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 David Lynch

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Burlybunch
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MessageSujet: Re: David Lynch   Dim 17 Fév 2008 - 17:52

bix229 a écrit:
Pour revenir à Lynch, j'avais beaucoup apprécié sa série Twin Peaks, qui avait divisé l'opinion... C'est peut etre ce qu'il afait de mieux avec Mulholland Drive.
colibri
je découvre en ce moment Twin Peaks, jubilatoire drunken !
curieux et impatient de découvrir le reste de sa filmographie clown
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coline
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MessageSujet: Re: David Lynch   Dim 17 Fév 2008 - 19:28

bix229 a écrit:
.
Pour revenir à Lynch, j'avais beaucoup apprécié sa série Twin Peaks, qui avait divisé l'opinion... C'est peut etre ce qu'il afait de mieux avec Mulholland Drive.
colibri

Bix...as-tu vu Une histoire vraie?...
J'ai bien l'impression que c'est un film qui pourrait te plaire...content
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bix229
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MessageSujet: droles d'oiseaux   Dim 17 Fév 2008 - 19:34

Oui, Coline, j'ai vu Une histoire vraie. Et c'est une belle histoire. Mais c'est tellement loin de la sophistication de Mulholland Drive, que j'allais l'oublier !honte

colibri
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coline
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MessageSujet: Re: David Lynch   Dim 17 Fév 2008 - 19:36

bix229 a écrit:
Oui, Coline, j'ai vu Une histoire vraie. Et c'est une belle histoire. Mais c'est tellement loin de la sophistication de Mulholland Drive, que j'allais l'oublier !honte

colibri

C'est vrai que l'on est très loin de Mulholland DRive...et c'est pourtant du Lynch...Cet homme-là ne fait donc pas toujours le même film...content

Je crois que JDP devrait le regarder s'il ne l'a pas déjà vu...Wink
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Snark
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MessageSujet: Re: David Lynch   Mar 19 Fév 2008 - 17:22

coline a écrit:
Extraordinaire, oui!...
Et tu crois avoir trouvé la clé Snark?...content
(...)

Si, j'en suis convaincu. content

La clé, c’est que la première partie du film (jusqu’à temps que Rita (Laura Elena Harring) et Betty (Naomi Watts) découvre la réalité dans une scène à mon avis sublime : Llorando… Rita pleure car elle découvre sa propre mort!!!) est la réalité fantasmée par Betty, est son rêve. Dans la deuxième partie du film (retour à la réalité, Betty se réveil), on découvre que Rita non seulement n’a jamais aimé Betty, mais que pour lui faire comprendre cela, elle l’a torturé psychologiquement (rappelles-toi l’une des scènes finales à la fête organisée par le producteur, qd ce dernier enbrace Rita devant Betty.). C’est cette torture qui l’a décidé à engager un tueur à gage pour assassiner Rita…
(Ce qui peut tromper, c’est que la deuxième partie, qui présente des scènes réelles, est elle-mm non linéaire.)

À la toute fin, Bettydevient folle. Son imaginaire morbide (cette fois, celui-ci exprime un intolérable sentiment de culpabilité, car elle est responsable du meurtre de la femme qu’elle aimait passionnément, Rita), comme jamais, envahit la réalité… Puis survient le « magnifique » suicide. Lynch nous le fait sentir d’une manière tout à fait unique. Il nous garoche en pleine face le paroxysme de la souffrance psychologique de Rita (par les hallucinations, par les bruits grinçants, etc).

