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 Jacques Chessex [Suisse]

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Marie
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Marie

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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeLun 14 Mar 2011 - 2:19

Pardon mère
Grasset

En exergue: Comment un homme peut-il naître quand il est vieux? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître encore une fois? Jean, 3,4.

Ma mère n'a pas aimé mes romans trop sexuels, trop heurtés, ils disaient ce que je n'aurais pas dû dire ( " ce qu'on ne dit pas") ; leur aveu l'aurait peut être poussée , si elle ne s'était barricadée cotre leur impudeur, à s'avouer elle-même en les reconnaissant. De longues années, la surveillance qu'elle exerçait sur elle-même l'a éloignée de toute une part de ce que j'écrivais. Curieusement, lors du Goncourt, elle a été la première à organiser une grande fête en l'honneur de son fils, parce que l'éclat du prix compensait d'un seul coup les turpitudes des récits passés, la cruauté de L'Ogre , la vie qu'avait dû mener leur auteur pour se permettre de tels livres; sa propre dette aussi, peut-être, à l'endroit de ce fils qu'elle n'avait pas voulu suivre dans les cahots et les batailles.
Mais pas voulu? Pas pu, pas su? Peu de temps avant sa mort, ma soeur et moi, comme nous débarrassions l'appartement de l'avenue des Alpes où elle avait vécu près de quarante ans, nous avons trouvé des dizaines de coupures de journaux, articles , documents, photographies, qui avaient dû marquer pour elle la sortie de chacun de mes livres. Elle avait tout gardé, tout relu, avec application et amour. Tout était classé avec ordre, les coupures avec leurs dates, de son écriture, et quelques remarques d'elle en marge.
De son vivant, je savais que je n'infléchirais pas l'attitude de ma mère: elle détesterait toujours mes romans, et je ne changerais pas une ligne pour lui plaire. Mais je ressentais comme une flagrante injustice, qu'une personne d'un goût si sûr condamnât publiquement ce que je faisais, et de cette condamnation je me délivrais en forçant la note. De même, dans les conversations qui suivaient la publication d'un nouveau livre, en particulier après une émission d'Apostrophes où Bernard Pivot avait ironiquement traité l'un de mes personnages de vieux cochon, ce qui apportait de l'eau au moulin de ma mère, je lui avais manifesté un comportement abrupt, cassant, vite insultant, que je m'étais reproché aussitôt et dont je m'accable aujourd'hui.





Certains livres parlent plus particulièrement en fonction du moment où on les lit. C'est sans doute parce que j'ai perdu ma mère récemment que j'ai été si touchée par celui-ci. Car tout le monde pense avoir le temps de redresser des malentendus, de rattraper des erreurs, ou d'arriver à des rapports moins conflictuels , débarrassés une fois pour toutes, grâce à un certain recul et plus de compréhension, des souvenirs difficiles Et vient le jour où du temps, il n'y en a plus.
Il ne reste que des regrets. Ou des remords, Chessex a écrit, cinq ans après sa mort, un texte qui est un acte de contrition , un appel au pardon et à l'absolution. ( accordés d'ailleurs, dans les magnifiques dernières pages)et un très beau portrait de cette femme qui l'aimait et qu'il maltraitait pour des raisons assez obscures, mais en rapport certain avec l'attitude et le suicide de son père. Ce texte donne envie de pleurer sur tous les gâchis des relations familiales qui ne se rattrapent jamais, car si le livre est très beau, sa mère n'a pas eu la chance de pouvoir le lire de son vivant..

Je copie la jolie critique de Jérôme Garcin:

Citation :
Sept ans après la mort de sa mère, l’auteur de «l’Ogre» et du «Vampire de Ropraz» regrette son ingratitude, sa méchanceté, et lui demande pardon
Ses hommes ne l’ont pas ménagée. Elle ne s’en est d’ailleurs jamais plainte. Elle n’a jamais exprimé de regrets, encore moins de rancune. Vivre longtemps aura été la plus belle manière de donner raison à sa mansuétude et de la grandeur à son abnégation. Elle n’a même pas souhaité qu’on l’enterrât, jugeant qu’entretenir sa tombe serait une charge et un tracas inutiles pour son fils et sa fille. Morte ou vivante, elle ne voulait pas être encombrante. Ses cendres ont donc été dispersées au vent, dans le jardin fleuri d’un cimetière, au-dessus du lac Léman. C’était en 2001, Lucienne avait 91 ans et des yeux myosotis.

