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 Philip Roth

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MessageSujet: Philip Roth   Philip Roth EmptyDim 15 Juil 2007 - 22:48

Philip Roth Medium10

Après une enfance passée à Newark, ville portuaire proche de Manhattan, dont est également issu l'écrivain Nick Tosches, Philip Roth étudie à l'université. Son mariage, qui tourne au désastre, est à l'origine des thèmes de ses premiers romans qui soulèveront la polémique, à cause de leur caractère cru et provocateur comme 'Portnoy et son complexe'. Malgré le scandale, Roth est très vite considéré comme un auteur influent. L'écrivain s'engage alors dans ce qu'il définit lui-même comme un combat avec 'les femmes, les rabbins, les hommes politiques, les psychanalystes et les critiques littéraires'. L'oeuvre de Roth, bien qu'essentiellement autobiographique, mélange les genres et passe sans retenue de la fiction à la confession, dans un style jubilatoire.

( Source : evene.fr )

Bibliographie

Citation :
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Cycle Nathan Zuckerman
1981 - L’écrivain des ombres (the gost writter)
1982 - Zuckerman délivré ( Zuckerman Unbound)
1983 - La leçon d’anatomie (The Anatomy Lesson)
1985 - L'Orgie de Prague (The Prague Orgy)
Les quatre romans ci-dessus sont réunis dans Zuckerman Bound (Zuckerman enchaîné), trilogie et épilogue
1986 - La Contrevie (The Counterlife)
1997 - La pastorale américaine (American Pastoral, ) Pages 10, 11
1998 - J'ai épousé un communiste (I Married a Communist) Pages 12
2000 - La Tache, (The Human Stain) Pages 1, 4, 7, 9, 21,
2007 - Exit le fantôme, (Exit Ghost) pages 9, 10, 18, 24

Cycle David Kepesh
1975 - Le sein (The Breast)
1977 - Professeur de désir, 1979 (The Professor of Desire)
2001 - La Bête qui meurt (The Dying Animal) Pages 1, 8, 9

Cycle Nemesis
2006 - Un homme (Everyman) Pages 1, 3, 4, 7, 12, 18
2008 - Indignation (Indignation) Pages 10, 11, 12, 18
2009 - Le Rabaissement (The Humbling) Pages 13, 14, 15
2010 - Némésis (Némésis) Pages 11, 16, 21, 23

Autres romans
1962 - Laisser courir, 1966 (Letting Go)
1967 - Quand elle était gentille (When She Was Good)
1969 - Portnoy et son complexe (Portnoy's Complaint) Pages 4, 17
1971 - Tricard Dixon et ses copains (Our Gang)
1973 - Le Grand Roman américain (The Great American Novel) Pages 18, 19, 21,
1974 - Ma vie d'homme (My Life as a Man)
1990 - Tromperie (Deception)
1993 - la Confession ( Operation Shylock)
1995 - Le Théâtre de Sabbath (Sabbath's Theater)
2004 - Le Complot contre l'Amérique (The Plot against America) Pages 1, 10

Mémoires et essais
1975 - Du côté de Portnoy et autres essais (Reading Myself and Others)
1988 - Les Faits. Autobiographie d'un romancier (The Facts: a Novelist's Autobiography)
1991 - Patrimoine: Une Histoire Vraie (Patrimony: a True Story)
2001 - Parlons travail (Shop Talk: a Writer and His Colleagues and Their Work)

Recueil de nouvelles
1959 - Goodbye, Columbus



Citation :
mise à jour le 17/04/2013, page 24
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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyDim 15 Juil 2007 - 22:52

"Le complot contre l'Amérique"

C'est à une surprenante et terrifiante uchronie que nous invite Philip Roth avec « Le complot contre l'Amérique. »


L'auteur prend ici comme postulat la victoire de Charles Lindbergh aux élections présidentielles américaines de 1940. Franklin Delanoe Roosevelt et le Parti Démocrate cèdent le pouvoir au célèbre aviateur soupçonné, et bientôt convaincu, de complaisance envers le troisième Reich d'Adolf Hitler.
Commence alors pour les minorités des Etats-Unis une longue période de défiance et d'inquiétude qui ira crescendo jusqu'au dénouement final.


