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 Roland Giguère

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Roland Giguère   Lun 25 Fév 2013 - 9:54



Poète québécois, Roland Giguère (1929-2003) avait la particularité de dessiner et peinturer dans l'assemblage de son oeuvre somme toute modeste. Il appartenait en outre à la mouvance surréaliste. Son recueil le plus connu est L'âge de la parole. Un de mes professeurs insistait sur Forêt vierge folle et La main au feu complète le portrait.

Nous pouvons avoir une bibliographie sélective ici :

2004, Cœur par cœur
1997, Les mines de plomb : poèmes et dessins
1997, Illuminures
1988, Temps et Lieux : poésie et sérigraphie
1981, À l'orée de l'oeil : 50 dessins
1981, 10 cartes postales
1978, Forêt Vierge Folle : poésie
1976, J'imagine
1975, Abcédaire
1973, La main au feu : 1949-1968
1969, La main du bourreau finit toujours par pourrir
1968, Naturellement
1965, L'Âge de la Parole : poèmes 1949-1960
1963, Adorable femme des neiges suivi de l'immobile et l'éphémère
1957, Lieux exemplaires
1957, Le défaut des ruines est d'avoir des habitants
1954, Les armes blanches
1953, Images apprivoisées
1951, Midi perdu
1951, Yeux fixes
1950, Les nuits abat-jour
1950, 3 pas
1949, Faire naître

Je vous fais don du poème qui lui est le plus souvent attribué, «La main du bourreau finit toujours par pourrir» :

Citation :
Grande main qui pèse sur nous
grande main qui nous aplatit contre terre
grande main qui nous brise les ailes
grande main de plomb chaud
grande main de fer rouge

grands ongles qui nous scient les os
grands ongles qui nous ouvrent les yeux
comme des huîtres
grands ongles qui nous cousent les lèvres
grands ongles d'étain rouillé
grands ongles d'émail brûlé

mais viendront les panaris
panaris
panaris

la grande main qui nous cloue au sol
finira par pourrir
les jointures éclateront comme des verres de cristal
les ongles tomberont

la grande main pourrira
et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs.



Lors du Printemps érable, le plus grand arbre humain jamais réalisé révélait une main. Cette main faisait signe au gouvernement Charest tombé en décrépitude. Nous pouvons croire qu'elle faisait référence au poème de Roland Giguère. Ainsi, le 22 avril 2012, Jour de la Terre, nous avons eu la preuve qu'il était désormais possible de se référer à un passé porteur de ses oeuvres pionnières.

_________________
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De Gaulle, citant Nietzsche

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Dernière édition par jack-hubert bukowski le Dim 10 Mar 2013 - 15:41, édité 1 fois
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Jeu 28 Fév 2013 - 11:19

Au risque de tourner au ridicule, après tout il le faut à la lecture de certaines oeuvres subversives, Forêt vierge folle est un terrain bien défriché pour lire une poésie assez ample.

J'ai arrêté mon choix sur «Viendra le jour». Je vous présente ce poème en version intégrale :

Citation :
«Viendra le jour»

Il y aura un jour (je vous l'ai dit hier)
il y aura un jour qui n'aura pas de matin
car il n'aura pas eu non plus de nuit
et ceux qui voudront alors dormir
n'auront plus leur place parmi les debout
on se promènera bras dessus dessous
les femmes sans même de dessous
et les hommes dessus seront tout à fait nus
on oubliera les us les coutumes et les us
la terre tournera ou ne tournera plus
mais si elle tourne c'est qu'elle tournera rond
sans fusils et sans baïonnettes aux canons
et l'homme n'aura plus jamais plus
à chercher du doigt la couture de son pantalon
le temps le beau temps de l'hirondelle
reviendra frôler la terre de son aile
et on criera dans les rues et les ruelles
le nom le nom le nom d'elle
la liberté la liberté si belle
et près des eaux dans les prés près des bois
fleuriront des fleurs que nous ne connaissons pas
les bras de mer la mer aux larges bras
viendra caresser nos traces de pas
sur le sable des plages
où se dérouleront d'affreux combats
la fleur d'oranger dans la main de l'homme
la paix dans les foyers les plus autonomes


