Dans ses oeuvres, il brouille les cartes, défait les mythes, et reste insaisissable.
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kali
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MessageSujet: Re: André Gide   Mer 11 Juil 2007 - 12:39

La symphonie pastorale


Un pasteur marié et son fils sont tous deux épris d'une aveugle. Lequel convaincra l'autre que "le mal n'est jamais dans l'amour?".


J’aime ce type de romans, ça a un charme vieillot qui me touche. En plus de ça, je ne vais pas vous raconter ma trépidante et passionnante vie, mais le héros m’est familier : il est vaudois (oh tiens, moi aussi), il est pasteur (oh tiens, comme quasi tous les hommes de ma famille).

Sa rencontre avec une jeune fille aveugle qui vivait jusqu’alors en sauvageonne va bouleverser sa vie, sans qu’il s’en rende vraiment compte. Toute cette énergie qu’il déploie pour s’occuper d’elle, est-ce par simple charité chrétienne ? L’amour qu’il lui porte, est-ce seulement celui de l’homme de foi envers la brebis égarée qu’on mène vers la lumière ?

C’est ce débat intérieur qui fait le charme de l’histoire. Gertrude, la jeune aveugle, est trop parfaite dans sa découverte du monde ; quant au pasteur, il est énervant à utiliser son travail et la Bible pour se justifier, et sa femme est trop aigrie pour qu’on n’ait pas envie de lui coller deux claques.

Je trouve que ce roman semble sorti d’un autre temps, il fait plus vieux que son âge, mais j’aime beaucoup. Un classique que j’ai eu plaisir à relire.
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kali
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MessageSujet: Re: André Gide   Mer 11 Juil 2007 - 12:41

L'immoraliste


Michel, historien, épouse Marceline, après la mort de son père, pour satisfaire à sa dernière volonté. Lors d'un voyage qui conduit le jeune couple en Tunisie, Michel commence à souffrir de tuberculose, et une crise particulièrement violente le laisse entre la vie et la mort.

A partir de ce moment là, Michel, qui avait négligé son corps en faveur de l'étude, va entamer une métamorphose progressive, qui commencera par une négation de l'esprit au profit du corps, de ce corps qu'il se force à nourrir et à exercer pour le sortir de la maladie, métamorphose qui se poursuivra par une remise en question de tout ce qui lui a été inculqué dans sa jeunesse: l'austérité protestante de sa mère, le goût pour un passé qu'il trouve à présent figé et sans intérêt, et plus généralement, la morale et la culture, une culture qui pour lui étouffe l'instinct primitif de vie.

Car c'est la vie que Michel veut voir triompher, cette vie qu'il manque de perdre, et peu à peu sa transformation fait de lui un immoraliste, un homme qui ne vit que pour satisfaire ses pulsions immédiates, au détriment du reste, et surtout de sa femme Marceline qui en paiera de l'ultime prix. Tel un vampire, Michel semble se repaître de la jeunesse et de la santé de ses proches, tandis que la maladie, la vieillesse et la laideur lui répugnent.


Il faut, paraît-il, savoir capter le second niveau de lecture de ce livre et voir les questions philosophiques au-delà de la simple histoire. Je n’ai pas voulu ou pas su le faire.

Il y a du Nietzsche là-dedans, du questionnement sur le dépassement de soi, etc. Il y a aussi des éléments autobiographiques plus ou moins cachés.

Tout ce que j’y ai vu, moi, c’est une écriture vraiment très belle, mais une histoire barbante comme les pierres. Ca ne m’a pas intéressée, Michel me tapait sur le système avec sa faiblardise (je sais, ça n’existe pas) et son égocentrisme. Du coup, au bout de 80 pages, j'ai fini par abandonner.