Philip Roth nous décrit ces années noires, ces « mauvais jours » où règne « la peur perpétuelle », en mettant en scène sa famille et lui-même durant cette époque.


Mêlant adroitement ses souvenirs autobiographiques à une situation politique imaginaire, Roth nous entraîne dans un roman semblable à ces cauchemars qui sont d'autant plus effrayants qu'ils se rapprochent de manière troublante de la réalité.


L'auteur se décrit à l'âge de huit ans dans son environnement familial, celui d'une famille juive de Newark confrontée à la sombre réalité échappée des urnes : un gouvernement populiste, manipulateur et fermement déterminé à ne pas entraver la politique expansionniste et mortifère de l'Allemagne nazie.
On assiste ainsi, à travers les yeux du jeune Philip Roth, à la montée en puissance, entre juin 1940 et octobre 1942, d'un gouvernement appuyé par les partis d'extrême droite et le Ku-Klux-Klan, élaborant graduellement une politique d'exclusion et de répression des minorités semblable à celle qui eut lieu en Allemagne dans les années 30. Ces mesures iniques finissent bientôt par toucher de plein fouet la famille Roth et les proches de celle-ci. Peu à peu les libertés sont restreintes et les minorités sont contraintes soit à émigrer vers le Canada, soit à subir les mesures discriminatoires édictées par l'administration Lindbergh.Cette montée en puissance d'un régime crypto-fasciste se conclura par un déchaînement de violence qui n'aura rien à envier à la « Nuit de Cristal » déclenchée par les nazis dans l'Allemagne de 1938.



Le jeune Philip, quant à lui, traverse ces années tant bien que mal, et du haut de ses huit ans assiste au déchirement des membres de sa famille, dont certains, comme son frère et sa tante affichent naïvement et ouvertement leur complicité envers un régime dont ils ne réalisent pas les inavouables desseins. Il décrit aussi le désespoir de ses parents, représentants de la classe moyenne, convaincus d'être des américains comme les autres et que l'on ne reconnaît soudain plus que comme des « juifs », une minorité chargée de tous les défauts, dont, entre autres, celui de clamer son hostilité au troisième Reich, d'encourager le peuple américain à prendre les armes contre l'Allemagne de Hitler, et d'être ainsi à l'origine du « complot contre l'Amérique »



Même si ce contexte inquiétant semble assez éloigné des préoccupations d'un enfant, le petit Philip ressent toutefois au fond de lui-même le climat angoissant et dangereux qui s'installe peu à peu dans la société américaine. Cette angoisse s'exprime particulièrement dans un de ses rêves concernant sa passion d'enfant pour les collections de timbres :



« Dans mon rêve, j'allais chez Earl avec ma collection de timbres serrée sur la poitrine quand soudain quelqu'un se mettait à me poursuivre en criant mon nom. Je me faufilais dans une allée et remontais me cacher vers les garages pour vérifier qu'aucun timbre n'avait glissé quand j'avais trébuché dans ma fuite et fait tomber l'album sur le trottoir où nous jouions à « Je déclare la guerre ». En prenant la page où j'avais fixé la série du Bicentenaire de Washington, émise en 1932, avec des timbres allant du marron à un demi-cent au jaune à dix cents, j'eus un choc. Ce n'était plus Washington qu'on voyait sur les timbres. Identique en haut de chacun, écrite en caractère que je savais être romains et blancs, à simple ou double interligne, on lisait toujours la légende « Poste Américaine ». La couleur des timbres était inchangée, elle aussi. Celui à deux cents était rouge, celui à cinq cents bleu, celui à huit cents vert olive, et ainsi de suite ; tous les timbres avaient leur taille réglementaire, le cadre des portraits conservait son dessin original, sauf qu'à la place d'un portrait de Washington différent sur chacun des douze, c'était toujours le même qui revenait : celui de Hitler. [...]
Au moment où je regardais la page d'en face, pour voir s'il était arrivé quelque chose, et quoi, à ma série des parcs nationaux, dix timbres émis en 1934, je tombai du lit et me réveillai par terre, en hurlant cette fois. Sur Yosemite en Californie, sur le Grand Canyon dans l'Arizona, sur Mesa Verde dans le Colorado, Crater Lake dans l'Oregon, Acadia dans le Maine, Mount Rainier dans le Washington, Yellowstone dans le Wyoming, Zion dans l'Utah, Glacier dans le Montana, les Great Smoky Mountains dans le Tennessee, sur tous, dans les falaises, les bois, les rivières,les pics, les geysers, les gorges, la côte granitique, l'eau d'un bleu profond et les hautes cascades, sur tout ce que l'Amérique avait de plus bleu, de plus vert, de plus blanc, et qui devait être préservé à jamais dans ces réserves des origines, était imprimée une croix gammée noire. »


