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 José Giovanni

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MessageSujet: José Giovanni   Mar 17 Juil 2007 - 18:17



Citation :
Pendant la Seconde Guerre mondiale, José Giovanni entre dans la Résistance Française. La Libération venue, il est accusé de racket. Emprisonné en 1945, il est condamné à mort. Son père, certain de son innocence, oeuvre corps et âme pour le réhabiliter. Après onze années de lutte, José Giovanni obtient la grâce présidentielle. A trente-trois ans, l'homme est enfin libre. Il prend la plume pour se soulager de cette mauvaise expérience, 'Le Trou' paraît en 1957. Deux années plus tard, Jacques Becker l'adapte au cinéma. Ecrivain, il devient aussi scénariste et dialoguiste pour différents grands noms du cinéma : Becker, Sautet... Dans les années soixante, Giovanni se place, à son tour, derrière la caméra : 'Le Rapace', 'Deux hommes dans la ville'... Il devient un fidèle du film noir, et tourne avec les meilleurs acteurs de l'époque : Belmondo, Delon, Gabin, Ventura... Réalisateur pour le cinéma, il l'est également pour la télévision à partir des années quatre-vingts. La décennie suivante, Giovanni délaisse la réalisation au profit de la plume. Auteur de nombreux ouvrages, il tire de son récit autobiographique, 'Il avait dans le coeur des jardins introuvables', le film 'Mon père', dirigé par Bertrand Tavernier. Il décède d'une hémorragie cérébrale, laissant derrière lui une oeuvre très riche.

source : Evene

voir aussi wikipedia


et pour les films ce sera donc par ici !

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MessageSujet: Re: José Giovanni   Mar 17 Juil 2007 - 19:11

Les Grandes Gueules (le haut-fer)

Citation :

Hector Valentin, fils du propriétaire ruiné d'une scierie des Vosges, revient du Canada où il a été contraint de s'exiler, avec l'intention de remettre la scierie en état. Dès le début, un concurrent, Therraz, essaie de l'empêcher de travailler. Mais deux personnages assez ambigus, Laurent et Mick, lui offrent le secours de leurs bras, puis lui suggèrent de se faire confier comme ouvriers des libérés conditionnels. Sur ses hésitations, ils lui révèlent qu'ils sont eux-mêmes des prisonniers libérés. Hector a eu le temps d'apprécier leurs qualités et finit par consentir

troncage d'un résumé associé au film (dont l'histoire diffère apparemment) parce que je préfère la façon dont c'est dit pig

source

ce livre est magnifique, tout simplement. ça va au delà de ce que j'attendais après les films... et depuis le temps que je voulais le lire.

Et dès les premières pages... une belle part étant faite à la nature et au contact avec elle.

Citation :
Lorsque le taxi démarra et quitta la clairière, Hector ne se retourna pas. L'éloignement étouffa le ronronnement du moteur.
Hector, seul au centre de la déchirure de la forêt, s'avança jusqu'à surplomber le torrent. Le choc de l'eau contre les rochers ne troublait pas le silence. Le murmure à la fois clair et grave de l'eau appartenait au silence.
Il avait vu la nature sous toutes ses formes, celle des sables poudreux, des étendues inhumaines de neige et de glace, celle des défilés taillés dans le roc, celle des arbres dont on ne distinguait la cime qu'en se renversant en arrière. Mais aujourd'hui seulement il constatait que les bruits naturels donnaient au silence sa plénitude.

La nature joue un grand rôle dans le livre, elle inspire, rassure, apaise, nourrit l'esprit des hommes. Des hommes un peu en marge, avec leurs forces, leurs masques, leurs espoirs... leurs démons. Ce qui est très beau dans ce livre c'est qu'au milieu de la dureté et de la violence ("scènes" très vivantes de combats qui laissent des marques, mmmmh... voir un peu plus loin je vais y revenir) les hommes sont respectés qu'ils soient rusés ou puissants des fois trop impulsifs ils sont toujours respectés par l'auteur, ceux qui ne devraient être que des brutes épaisses maladroites ne sont pas méprisés. Le personnage de Nénesse un colosse un peu bête, plutôt gentil finalement mais dont les esprits s'embrouillent fatalement le menant à jouer des poings... il y a une quasi tendresse dans la façon dont le processus, dont il est en quelque sorte victime, est écrit.

Ces beaucoup de personnages seuls... des femmes aussi qui sont un peu l'autre option face au démon du jeu, de la vengeance ou d'un travail "à l'ancienne" (qui tient une forme de valeur morale). Leurs espoirs ne sont pas méprisés non plus. Le poids de la vie, que le monde a pu imprimer sur leurs destins est très présent, à la fois réaliste et social. La question qui surgit étant de quelle vie attraper, quelle vie juste atteindre... la deuxième chance pour beaucoup, et la chance tout court d'échapper à une vie trop tracée.

Un mot sur la violence à laquelle la plus part des protagonistes sont habitués. Les bagarres ne sont jamais sans conséquences, les blessures sont immédiates, l'action est raisonnée, sérieuse. C'est très vivant et on ne peut s'empêcher de se dire que l'auteur a eu son lot de moments difficiles dans le domaine. (ça n'a par certains côtés pas grand chose à envier des combats de l'UFC)

Il y a beaucoup beaucoup de choses dans ce (petit) livre. Il y a de la retenue, de la pudeur... l'impression du livre reste après la lecture...

j'en ai forcément mal parlé... c'est un livre rassurant par ces temps où on pointe vite du doigt ceux qui n'y arrivent pas.

