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 Paul Chamberland

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jack-hubert bukowski
Zen littéraire


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MessageSujet: Paul Chamberland   Mer 27 Fév 2013 - 13:42



Paul Chamberland est un peu le prophète des poètes québécois. Comme vous le verrez plus bas, son oeuvre est assez éclatée. Il n'en persiste pas moins dans son périple. Il a écrit Les pantins de la destruction en marge de la dernière année qui a vu un printemps étudiant historique prendre place ici même au Québec. Il y traite des tentations destructrices des acteurs qui prennent part au capitalisme.

Cantonné dans sa position de poète et d'essayiste, Paul Chamberland a étudié en philosophie et en littérature avant de devenir professeur à l'UQÀM. Il est aujourd'hui retraité. Comme je l'ai déjà dit par ici, j'ai eu la chance de le voir en conférence dans un de mes cours. Nous le connaissons surtout pour Terre Québec, L'afficheur hurle, En nouvelle barbarie et quelques autres textes. Je vous envoie la liste :

Citation :
Genèses, 1962 [réédité aux Herbes rouges en 1971 et à L’aurore en 1974].
Le Pays, Éditions Librairie Déom, 1963.
Terre Québec, 1964 [réédité chez Typo en 2003 sous le titre Terre Québec. Suivi de L’Afficheur hurle et de L’Inavouable].
L’Afficheur hurle, 1965 [réédité d’abord en 1969, puis chez Typo avec Terre Québec et 2003].
L’Inavouable, 1967 [réédité d’abord en 1971, puis chez Typo avec Terre Québec et 2003].
Éclats de la pierre noire d’où rejaillit ma vie. Poèmes suivis d’une révélation (1966-1969), Éditions D. Laliberté, 1972 [réédité aux Éditions de l’Hexagone et 1991].
Demain les dieux naîtront, Éditions de l’Hexagone, 1974.
Le prince de sexamour, 1976 [réédité en 1991].
Extrême survivance, extrême poésie, Éditions Parti pris, 1978.
Terre souveraine, Éditions de l’Hexagone, 19803.
L’Enfant doré : 1974-1977, Éditions de l’Hexagone, 1980.
Le courage de la poésie. Fragments d'art total, Éditions Les Herbes rouges, 1981.
Émergence de l’adultenfant : poésies et essais, Éditions J. Basile, 1981.
Fidèles d’amour, 1981.
Du côté hiéroglyphe de ce qu’on appelle le réel. Suivi de Devant le temple de Louxor le 31 juillet 1980, Éditions Les Herbes rouges, 1982.
Aléatoire instantané, Écrits des Forges, 1983.
Le Recommencement du monde : méditations sur le processus apocalyptique, Éditions Le Préambule, 1983.
Un parti pris anthropologique, Éditions Parti pris, 1983 [réédité en 1991].
Compagnons chercheurs, Éditions Le Préambule, 1984.
Mise à distance de toute technologie. Conférence, Union des écrivains québécois, 1984.
L’Inceste et le génocide, Éditions Le Préambule, 1985.
Phoenix intégral. Poèmes, 1975-1987. Suivi de Après Auschwitz, Écrits des Forges, 1988
Intarsia, 1990.
Marcher dans Outremont ou ailleurs, VLB Éditeur, 1990.
Le multiple événement terrestre. Géogrammes I, Éditions de l’Hexagone, 1991.
Terre souveraine, Éditions de l’Hexagone, 1991.
L’enfant doré, Éditions de l’Hexagone, 1991.
Demi-tour, Éditions de l’Hexagone, 1991.
Un livre de morale. Essais sur le nihilisme contemporain, Éditions de l’Hexagone, 1991.
L’assaut contre les vivants. Géogrammes 2, Éditions de l’Hexagone, 1994.
Témoin nomade, Éditions de l’Hexagone, 1995.
Dans la proximité des choses, Éditions de l’Hexagone, 1996.
Le froid coupant du dehors. Géogrammes 3, Éditions de l’Hexagone, 1997.
Intime faiblesse des mortels, Éditions du Noroît, 1999.
En nouvelle barbarie, Éditions de l’Hexagone, 1999 [réédité chez Typo en 1991, édition augmentée en 2006].
Poésie et politique. Mélanges offerts en hommage à Michel van Schendel, Éditions de l’Hexagone, 2001.
Au seuil d’une autre terre, Éditions du Noroît, 2003.
Une politique de la douleur. Pour résister à notre anéantissement, coll. « Le soi et l’autre », VLB Éditeur, 2004.
Résister ou disparaître, un manifeste, 2007 [disponible en ligne : www.resisteroudisparaitre.org].
Cœur creuset. Carnets 1997-2004, Éditions de l’Hexagone, 2008.
Comme une seule chair, Éditions du Noroît, 2009.
Les pantins de la destruction, Éditions Poètes de brousse, 2012.


