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 Hélène Cixous

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Constance
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MessageSujet: Re: Hélène Cixous   Ven 1 Mar 2013 - 0:01

Dans sa bibliographie, à moins que je ne l'ai mal lue, je n'ai pas vu figurer "L'amour du loup et autres remords" (Galilée), seul ouvrage de cette auteure que j'ai lu à ce jour.



Tout d'abord son écriture se dérobe, mystérieuse, farouche, déroutante, au point que je pensais en abandonner la lecture de crainte de ne pas comprendre le sujet. Puis, j'ai lentement pénétré dans son univers, en ayant l'impression d'apprendre une langue étrangère, et pourtant si familière.
Comment pourrais-je résumer cet ouvrage, sinon qu'il exprime son violent besoin, quasi viscéral, d'écrire;


Citation :
[... Le livre n'est pas ce que l'on veut faire croire, pas l'assagi surmesuré contraint à mouler couler dans le moule du volume imprimé et en plus muselé : quand on devient un livre on ne doit pas chanter, crier, murmurer et surtout se taire.
Mais le livre quand il arrive, dans tous ses états il vibre, feule, chante, et souvent garde le silence.
Dans mon livre il y a des poules, des chiens, des insectes. Récitant une leçon Rousseau voit une mouche se poser sur sa main. Une leçon de mouche, voilà ce que le livre me donne en passant. une leçon de silence autour/auteur du bourdonnement.
Il y a des douleurs aussi. Les douleurs ne parlent pas de façon linéaire, monocorde. elles rompent. Elles crient longtemps. Soudain s'étranglent.
Tout ce qui arrive au souffle, à l'âme, je fais que mon livre m'en rejoue la musique sans interdit...](p.132)
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kenavo
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MessageSujet: Re: Hélène Cixous   Ven 1 Mar 2013 - 7:36

Constance a écrit:
Dans sa bibliographie, à moins que je ne l'ai mal lue, je n'ai pas vu figurer "L'amour du loup et autres remords" (Galilée), seul ouvrage de cette auteure que j'ai lu à ce jour.
omission réparée

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animal
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MessageSujet: Re: Hélène Cixous   Sam 2 Mar 2013 - 22:02

Pas exactement le type de passage que j'avais en tête, mais ce mélange des temps , le partage et la question... c'est ça quand même :
Citation :
Selon mon frère les deux hommes ne faisaient pas de stop, cela n'aurait eu aucun sens dit-il, qui, sinon mon père se serait arrêté Chemin des Crêtes et mon père est un être éphémère, qui s'est arrêté de lui-même, il s'arrêtait toujours de lui-même dit mon frère il aimait s'arrêter et prendre dans sa Citroën des gens qui n'avaient rien demandé. Il avait de l'humanité. Dit mon frère en 2000. Nous aimions la Citroën et son nom, nous croyions l'entendre fleurir en citron en troëne jusqu'au jour où passant de l'autre côté je la vis étouffer d'être dans ce pays à haine. Les deux hommes étaient deux vieux en gandoura, qui attendaient le trolleybus à l'arrêt facultatif et ils descendaient dit mon frère, sur Alger, ils ne montaient pas.

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MessageSujet: Re: Hélène Cixous   Dim 26 Oct 2014 - 11:59

Le Prix de la langue française 2014 a été attribué à Hélène Cixous!

clic!

Du coup, me voilà plongée, non pas dans son dernier livre Homère est morte(que j'ai failli acheter il y a peu à la Librairie Maruani et que j'ai délaissé pour un autre), mais dans Vivre l'orange...
Lecture assez étrange où Hélène Cixous parle, comme elle l'a souvent fait, de son lien à l'oeuvre et à l'écriture de Clarice Lispector...
Je pourrais presque dire, pour l'instant, de cette langue si intérieure et poétique d'Hélène Cixous dans cet ouvrage, ce qu'elle dit elle-même de Clarice Lispector:
" Elle écrivait dans une langue étrangère, je ne la parle pas, mais mon coeur la comprend."
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animal
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MessageSujet: Re: Hélène Cixous   Mar 10 Fév 2015 - 22:31

Dedans (1969)

Le lecteur n'est pas dépaysé s'il repense aux Rêveries de la femme sauvage (ordre de lecture plutôt que chronologie d'écriture). L'Algérie, la maison, l'individualité particulière sont comme des souvenirs ravivés. L'écriture très travaillée et par endroits presque brutale, forcément, résonne elle aussi de façon familière.

Deux parties dans le livre autour du deuil du père, la première partie revécue dans la maison, contre l'extérieure, entourée de la mère, du frère et de la grand-mère, la Bête. La seconde en forme de retour, adulte, sur les lieux et dans une condition spirituelle-physique-sentimentale amoureuse contrariée entre le "dernier amant" et le souvenir du père, et donc le sentiment de deuil et par là même un fondement de l'identité remuée dans les pages du livre.

Dans cette seconde partie, on retrouve des bribes, par des détails différents mais des similitudes précises quoique légèrement déplacées, de l'espace de la première, l'attachement constitutif à la maison, sorte d'antre de la construction du soi et de la communauté proche, et de la convalescence, du temps différent, pourquoi pas par instants repoussé et vaincu.

Une histoire du soi qui apparaît chamboulée et vive de par son rapport légèrement transgressif à l'autre, plus particulièrement le père, peut-être, mais ça serait réducteur. Se cache un besoin et un sentiment d'identité qui peut inclure la différence, parfois conflictuelle.

