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 Yannick Grannec

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zazy
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MessageSujet: Yannick Grannec   Ven 14 Déc 2012 - 22:07


Après un bac scientifique et des études artistiques, elle rejoint l'École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI) où elle obtient en 1994 un diplôme de designer industriel. Auteur de quelques livres jeunesse, passionnée de mathématiques, elle publie en 2012 son premier roman La déesse des petites victoires. Elle vit aujourd'hui à Saint-Paul de Vence où elle se consacre à l'écriture
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zazy
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MessageSujet: Re: Yannick Grannec   Ven 14 Déc 2012 - 22:09

La déesse des petites victoires


La Déesse des petites victoires
Yannick Grannec
Editions Anne Carrière
465 pages
Août 2012
ISBN : 9782843376665





Enoncé du problème :
Quelles sont les probabilités qu’une danseuse de cabaret de seconde zone et un mathématicien de génie, connu pour sa théorie de l'incomplétude ; que la veuve d’un génie des mathématiques et une jeune documentaliste névrosée se rencontrent ? Veuillez justifier vos arguments ainsi que vos conclusions.


Anna, documentaliste à l’Institut de Recherche Avancée de Princeton (USA), quasi anorexique, plutôt déprimée, fuyant la vie pour ne pas ressembler à sa mère.
Adèle, veuve du grand mathématicien autrichien Kurt Gödel. Ancienne danseuse dans un cabaret miteux où elle fait la connaissance de ce jeune homme pas comme les autres.
Ces deux femmes vont se rencontrer car L’IAS, désireux, de mettre la main sur les documents laissés par Kurt Gödel confie à Anna la lourde tâche de les récupérer auprès de cette veuve un peu acariâtre que personne ne peut apparemment convaincre.
Un chapitre pour Anna, un chapitre pour Adèle…. Le met aurait pu être insipide, mais la force de Yannick Grannec, en plus d’un formidable travail de documentation sur Gödel, est de nous faire vivre cette rencontre émaillée des incertitudes d’Anna et des souvenirs d’Adèle. Elles se sont élues mutuellement et Adèle va lui conter sa vie avec Gödel : « Le plus grand logicien du monde ? Le roi des emmerdeurs, oui ! »

Fin des années 1920, Adèle et Kurt se rencontrent et ainsi débute une relation qui dura jusqu’à la mort. Ne me demandez pas de vous résumer le travail de génie de ce mathématicien, je ne saurais le faire (incapable que je suis de résoudre une équation au premier degré !), qui ira jusqu’à. Ce n’est pas grave car le personnage central est Adèle. Elle a tout quitté, son petit monde, son métier pour suivre cet homme qui ne lui a jamais dit un seul mot d’amour. Elle le soignera, lui évitera une mort précoce, accepte de partir pour Princeton, elle qui ne parle pas la langue qui se sentira toujours étrangère à ce monde de mathématiciens et de génies. Quelle abnégation, heureusement Einstein était là pour la soutenir.

Gödel a 2 béquilles : sa femme et les mathématiques ou l’inverse. Il vit dans et par la force de sa femme et se nourrit de mathématiques. A lui la reconnaissance du monde scientifique à elle les petites victoires. Mais, au fait qu’elles sont ces petites victoires ? Entre autre, son mariage, bien que ce fut presqu’une injonction de Mme Gödel-mère ; l’achat d’une maison ; le plaisir d’installer une paire de flamands roses du plus mauvais goût pour faire râler la belle-mère ; tous ces jours où elle a lutté contre la paranoïa, la folie de son génie de mari…

L’auteure a bien su démontrer dans ce livre le théorème de l’amour et des petites victoires. Un ouvrage qui m’a fait découvrir un génie inconnu dont Albert Einstein aimait à dire : « Je ne vais à mon bureau que pour avoir le privilège de rentrer à pied avec Kurt Gödel ». Nous traversons le XXème siècle dans les pas de ces génies qu’elle rend humain.