Je suis déçue, je pensais vraiment que j’allais aimer… Je poursuivrai tout de même ma découverte de Gide, plus tard, avec d'autres titres.
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coline
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MessageSujet: Re: André Gide   Mer 11 Juil 2007 - 12:54

kalistina a écrit:
Tout ce que j’y ai vu, moi, c’est une écriture vraiment très belle, mais une histoire barbante comme les pierres. Ca ne m’a pas intéressée...
Je l'avais lu par obligation, il y a longtemps, au moment de mes études...C'est le souvenir que j'en ai gardé...
Je n'ai jamais eu envie de revenir à Gide "pour le plaisir"...
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kali
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MessageSujet: Re: André Gide   Mer 11 Juil 2007 - 13:02

coline a écrit:

Je n'ai jamais eu envie de revenir à Gide "pour le plaisir"...
Peut-être avec une petite symphonie pastorale? Belle écriture, bele histoire, peu de pages, vite lu Very Happy
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coline
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MessageSujet: Re: André Gide   Mer 11 Juil 2007 - 13:08

Je l'ai lu aussi...c'était plus "supportable" !...mais sans enthousiasme...:)
Je ne me sens pas concernée par le propos des oeuvres de Gide.

Ceci dit, tu as bien fait d'ouvrir ce fil consacré à cet auteur. Nous avons beaucoup de fils consacrés à la littérature contemporaine. Il faut aussi que nous accordions sur le forum la place qu'on lui doit à la littérature classique.:)
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: André Gide   Dim 15 Juil 2007 - 22:58

"Les caves du Vatican"

Quand André Gide publia « Les caves du Vatican », il tint à ne pas qualifier ce livre de « roman » mais de « sotie » afin de bien faire ressortir le caractère burlesque de son récit.



Avec ce livre, André Gide, en effet, nous entraîne dans une tragi-comédie abracadabrante, une aventure aux accents rocambolesques peuplée de personnages cocasses et qui n'est pas sans rappeler l'atmosphère des romans de Queneau. On retrouve dans la description acérée et sans concessions des personnages principaux, des accents balzaciens qui, servis par une écriture volontairement désuète, donnent aux protagonistes du récit une épaisseur et une présence qui rappellent le sens aigu de la description propre aux plus grands auteurs du XIXe siècle.



Les personnages principaux : Anthime Armand-Dubois, Julius de Baraglioul, Amédée Fleurissoire, dont on suit tour à tour les démêlés, sont tous apparentés et appartiennent à cette classe « supérieure », mélange de vieille noblesse et de nouvelle bourgeoisie, élite bien-pensante et désoeuvrée, quasiment « proustienne », faite de rentiers conservateurs et calotins, espèce que Gide nous décrit comme déjà en voie d'extinction en cette fin du XIXe siècle, vieux dinosaures bientôt remplacés par les esprits mercantiles du XXe siècle, nouvelle race dédiée à un mercantilisme dénué de toutes références à une quelconque morale ou religion.



Mais en cette année 1890, c'est l'effervescence qui règne chez nos personnages. Le Comte Julius de Baraglioul apprend l'existence jusqu'ici insoupçonnée de son demi-frère en la personne de Lafcadio Wluiki, jeune homme voué à la vie de bohême mais fermement déterminé, à l'image du Rastignac de la « Comédie Humaine » à gravir les échelons de la société, quitte pour cela à abandonner toute espèce de scrupules.
Plus grave encore, la soeur puînée de Julius de Baraglioul, la Comtesse Guy de Saint-Prix, femme d'une dévotion exemplaire, apprend l'existence d'un complot d'une audace et d'une envergure peu communes : l'enlèvement et la séquestration du Pape Léon XIII par les Francs-Maçons qui ont dans la foulée installé au Saint-Siège un sosie acquis à leurs sombres desseins.
C'est afin d'éventer ce complot et de faire toute la lumière sur cette machination qu'entre en scène Amédée Fleurissoire, mari de la soeur cadette de Mmes Armand-Dubois et de Baraglioul.
Personnage d'une naïveté peu commune, Amédée Fleurissoire va se lancer, seul, tel un Tartarin de Tarascon, à corps perdu dans la « Croisade pour la Délivrance du Pape »



Le voyage ferroviaire d'Amédée Fleurissoire entre Pau et Rome est à lui seul un grand moment d'anthologie. Ses démêlés avec moustiques, puces et punaises, ses erreurs d'aiguillage entraînant retards et faux-départs, ses mésaventures romaines jusqu'à sa rencontre avec le destin dans le train qui relie Rome à Naples, entraînent le lecteur dans une sorte de road-movie jubilatoire dont le personnage central, naïf, lunaire et désorienté va devoir se confronter à un univers bien éloigné de son petit monde familier.