//p. 45

et tous les matins un verre de jus de pomme
le midi des pommes de terre
le soir des coeurs de pomme
la main sur le coeur du coeur plein la tête
on vivra de jour en jour et de fête en fête
dans les maisons de milliers d'alouettes
dans les armoires sur toutes les tablettes
la plus petite cachée dans la boîte d'allumettes
et plus jamais de cet atroce silence
qui nous entre dans la peau son brûlant fer de lance
il n'y aura plus de lourdes et longues heures d'absence
on aura fini de vivre dans les transes
les hommes ne mourront plus dans les tranchées
on ne pensera plus à assassiner
l'humanité ne travaillera plus contre l'humanité
et disparaîtra du globe la race des condamnés-nés
l'électricien électrocuté le soudeur soudé
le mineur miné
on mettra le feu à l'eau contaminée
on versera de l'eau sur le feu animé
où nous avons meurtri nos mains
où l'on essayait mais en vain mais en vain
de cultiver le raisin pour boire un peu de vin
de faire croître l'indispensable arbre à pain
ces jardins pour lesquels nous luttions jusqu'à la fin
jusqu'à la fin de notre sang et de notre sueur
souvenez-vous des noires années de peur
où nous passions des nuits à guetter une lueur
ah! quel métier que celui de guetteur
toutes ces mornes et molles heures
qui préparaient en silence nos années de malheur


//p. 46

on avait en ce temps-là le sang à fleur de peau
le sang à fleur de terre colorait les roseaux
et le rouge peu à peu envahissait le bleu de l'eau
on torturait pour le faire parler de pauvres animaux
le chien le boeuf la souris l'âne le chameau
la gazelle le lièvre l'écureuil l'ours et l'agneau
on ne s'entendait plus sur rien
et l'homme cherchait ses mots
nulle part ailleurs se trouvaient les mots qu'il faut
pour apaiser la plaie qui nous rongeait le cerveau
on avait depuis longtemps perdu l'habitude de sourire
on ne demandait plus qu'à en finir
avec ces histoires qui nous faisaient mourir
lentement à petit feu sans coup férir
car tout finit un jour par finir
comme le serpent qui a décidé de ne plus obéir
et mord en plein bras de son bourreau de fakir
comme aussi nous aurons notre tour
le temps de vivre et de faire l'amour
avec la récolte des fruits d'un dur labour
qui nous attend là-bas dans le détour
comme un lit bordé d'un blanc velours
ce sera je vous dis le temps des amants
et on aura le temps de tuer l'enfance chez l'enfant
comme on aura fini de briser les os des innocents
avec les chaînes forgées par leurs parents
dans la plaine tourneront les moulins à vent
au premier jour du premier printemps
tandis qu'on aura la joie plein les dents.


24/7/1952

//p. 47

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Ven 1 Mar 2013 - 9:40

Citation :
«Les mots-flots»

Les mots-flots viennent battre la page blanche
où j'écris que l'eau n'est plus l'eau
sans les lèvres qui la boivent

les mots-flots couronnant le plus désertique îlot
le lit où je te vois nager la nuit
et la paupière qui te couvre comme un drap
au versant abrupt du matin
quand tout vient se fracasser sur la vitre

les mots-flots qui donnent aux ruisseaux
cette voix mi-ouatée qu'on leur connaît
voix miroitée
vois comme moi je te vois moi qui ferme pourtant les yeux
sur le plus fragile de tes cheveux
moi qui ferme les yeux sur tout
pour voir tout en équilibre
sur la pointe microscopique du coeur
pointe diamantée des dimanches hantés
dis à m'enchanter et jusqu'à m'en noyer
de ces longs rubans de mots-flots
que tu déroules le soir entre tes seins
comme si tout un fleuve rampait à tes pieds
comme si les feuilles n'avaient pour les bercer
d'autre vent que celui de tes cils de soie lactée