Son père, le calviniste Alexandre Vallotton, avait la dureté, la rugosité, l’austérité d’une montagne du Jura. Il ne lui a pas enseigné la tendresse, il lui a appris à souffrir en silence. Elle a bien retenu la leçon et l’a appliquée après avoir épousé Pierre Chessex, un proviseur de collège qui lutinait ses jeunes élèves et, en 1942, aurait poussé dans le vide, du haut d’un immeuble, une vieille dame qui en savait trop. A 48 ans, Pierre Chessex, suspendu de ses fonctions, se tira une balle dans la tête, laissant à sa veuve, en guise d’héritage, une longue liste de mensonges, le poids de l’opprobre, le parfum du scandale, des dettes et quelques livres d’étymologie vaudoise. Son fils, Jacques Chessex, ne l’a pas davantage réconfortée.
Il a écrit, dès son plus jeune âge et dans les vapeurs de l’alcool, des romans qui ont heurté la pudeur naturelle et la rigueur protestante de sa mère: on y célébrait en effet le sexe des femmes, des pasteurs y étaient dévoyés, on rôdait la nuit dans les cimetières, et on apostrophait Dieu pour le rendre témoin de la déchéance humaine, de la faute originelle des pères. En 1973, le prix Goncourt ajouta à la célébrité de l’auteur de «l’Ogre» mais aussi à la reconnaissance de ses turpitudes. Même Bernard Pivot proclamait, à la télévision, que les personnages de Jacques étaient de «vieux cochons». En somme, cette femme discrète jusqu’à la transparence a été la fille d’un despote, l’épouse d’un suicidé et la mère d’un scandaleux. Mais elle n’a jamais affiché sa douleur ni montré l’étendue de la tragédie dont elle avait été la figurante immaculée. A la fin de sa vie, cette mélomane ne supportait plus la musique, qui la faisait pleurer, et elle était devenue aveugle. Peut-être voulait-elle ainsi exprimer qu’elle en avait assez entendu, assez vu, et qu’il était temps de se préparer, enfin, à entrer dans le silence de la nuit éternelle.
Maintenant que Lucienne Chessex, née Vallotton à Vallorbe, en 1910, n’est plus, et qu’elle n’a même pas une sépulture où reposer en paix – après «l’Economie du ciel», celle de la terre –, son fils, âgé de 73 ans, lui offre ce tombeau de papier. Il l’a écrit avec ses regrets et surtout ses remords, c’est un livre plein de larmes, un acte de contrition, un lamento lyrique, poignant. Il se reproche de l’avoir longtemps blessée, ignorée, malmenée, abandonnée. D’avoir toujours cédé à ses noirs penchants, préféré ses plaisirs à ses devoirs, «trahi» sa mère avec des filles et des femmes de tous âges, de toutes conditions. D’avoir, sans en prendre toujours conscience, imité son père, qui excellait dans le mépris et la tromperie. D’en avoir rajouté dans la provocation parce que, justement, l’esprit de sa mère était droit, «sa pensée juste, son élégance de bon goût, sa taille bien prise et son regard pur». Et de ne pas mériter l’amour qu’elle n’a cessé de lui porter et dont témoigne un film vidéo tourné vingt jours avant sa mort.
Jamais Jacques Chessex, ce pieux mécréant, n’a davantage eu la foi que dans ce récit grégorien où le poème gagne sur la prose et la prière finit par l’emporter sur le repentir: «Toi, mon Dieu, si tu as pitié de ta créature, aime ma mère là où elle est. Dieu aime-la. Protège-la. Donne-lui ce que je ne lui ai pas donné.» Mais Dieu ouvre-t-il seulement les livres qu’on lui adresse en recommandé, aussi beaux, humbles et sincères soient-ils?
J. G.