Yannick Grannec, votre démonstration est fort judicieuse, vos recherches documentaires sérieuses. Quant au style très efficace, il m’a ravie, peu de temps morts, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer en lisant votre gros bouquin.
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Yannick Grannec   Sam 15 Déc 2012 - 10:24

-La déesse des petites victoires-

Merci pour ton compte rendu Zazy, qui m'évite de le faire moi-même. J'ai lu ce roman de la sélection fnac sans déplaisir, mais sans enthousiasme particulier non plus. Il nous apprend des choses, notamment la vie de ce personnage atypique et finalement peu connu, Kurt Göbel, un homme maniaque, égoiste et maladivement obessessionnel, très peu doué pour la vie et qui ne dût sa survie que porté par l'amour de sa femme, entièrement dévouée à lui. On y croise entre autres Einsteïn, proche du logicien, et qui fut un soutien pour Adèle, ce qui nous vaut des moments sympathiques, ajoutés à ceux où le caractère bien trempé de celle ci doit se confronter aux réflexions acides de sa peste de belle mère.

Des passages donc où l'on apprend beaucoup (la recherche documentaire est impressionnante) étayés d'autres moins attractifs (pour moi en tout cas) où il est question forcément de maths ou de physique. On se balade entre l'Europe et Princeton dans une période où l'arrivée du nazisme changeait la donne, et on cotoie certains savants, bref ce roman a des atouts. La confrontation de ces ceux femmes, Anne et Adèle, permet une trame assez pertinente (c'est finalement la plus vieille qui insufflera la part de vie qui manque à la plus jeune) Mais au final je n'ai pas été transportée plus que ça. Quelques longueurs, des personnages pas toujours attachants, je fais un peu ma difficile, et cet avis est totalement personnel et sans doute injustifié, mais que dire d'autre? Si le sujet vous intéresse n'hésitez pas, sinon vous pouvez passer, rien de révolutionnaire non plus.
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zazy
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MessageSujet: Re: Yannick Grannec   Sam 15 Déc 2012 - 11:58

Je crois que j'ai aimé la résistance d'Adèle, sa pugnacité et son si grand amour pour un homme hors du commun
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shanidar
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MessageSujet: Re: Yannick Grannec   Ven 4 Oct 2013 - 11:37

La Déesse des petites victoires

Je lève très haut mon bonnet d'âne en direction de Yannick Grannec, de son travail impressionnant, de sa justesse, de sa grande culture et surtout je suis très admirative de la manière dont elle raconte la vie d'Adèle et celle d'Anna.

Adèle, danseuse de cabaret dans une Vienne de moins en moins fêtarde, rencontre Kurt et vivra dans l'ombre du génie, paranoïaque, anorexique, hanté par une logique qui conduite à son extrémité rencontre la folie.
Quelle femme que cette femme ! Et de quel style, Grannec use pour nous la raconter. Adèle est une forte personnalité, amoureuse, rieuse, joyeux drille qui traîne dans son sillage de cargo au long cours, le corps fragile de légère frégate d'un homme malade, mélancolique et silencieux.
Elle fera tout pour lui. Il ne fera pas grand chose pour elle. Mais peu importe, Adèle a assez de cœur pour deux.

J'ai adoré le ton totalement décontracté, à la lisière de la vulgarité qu'utilise l'auteur pour nous parler de cette femme-là, de son amour, son abnégation, ses maigres petites victoires (l'absorption d'une miette de gâteau, d'une cuillère de thé, le mariage, une maison...). La grande victoire aurait été d'enfanter mais cela n'a pas été. Car le style est l'exacte image que nous renvoie Adèle : gouailleuse, forte tête, dépassée...

En miroir à l'histoire d'Adèle se déroule la vie d'Anna, documentaliste, jeune femme brûlée par les présences écrasantes d'un père, d'une mère, d'un ami d'enfance bien supérieurs à elle... Elle vit dans l'ombre, enfin elle vivote jusqu'à ce qu'elle rencontre l'acariâtre Adèle, la mégère, l'insolente, la ferrailleuse Adèle. Leur dialogue apporte toute la respiration nécessaire à un texte écrit avec beaucoup d'humour (plutôt noir, parfois juif) mais aussi avec une nostalgie latente, une quête d'amour désarmante, une recherche de la reconnaissance de soi à travers l'autre qui touche souvent en plein cœur.