Uchronie effrayante et talentueuse, roman de politique-fiction, « Le complot contre l'Amérique » m'est apparu aussi comme une critique à peine voilée de l'Amérique de George W. Bush, une administration isolationniste et populiste, prête à flatter les plus bas instincts de certains représentants de la société, un gouvernement flirtant ouvertement avec des théories politico-religieuses nauséabondes et prêt à aliéner les libertés individuelles en prenant pour prétexte là aussi un « complot contre l'Amérique ».



Reflet d'une Amérique qui aurait pu être, ou reflet d'une Amérique en devenir, « Le complot contre l'Amérique » de Philip Roth nous invite à réfléchir sur notre passé et sur les leçons que nous devons tirer de celui-ci afin de ne pas retomber de manière incessante dans certaines impasses qui pourraient se révéler fatales. Il nous met ainsi en garde sur l'extrême fragilité de nos démocraties face à l'attrait de certains hommes et dogmes « providentiels », il nous montre ainsi du doigt l'imperceptible frontière qui s'étend entre une civilisation digne de ce nom et une société s'abandonnant à la barbarie.
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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyDim 15 Juil 2007 - 23:01

et merci Wink

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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyDim 15 Juil 2007 - 23:04

De rien Animal Very Happy
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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyLun 16 Juil 2007 - 1:36

Citation :
Reflet d'une Amérique qui aurait pu être, ou reflet d'une Amérique en devenir,
Effectivement, on peut lire ce roman comme un avertissement. Avertissement sur la possibilité pour un peuple entier d'être manipulé, et d'arriver à un désastre.
Philip Roth est un grand romancier, chez lequel revient à peu près toujours le même thème , la fragilité du quotidien.
Toujours quelque chose d'inhérent à la nature humaine va ruiner le rêve ,qui n'est pas moins humain, d'idéal ou de simple accomplissement.
C'est un parfait observateur et narrateur de l'histoire de son pays, et je crois qu'il faut lire la trilogie américaine ( Pastorale américaine- J'ai épousé un communiste- La tache) pour mieux comprendre Les Etats Unis.

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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyJeu 9 Aoû 2007 - 17:55

Je viens de finir "la tache".

je n'ai qu'une hâte lire les 2 autres livres de la trilogie.

à+
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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyMar 14 Aoû 2007 - 22:09

La Tache (The Human Stain)

quatrième de couverture ? a écrit:
Portrait d'une Amérique à la fois profonde et proche. Voilà le dessein de Philip Roth. Un portrait brossé sans mise à quatre épingles et à travers la figure centrale d'un professeur d'université, Coleman Silk, juif et noir à la peau claire, âgé de soixante et onze ans, accusé à tort de racisme puis à qui l'on reproche d'entretenir une relation avec une femme de trente-quatre ans, illettrée et agent d'entretien. De quoi faire tache dans la bonne conscience américaine, dans les Berkshires, où "il reste des gens, des péquenots comme des universitaires, qui n'auront jamais le bon goût de renoncer à leurs vieilles valeurs pour se mettre au pas de la révolution sexuelle. Des pratiquants étriqués, des maniaques des convenances."
L'existence de Coleman, son destin et les êtres gravitant autour de lui ont valeur d'illustration, rapportée par une présence omnisciente, jugeant ci et là les personnages. Pour ce faire, Philip Roth se crée un double, Nathan Zuckerman, qu'il n'épargne pas d'impuissance sexuelle ni d'un cancer de la prostate... Jouant sur le présent, revenant au passé pour conter la jeunesse de Coleman, multipliant les regards, en saute-mouton de narrateur, Philip Roth passe en revue l'enlisement de la guerre du Vietnam et ses horreurs, la pêche à la ligne sur les lacs glacés, les arcanes de l'art noble (jab, droite, gauche, crochet et uppercut), la bouffonnerie du hasard, les cuistreries philologiques, bibliographiques et archéologiques des universitaires, jusqu'au scandale éclaboussant la Maison Blanche, émue et excitée par Monica Lewinsky, dite "Gorge profonde", "pompant généreusement le sexe" de Bill Clinton... Troisième volet (indépendant) d'un regard drôle et acerbe sur le Nouveau monde, après Pastorale américaine et J'ai épousé un communiste, c'est là le plus tragi-comique des romans de Roth. L'un des plus puissants aussi.