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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeJeu 14 Juil 2011 - 20:55

Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 15038910

Portrait des vaudois

quatrième de couverture a écrit:
En écrivant Portrait des Vaudois, dont voici la huitième édition (la première date de 1969) Jacques Chessex prenait possession de son pays natal, un peu comme ces princes légendaires qui reconquièrent le royaume paternel après des années d'errance.
(...) Les Vaudois ont lu ce livre avec autant - sinon davantage - d'empressement que l'Ogre, et ils n'ont cessé de le relire. Parce qu'ils y ont trouvé bien plus qu'un portrait d'eux-mêmes, quelque chose de plus important qu'un miroir : une parodie grave, un essai mimétique (c'est la définition favorite de l'auteur), un chant qui s'inscrit dans leurs lointaines traditions musicales.

GILBERT SALEM

Je n'avais lu que Un juif pour l'exemple et ce qui m'a tout de suite marqué c'est la différence dans l'écriture qui est ici beaucoup plus ample et développée. Ce qui m'a marqué juste après c'est la violence et les débordements dont cette écriture est capable dans toute sa beauté. Par de courts chapitres Jacques Chessex fait un portrait de son pays et des habitants en le plaçant non sans une combative nostalgie à l'aube d'un futur qu'il ne pressent pas meilleur. Le pays qu'il aime gens, bêtes et forêts (et bouteilles et bonnes tables) puise sa force dans la terre et l'histoire, une histoire parfois déboussolée de petites gens alors la modernité et les oublis.... On serait tenté de dire qui aime bien châtie bien mais il est parfois dur et c'est certainement voulu alors...

Peut-être des fois en fait il trop, comme un cours d'eau envahissant, en se laissant emporter par ses mots et les images qu'il veut donner quitte à arranger un peu (et à forcer le trait dramatique) ? Toujours est-il qu'entre et parfois dans les excès son monde est vivant et souvent fabuleux, quand il brasse toute les richesses qu'il énonce sans aucune économie de moyens et avec une contagieuse délectation.

C'est un beau livre. Heurtant par moments, dérangeant par ses faiblesses et par les faiblesses qu'il ne se cache pas de reconnaitre, un brin crépusculaire... Et la fin est un retour sur la mort de son père, un père qu'il a enfin retrouvé dans le pays. C'est un peu plus qu'une figure de style.

Quand on lit ces phrases en s'endormant de drôles d'images nous viennent.

Le regard est aigu, brutal, enchanté, et soudain il se voile comme celui d'un aveugle qui ne perçoit du monde que ses plus secrètes, ses plus intenses vibrations (...)

dit Georges Anex dans Le Journal de Genève a propos de ce livre et de cet auteur. ça remue beaucoup.

Beaucoup apprécier cette lecture qui en plus est enrichissante sur le plan culturelo-historique, surtout quand on n'y connait pas grand chose et qu'en plus on est loin.

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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeVen 15 Juil 2011 - 19:53

C'est bizarre mais je n'ai jamais été attiré par ce livre , donc par curiosité à cause du thème je devrais le lire et en plus avec le bien que tu en dis ça devrait me pousser à le faire.
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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeVen 15 Juil 2011 - 19:55

Même lu de plus près et avec une certaine connaissance de l'auteur j'imagine facilement qu'on en retire quand même quelque chose, et pas seulement de beaux passages. ça devrait pouvoir te botter l'air de rien !

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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeVen 15 Juil 2011 - 20:48

Mine de rien dans ce livre il décrit ses concitoyens proches mais pas seulement dans celui-là puisque que dans l'ogre ou dans la confession du pasteur Burg c'est aussi des gens et des mentalités qu'il côtoyait de près, des gens de la région. Pas tous ses livres heureusement, il ne fallait pas s'enfermer sur la description d'un seul lieu géographique, son essai sur Flaubert est parait-il de grande qualité.
Trouvé cette vidéo qui à 40 ans ou il parle de son moi.
JACQUES CHESSEX "CARABAS"
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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeDim 17 Juil 2011 - 16:00

je raccroche quand même l'extrait du Portrait des vaudois posté sur le au fil des lectures :