Ce livre sur deux femmes malmenées m'a beaucoup émue et m'a beaucoup fait rire. Les réparties sont acides, les réflexions souvent abyssales, qu'elles touchent aux mathématiques du couple ou aux équations de l'amour, Grannec porte toujours un regard juste et lucide sur les uns et sur les autres.

Zazy et Aeriale ont toutes les deux souligné l'importance du travail documentaire fourni par Grannec et je suis absolument d'accord. Le travail est remarquable. Grannec n'a semble-t-il rien mis de côté de la personnalité ambiguë, difficile, muette de Gödel et la part de fiction (liée à la vie d'Adèle) s'emboîte parfaitement au sein de l'histoire connue.

Je voudrais aussi dire à quel point ce livre est aussi un livre qui raconte sans insister l'histoire des intellectuels des années 20 aux années 50 (et au-delà). Ce passage traumatisant de l'Europe à l'Amérique, ce déchirement de l'exil, cette peur permanente d'abord des nazis puis du maccarthysme. Ce monde de l'information qui balbutie avec la machine de Turing et voit Einstein parler de relativité dans une télévision. Ce grand chambardement, cette si rapide et forcément violente évolution est ici relatée avec une impressionnante facilité. Grannec n'oublie jamais de lier les petites victoires d'Adèle aux grands questionnements de ceux qui l'entourent (la bombe atomique, les guerres, Dieu...).

Bon, je me suis juste un peu ennuyée aux repas des grands penseurs mais pour le reste, quel livre !!! Bravo ! Bravo !!
Extrait à suivre...

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shanidar
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MessageSujet: Re: Yannick Grannec   Ven 4 Oct 2013 - 13:28

Pour Kurt, tout prenait une dimension extrême, mais il n'appliquait son terrorisme vestimentaire qu'à lui seul. Ce que j'avais jugé, au début, être du snobisme ou de l'atavisme bourgeois était une condition de survie. Kurt endossait ses costumes pour affronter le monde. Sans eux, il n'avait pas de corps. Il revêtait sa panoplie d'être humain chaque matin. Elle se devait d'être impeccable, car elle proclamait sa normalité. J'ai compris plus tard qu'il avait si peu de foi dans son équilibre mental qu'il quadrillait sa vie de banalité : une tenue normale; une maison normale ; une vie normale. Et j'étais une femme banale.

extrait de la page 44 de La Déesse des petites victoires
et un dialogue entre Adèle et Anna (p.72) :

La vieille dame claqua des lèvres.
- Qu'y a-t-il de bon à l'affiche en ce moment ?
- Manhattan, un film en noir et blanc de Woody Allen, un réalisateur new-yorkais.
- Je connais ce nom. Trop intellectuel pour moi. J'ai l'impression d'avoir passé ma vie entière dans un film en noir et blanc. Et presque muet, le film ! Donnez-moi du Technicolor, bon sang de bois ! De la musique ! Pourquoi Hollywood ne produit-il plus de comédies musicales ?
- A vrai dire, je n'apprécie pas le genre.
- Trop populaire pour vous ? Sa Majesté préfère le cinéma français, sans doute.
- Où prenez-vous ce droit de me juger ?
- Pauvre petite chose. Moi, j'ai été jugée toute ma vie. Incapable, stupide, vulgaire. Jamais à la hauteur. J'ai pleuré, tapé du pied contre toutes ces portes closes, mais je suis restée "l'Autrichienne". Princeton n'était pas un monde pour moi. Un jour j'ai dit "Scheisse !" J'ai planté un flamant rose au milieu du jardin. Vous imaginez les commentaires ? Un flamant rose chez Kurt Gödel... Sa mère a avalé son rang de perles. Ça m'a fait un bien fou. J'aime les comédies musicales. Les chansons d'amour. La peinture avec de jolies couleurs. Je ne lis pas... Et je vous emmerde ! comme disent justement ces foutus Français. Si vous voulez voir des films déprimants ou boire un petit verre avant le coucher du soleil, Anna, libre à vous. Ce qui compte, c'est la joie. La joie !
- Qu'a pensé votre mari de ce flamant rose ?
- A-t-il seulement réalisé que nous avions un jardin ?

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