Dès qu’on sait cela, la première partie devient bien moins opaque et obscure. Il est alors aisé de rapporter les fantasmes du rêve de Betty à sa réalité et d’interpréter ses innombrables symboles…

Ça tient debout je crois. jemetate
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JDP
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MessageSujet: Re: David Lynch   Mar 19 Fév 2008 - 17:37

Snark, tout tient toujours debout quand on rêve. Et on rêve seul. Une nuit, ma femme et moi, sommes sortis de notre someil en sursaut par un bruit étrange. Nous nous regardons un moment et en concluons que nous avons fait le même rêve. Erreur. On ne fait jamais le même rêve. Une voiture avait endommagé notre porte de garage. L'automobiliste s'était enfui. Nous avons découvert tout cela le lendemein matin.Ici,Linch s'amuse, de nous souvent. Imagine la conception du film. Enfin, je m'arrête. Je risque d'être trop long. Je reviendrai...Il y a matière à... On sonne à la porte. Excuse-moi. C'est Rita. Je t'abandonne.
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coline
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MessageSujet: Re: David Lynch   Mar 19 Fév 2008 - 19:19

Snark a écrit:
[
Ça tient debout je crois. jemetate

Incontestablement, ça tient debout...Et pourquoi ai-je envie de trouver, par moi-même, une autre clé...dont je sais qu'elle sera provisoire...Je la perdrai forcément...
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coline
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MessageSujet: Re: David Lynch   Mar 19 Fév 2008 - 19:20

JDP a écrit:
Enfin, je m'arrête. Je risque d'être trop long. Je reviendrai...Il y a matière à... On sonne à la porte. Excuse-moi. C'est Rita. Je t'abandonne.

Razz
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JDP
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MessageSujet: David Lynch   Mar 19 Fév 2008 - 20:32

Mais oui, Coline, c'est Rita. Elle revenait de Shanghai. Elle m'a parlé de Marlene. Elle était sans nouvel de Joseph.Le rêve est personnel. Il m'est impossible d'avoir le même rêve que Snark. Il a 22 ans et j'en ai 3 fois plus, ou à peu près. Il m'est impossible d'avoir le même rêve que vous, vous êtes une femme. Lynch a conçu son film comme un rêve. Vous pourriez faire pareil mais il serait différent.


Dernière édition par Queenie le Mer 20 Fév 2008 - 9:47, édité 1 fois
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JDP
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MessageSujet: Lynch   Mer 12 Mar 2008 - 14:59

A propos, vous savez comment le magazine "Time" l'a baptisé?
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Aeriale
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MessageSujet: Re: David Lynch   Mer 12 Mar 2008 - 15:09

JDP a écrit:
A propos, vous savez comment le magazine "Time" l'a baptisé?
Ben non...Dis nous donc JDP! Very Happy Tu aimes bien te faire prier dis Laughing
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JDP
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MessageSujet: Lynch   Mer 12 Mar 2008 - 15:16

"Le tsar du bizarre"
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Aeriale
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MessageSujet: Re: David Lynch   Mer 12 Mar 2008 - 15:24

JDP a écrit:
"Le tsar du bizarre"
Classe Cool
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Marko
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MessageSujet: Re: David Lynch   Sam 25 Oct 2008 - 1:15

Je vais essayer de vous parler d’Inland Empire qui reste pour moi le plus grand moment de cinéma de ces dernières années. Je fréquente l’univers de David Lynch depuis longtemps et il m’est devenu familier et indispensable.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut tout d’abord bien situer qui est ce grand artiste et quel est le langage qu’il a développé. Je vais m'étendre un peu mais c'est nécessaire pour essayer de rendre clair ce qui ne l’est pas nécessairement a priori à ceux qui ne le connaissent pas, ou mal. L’analyse que je propose du cinéaste et d'Inland Empire n’appartient qu’à moi et ne prétend pas détenir la vérité ultime. Je livre mes intuitions et mon propre décryptage. J’espère que vous aurez envie de me suivre dans de long exposé… Je ne peux pas faire plus concis.