c'est un peu "dans la peau d'un blanc" si je puis me permettre, effectivement, si c'est au départ un peu confus, on apprend clairement que le personnage principal Coleman Silk se coupant de son passé et ayant la peau claire se fait engager dans la marine "comme blanc" et poursuit ainsi sa vie.

c'est un roman "galerie de personnages" on s'attarde tour à tour sur une poignée d'entre eux, chacun représentatif (mais individuel) d'une composante humaine de l'amérique. On se retourne, par une sorte de projection à travers eux, sur leurs passés, leurs blessures, leurs secrets, leurs façon de s'être construits et de chercher une place "définie" dans leur monde.

Dans le désordre pour la suite ? tellement de choses abordées dans ce livre, en remarquant au passage que de nombreux éléments se rebouclent bien, ils reviennent, se mélangent, se transforment, précisant des réflexions...

Je m'en vais essayer de commencer par le contenu... (ça se complique déjà Rolling Eyes )

D'abord le point de vue sur une histoire récente des Etats-Unis, sur sa "moralité", son cloisonnement et le tout qui est formé. Le côté très récent, la séparation légale entre les populations encore au lendemain de la deuxième guerre mondiale. C'est peut être du au jeune âge de l'animal, j'ai... on ! a grandi dans des classes de toutes les couleurs. C'est troublant ce regard à travers une génération "de vieux" (sans vouloir choquer personne) : le narrateur et le personnage principal. Eux qui ont vus et vécus autre chose. C'est bête à dire mais c'est bien ce que j'ai ressenti. J'en ai compris un cloisonnement fort des uns et des autres, historique et de volonté, pour s'affirmer à sa manière.

(c'est bizarre de se souvenir que dans les films de guerre on a pas vu "d'unités de noirs"... y compris dans les récents (et les séries qui épongent le créneau))

Ensuite j'ai apprécié l'opinion tranchée sur l'éducation, son importance, sa manière qui se perd (notamment avec le dialogue entre le narrateur Zuckerman et la soeur de Coleman qui est enseignante. (l'opinion étant qu'on descend les standards de l'éducation sous une étiquette "si les élèves n'en veulent pas, n'y arrivent pas "instantanément" c'est que ce n'est pas bien")

De là je dois pouvoir subtilement (avec mes gros sabots) dériver vers ses personnages. Deux choses : il y a des "modèles de comportement", des personnages ont leur manière de réussir : Coleman, son avocat, la prof française... d'autres ont leur manière de survivre, de s'individualiser (eux aussi) comme Faunia (la femme de 34 ans du quatrième de couv ou Les, son ex mari vétéran traumatisé du Vietnam.
Là où ma lecture se complique c'est que je n'arrive pas à séparer vraiment les comportements, les opinions tranchées et parfois injustes (mal dit) des personnages et les opinions tranchées elles aussi de l'auteur qui créé ces personnages. Et je pense principalement au personnage de Les qui malgré l'enfer qu'il a vécu apparait comme un cinglé de base, comme perdu avant même la guerre. Et au personnage de Delphine Roux : brillante, en quête de succès mais peu sure d'elle, seule et qui pète un plomb et pourrit la réputation de l'homme qu'elle admire pourtant.