Mais tout se passe en souvenirs qui restent pour le lecteur, forcément extérieur, assez indéfinis, le laissant à dessein perplexe ou alors plus sensibles à ce qu'il va sentir de lancinant, émouvant, de poignant, dans des gestes ou des élans qui frapperont par leur similarité d'instinct. Instinct qui dans la lutte avec l'intellectualisation pourtant nécessaire, et moyen de la lecture, garde le dessus. Comme si la langue agacée, domptée, recombinée (sans violence finalement je trouve), galopait dans l'enclos du sens commun, assez vite pour laisser sentir ce qui se cache de vaste et de brut dans sa force. Une force contenue mais il s'en faut de peu.

Quelques difficultés pour tenir la distance mais j'ai été repris sans mal ni défenses par la succession insistante des phrases dans ce regard très intérieur, à la limite de l'excès mais surtout sans cesse tendu vers un autre ou maintenu par l'autre et, c'est très important, il y a une incertitude de soi, un faillible presque féroce. Sans que ce soit grave.

Étrange jeu des équilibres et des vérités.

Puissant, paradoxalement apaisant aussi (il y a quand même des passages pas si évidents, qui font chercher, essayer de se souvenir, douter). Le fait que ça passe avec et par une écriture aussi appuyée, sans dévier, suffit déjà à être changé de boite le temps de la lecture.

Des passages, des passages, des phrases,...

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MessageSujet: Re: Hélène Cixous   Mer 11 Fév 2015 - 9:16

Animal a écrit:
Mais tout se passe en souvenirs qui restent pour le lecteur, forcément extérieur, assez indéfinis, le laissant à dessein perplexe ou alors plus sensibles à ce qu'il va sentir de lancinant, émouvant, de poignant, dans des gestes ou des élans qui frapperont par leur similarité d'instinct. Instinct qui dans la lutte avec l'intellectualisation pourtant nécessaire, et moyen de la lecture, garde le dessus. Comme si la langue agacée, domptée, recombinée (sans violence finalement je trouve), galopait dans l'enclos du sens commun, assez vite pour laisser sentir ce qui se cache de vaste et de brut dans sa force. Une force contenue mais il s'en faut de peu.

Quelques difficultés pour tenir la distance mais j'ai été repris sans mal ni défenses par la succession insistante des phrases dans ce regard très intérieur, à la limite de l'excès mais surtout sans cesse tendu vers un autre ou maintenu par l'autre et, c'est très important, il y a une incertitude de soi, un faillible presque féroce. Sans que ce soit grave.

Ma foi, tu sembles avoir un regard assez acéré, Animal, hihihi...

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MessageSujet: Re: Hélène Cixous   Mer 11 Fév 2015 - 14:14

Constance a écrit:

Tout d'abord son écriture se dérobe, mystérieuse, farouche, déroutante, au point que je pensais en abandonner la lecture de crainte de ne pas comprendre le sujet. Puis, j'ai lentement pénétré dans son univers, en ayant l'impression d'apprendre une langue étrangère, et pourtant si familière.

Animal a écrit:
Puissant, paradoxalement apaisant aussi (il y a quand même des passages pas si évidents, qui font chercher, essayer de se souvenir, douter). Le fait que ça passe avec et par une écriture aussi appuyée, sans dévier, suffit déjà à être changé de boite le temps de la lecture.

Ah c'est quelque chose que cet univers et cette écriture d'Hélène Cixous!...Un ouvrage de temps à autre, je suis assez d'accord avec vous, a quelque chose d'apaisant qui nous parle en profondeur.
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MessageSujet: Re: Hélène Cixous   Ven 13 Fév 2015 - 21:49

extrait en forme de ville :
Citation :
Et un autre jour semblable à celui-ci je le perdis comme j'avais perdu mon père et mon seul et seul et même amant. Et lui aussi étant blanc, plus blanc que moi.
Où ?
Quand j'arrivai au-dessus du corps de la ville allongé sous son drap jaune et moite, je me souvins que la ville n'avait pas de cœur, ni de commencement ni de fin. Elle était pâteuse l'hiver, presque gazeuse l'été, elle s'étalait en tous sens, jusqu'aux contreforts résistants des montagnes, et puis elle s'arrêtait, molle, et refroidissait tout élan, il n'y avait ni centre ni direction ; on pouvait aller à droite ou à gauche, cela n'avait pas d'importance. Il faisait chaud partout. On pouvait aussi ne jamais mettre le pied à terre, si l'on décidait de rester sur l'une des routes suspendues dont le réseau faisait des entrelacs innombrables à dix mètres au-dessus du sol. On était libre. On pouvait rouler nuit et jour sans arriver à une sortie ou une entrée. La ville était assez ancienne officiellement, mais personne ne la connaissait ; il n'y avait d'ailleurs pas de plan car il valait mieux ne pas entreprendre un travail que sa durée même rendait inutile : une reptation lente mais permanente transformait sans cesse la distribution des lieux. On avait fini par adopter un système d'indication générale, orientée d'après la montagne et l'océan : les lieux précis étaient soit par ici soit par là. Certaines zones étaient plus faciles à trouver que d'autres, mais cela dépendait de la raison et de la volonté.

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MessageSujet: Re: Hélène Cixous   Sam 14 Fév 2015 - 9:16

Si ce n'est pas une écrivaine, je me demande bien qui aurait pu l'écrire... Very Happy

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