les mots-flots toujours les mots-flots
sur le sable la mariée toute nue
attend la grande main salée de la marée
et un seul grain de sable déplacé démasque soudain
la montagne de la vie
avec ses pics neigeux ses arêtes lancinantes
ses monts inconquis ses cimes décimées

un seul grain de sable et ce sont aussitôt
des milliers de dunes qui apparaissent
puis des déserts sans mirages
un sphinx d'ébène
et trois cent pyramides humaines mortes de soif

un seul grain de sable et la mariée n'est plus à elle
ne s'appartient plus
devient mère et se couche en souriant
comme un verre renversé perd son eau
et les mots-flots envahissent la table
la maison le champ
le verre se multiplie par sa brisure
et le malheur devient transparent
semblable au matin qui entre
par le coin le plus mince d'un miroir sans tain.


Roland Giguère, L'âge de la parole, 1991, Typo, p. 106-107

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Sam 2 Mar 2013 - 22:08

Citation :
«Nos yeux s'ouvrent»

Nos yeux s'ouvrent aujourd'hui
sur ce qui est nécessaire à l'éclair
pour traverser la nuit

nous nous sommes trop longtemps attardés
à l'éclair même

l'arbre qui dort rêve à ses racines

la mémoire chante sur la plage noircie.


tiré de Forêt vierge folle

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Dim 3 Mar 2013 - 10:18

Je ne crois pas que tous un-e et chacun-e par ici ne soit pas déjà passé par cette épreuve de vie.

Citation :
«Une ligne accuse»

Une lune épineuse se lève sur un monde barbelé. À lueur de terre, il nous est maintenant donné de contempler nos propres fossiles, l'intérieur veineux des labyrinthes humains en totale transparence.

Sur le ruban de nuit s'agite le sismographe des tremblements d'être. Une ligne droite accuse une ligne brisée; une ligne brisée ne se relève plus, courbe dans le malheur; apparaissent alors sur la vitre bleue des couronnes de spectres magnétiques, signes avant-coureurs d'éruptions. Le paratonnerre veille.

Une première secousse plonge dans l'oubli des années mouvementées mais sans crevasse. De mouvement en mouvement, il ne reste bientôt plus qu'une veine de marbre froid cristallisant l'attitude dernière.

Sur le ruban de nuit, une ligne saigne.


Roland Giguère, L'âge de la parole, 1991, Typo, p. 133.

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Mar 5 Mar 2013 - 10:19

Roland Giguère a écrit de belles choses.

Dans Forêt vierge folle, il a écrit deux textes qui se renvoient l'un à l'autre :

Citation :
«J'ai pour mon dire»

J'ai pour mon dire
que tout va pour le bleu
quand arrive le geai

que le ciel se couvre de plumes
au sommet de la nuit

que ta main est leste
à l'entrée du fourreau

que l'épée dort
au fil du temps rare

que l'arbre se couche
avant le vent mauvais

que le muguet n'attend pas
le premier mai

que tout ce que je dis est vrai

que ta bouche s'étoile
dans ma voix lactée

que tes yeux sont plus beaux
qu'onyx obsidienne et agate

que tes seins s'irisent
à l'éclair de l'aube

que ton sexe rêve
endormi sur sa plage de nacre

que je te regarde
comme la perche pêchée

que je te bois
entre les roses des sables

que je te froisse
par mes mains tremblantes

que je ne te dis pas tout
quand je te hante

j'ai pour mon dire que je t'aime
au long de nos saisons étales.