David Lynch

Lynch est d'abord un poète, héritier du surréalisme, si l’on considère la définition même du surréalisme qui est une "tentative pour explorer en profondeur à la fois le monde (notamment sa réalité cachée) et la pensée (notamment l'inconscient), et pour donner de l'un et de l'autre une connaissance totale"

La profonde originalité du cinéaste réside dans la façon dont il crée une sorte de mythologie de l'inconscient, du rêve et des fantasmes. Avec ses épreuves, ses mondes, ses divinités menaçantes ou protectrices, ses héros, ses personnages "frontières" qui passent d'une strate de réalité à l'autre, ceux qui savent et prophétisent en nous guidant ou en nous égarant : la dame à la bûche, le nain et son prolongement l'homme privé d'un bras dans Twin Peaks, le cow-boy de Mulholland drive, l'homme mystère de Lost Highway, la voisine et le « fantôme » d'Inland Empire... Le héros tentant d’aller vers la lumière, la paix avec lui même, avec ses peurs et ses angoisses mais sans toujours y parvenir. Une paix qu’il trouve parfois aussi dans la mort. Une vision ni pessimiste ni optimiste, mais avec une petite touche de Zen ou de méditation transcendantale dont Lynch est adepte.

Il est aussi un conteur qui s’intéresse à de nouvelles façons de raconter des histoires universelles et intemporelles. Il a recours pour ça à une représentation littérale de l’univers onirique. Les rêves que nous faisons nous apparaissent souvent décalés et fonctionnent comme dans ses films. On passe d'un endroit géographique à un autre, on ressent une impression de déjà vu, on prend conscience parfois que l’on est en train de rêver, les identités et les rôles sont souvent inversés, des phrases entendues dans la journée se retrouvent métaphoriquement sous forme de situations ou d'objets par associations d'idées…

Mais Lynch ne s'intéresse pas vraiment à la psychologie. Il dit ne pas avoir lu « l’interprétation des rêves » de Freud par exemple. Il veut surtout nous faire pénétrer dans un espace mental. Expérimenter ce que cela représente. Il fait ce que Virginia Woolf ou Joyce ont fait en littérature : capter le flux de conscience. Ses films les plus radicaux étant Eraserhead et surtout Inland Empire qui atteint un degré d’abstraction proprement sidérant.

C’est un artiste assez proche d'un Francis Bacon ou d’un Giacometti dans sa façon d'interroger la peur, le mystère et l'étrangeté de la condition humaine. C’est aussi un esthète et un peintre de l’Amérique. Il cite souvent des toiles d’Edward Hopper par exemple (le patelin au début d’une histoire vraie, certaines scènes dans Inland Empire…). C’est encore un auteur fantastique où l’inquiétante étrangeté joue un rôle essentiel à la façon de Kafka ou d’Egdar Poe.

C’est un cinéaste visionnaire proche de Kubrick finalement. Je trouve qu’Inland Empire fait parfois écho ou cite Shining et 2001. Il faut noter que les 2 hommes s’admiraient mutuellement et Kubrick montrait Eraserhead à tous ses amis selon la légende. Ils sont tous deux des cinéastes du dérèglement psychique et de sa représentation dans un style anti-naturaliste, abstraite ou surréaliste. Ils s'intéressent à la façon de raconter des histoires en explorant les façons les plus déroutantes, décalées et non réalistes de faire jouer les acteurs. Personnages outranciers, parfois grotesques, naïveté et monstruosité qui s'opposent, s'affrontent, encore une fois comme dans la mythologie ou les religions. Ils abordent l'être humain sous l'angle de son espace intérieur et posent des questions existentielles. Ils s'attachent à créer des « cerveaux-mondes » et à détourner les différents genres hollywoodiens pour en montrer le charme et aussi les limites. C'est le côté ludique et réformateur de leur cinéma.

Je trouve que Bowman face à ses doubles à la fin de 2001, Jack Torrance face aux fantômes de l'hôtel Overlook dans Shining, Tom Cruise et son errance onirique dans Eyes wide shut sont des cousins de Karo, Nikki et ses avatars dans Inland Empire, tous confrontés à leurs propres projections mentales qui les aident à trouver une issue ou à se perdre. On est vraiment dans la pensée magique, primitive, qui les conduit soit à la folie ou à la destruction, soit à une sorte de renaissance ou d'exaltation quasi mystique.. Dans 2001 et dans Inland Empire ont participe à un trip mental dont les ficelles sont tirées par des forces extérieures ou intérieures (extra-terrestres ou divinités dans 2001, figures du refoulement dans Inland Empire qui sont aussi des formes de "divinités" dans notre inconscient).