La mise à la place de tant de personnages connotés et étiquetés (noir, vétéran, jf mal à l'aise aux dents longues) avec un résultat humanisé mais qui donne l'impression d'être aussi un peu simple voir un peur rapide... c'est un ressort particulier pour un roman. Par hypocrisie, pour ne pas ouvrir les yeux ou je ne sais quoi, c'est un ressort auquel je cherche à ne pas adhérer totalement, la peinture de sa société c'est intéressant mais...
c'est la même impression qu'avec The Tortilla Curtain de TC Boyle sauf que dans la Tache ça passe mieux.

Si ça passe mieux c'est que le récit et les personnages sont connectés au monde par quelque chose de physique : la boxe, le sexe, ils réfléchissent mais ils sont liés à la nature, leur nature. C'est par ça que les personnages sont humanisés, un truc très basique, primaire.

Dans les comportements "de société" on observe la lâcheté morale pour raisons pratiques (image, carrière) : les amis qui disparaissent et la solution de facilité de rejeter un trouble personnel ou plus global sur un coupable "pratique". Et au niveau de l'individu le secret. Ou le problème de la transparence. Pour avancer, pour être ce qu'ils sont, pour pouvoir être, les personnages font disparaitre une partie d'eux (couleur, enfance, adolescence, vie gâchée) partie qui reste les obsède et en vient éventuellement à bout à des degrés divers.
ça m'a rappelé quand en première j'ai eu mon père en face de moi comme professeur d'anglais, j'ai mis près de un an à comprendre ce qui me faisait très bizarre (une année sur les deux où il a été mon professeur) : le fait qu'il n'était pas très différent de à la maison. C'est une de mes visions, illusions ? sur l'âge : la capacité à être soi même sans que ce soit surprenant. C'est aussi depuis ce moment là sans doute que je cherche tant bien que mal à "coller à moi même".

Parlons un peu de l'écriture, je l'ai lu en anglais et pas au mieux de ma forme sur le début, par trop petits morceaux, j'ai été beaucoup plus marqué par le contenu que par l'écriture qui ne me dérange pas mais dont je ne raffole pas (c'est pas Auster sourire). ça fait réfléchir.

Une surprise tout de même, agréable et marquante sur la différence des langues, une phrase un peu simple à l'effet, au sonorités saisissantes, en français dans le texte : "Eblouissante! Tu as un visage de chat"

Je ne sais pas si je crois totalement à cette tache, le livre me semble un peu trop défini à ce sujet. J'imagine sans trop de peine qu'on puisse faire des reproches à l'auteur. Je garde une pointe de méfiance. Je lirai sans doute au moins le reste de sa trilogie parce que je pense qu'il y a plus de substance que de sensationnel dans ses écrits.

fin provisoire de tartine indigeste (c'est dense et mêlé ce bouquin). Comme le livre a l'air d'avoir été beaucoup lu parmi vous je me dis que vous allez m'aider à décanter tout ça cat

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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyMer 15 Aoû 2007 - 21:05

Citation :
D'abord le point de vue sur une histoire récente des Etats-Unis, sur sa "moralité", son cloisonnement et le tout qui est formé. Le côté très récent, la séparation légale entre les populations encore au lendemain de la deuxième guerre mondiale. C'est peut être du au jeune âge de l'animal, j'ai... on ! a grandi dans des classes de toutes les couleurs. C'est troublant ce regard à travers une génération "de vieux" (sans vouloir choquer personne) : le narrateur et le personnage principal. Eux qui ont vus et vécus autre chose. C'est bête à dire mais c'est bien ce que j'ai ressenti. J'en ai compris un cloisonnement fort des uns et des autres, historique et de volonté, pour s'affirmer à sa manière.