Citation :
«On a beau dire»

On a beau dire la vie
c'est le temps qui passe
avec son poids de plumes
qui volent dans nos oreillers

on a beau dire un instant
mais voyez ces lignes qui restent
gravées au fronton des champs
et le blé qui bat dans les tempes

tous les mots que nous avons lâchés
nous reviennent comme des cerfs-volants
avec des lettres muettes
qui tombent au moindre vent.

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Dim 10 Mar 2013 - 15:04

Roland Giguère était un peintre en plus d'être poète. Nous pouvons ainsi mieux comprendre l'importance des mains dans sa quête et son affiliation aux mouvements surréalistes. Je reprends un motif concernant la main qui peut être intéressant à étudier dans son prolongement et ses diverses perspectives :

Citation :
Comme la main creuse sa ligne de vie
sur le cuir verni
comme la main cherche
dans les fibres du poirier
le fruit du hasard
comme la main trace sur la pierre calcaire
un moment de pur désir
comme la main glisse sur la soie
et laisse l'empreinte infinie du destin

la main sait toujours où elle va
dans l'âme blanche du papier


tiré de Coeur par coeur et cité dans Antoine Boisclair, L'école du regard. Poésie et peinture chez Saint-Denys Garneau, Roland Giguère et Robert Melançon, 2009, Fides, p. 251.

En outre, il est intéressant de constater que Roland Giguère fut inspiré par Hector de Saint-Denys Garneau au moment d'entreprendre ses premières poésies. Ce fait fut occulté par la suite dans la mesure où les poètes autour de la génération de L'Hexagone animée par Gaston Miron furent tentés de rejeter en bloc ce qui renvoyait à la période de la grande noirceur. Ainsi, Garneau fut l'objet d'un certain reniement chez les poètes de cette génération. Il n'inspirait pas assez à leur image de l'idéal poétique à atteindre mais n'a pas moins eu ses émules comme on l'a vu par la suite.

Giguère, donc, a écrit Faire naître en 1949, un recueil de poésie assez méconnu. Nous pouvons lire des extraits du poème «Le jeu pour l'enfant» comme suit :

Citation :
un enfant en souliers de sommeil
imagine d'inlassables murmures
pour couvrir le monde de leurs ailes
il a étalé sa mémoire au grand air
sur un papier buvard

et ses jouets sont autant de mantes religieuses
qui prient pour une guérison prochaine

[...]

ses rêves insectes démesurés
roulent dans chaque paume un peu de leur vol
la chaleur d'un instrument suffisant
pour réveiller le ruisseau endormi
au fond de son eau

on ne lui a jamais rien dit
pourtant il connaît par coeur les animaux
que l'homme cache sous le revers de ses pas

on ne lui a jamais rien écrit
pourtant il a laissé sa soif sécher sur le roc
pour mieux voir le soleil
descendre de son échelle bleu-ciel

on ne lui a jamais rien appris


tiré de Faire naître et cité dans Antoine Boisclair, L'école du regard. Poésie et peinture chez Saint-Denys Garneau, Roland Giguère et Robert Melançon, 2009, Fides, p. 206

Le thème de l'enfance reparaît assez souvent dans les thèmes évoqués par Garneau. Il faut aussi insister sur cette impression des pas qui apparaissent à revers des pas en joie dans le poème écrit par Giguère. Garneau est-il l'enfant terrible de la littérature québécoise? Pas vraiment... parlons plus de l'étoile qui a constellé les publications subséquentes. Nelligan faisait plus terrible. Entre Nelligan, Miron et Garneau, vous devinez mon choix naturel...