Inland Empire est comme 2001 en son temps, un tournant dans l'histoire du cinéma

Il ne faut pas oublier enfin son humour décalé, parfois burlesque. Et enfin sa candeur car il a une grande tendresse pour ses personnages, femmes ou hommes.

Merci à ceux qui m’ont suivi jusque là…

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).


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Marko
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MessageSujet: Re: David Lynch   Sam 25 Oct 2008 - 1:34

INLAND EMPIRE : Une Odyssée intérieure


Bande annonce: http://fr.youtube.com/watch?v=L_Eu8pphw6I

Un exemple de résumé forcément réducteur (Wikipedia):

Nikki Grace (Laura Dern), actrice, épouse d'un homme fortuné, attend avec impatience de savoir si elle a été sélectionnée pour un rôle dans une nouvelle production hollywoodienne. Une voisine énigmatique (Grace Zabriskie) lui rend visite et lui prédit qu'elle sera acceptée. Le lendemain, elle reçoit un appel qui lui annonce qu'effectivement elle est retenue pour le rôle. La comédienne fait la connaissance de son partenaire, du réalisateur et les répétitions commencent. Elle incarne Suzanne Blue dans une romance intitulée Là-haut dans les lendemains bleus (On High in Blue Tomorrows). Au cours de la préparation, le réalisateur apprend que le film a déjà fait l'objet d'un tournage qui ne s'est pas achevé pour des raisons mystérieuses ; les acteurs qui interprétaient les deux rôles principaux auraient, semble-t-il, été assassinés.


Le film bascule alors dans une mise en abime inouïe où notre héroïne semble avoir effectué la traversée du miroir, sa propre identité se confondant avec l’actrice qu’elle incarne. Puis elle se perd littéralement dans un dédale mental de plus en plus dantesque la menant aux frontières de la folie.



Il est impossible de résumer le film plus avant tellement l’aventure devient complexe mais il ne faut pas penser pour autant que Lynch raconte n’importe quoi. Il y a même une structure très précise et rigoureuse qui sidère. On peut le décrypter en partie avec une certaine patience et quelques visions successives. On peut refuser cet exercice et vivre le film comme un trip expérimental génial. Ou encore sortir de la salle…

La vision idéale à mon sens est de se laisser porter d’abord par son intuition, ses émotions, qui révèlent finalement l’essentiel et la plupart des clés avant même de tenter une analyse rationnelle plus précise qui offre à celui qui accepte la règle du jeu une jouissance intense et durable ! Car il ne faut pas opposer irrationnel et rationalité chez Lynch, les deux coexistent et s’enrichissent mutuellement.

Depuis Lost Highway, il a adopté une façon plus radicale que précédemment de raconter une histoire et d’opposer rêve et réalité. A leur première vision Mulholland Drive et Lost Highway déroutent et semblent se dérober à toute analyse rationnelle. Avec le recul on se rend compte de leur extrême cohérence et chaque élément a sa place et fait sens.

Mulholland Drive
est finalement le plus simple à décrypter alors que Lost Highway résiste encore un peu. Ils n’en restent pas moins des films magnifiques une fois leur mystère en partie révélé. Inland Empire en revanche va encore plus loin et ne se contente pas d’être seulement un jeu de piste, avec indices et solution à la clé, il est une expérience hallucinante de projection d’un cerveau humain sur un écran de cinéma.