« Les caves du Vatican » est une farce, un roman tragi-comique qui s'inspire peu ou prou de certains grands courants littéraires du XIXe siècle afin de faire ressortir le côté grotesque et dérisoire des personnages mis en scène ainsi que de leurs aspirations diverses. C'est aussi pour Gide l'occasion d'introduire le thème du libre arbitre au sein d'une satire sociale exprimée sous la forme d'une comédie abracadabrante et échevelée, une aventure truculente et jubilatoire dont les personnages principaux, sympathiques à force de ridicule, ne cesseront pas de sitôt de faire s'esclaffer le lecteur.
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Sieglinde
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MessageSujet: Re: André Gide   Dim 9 Mar 2008 - 21:13

J'ai moi aussi lu L'immoraliste et ai trouvé ce livre assez fade. L'histoire n'était pas inintéressante et le style de Gide toujours très fluide et agréable à lire.
Mais il y a quelque chose qui n'est pas passé, je ne saurais pas dire quoi. Je pense que j'ai été trompée par le titre du livre. Parce que L'immoraliste, ça c'est un nom qui accroche! Un immoraliste, un homme qui va à l'encontre des us et coutumes imprégnés de morale Judéo chrétienne de son temps, tout un programme ! Mais finalement, le roman s'étire en longueur, et notre immoraliste se montre bien réservé et comme dire ? gentillet. Pas d'éclat dans ce livre. Toute l'atmosphère est en fait imprégnée de chaleur Africaine, d'une certaine langueur et l'histoire s'étire donc en longueur, en suivant le cours des pensées de Michel.

D'un autre côté, en lisant la préface, on remarque que Gide a été étonné par les réactions de ses proches à propos de ce livre. Tous ont trouvé Michel détestable et Marceline angélique. Pour le qualificatif de la seconde, je ne dis pas non. C'est d'ailleurs selon moi son principal défaut. Mais j'ai trouvé le premier loin, très loin d'être si négatif que ça. Pour tout dire, je l'ai juste trouvé humain. Humain comme le Meursault de L'étranger. Avec ses noirceurs, son indifférence, son recul par rapport à sa propre vie. Un personnage captivant. Le principal intérêt du livre selon moi. Alors qu'à côté de ça, Marceline était d'un transparant. Un personnage insipide, à la psychologie baclée (enfin selon moi^^). Et en ce qui me concerne, contrairement à Kalistina, c'est par elle que j'ai été agacée.

Toujours est-il que pour commencer avec Gide je ne conseille pas ce livre. Ni même Les nourritures terrestres. C'est peut-être indigne d'une littéraire, mais j'ai trouvé ce bouquin d'un chiant.

Non vraiment, si vous cherchez un roman de Gide qui ait du style, de la finesse, de l'élégance, de l'humour, lisez Les faux monnayeurs.
J'ai eu la chance de commencer par celui-là (le seul roman qu'il ait jamais écrit à ses propres dires) et ça a été un vrai choc littéraire pour moi, non pas tant à cause de l'histoire, somme toute assez banale, mais vraiment pour l'originalité, la modernité de l'écriture.

Depuis j'en ai lu plusieurs autres, mais je n'ai plus retrouvé cette écriture si enlevée, si personnelle, si provocante, qui m'avait tant marquée.


Les faux monnayeurs donc, le roman de l'adolescence perverse:

Construit avec minutie, ce roman multiplie les personnages, points de vues narratifs et intrigues secondaires diverses autour d'une histoire centrale. Par la liberté de l'écriture, la multiplicité des angles de vue et les ruptures dans la narration chronologique, Gide se détache de la tradition littéraire du roman linéaire. À travers le personnage d'Edouard, dans lequel il projette sa propre personne, il montre les limites de la prétention du roman à reproduire le monde réel et ouvre ainsi la voie à la recherche plus large d'une écriture créatrice.