Dans Terre Québec, Paul Chamberland a adressé un poème à Yves Préfontaine. Il s'agit du «Poème de l'antérévolution I» que voici :

Citation :
«Poème de l'antérévolution I»

à Yves Préfontaine

je verrai le visage de feu s'accroître à la vaste
fleur des pavés au corps gercé de ma maison
et mordre jusqu'à les briser les amarres du froid
le Froid nous a tenus en haute trahison peuple-
bedeau aux messes d'un lent minuit blême
la roue sanglante des révoltes d'un âge à l'autre
a tourné retourné
mais ce n'était qu'au cabestan des litanies
mauvaise petite flamme que très vite un ange
anglais et romain fixait exorcisée au bleu manteau
de Marie
petite étoile étouffée dans l'écrin d'encens
c'était notre coeur saigné goutte à goutte que nous
regardions attendris battre à l'unisson d'une pau-
pière poudrée

visage trop longtemps secret aux plis creux de la
peur visage qui nous rend à la dure passion de naître
notre pays c'était si loin entre Baffin et les Grands
Lacs entre la baie d'Hudson et les monts Notre-Dame
cette chair vive et sourde-muette d'un faible et grand
oiseau crucifié sur l'Amérique des yankees

je verrai le visage de feu sourdre au terroir de
nos jurons fendre les portes barricadées de nos nuits
je le verrai d'un coup s'abattre contre nos vi-
sages et fouiller à fond nos veines rendre nos corps
intacts à la fougue jumelle du fleuve et de la mine
nous rendre neufs à l'Élément

nous nous reconnaîtrons de glaise et de désir
nous serons de nos armes de ce temps des christs
rouges qui vendangent les rois et tirent des prisons
des nations blasonnées aux couleurs de l'enclume

ô visage de feu d'où les peuples fiers et nus se
forgent une raison un pays du seul cri né des liens
fracturés
vous aura-t-il fallu flamber de l'Asie à l'Afrique
et de l'Afrique aux nègreries latines incendier les tro-
piques d'une mer à l'autre
pour enfin nous tirer des mâchoires du pôle et
dresser dans nos corps ensommeillés de taupes l'in-
cendie d'être libres et d'épouser au long de ses mille
blessures notre terre Québec


_________________
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De Gaulle, citant Nietzsche

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Paul Chamberland   Jeu 28 Fév 2013 - 4:24

Paul Chamberland s'est maintenu et préservé à travers toutes les époques. Ayant pris part aux pérégrinations de la génération de l'Hexagone, il s'inscrivait de façon résolue dans la mouvance des partipristes (génération Parti-Pris, une revue de littérature et de philosophie des années 1960). Il est volontiers revendicateur dans son exigence d'une poésie politique et il emprunte une forme de manifeste poétique. C'est dans cet esprit que je vous présente un extrait de L'afficheur hurle :

Citation :
[...]

immobile je perce à fond toutes les géométries
du froid
les rails délirants de l'idée pure me transpercent
m'éblouissent longue giclée de galaxie perdue
dans le cerveau du vide
voici mes veines éclatées tendues sur l'immense
châssis des mémoires détruites
loin de dieu dans les domaines damnés loin des
chaudes rumeurs grondant aux chantiers de
l'homme-univers (vous êtes un peuple de méta-
physiciens)
je ronge jusqu'à l'os ma blanche damnation de poète

je suis peut-être le frère d'étoiles mortes
j'ai la vocation de l'éternité (peuple de métaphysi-
ciens)
même l'amour n'est plus dans la nuit polaire que la
grande rose à l'odeur bue aux épines châtrées
même l'amour n'est plus qu'un grand vitrail
condamné aux soleils de minuit
discret derrière les murs transparents du regard je
m'abstiens du monde
aux autres l'histoire
aux autres les menstruations généreuses de la terre et
la fécondation de l'âge d'homme au fort des
métaux asservis

immobile j'adore l'Interdit
je suis pur comme le néant de toutes les colères de
toutes les audaces de tous les corps à corps
(peuple d'artistes peuple d'oiseaux et de tziganes)
je suis le lieu de l'absence le rendez-vous de tous les
tranchants qui me cisèleront à l'image de ma
mort


[...]