Forcément, Roth va décrire l'Amérique telle qu'il l'a connue... Mais ce n'est pas si vieux, et est ce changé? J'ai souvenir de l'avoir lu dans un entretien quand est paru Le complot contre l'Amérique, il parlait des clubs de sport. Il ne pouvait pas, en tant que juif, y accéder quand il était jeune. Et maintenant, ils sont tenus par des Juifs. Mais les arabes y sont-ils acceptés?
Et tu dis avoir grandi dans des classes colorées. Oui, oui... En classe.
Demande donc à un de mes fils, un qui n'est pas blanc ,blanc, et qui vient de passer une année à Lyon ce qu'il en pense...Ce qu'il pense de l'accueil le soir dans les boites ( il n'a qu'à pas sortir, je suis d'accord!) quand il est avec ses copains noirs. Et qui il a eu comme copains... Y a pas un blanc!



Citation :
Là où ma lecture se complique c'est que je n'arrive pas à séparer vraiment les comportements, les opinions tranchées et parfois injustes (mal dit) des personnages et les opinions tranchées elles aussi de l'auteur qui créé ces personnages. Et je pense principalement au personnage de Les qui malgré l'enfer qu'il a vécu apparait comme un cinglé de base, comme perdu avant même la guerre. Et au personnage de Delphine Roux : brillante, en quête de succès mais peu sure d'elle, seule et qui pète un plomb et pourrit la réputation de l'homme qu'elle admire pourtant.
Tu veux dire qu'ils sont caricaturaux? Pas tant que cela...Je ne crois pas. J'en connais, des comme ça. Et beaucoup...

Citation :
Dans les comportements "de société" on observe la lâcheté morale pour raisons pratiques (image, carrière) : les amis qui disparaissent et la solution de facilité de rejeter un trouble personnel ou plus global sur un coupable "pratique". Et au niveau de l'individu le secret. Ou le problème de la transparence. Pour avancer, pour être ce qu'ils sont, pour pouvoir être, les personnages font disparaitre une partie d'eux (couleur, enfance, adolescence, vie gâchée) partie qui reste les obsède et en vient éventuellement à bout à des degrés divers.
Oui, ça va même très loin, là, le personnage principal sacrifie même sa mère...et forcément, tout se paie. Cela rejoint le fil sur la psychanalyse.
De gré ou de force, on se coince dans un personnage , mais il ne s'agit pas forcément du personnage qui vous convient le mieux ( rares sont ceux qui peuvent!) . Là, il faut savoir avoir suffisamment de recul sur soi, pour savoir déterminer ce qui est la part de jeu, ce qui est librement choisi, ce qui est subi...
Dans ce livre, l'intéressant, m'a t-il semblé, c'est que l'élément que le personnage a voulu faire disparaitre, c'est sa couleur de peau. Parce qu'il pouvait le faire. Oui, sauf qu'il n'y a pas que la couleur, on rejoint Dans la peau d'un noir, dont parlait Queenie. Il y a les racines, la culture, et ça, ça ne se balaie pas d'un revers de main.
C'est en fait une réflexion sur l'identité, ce livre. Enfin, entre autres sujets abordés...
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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyMer 15 Aoû 2007 - 21:39

Pour les classes et en dehors, j'ai l'espoir qu'on arrive à une génération où ça va mieux même si c'est vrai que les "mélanges"... ont besoin de temps, à l'échelle humaine j'entends... pour cause de culture ? on s'est souvent sentis un peu bêtes avec des idées de soirées pour "boire un coup"... quand tout le monde ne boit pas... ou que tout simplement les boites c'est pas le truc de tout le monde et toutes les boites sont pas du style à tout le monde... on a parfois l'impression de se retrouver mutuellement avec l'impression que ce qu'on a ne plaira pas à l'autre. Et chacun reste dans son coin.

Enfin malheureusement je te dirai que je reste lucide sur le degré d'ouverture qu'on peut rencontrer... (il y a des trucs qu'on ne devrait pas entendre)

Sur les personnages... c'est un peu là que ça me gêne : des "comme ça", ça existe, on les considère comme tels, j'essaye de ne pas juger mais... d'où le mot hypocrisie ? ... c'est une façon d'appréhender son monde. Je trouve néanmoins que c'est un drôle d'exercice d'affirmer ce type de jugements tout en étudiant des communautarismes qui reposent eux aussi sur des jugements. Les sales trucs et la méchanceté plus ou moins gratuites existent c'est un fait... j'ai le sentiment que les personnages sont privés d'une capacité de rédemption, ce qui me perturbe un peu...