Citation :
Je pense à l'hiver, à la froidure dans les vignes, à la bise qui couche les fumées sur les toits bruns des fermes. Dès la première neige les sangliers descendent vers les cultures, ils ressemblent aux ancêtres épais et affamés. Ils regardent d'un petit œil plissé, ils creusent dans les vignes où scintille le givre. Ils arrivent des bois noirs, du Jura, des bauges au fond des ravins broussailleux. Les voilà les monstres à crinière dans le soleil blanc, comme des samouraïs qui grognent et soufflent, féodaux rusés et armés sous leur cuirasse, leur crin, leur odeur serrée. Pillards massifs, sortis du froid ! Ils se sont réfugiés sur La Côte, étrange sauvagerie médiévale dans la finesse des vignobles et des collines.
La Côte ! lieu clair et rêveur où les lignes des maisons, les arbres, les haies sont plus doux et plus déliés que nulle part ailleurs.
C'est peut-être un effet de la lumière et du relief : une lumière ouverte sur un paysage de pentes lentement appuyées sur le Jura, d'abord des vignobles arrondis, bosselés, puis de gradins en gradins interrompus par des vallons, des bosquets, des prairies - ici le raisin mûrit dans le vert de l'herbe et des feuilles - les vignes remontent vers les sapins et les pâturages de la montagne, les grands chalets de la frontière entourés de boue noire où piétinent les vaches quand les fromagers les appellent pour la traite avant la tombée de la nuit. Le lac, les crêtes : une hauteur lentement gagnée (l'idée de l'ascension, ici, le pays ne l'impose pas, il l'insinue). La Côte, c'est le lac et ses hauteurs, des villages de la frontière genevoise à la région de Morges. Encore des vallons, ces collines, ces creux d'ombre, les lits de la Promenthouse, de l'Aubonne, du Boiron, de la Venoge - l'eau sous les saules, les peupliers, les chênes - rivières douces comme le pays, et le soir les renards se faufilent et se lavent souplement le museau dans le courant vert.
A La Côte la campagne est restée immense, déserte, la vraie campagne d'herbages, de colzas, d'avoines, d'arbres à corbeaux, et les villages sont bien serrés autour de l'église et de l'auberge communale. Remontez derrière Saint-Prex par la petite route des champs vers Lussy, Villars-sous-Yens, Lavigny, c'est le printemps, la terre des vignes est rose, la nudité des arbres nourrit la lumière blanche et déhà les prés sont verts et les pissenlits ont leur arrogance d'avant Pâques. Où bien c'est l'été, la chaleur fait vibrer l'horizon bossu et quand on se retourne on voit le lac plat, mauve, devant la Savoie bleue et verte dans le flou.
- Des hauts de Morges on voit le Mont-Blanc !
Les voitures s'arrêtent, les gens ébaubis sortent des véhicules, se montrent du doigt la merveille, on les aperçoit ensuite qui débouchent les thermos de café au lait et croquent des sandwichs au petit vent sautillant des parchets.
Un pays profondément intelligent et réservé. Un pays tout en douceur cultivée. Savant, courtois, mais il ne se met pas en avant, il ne s'affirme pas (c'est comme le paysage qui insinue qu'il monte, qu'il rejoint la chaîne du Jura) il refuse l'éclat et l'ardeur, il dit ce qu'il veut avec mesure , avec humour, et aussi un air un peu rêveur, un peu rieur, qui fait des gens de La Côte des espèces de mandarins, aux yeux plissés d'attention et de science. Salut les Forel et les Muret !
Taoïstes en blouses bleues ! Bonzes vaudois en vestes de drap noir ! Les contemplatifs ont leur manière de régner. Ils vivent immobiles les cavalcades de mille autres. et avec ces mille vies ils regardent le monde qui entre en eux et les nourrit comme un philtre puissant et astucieux. Quel breuvage vaudra cette rosée ?
Je veux célébrer l'accueil de La Côte.
Il ya là une finesse et une générosité premières. pays particulièrement harmonieux et préservé, La Côte est l'endroit où je sens le mieux que l'esprit vaudois est le produit de cette culture romane, c'est-à-dire à la fois lémanique et paysanne, rhodanienne et terrienne, qui lui assure l'équilibre, la plénitude, et certaine amabilité enjouée et généreuse propres à la plus haute politesse. Tradition de politesse ? Noblesse native, plutôt, si semblable, si accordée à la noblesse paisible du paysage, des demeures, des perspectives profondes et ouvertes !
Qui peut douter de cet accord ?
L'accueil abondant à table, l'accueil loquace au café, la franchise du propos et du geste sont inoubliables à Saint-Prex et dans tout ce pays privilégié.
Et les caves ! (...)