En outre, je vous livre un avant-goût de sa prose essayistique dans Les pantins de la destruction, page 63 :

Citation :
Des millions de citoyens sont prêts à gober sans sourciller des sornettes conçues pour esthétiser et moraliser le crime. Ainsi s'adaptent-ils, sans jamais faire de manières, à ce qu'ils tiennent hors de tout doute pour la réalité elle-même. Ils s'abandonnent à la puissante narcose entretenue par l'irradiation médiatique et la ventriloquie novlinguistique de ses baratineurs appointés. Et ils se gardent de vouloir en apprendre davantage.

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Paul Chamberland   Ven 1 Mar 2013 - 11:05

J'ai acheté des vieux recueils de poésie de Paul Chamberland dans les derniers mois. Il se veut prophétique dans sa capacité d'évoquer. C'est notamment le cas dans Phoenix intégral. Je vous laisse à voir certains extraits :

Citation :
4.

Soleil, mon père,
si tu n'avais été,
je ne serais pas.
Ainsi ai-je un commencement,
et c'est dans le feu jailli du feu.

Ainsi ma nature est-elle,
dans l'origine, faite
du terrible.
Et mon destin est d'éprouver
le terrible en sa vérité,
jusqu'à ce que l'endurance
soit changée en joie,
et que je me résolve
en la pulsation-mère.


p. 46

Citation :
ébouriffé naïf à nouveau
il rutile
d'où propager la joie d'un commencement

il est l'univers encore indivisé
l'Aîné seul dans l'intégrité séminale
saisi tout au seuil de la multiplication

Phoenix naissant accorde l'aube
mais c'est tout de suite enfouir en lui
l'oubli premier
de la mort nourricière
du plus dense ferment
en quoi s'est résorbé corrompu l'âge ancien

l'intelligence est éveillée à l'inconnu
elle embrasse d'un coup l'envergure promise
le Oui éclate


p. 62

Citation :
«L'essence de la technique n'est rien de technique»

1.

imaginer
l'absence de la vie
l'absence de la vie
le silence
dévore l'ouïe
je vous parlais...
des voix des pas dans la rue
cela était encore était
des passants - là-bas rappelait
encore pour le plus délaissé
quelqu'un
et lui donnait appui
de tout côté le proche
carrés d'herbe voltes d'oiseaux
ou l'accompagnement des arbres ou...
des pas des voix des passants
maintenant l'espace dévore
- fatale machinerie du cauchemar -
il n'y a plus rien

le site humain, laissé intact
que plus personne ne voit n'entend
serait-il encore quelque chose
il faut imaginer
l'extraterrestre descend le boulevard
Neutron
et mesure, à tout l'intact,
l'horreur parfaite
notre disparition


p. 78

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MessageSujet: Re: Paul Chamberland   Sam 2 Mar 2013 - 11:56

Paul Chamberland est essayiste. Il écrit en prose, mais ça reste poétique par la démarche même. Je vous livre un passage de «L'esthétisation de la richesse» dans l'essai En nouvelle barbarie :

Citation :
L'esthétisation médiatisée de la richesse camoufle le retour de l'obscurantisme combattu par les Lumières. Le chic des success-symbols est celui d'idoles barbouillées de sang humain, le sang de millions d'enfants esclaves des camps de travail ou des bordels. L'Argent exige des immolés une absolue soumission. Que les impératifs de productivité et de compétitivité tendent à prévaloir sur toute autre considération, voilà qui désigne les corporated killers et leur piétaille comme des intégristes pas moins fanatiques, pas moins dangereux que les autres. La prétendue rationalité économique, en validant l'emprise des dominants sur une masse technoscientifiquement conditionnée à l'asservissement, contredit le principe même de la raison. La raison commande «la fin de la superstition» (Rimbaud) pour fonder le projet émancipateur qui engage les hommes à comprendre et à transformer ensemble leurs conditions d'existence dans la mesure du possible humain.

Paul Chamberland, En nouvelle barbarie, 2006, TYPO, p. 127

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