à moins que ce ne soit parce que je ne ressente pas un narrateur/auteur vraiment meurtri et donc amer (que je suis impatient de t'envoyer Une Histoire Birmane).

C'est un des pivots marquant du bouquin ce "pouvoir choisir", la disparition de ce trait physique révèle la liberté, la possibilité d'être qui on choisit... et du même coup le "problème" l'impossibilité sociale réelle (si ce trait est présent).

je dois vouloir rester trop naïf vis à vis des personnages amochés du livre (il y a quelques pages sur Delphine d'une rapidité sans pitié).

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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyMer 15 Aoû 2007 - 23:26

Citation :
es boites c'est pas le truc de tout le monde
Ah, non. C'est très clair: toi tu es noir, et toi tu as l'air d'un arabe ( pour mon fils) vous ne rentrez pas...

Citation :
j'ai le sentiment que les personnages sont privés d'une capacité de rédemption, ce qui me perturbe un peu...
Oui, c'est très noir. Enfin, c'est le cas de le dire... Mais c'est très lucide, c'est ce que j'aime chez Roth, cette lucidité. Il ne condamne pas, il regarde. Et retranscrit en mots.

Citation :
C'est un des pivots marquant du bouquin ce "pouvoir choisir", la disparition de ce trait physique révèle la liberté, la possibilité d'être qui on choisit... et du même coup le "problème" l'impossibilité sociale réelle (si ce trait est présent)
Et bien.... pas l'impossibilité sociale complète, bien sûr. Mais tu ne crois pas que ça aide d'être de la bonne couleur? Regarde donc cette histoire invraisemblable que l'on a fait pour ce malheureux ( et magnifique, je trouve qu'il en rajoute un peu dans le costume cravate assortis, un peu de couleur ne nuirait pas, lâche toi, Harry!) Rozelmack que l'on resort du pacard un mois par an sur TF1! Je leur aurais claqué la porte au nez, moi, c'est très humiliant! C'est: regardez ce qu'on a avancé!! Il sait parler et lire le prompteur! Vous vous rendez compte! enfin, moi, cela m'énerve profondément...

Citation :
(il y a quelques pages sur Delphine d'une rapidité sans pitié).
oui, il n'est pas tendre pour les petites arrivistes françaises... Ce milieu universitaire me semble être très cruel...
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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyJeu 16 Aoû 2007 - 7:34

arf Marie je parlais de goût pour les sorties Wink

Citation :
Mais tu ne crois pas que ça aide d'être de la bonne couleur?
c'était le sens de ma remarque, je trouve qu'en montrant "à l'envers" avec un cas extrême ? d'universitaire juif il le montre très bien. pour les JT je préfère de beaucoup Audrey Pulvar.

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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyJeu 16 Aoû 2007 - 11:55

La sournoiserie du rejet est qu’il se transmet chez ceux qui en sont victimes…quand on est rejeté plusieurs fois par des personnes ayant une apparence différente de la sienne, on érige alors culture et racines en murs, en lieu et place de portes…ce qui a pour effet, bien entendu, de conforter ceux qui vous ont rejetés… et la spirale est lancée…

Philip Roth est un écrivain que j’apprécie modérément.
Le roman « Complot contre l'Amérique » ressemble beaucoup (beaucoup trop ?) à 'K' de Daniel Easterman (publié à Londres en 1997, plutôt bon d’ailleurs)…
Sinon, d’une manière générale, je trouve que ses personnages, en particulier les principaux, lui ressemble trop (beaucoup trop ?)…
En clair, je trouve que sa vision est trop égocentrique… Je crois que l’écrivain doit, un tant soit peu, s’affranchir de lui-même et développait son imaginaire, en évitant de « l’emprunter » aux autres… Rolling Eyes
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyLun 3 Déc 2007 - 10:01

sousmarin a écrit:
En clair, je trouve que sa vision est trop égocentrique… Je crois que l’écrivain doit, un tant soit peu, s’affranchir de lui-même et développait son imaginaire, en évitant de « l’emprunter » aux autres… Rolling Eyes

Alors Sousmarin, Un homme n'est pas pour toi puisqu'il ne parle que de lui . Mais chaque homme peut se retrouver dans cette confession, où dans un seul mot est réunie une vie: un titre sobre mais qui dit tout .De même que sa couverture noire brute. Philippe Roth abat les cartes et nous livre son quotidien à l'heure du bilan, sans faste ni grandiloquence.