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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeJeu 20 Oct 2011 - 23:09

Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Ecrits10
Ecrits sur Ramuz

Editions de l'Aire

Je ne retouche aucun de ces textes: ils ont été écrits dans le saisissement, et la nécessité de l’émotion. Je lis Ramuz depuis l’enfance, il n’a pas cessé d’être l’exemple d’un très grand style, avec le même effet sur moi que Flaubert, Céline et Joyce.

Lire Ramuz, c’est entrer dans une écriture plastique et mystique. C’est ce que j’entends, quand je dis cet auteur élémentaire. Pour le reste, je ne contourne ni n’épuise le sujet, — comme tous les sujets vrais, il résiste.
J.C.


Il faudrait en parler sur le fil de Ramuz, certainement. Mais l'auteur de ces textes parus aux occasions de diverses parutions et ici regroupés mérite aussi qu'on s'arrête un instant. L'auteur, lecteur et écrivain qui regarde un compatriote et un ainé, et un grand. Ce qui est très beau c'est la précision de sa parole, à la fois évident en parlant de Ramuz et très difficile car de nombreux mots ne seront pas adaptés. Il est donc remarquablement précis dans sa langue et il est aussi précis dans son observation, un témoignage de l'importance de Ramuz et du travail constant et choisi de cet auteur. La continuité évidente malgré la diversité (poésie, essais ou prose) brosse un panorama juste du travail et de la place de cette œuvre singulière. "J'aime que nous devions à Ramuz" dit-il.

Très belle analyse de l'œuvre et de ses implications, très accessible aussi, écrite avec force et simplicité et écartant sans méchanceté quelques mirages.

Chessex a le ton juste et exprime de belles qualités dans ces petits textes riches de sens et sans débordements ou présence excessive de lui-même. J'ai retrouvé, pour le peu que je connais de son œuvre, une part de l'évidence de Un Juif pour l'exemple, la prédominance du sens.

Ce travail de présentation et d'explications est intéressant et émouvant par sa sincère justesse et par le dialogue entre l'œuvre de l'un et cette écriture de l'autre. Il y a un geste mal saisissable mais non contraint qui est évidence.

Très belle et économe lecture.

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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeLun 12 Mar 2012 - 21:39

Sahkti a écrit:
L'OGRE

Il y a toujours une vaste part autobiographique dans les romans de Jacques Chessex, même lorsqu'il part à la chasse aux faits divers et les réécrit à sa sauce.
Ici, Jacques Calmet, ça ressemble à Jacques Chessex, pas seulement les initiales, mais ces noeuds paternels à démêler, ce passé dans lequel il s'englue, ces longues errances de la pensée à la recherche de tourments qui pourraient nourrir cette tendance à la flagellation.

Jacques Chessex écrit bien, enfin je trouve. Je déplore simplement le fait que trop souvent, il aime à contempler longuement son nombril et monter en épingle des problèmes que d'autres ne soulèveraient même pas. Il y a une tendance à la dramatisation et à la victimisation qui peut agacer par moments. C'est encore le cas ici.
Il crée un personnage assez simple, presque banal, comme il en existe des milliers. Un prof qui apprécie son métier, la jeunesse mais n'aime pas vraiment la vie, qu'il subit passivement. Pour donner du relief à ce Calmet, Chessex utilise le syndrôme du père disparu, étouffant et castrateur. Un procédé qu'il visitera de nombreuses fois dans les romans qui suivront celui-ci.
Cela ne signifie pas que c'est mal écrit, Chessex a un certain charme de plume, mais malgré tout, je ressens de temps à autre avec lui un effet de supercherie qui m'irrite.
Malgré tout, le roman présente des qualités indiscutables, je le reconnais, mais je n'ai pas été séduite outre mesure, ce sont des choses qui arrivent! :)

citation de la page 1 pour vous éviter de vous fatiguer les doigts.