Je ne détaillerai pas l’ensemble des péripéties de ce voyage mental, qui alimenterait des heures d’échanges animés, mais je veux mettre l’accent sur l’essentiel. Ne lisez pas ce qui suit si vous voulez d’abord vous faire votre propre opinion puis revenez moi pour en discuter. De toutes façons ces quelques éléments vous décourageront à l’avance de continuer ! Je dirai juste après l’impression globale que m’a fait le film et ce que j’en ai retenu ou compris…

Le résumé, cité plus haut, que l’on nous suggère, et que le spectateur croit être le fil conducteur du récit, n’est en fait pas le vrai point de départ. Comme dans Mulholland Drive, les premières images du film sont essentielles pour comprendre ce qui va suivre.
Lynch nous montre successivement : (Pour voir les images: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18721259&cfilm=60981&hd=1.html)

1- Un projecteur qui s’allume et éclaire le titre du film comme une sorte de pierre tombale, crépusculaire. Le film est la projection d’un espace mental qu’on ressent être celui d’un mort ou simplement habité par une menace, quelque chose d’inquiétant… Le film nous donne beaucoup d'indices et aussi des fausses pistes. Parmi les indices, plusieurs citations visuelles de Sunset Boulevard de Billy Wilder dont il est utile de rappeler qu'il est raconté du point de vue d'un mort...

2- Un vieux tourne-disque en mouvement, avec le craquement du disque, et l'évocation d’une chanson en vogue dans les pays Baltes dans le passé annoncé par le speaker du programme « Axxon » d’une radio locale (le sous-titrage induit en erreur car il est dit Axxon et non "that song"). On ressent l’idée d’une sorte de madeleine de Proust et de l’évocation d’un souvenir, d’une réminiscence…



3- Une jeune fille brune devant une télé à la fois hypnotisée et comme en état de choc.

4- Des images accélérées, sur l’écran de cette télévision, que l’on retrouvera en « réalité » peu après au cours de l’épisode de l’actrice de cinéma Nikki (jouée par Laura Dern). Images qui montrent la voisine de Nikki et les fameux hommes- lapins de la pièce n°47. Bon courage ce n’est que le début et le film dure 2h52 !

5- Un séquence en noir et blanc, « floutée », où on assiste à une passe d’une prostituée dans une chambre d’hôtel qui ressemble à celle où notre jeune fille brune regarde la télévision.

Notre histoire peut commencer et on pénètre alors dans le récit le plus fabuleux jamais raconté sur un écran. Il va être question d’adultère, de meurtres, de maternité, de frayeurs et d’une libération…

A l’arrivée ce que j’ai ressenti comme étant l’essentiel, avec toutes les limites que cela implique, est ce qui suit. Chacun aura sa version, évidemment. C’est tout l’intérêt du film, même s’il existe probablement l’interprétation ultime (celle de Lynch) dont je crois bien que cette fois-ci personne ne résoudra tous les mystères.

Notre jeune fille Brune du début est habitée par une souffrance et une frayeur intenses qui ont trait à une histoire d’adultère, réelle ou fantasmée, qui menace l’intégrité de son couple et la plonge dans une stupeur contemplative face à son écran de télé. Elle projette littéralement ses préoccupations sur les images télévisées qu’elle est en train de regarder et qui sont constituées d’une succession de programmes comme on peut les voir en zappant.

Toute l'errance de Laura Dern (Nikki, la blonde) et de ses variantes (dont l’héroïne qu’elle incarne dans le film qu’elle tourne) est une projection mentale. Le plan du projecteur au début du film indique bien que la projection même du film sera la projection (et l'égarement avant la libération ) d'un univers mental (le notre, celui du réalisateur ou de Karo, la jeune fille brune, spectatrice lambda) dans un monde fictionnel. Les deux se contaminant mutuellement.

Et si Laura Dern semble perdue et ne pas posséder les clés de l'univers fictionnel qu'elle traverse, c'est bien parce qu'elle n'a "d'existence" qu'au travers de l'imaginaire de Karo qui investit ce monde de manière flottante en regardant la télé.



Le plus émouvant étant que David Lynch finit par donner de la substance à ce personnage fictionnel dont la destinée absurde et terrifiante ressemble à la notre, humains perdus dans le labyrinthe étrange de l’existence. Il a juste donné corps fictivement, par le biais de métaphores qui s'illustrent littéralement, aux égarements télévisuels d'une "woman in trouble".


Il est question d’un fantôme (un souvenir ? un amour passé ? un fantasme ?) qui tente, dès le début du film, de trouver une brèche pour se frayer un chemin à travers l’empire, c’est-à-dire pénétrer l’esprit de cette jeune femme brune.