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Mer 13 Mar 2013 - 7:55



Je vous écris au sujet de l'anthologie de Fermaille, la revue du mouvement de grève du Printemps érable 2012 qui s'est passé au Québec. Nous pouvons lire des citations d'auteurs divers. Il y a deux citations de Roland Giguère qui furent retenues dans l'anthologie de la grève étudiante. Je vous les écris ici :

Introduction de Patrick Tillard et Jasmin Miville-Allard :

Un seul reflet multiplie les mirages
Que l'on croyait abolis
Et tout s'éclaircit


Roland Giguère, 1966

Citation introduisant la publication numéro III :

Il y aura un jour (je vous l'ai dit hier)
Il y aura un jour qui n'aura pas de matin
Car il n'y aura pas eu non plus de nuit
Et ceux qui voudront alors dormir
N'auront plus leur place parmi les debout


Roland Giguère

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Mer 13 Mar 2013 - 9:33

je ne connais pas du tout Roland GIGUERE.
que me recommanderais tu comme première
approche?
tu as l'air de l'aimer beaucoup.

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Mer 13 Mar 2013 - 9:58

@unmotbleu,

Les recueils les plus connus et considérés comme faisant partie du canon (classique de littérature) sont L'âge de la parole (le plus connu et emblématique de la démarche générationnelle de Giguère), Forêt vierge folle et La main au feu. Il y a également d'autres points de départ pour entrer dans l'oeuvre, mais ces trois recueils sont interreliés entre eux, ce qui rend leur lecture croisée d'autant plus agréable pour comprendre le projet poétique giguérien.

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Mer 13 Mar 2013 - 10:25

Merci.
allons y pour l'âge de la parole"
respect

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Mer 20 Mar 2013 - 8:12

Je reprends deux extraits de poèmes de L'âge de la parole, l'un est un extrait et le second, un poème complet.

Citation :
«Midi perdu»

[...]

et toi
TOI
tu m'apparaissais de temps à autre quelquefois
pas souvent rarement même
tu m'apparaissais toujours entre deux cris poussés
du fond de l'être
tu m'apparaissais entre deux nuits
comme un midi
drapée de tous les mots que je t'avais dits et cent
mille fois répétés

on ne savait plus où donner la tête
plusieurs la donnaient au premier venu
d'autres la donnaient au lit du fleuve
les magiciens travaillaient jour et nuit
à en faire disparaître des centaines

et toi
TOI
je voyais ta chevelure à la dérive
tes mains signalaient de trop nombreux écueils

nous avions beaucoup à faire
nous avions à espérer pour des milliers d'autres
qui n'espéraient plus
nous avions trop à faire
rire et pleurer à la fois


[...]

Roland Giguère, L'âge de la parole, 1991, TYPO, p. 84-85.

Citation :
«Paysage dépaysé»

à mes amis peintres


La tempête faisait rage
et la neige nous entrait dans la poitrine
pleine poitrine
couronnée de lancinantes banquises
couronnes d'épines
enfoncées dans le front des mots d'amour

large tempête à nos yeux dans un monde dépaysé
chaque nuit nous arrachait un cri
et nous grandissions dans l'agonie
lentement nous vieillissions
et le paysage vieillissait avec nous - contre nous

le paysage n'était plus le même
le paysage était sombre
le paysage ne nous allait plus comme un gant
n'avait plus les couleurs de notre jeunesse
le paysage le beau paysage n'était plus beau
il n'y avait plus de ruisseaux
plus de fougères plus d'eau
il n'y avait plus rien

le paysage était à refaire.


Ibid., p. 110.

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MessageSujet: Re: Roland Giguère   Sam 30 Mar 2013 - 9:55

Je viens de lire Coeur par coeur. Roland Giguère a surtout travaillé les thèmes de l'amour et de l'écriture - tant poétique qu'artistique. Dans ce recueil, certains poèmes sont encore remarquablement assez longs. Je retiens encore une fois un seul poème - court, celui-là :

Citation :
«La main au coeur»

Comme la main creuse sa ligne de vie
sur le cuivre verni
comme la main cherche
dans les fibres du poirier
le fruit du hasard
comme la main trace sur la pierre calcaire
un moment de pur désir
comme la main glisse sur la soie
et laisse l'empreinte infinie du destin

la main sait toujours où elle va
dans l'âme blanche du papier


Roland Giguère, Coeur par coeur, 2004, L'Hexagone, p. 20.

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