L'Ogre

L'histoire de Jean Calmet professeur de latin à Lausanne au début des années 70, entre deux décès. Le premier étant celui de son médecin de père, figure puissante dont l'incinération est un espoir de se refaire pour cet homme. C'est une lecture un peu étrange, tourmentée à l'évidence, mais étrange parce que le trouble dépasse ou déborde du personnage pour tisser une dramatisation et une interrogation plus forte. La force est dans la figure de l'ogre, elle est aussi dans les détours et les oppositions de cette histoire simple de possibles jamais concrétisés. C'est qu'on retrouve dans la trame une opposition assez sourde entre la culpabilité évidente de l'échec et de l'infériorité de celui toujours perdant ou abandonnant le terrain devant les figures vivantes des femmes et un élan sauvage, païen, une espèce de force intérieure paganiste souveraine et nourricière. Force qu'on va retrouver d'ailleurs peut-être un peu plus dans la femme que dans la contestation politique très présente dans le livre. Là encore ce n'est pas tant dans les événements relatés que dans les figures observés, dans les multiples de l'ogre, de la puissance, de l'humiliation, de la vengeance... et du mythe surtout. Chessex fait tourner les mythes autour de l'homme dans un jeu surprenant de poids et de forces orné de figures animales, un jeu étourdissant parfois épuisant, tentateur et avec une poésie un peu baroque. Il y a quelque chose de sauvage (mais subtil) et revendiqué à côté de cette culpabilité dont je n'ai pas trouvé qu'il faisait tant que ça son plat de prédilection.

Et c'est là que je trouve le livre puissant et marquant, un autre exemple d'une construction acharnée pour dire quelque de chose de simple et moins simple avec une cohérence fascinante. S'il n'y avait que la culpabilité il n'y aurait pas grand chose, il y a va avec des dents aiguisés et une écriture à la fois simple et développée contre cette culpabilité, culpabilité au sens très large. La recherche d'une libération et d'une jouissance tout en refusant la part d'ogre (cette part là du livre est fine).

Les coups téléphonés ne sont pas forcément de ceux qu'on peut facilement reprocher, le discours n'est pas complètement original mais s'inscrit dans une tradition plus motivée qu'un effet d'affiche, il recolle des morceaux de moderne et d'antique. C'est dérangeant et vivifiant et terriblement urgent face à cette fin qui... donne du poids aux mouvements et aux motivations de la démarche.

Très beau livre avec une belle rage patiente à l'intérieur. A voir quant aux effets sur le moral... lecture marquante, enrichissante sur plusieurs points (c'est très actuel en fait). Beaucoup plus impressionné que je ne m'y attendais (et j'en attendais pas mal je dois dire).

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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeVen 7 Sep 2012 - 11:11

Le dernier crâne de M. de Sade. Lecture prenante et jubilatoire.

Au fil de ma lecture, l'image du Piss Christ m'est passée par la tête. Vaste programme que de vouloir rendre des mythes tels que Sade ou Jésus à leur nature humaine.

1814. M. de Sade est un vieil homme en proie aux tourments du vieillissement : « M. de Sade n'est plus l'arrogant aristocrate de la légende, mais un vieux corps écailleux et rouge, gonflé de goutte, d'ulcères, de liquides épaissis. »

Pourtant, malgré les terribles contingences du corps humain, ce marquis-là semble encore la source d'étranges phénomènes. Ainsi parle-t-on de cette « aura métallique, à la fois phosphorescente et brûlante, couleur de soufre et par saccades atrocement lumineuse, (…) incontestablement diabolique. » Ou encore de l'étrange magnétisme de l'homme : « À croire que M. Sade m'a envoûté. Est-ce à dire qu'il aurait tous les pouvoirs que la légende lui prête ? » L'écrivain répond : « Vous savez que je n'y crois pas. »

Comment un simple être humain est-il devenu définitivement le symbole du mal ? « C'est parce que l'homme est seul qu'il a si terriblement besoin de symboles. D'un crâne, d'amulettes, d'objets de conjuration. La conscience vertigineuse de la fin de l'être dans la mort. À chaque instant, la ruine. Peut-être faudrait-il regarder la passion d'un crâne, et singulièrement d'un crâne hanté, comme une manifestation désespérée d'amour de soi, et du monde déjà perdu. »

Car c'est bien cette Église, aidée en cela par la « bonne » société, qui a créé la légende, semble dire Chessex. L'homme s'est emparé d'une icône censée personnifier le « bien » pour fonder une religion. Mais celle-ci ne pouvait survivre et prospérer sans créer une deuxième figure : celle du mal. Alors, ce marquis de Sade, quelle aubaine ! « Pour l'abbé Geoffroy, sans répit, le monde se résout dans un affrontement : le diable contre Dieu. Et M. de Sade, c'est le diable. »