David Lynch chante lui-même une chanson qui s’intitule « Ghost of love ». Nikki libérera la jeune femme brune en tuant le fantôme grâce à un pistolet dont elle n’entrera en possession que par un passage de relais et par l’intermédiaire d’une succession de traversées temporelles et spatiales de l’Empire intérieur dont le centre est cette fameuse pièce avec les lapins.


Cette pièce semble mettre en scène une caricature de la conjugalité et le triangle mari/épouse/amant en une sorte de théâtre de l’absurde. Lynch dit, avec sa malice sibylline habituelle, que la clé de cette pièce est « l’innocence ».

C’est le cœur même de l’empire, de l’espace intérieur de la jeune femme brune. Il représente sa vision naïve et « innocente », elle qui est tentée et effrayée par l’adultère et ses conséquences. La porte de cette pièce n°47 s’ouvrira quand la hantise sera maîtrisée. Nikki fusionnera alors avec la jeune brune pour disparaître. En bon petit soldat fictif qui a incarné toutes les peurs et tous les scénarios possibles de résolution de la faute, elle rejoindra le paradis des acteurs après avoir été applaudie par les spectateurs de l’autre côté du miroir (de l’écran). Scène bouleversante et inoubliable d’intensité.

Ce sont bien les acteurs qui ont le pouvoir d’incarner toutes nos passions et de nous faire vivre des expériences cathartiques par leur intermédiaire.

La superbe séquence finale nous fait découvrir des personnages évoqués dans le film, d’anciens personnages des films de Lynch, Nikki et son double, des acteurs d’autres films (apparition de Nastassja Kinski ) en une ronde endiablée et joyeuse. La jeune brune n’y figure pas car probablement la seule figure « réelle » de toute cette aventure magnifique.

Générique de fin "Sinnerman" de Nina Simone: http://fr.youtube.com/watch?v=GfCCIbIapMw

Certains suggèrent que notre héroïne brune serait en fait morte, suite à un geste de violence de son mari. Son fantôme se mettant à hanter les lieux de sa faute en attendant une libération... C'est une version insatisfaisante tout comme celle qui ferait d'elle une personne bien réelle. Car un plan presque subliminal nous montre qu'elle est elle-même filmée par l'objectif d'une caméra comme les autres avatars diablotin :



Mais n'oublions pas que le réel c’est d’abord nous, spectateurs hallucinés du film que nous avons également investi de nos propres sentiments et émotions en une interaction sans fin.

L’utilisation que fait David Lynch d’une petite caméra DV se révèle d’une inventivité et d’une force stupéfiantes. On voit tout son génie et sa liberté dans ce processus de création. La vidéo nous donne en effet plus de proximité, un côté plus organique qui en fait un film habité qui donne le sentiment qu'il est une sorte de prolongement de notre propre cerveau. Sans oublier le travail sonore qui est comme toujours essentiel. Il nous immerge dans un bain mental un peu régressif, parfois violent et dérangeant, mais dont on ressort finalement presque apaisé. Une sorte de méditation . Et il tente en même temps de répondre visuellement aux questionnements et aux angoisses humaines. Il faut préciser qu'il a rassemblé toutes sortes de travaux vidéos antérieurs (dont les fameuses séquences avec les hommes-lapins) et qu'il a réussi à donner à cet ensemble hétéroclite une cohérence incroyable. C'est vraiment un film-sculpture qu'il a façonné au fur et à mesure comme Wong Kar Wai avec 2046.

En définitive, à la place des fictions linéaires et unidimensionnelles les plus traditionnelles, il nous propose une histoire aux multiples ramifications qui met en abime différentes options possibles d'un même récit. C'est un portrait de femme infiniment complexe à la fois narratif et introspectif.

Quel grand film qui nous aura fait passer par une palette infinie d’émotions, qui nous aura intrigués, hypnotisés et fait vivre une expérience de cinéma unique. A l’égal des plus grandes œuvres d’art !

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