Ce roman aujourd'hui est considéré comme l'un des plus importants du XXe siècle, précurseur de mouvements littéraires à venir comme sera le Nouveau Roman.

Par ailleurs, Gide illustre dans cette œuvre les idées sur l'homosexualité et la pédérastie qu'il théorise dans divers essais comme le Corydon.

L'histoire centrale est celle de trois personnages, deux jeunes garçons lycéens et un homme de 38 ans, durant les quelques mois d'un été et d'automne.

Bernard, lycéen parisien de 17 ou 18 ans sur le point de passer son bachot, découvre qu'il est le fruit d'un amour interdit entre sa mère et un amant de passage. Il en conçoit un profond mépris pour l'homme qui l'a pourtant élevé, mais qui n'est pas son père et qu'il pense alors n'avoir jamais aimé. Il décide de fuir la maison - mais ne sachant où passer sa première nuit, il se réfugie chez un de ses amis et camarade de classe, Olivier. Ce dernier est un garçon timide en manque d'affection, qu'il cherche à combler auprès de ses amis proches ou de son oncle Edouard dont il est amoureux - amour réciproque, mais que ni l'un ni l'autre ne parviennent à exprimer. Cependant, à la suite d'un concours de circonstance, Bernard se retrouve engagé par Edouard, qui exerce le métier d'écrivain, en tant que secrétaire et ils s'en vont tous deux pour un séjour dans les montagnes. (suite sur le site)

Source: Wikipédia
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kali
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MessageSujet: Re: André Gide   Dim 9 Mar 2008 - 21:42

Sieglinde a écrit:
Et en ce qui me concerne, contrairement à Kalistina, c'est par elle que j'ai été agacée.
Finalement, nos avis se rejoignent assez ; cette brave Marceline est si transparente que je l'en avais oubliée!
Je lirai les Faux-monnayeurs, pour retrouver Gide sous un jour meilleur.
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JDP
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MessageSujet: André Gide   Dim 9 Mar 2008 - 22:12

L'intéressant chez Gide c'est d'abord et avant tout son journal..
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Sieglinde
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MessageSujet: Re: André Gide   Mar 11 Mar 2008 - 17:43

Ah le journal des Faux monnayeurs !! Oui j'en ai entendu parler, ça fait même parti des oeuvres les plus connues je crois... J'hésite à le lire parce que généralement cette forme d'écrit du jour le jour à tendance à me rebuter un peu.

Tu pourrais nous en dire plus ?
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lekhan
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MessageSujet: Re: André Gide   Mar 11 Mar 2008 - 21:36

Je me range à Monsieur Cravan, HA HA:

Citation :
ANDRE GIDE

Comme je rêvais fèbrilement, après une longue période de la pire des paresses, à devenir très riche (mon Dieu! comme j'y rêvais souvent!) ; comme j'en étais au chapitre des éternels projets, et que je m'échauffais progressivement à la pensée d'atteindre malhonnêtement à la fortune, et d'une manière inattendue, par la poésie - j'ai toujours essayé de considérer l'art comme un moyen et non comme un but - je me dis gaiement : "Je devrais aller voir Gide, il est millionnaire. Non, quelle rigolade, je vais rouler ce vieux littérateur!"
Tout aussitôt - ne suffit-il pas de s'exciter? - je m'octroyais un don de réussite prodigieux. J'écrivais un mot à Gide, me recommandant de ma parenté avec Oscar Wilde ; Gide me recevait. Je lui étais un étonnement avec ma taille, mes épaules, ma beauté, mes excentricités, mes mots. Gide raffolait de moi, je l'avais pour agréable. Déjà nous filions vers l'Algérie - il refaisait le voyage de Biskra et j'allais l'entraîner jusqu'aux côtes des Somalis. J'avais vite une tête dorée, car j'ai toujours eu un peu honte d'être blanc. Et Gide payait les coupés de première classe, les nobles montures, les palaces, les amours. Je donnais enfin une substance à quelques-unes de mes milliers d'âmes. Gide payait, payait toujours ; et j'ose espérer qu'il ne m'attaquera point en dommages et intérêts si je lui fais l'aveu que dans les dévergondages malsains de ma galopante imagination il avait vendu jusqu'à sa solide ferme de Normandie pour satisfaire à mes derniers caprices d'enfant moderne.
On dira peut-être de moi que j'ai des moeurs d'androgide. Le dira-t-on?
Au reste, j'ai si peu réussi dans mes petits projets d'exploitation que je vais me venger. J'ajouterai, afin de ne pas alarmer inconsidérément nos lecteurs de province, que je pris surtout en grippe M. Gide le jour où, comme je le fais entendre plus haut, je me rendis compte que je ne tirerais jamais dix centimes de lui, et que, d'autre part, cette jaquette râpée se permit d'éreinter, pour des raisons d'excellence, le chééubin nu qui a nom Théophile Gautier.
J'allai donc voir M. Gide. Il me revient qu'à cette époque je n'avais pas d'habit, et je suis encore à le regretter, car il m'aurait été facile de l'éblouir. Comme j'arrivais près de sa villa, je me récitai les phrases sensationnelles que je devais placer au cours de la conversation. Un instant plus tard je sonnais. Une bonne vint m'ouvrir (M. Gide n'a pas de laquais). L'on me fit monter au premier et l'on me pria d'attendre dans une sorte de petite cellule qu'assurait un corridor tournant à angle droit. En passant, je jetai un oeil curieux dans différentes pièces, cherchant à prendre par avance quelques renseignements sur les chambres d'amis. Maintenant, j'étais assis dans mon petit coin. Des vitraux, que je trouvais toc, laissaient tomber le jour sur un écritoire où s'ouvraient des feuillet fraîchement mouillés d'encre. Naturellement, je ne me fis pas faute de commettre la petite indiscrétion que vous devinez. C'est ainsi que je puis vous apprendre que M. Gide châtie terriblement sa pensée et qu'il ne doit guère livrer aux typographes que le quatrième jet.
La bonne vint me reprendre pour me conduire au rez-de-chaussée. Au moment d'entrer dans le salon, de turbulents roquets jetèrent quelques aboiements. Cela allait-il manquer de distinction? Mais M. GIde allait venir. J'eus pourtant tout le loisir de regarder autour de moi. Des meubles modernes et peu heureux dans une pièce spacieuse ; pas de tableaux, des murs nus (une simple intention ou une intention un peu simple) et surtout une minutie très protestante dans l'ordre et la propreté. J'eus même, un instant, une sueur assez désagréable à la pensée que j'avais peut-être saligoté le tapis. J'aurais probablement poussé la curiosité un peu plus loin, ou j'aurais même cédé à l'exquise tentation de mettre quelque menu bibelot dans ma poche, si j'avais pu me défendre de la sensation très nette que M. GIde se documentait par quelque petit trou secret de la tapisserie. Si je m'abusais, je prie M. Gide de bien vouloir accepter les excuses publiques et immédiates que je dois à sa dignité.
Enfin l'homme parut. (Ce qui me frappa le plus depuis cette minute, c'est qu'il ne m'offrit absolument rien, si ce n'est une chaise, alors que sur les quatre heures de l'après-midi une tasse de thé, si l'on prise l'économie, ou mieux encore quelques liqueurs et le tabac d'Orient passent avec raison, dans la société européenne, pour donner cette disposition indispensable qui lui permet d'être parfois étourdissante.)