Chessex met d'ailleurs en évidence avec malice la condamnation absolue de l'impiété blasphématoire du marquis alors qu'on ferme les yeux sur ce que le vieillard va faire subir à une gamine : la mère sera financièrement dédommagée, un abbé se fera raconter avec gourmandise tous les menus détails des « chambres » et les autres ne s'en soucieront pas le moins du monde. Vaste hypocrisie que Sade aura combattue avec acharnement : « une parole acérée malgré l'infirmité de la bouche, un regard d'azur pur sur les mensonges du monde. » Car la violence de sa vie et de ses écrits n'est pas différente de celle que l'on agrée partout ailleurs en se signant dévotement, « sur les places patibulaires, les nuits de supplice, sous les téteaux où rôdent les chiens ».

Ainsi, le monde serait simple : d'un côte le bien, de l'autre le mal, rien au milieu. Et la possibilité de traquer et d'enfermer au non de ce bien, pour lutter contre ce mal. Jusque sur la tombe de la chair morte : « L'Église qui triomphe d'un cadavre ». Il s'agit pourtant de bien plus : consolider sa position sur les cendres d'un symbole, désigner l'épouvantail aux oisillons. Bien au-delà de la mort, puisque – pour la paix des « bonnes » âmes - le crâne lui-même conservera les propriétés de la légende. « Il y a une étrange vertu dans les reliques. Les plus endurcis d'entre nous, les plus téméraires aventuriers du néant, les matérialistes, les athées même ne peuvent s'empêcher d'être saisis parfois jusqu'à l'adoration nerveuse, par les restes d'un saint, d'un dément abyssal... »
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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeDim 20 Jan 2013 - 13:01

L'interrogatoire

La publication posthume de cet interrogatoire presque complet de Chessex par lui même. Principaux sujets de ce questionnement : Les femmes, le sexe, Dieu, la littérature. En cherchant évidemment, sinon pourquoi l'interrogatoire, à passer outre les détours pour approcher une vérité de la pensée voulue brute. C'est donc tout à fait explicite et selon les obsessions de l'auteur mais jamais vulgaire ou voyeur. Il n'est pas non plus étonnant ou dérangeant, ni tiré par les cheveux, de lire ces thèmes et ses engagements se rapprocher au fur et à mesure des questions et réponses.

Pour le lecteur curieux mais qui connait finalement peu l'œuvre il y a des éléments qui se dessinent plus distinctement, les obsessions surtout, et on continue à découvrir le personnage. Cependant on est loin du déballage égo-centré ou d'excuses ou de justifications. Il y a la recherche d'une force frontale de l'expression, assez saisissante, et plus que Jacques Chessex en tant que personnage on lit beaucoup de choses derrière. D'un point de vue culturel la précision de ses vues doubles sur le protestantisme et le catholicisme continue de me stupéfier, et d'une façon plus générale derrière l'exercice de décapage de la pensée et de la parole on découvre une mise à nu plus intense, plus essentielle.

Et on reste secoué par la portée de l'intention de vérité, pour simplifier. Et il y a quelque chose de combatif. Pourtant autre fait marquant il n'y a pas d'absolu tout fait en miroir des propos et du questionnement. Et le combat sous l'ombre de la mort n'est pas qu'un jeu littéraire, même si on met de côté l'histoire familiale c'est assez ahurissant de lire le récit de ce qui a suivi la publication de Un juif pour l'exemple. Le motivation sérieuse est évidente chez Jacques Chessex.

De même que ça finesse de vue et d'analyse, ses réserves aussi, qu'il arrive à transmettre avec une force entêtée chevillée au texte. Quelque chose de sombre, trouble mais pas seulement.

ça reste un témoignage assez saisissant, une sorte de manifeste dégagé de sa forme, ou avec une forme placée autrement, dans l'écriture.

Lecture troublante et enrichissante en fin de compte (et qui conforte dans l'appréciation de l'auteur et du personnage).

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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeDim 20 Jan 2013 - 20:18

Extrait ?

Citation :
L'orgueil

- Vous péchez sans cesse par orgueil. Tristes sommets. Triste chute.