J' ai trouvé pourtant de l'humour dans ce constat forcément un peu désenchanté d'un homme vieillissant. Et surtout de la tendresse dans ces regrets, ces faux pas , ces amours gachés ou subis. Par dessus tout, celui si plein d'admiration et inconditionnel pour sa fille chérie...
Un style reconnaissable et un talent qu'on ne peut nier, mêlés à la simplicité d'un auteur qui n'a plus rien à prouver font de ces quelques pages un moment de vrai bonheur littéraire.
J'ai bien aimé et vous le recommande! Very Happy
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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyMar 4 Déc 2007 - 14:57

La bête qui meurt

Pourquoi faut-il donc que je m'ennuie là où tout le monde (ou presque) y trouve du génie ? Mon esprit est-il à ce point déformé qu'il passe à côté de l'étincelle qui ferait toute la différence ? Je vais commencer à le croire... Car de l'ennui, j'en ai eu ma dose avec ce livre de Philip Roth. J'étais pourtant partie sur une bonne base : "Tiens, un sujet bateau traité par un auteur de talent comme Roth, ça va être grandiose". Que nenni ! A mes yeux en tout cas.

Certes, les réflexions de David Kepesh sur le temps qui passe emportant avec lui ses talents de séducteur et imposant ses changements à l'âme peuvent être intéressantes mais tellement longues, tellement savantes que ça en devient une leçon professorale d'ouverture d'une année académique universitaire. Université qui lui sert d'ailleurs de prétexte à de longs discours sur la libération des moeurs et des tabous sexuels. Un peu long à mon goût, voire carrément inutile pour certains passages.
Je ne vais pas intellectualiser ou gloser pour justifier ma non-adhésion à ce livre. Juste que ça parle d'amour, de corps, de chaleur, de vie, de maladie, de mort...bref, d'éléments vivants d'une manière ou d'une autre, de composants énergétiques de nos êtres qui m'ont pourtant semblés ici si plats, si froids. Distance prise par l'auteur pour indiquer que son David Kepesh est un être profondément désillusionné ? Dans ce cas, je plains ce professeur auquel il ne semble rester aucune issue favorable si son désarroi est aussi grand.
Non, trop fade et trop complexe à la fois, très peu pour moi. Et cette fin téléphonée... Non, plus j'y pense et moins j'adhère.
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MessageSujet: Re: Philip Roth   Philip Roth EmptyMar 4 Déc 2007 - 14:59

La tache

Je suis partagée. En entamant cette lecture, je partais avec un à priori pas trop sympathique pour Philip Roth qui m'avait profondément ennuyée avec "La bête qui meurt". On ne peut pas dire que je me sois vraiment ennuyée cette fois mais je reproche tout de même pas mal de longueurs et de digressions, ce que je trouve dommage, parce que le propos et les idées sont on ne peut plus intéressants. Le racisme, la société américaine, les apparences, le conservatisme, le mensonge, etc etc. Un beau portrait dressé là mais trop de blabla pour moi, rien à faire. C'est comme si Philip Roth, lorsqu'il sentait qu'il y avait matière à développement, ne pouvait plus se contenir et en faisait des tonnes, noircissant les pages et noyant, du coup, certains bons éléments parmi tout le reste. Et comme dans "La bête qui meurt", la caricature universitaire à outrance. Pas très emballée, mais ce n'est bien sûr que mon avis et je sais que ce livre a eu de très bons échos, c'est moi qui doit ne pas aimer Roth et puis voilà.
Peut-être en raccourcissant le roman d'au moins la moitié, histoire de l'alléger et d'aller à l'essentiel sans se perdre dans 36000 méandres, que sais-je... ou passer à un autre auteur en ce qui me concerne, tout simplement :)
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