"Monsieur Gide, commençai-je, je me suis permis de venir à vous, et cependant je crois devoir vous déclarer tout de go que je préfère de beaucoup, par exemple, la boxe à la littérature. - La littérature est pourtant le seul point sur lequel nous puissions nous rencontrer", me répondit assez sèchement mon interlocuteur.
Je pensais : ce grand vivant!
Nous parlâmes donc littérature, et comme il allait me poser cette question qui devait lui être particuliérement chère : "Qu'avez-vous lu de moi?", j'articulai sans sourciller, en logeant le plus de fidélité possible dans mon regard : "J'ai peur de vous lire." J'imagine que M. Gide dut singulièrement sourciller.
J'arrivais alors petit à petit à placer mes fameuses phrases, que tout à l'heure je me récitais encore, pensant que le romancier me saurait gré de pouvoir après l'oncle utiliser le neveu. Je jetai d'abord négligemment : "La Bible est le plus grand succés de librairie." Un moment plus tard, comme il montrait assez de bonté pour s'intéresser à mes parents : "Ma mère et moi, dis-je assez drôlement, nous ne sommes pas nés pour nous comprendre."
La littérature revenant sur le tapis, j'en profitai pour dire du mal d'au moins deux cents auteurs vivants, des écrivains juifs, et de Charles-Henri Hirsch en particulier, et d'ajouter : "Heine est le christ des écrivains juifs modernes." Je jetais de temps à autre de discrets et malicieux coups d'oeil à mon hôte, qui me récompensait de rires étouffés, mais qui, je dois bien le dire, restait très loin derrière moi, se contentant, semblait-il, d'enregistrer parce qu'il n'avait probablement rien préparé.
A un moment donné, interrompant une conversation philosophique, m'étudiant à ressembler œ un bouddha qui aurait descellé une fois pour dix mille ans ses lèvres : "La grande Rigolade est dans l'Absolu.", murmurai-je. Sur le point de me retirer, d'un ton très fatigué et très vieux, je priai : "Monsieur Gide, où en sommes-nous avec le temps?" Apprenant qu'il était six heures moins un quart, je me levai, serrai affectueusement la main de l'artiste et partis en emportant dans ma tête le portrait d'un de nos plus notoires contemporains, portrait que je vais esquisser ici, si mes chers lecteurs veulent bien m'accorder encore un instant de leur bienveillante attention.
M. Gide n'a pas l'air d'un enfant d'amour, ni d'un éléphant, ni de plusieurs hommes : il a l'air d'un artiste ; et je lui ferai ce seul compliment, au reste désagréable, que sa petite pluralité provient de ce fait qu'il pourrait très aisément être pris pour un cabotin. Son ossature n'a rien de remarquable ; ses mains sont celles d'un fainéant, très blanches, ma foi! Dans l'ensemble, c'est une toute petite nature. M. Gide doit peser dans les cinquante-cinq kilos et mesurer un mètre soixante-cinq environ. Sa marche trahit un prosateur qui ne pourra jamais faire un vers. Avec ça, l'artiste montre un visage maladif, d'où se détachent, vers les tempes, de petites feuilles de peau plus grandes que des pellicules, inconvénient dont le peuple donne une explication en disant vulgairement de quelqu'un : "Il pèle."
Et pourtant l'artiste n'a point les nobles ravages du prodigue qui dilapide et sa fortune et sa santé. Non, cent fois non ; l'artiste semble prouver au contraire qu'il se soigne méticuleusement, qu'il est hygiénique et qu'il s'éloigne d'un Verlaine qui portait sa syphilis comme une langueur, et je crois, à moins d'un démenti de sa part, ne pas trop m'aventurer en affirmant qu'il ne fréquente ni les filles ni les mauvais lieux ; et c'est bien encore à ces signes que nous sommes heureux de constater, comme nous aurions eu souvent l'occasin de le faire, qu'il est prudent.
Je ne vis M. Gide qu'une fois dans la rue : il sortait de chez moi : il n'avait que quelques pas à faire avant de tourner la rue, de disparaître à mes yeux ; et je le vis s'arrêter devant un bouquiniste : et pourtant il y avait un magasin d'instruments chirurgicaux et une confiserie...
Depuis M. Gide m'écrivit une fois*, et je ne le revis jamais.
J'ai montré l'homme, et maintenant j'eusse volontiers montré l'oeuvre si, sur ce seul point, je n'eusse pas eu besoin de me redire.
Arthur CRAVAN.