- L'orgueil est le sentiment le plus aigu de mon unicité au monde. Je n'ai qu'un destin. Ou je me rate, et je deviens fou. Ou je sais qu'au point où j'en suis avec ma part d'existence, de toute façon je dois être fou pour avoir atteint ce lieu-là. Dès lors salut, chute, abandon, la partie sera jouée au dernier souffle. En attendant je ne change pas, ou toujours plus vers quoi je suis.


et


Citation :
- A force de multiplier et résumer le visage de l'amour, au-dedans, au-dehors, la femme que j'aime en est devenue l'image première. J'ajoute que la maigreur de Beckett et de Giacometti, leurs joues creuses, leurs orbites marquées, moquent mon visage assez plein. Comme le profil dessiné de mon amie tranche sur le mien. Autant de motifs humoristiques, et plastiques, outre ma tête, de me passionner pour celle des autres.

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MessageSujet: Re: Jacques Chessex [Suisse]   Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Icon_minitimeSam 19 Sep 2015 - 20:26

Jacques Chessex [Suisse] - Page 6 Chesse10"Longtemps j' ai eu le temps. C' était quand ma mère vivait. J' étais désagréable avec elle,
ingrat, méchant, je me disais : j' aime ma mère. Elle le sait, ou elle finira par le savoir. J' ai le temps. Elle et moi, l' un quant à l' autre,
nous avons le temps. Le temps de quoi ? Moi, de lui prouver que je l' aime et que je mérite son amour. Elle, de reconnaitre mon amour
d' elle et de me le dire."

Ainsi commence le livre de Chessex. Sa mère est morte à l' age de 91 ans. Quatre années plus tot. Depuis, il ne cesse penser à elle.
Et faute de lui avoir dit  son amour de lui avoir prouvé, il lui rend hommage à titre posthume.
Un hommage d' autant plus plein de tendresse, de tristesse et de remords qu' il est tardif.

"La douleur de n' avoir pas dit que je l' aimais à celle que j' aimais, et qui souffrait de mon silence, et de la scandaleuse comédie de mépris
et de provocation que je lui ai imposée toute notre vie.
Je ne connaitrai pas le pardon. Ou me le donnera-t-elle, là où elle est, à me voir vieillir dans cette douleur de l' avoir perdue sans aucune

rémission" ?

De son vivant, Chessex avait des rapports compliquée avec sa mèr. Comme Simenon. Sauf que les sentiments de Chessex  étaient partagés par sa mère.
Mais, on le sait bien, quand on perd un etre cher, on regrette toujours de n' avoir pas su aimer ou trop peu ou trop mal.
Tout en sachant que cette insuffisance, ce silence fait d' orgueil était le produit somme toute,  d' une opposition normale d' individu à individu.
Et que si par hasard, il revenait à la vie, il y aurait sans doute les memes insuffisances, suivies d' accès de mauvaise conscience, les
memes oppositions.
La memes impossibilité de dire, de montrer. Le meme recours au silence ou au mensonge.
Et le fait qu' on ne peut qu' avoir des regrets et des remords que lorsqu' il est trop tard.

Face à  sa mère morte et qui était une "taiseuse", Chessex se livre à un exercice littéraire, l' élégie, qui, aussi belle soit-elle, est
quand meme un artifice, une démonstration post mortem. Et où le chagrin est presque trop insistant.
Avec le temps, il y a une mise à distance de la mort et une éploration de la nostalgie.
Et la conclusion logique qu' il n' y a pas d' amour heureux. 

Tout cela, Chessex le sait, le dit, le répète. Son livre est un tombeau pour sa mère qui n' en a pas eu puisqu' elle a   choisi la
crémation plutot que d' etre inhumée. 
Probablement aussi une tentative d' évacuer ce qui est trop pesant pour le vivant, celui qui reste. Une réconciliation tardive mais
nécéssaire.

"Et le temps passe. Le deuil ne se fait pas, il s' allège. Comme l' eau sablonneuse sur le fond du verre dépose les impuretés, les
particules trop lourdes, inconvenances, débris, pièces fautives, l' eau de notre mémoire a gagné en transparence, en clarté, en sérénité
plus légère à mesure que les jours allaient et que continuait ce petit livre de confession et de présence."

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L' imagination est l' histoire vraie du monde.
Roberto Juarroz
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