* La lettre autographe de M. Gide est à enlever à nos bureaux au prix de 0 F 15.
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MessageSujet: Re: André Gide   Jeu 17 Juil 2008 - 18:15

J'ai enfin lu Le journal des faux monnayeurs. Quel bonheur quand il s'agit d'un de ses romans préférés que d'observer le cheminement suivi par l'auteur pour en arriver à la version finale du livre.
J'ai compris beaucoup de choses en le lisant, concernant les situations, la psychologie des personnages, mais aussi pourquoi l'écrivain a choisi de multiplier les points de vue, et en quoi ce roman (le premier et le seul de Gide) est un enjeu dans son oeuvre.

J'ai relevé quelques citation que je trouve intéressantes:

Citation :
L'avenir m'intéresse plus que le passé, et plus encore ce qui n'est non plus de demain que d'hier mais qu'en tout temps, l'on puisse dire d'aujourd'hui.

Citation :
Ce n'est point tant en apportant la solution de certains problèmes, que je puis rendre un réel service au lecteur; mais bien en le forçant à réfléchir lui-même sur ces problèmes dont je n'admets guère qu'il puisse y avoir d'autres solution que particulière et personnelle

Citation :
Je fus amener tout en l'écrivant (Si le grain ne meurt] à penser que l'intimité, la pénétration, l'investigation psychologique peut, à certains égards, être poussée plus avant dans le "roman" que même dans les "confessions". L'on est parfois géné dans celles-ci par le "Je". Il y a certaines complexités que l'on ne peut chercher à démêler, à étaler sans apparence de complaisance.

Citation :
Il me faut pour écrire bien ce livre, me persuader que c'est le seul roman et dernier livre que j'écrirai. J'y veut tout verser sans réserve.
(Phrase qui accrocherait magnifiquement l'attention en quatrième de couverture !^^)

Citation :
Le problème pour moi, n'est pas: comment réussir ? mais bien: comment durer ? Depuis longtemps, je ne prétends gagner mon procès qu'en appel. Je n'écris que pour être relu.

Citation :

Profitendieu est à redessiner complètement. Je ne le connaissais pas suffisamment quand il s'est lancé dans mon livre. Il est beaucoup plus intéressant que je ne le savais.


Et enfin, petite réflexion métaphysique s'il en est:

Citation :
Tandis qu'on ne peut servir Dieu qu'en croyant en Lui, le diable, lui, n'a pas besoin qu'on croie en lui pour le servir. Au contraire, on ne le sert jamais si bien qu'en l'ignorant. Il a toujours intérêt à ne pas se laisser connaître, et c'est là, je vous dis, ce qui me chiffonne: c'est de penser que, moins je crois en lui, plus je l'enforce. (...) En parfaite sincérité, je ne crois pas au démon. J'en prends tout ce qui est en est comme une puérile simplification et explication apparente de certains problèmes psychologiques-auxquels mon esprit répugne à donner d'autres solutions que parfaitement naturelles, scientifiques, rationnelles. Mais encore une fois, le diable lui-même ne parlerait pas autrement; il est ravi; il sait qu'il ne se cache nulle part aussi bien que dernière ces explications rationnelles qui le relèguent au rang des hypothèses gratuites.
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MessageSujet: Re: André Gide   Jeu 17 Juil 2008 - 18:59

Je crois que je ne l'ai pas lu...ou alors c'était il y a longtemps jypeurien
Le pire c'est que maintenant je n'ai plus le courage de me remettre dans les classiques....pourtant, je devrais car ils sont une mine littéraire!
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MessageSujet: Re: André Gide   Jeu 17 Juil 2008 - 19:05

Chatperlipopette a écrit:
Le pire c'est que maintenant je n'ai plus le courage de me remettre dans les classiques....pourtant, je devrais car ils sont une mine littéraire!
Concernant les classiques je te rejoins un peu.. beaucoup que je n'ai pas lu pendant mes années à l'école ou pour l'envie de lire par moi même - je ne les touche pas aujourd'hui.. mais André Gide - je l'ai fait.. et c'était une découverte.. je t'encourage de lui donner au moins un livre pour faire connaissance
(si tu choisis 'Les caves du Vatican' tu risques de devenir accro Wink )

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