C'est presque choquant de ne pas trouver ce livre (cet auteur ? pourtant connu et ayant eu un réel succès) plus simplement en rayons.

C'est un beau livre qui m'aura parlé et qui m'aura marqué.

Et pour Queenie qui évoquait du côté des films le "culte de la virilité", il doit bien être présent dans ce livre mais accompagné de tout le reste (qui donne la substance à l'ensemble)

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MessageSujet: Re: José Giovanni   Sam 15 Sep 2007 - 18:56

Histoire de fou (Le Gitan)

quatrième de couverture a écrit:
Tous ses amis conseillaient
à Yan de rompre avec Clara.
Mais il l'avait dans la peau,
il s'entêtait...
Et puis ce fut la catastrophe...
Il n'eut d'autre solution que de se planquer
dans un coin tranquille.
Mais où le trouver, ce coin ?
"Le Fou" et son gang sillonnaient le pays.
Et la police était sur les dents.
Yan, bien sûr, essayait
d'éviter les uns et les autres.
Mais, un jour, la rencontre se fit,
et d'une drôle de façon.

histoire de gangsters, petits comme Yan qui s'occupe de coffres avec ses amis ou plus gros comme Pierrot le Fou. Yan, le groupe de Pierrot le Fou et les policiers sont les trois groupes que l'on suit au long du livre. Livre qui apparemment est une suite au Deuxième Souffle à travers le policier Blot.

Un peu de l'histoire sans trop en dire. Yan est un peu une brute, il est violent avec sa femme et alors qu'elle est sur le point de s'en aller, dispute et elle tombe accident tellement du balcon et meurt. Yan part se planquer. Après une attaque et un règlement de comptes dans le sud le gang de Pierrot le Fou remonte et se planque... à deux pas de Yan (qui préfèrerait être loin d'eux du coup, mais il ne le sait pas donc...) . La police de façon un peu confuse retrouve ce petit monde là.

c'est plus "alimentaire" que le haut-fer mais on s'attache, après avoir eu un peu de mal au début avec ce, ces personnages violents. La violence est présente presque tout au long du livre en actes ou latente. c'est un peu déstabilisant, mais on retrouve le rapport à cette violence entre utilitaire, fatalité, méfiance, crainte de soi même aussi un petit peu. Elle est encore décrite d'une façon proche, vécue. Une part du petit quelque chose qui se refuse à juger les hommes. On retrouve aussi le rapport viscéral à la nature même si c'est plus léger que dans le haut-fer et un peu de gaucherie-surprise-respect-stupéfaction face aux femmes.

La moitié du roman se passe à Champigny et après petit coup d'oeil l'histoire est inspirée de faits réels : la tentative d'arrestation de Pierrot le Fou.

Ce qui fait la saveur du livre, de l'auteur en fin de compte, c'est le refus de juger, ce qui ne veut pas dire qu'il ne souhaite pas le meilleur. c'est pas simple de ne pas être moralisateur mais il ne l'est pas face à des hommes entiers en bien et en mal. L'histoire en elle même n'a pas à être inoubliable, j'y retrouve ce que je cherchais, ça a un côté bien, rassurant dans le fond cette écriture.

pour finir une réplique d'un personnage qui apparait dans le récit le temps de soigner le truand en fuite. le "vieux colonial" répond,évoquant son passé, au policier à propos de l'hospitalité :

- Oui, surtout pour un blessé. Pour tous les gens sans défense, les égarés, les sans-vivres, les malades. Pour ceux qui risquent de mourir si on les repousse. C'est une grande règle.


et les mots qu'il aura eu pour Pierrot :

- Si vous vivez de la crainte des autres, ils se rassembleront et vous tueront. Cela aussi, c'est la règle, une très ancienne règle.


lecture moins significatives mais bonne néanmoins et me confortant dans ma bonne impression cat

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MessageSujet: Re: José Giovanni   Sam 3 Nov 2007 - 17:26



Il avait dans le cœur des jardins introuvables

Ce livre j'en attendais beaucoup, cette histoire écrite par son fils d'un père qui lui a sauvé la vie, l'a sauvé de la peine de mort puis de la perpétuité. Une écriture pas forcément belle au début et entortillée d'histoires corses et qui se libère au fil du récit. c'est une histoire des faiblesses, des silences et des engueulades, des principes, des habitudes et d'un peu de courage. c'est l'histoire de la tolérance, la tolérance intime de l'autre et de ses travers parce que au fond c'est peut être différent et que les grandes choses sont possibles. c'est l'histoire d'un homme qui se dit sauvé par les belles choses, les siens et... c'est les pages d'un type qui a tout donné parce que sans doute il a le sentiment qu'on lui a tout donné. c'est... magnifique, il n'y a pas grand chose d'autre, après... je crois que je n'ai jamais chialé sur autant de pages, les cinquante ou soixante dernières pages sont tellement essentielles...

j'ai refermé ce livre et je suis ému, et je suis content parce que je me sens moins con, ce livre rend moins con, il est juste et d'une générosité sans nom, il regarde en face et donne... son amour, son respect, sa gratitude, sa force, sa chaleur.

c'est pas tous les jours.

(là au dessus je l'ai écrit hier soir en fait, juste après)

l'histoire :

c'est celle de son père qui après une certaine absence, une certaine faiblesse bien que teintée d'une profonde générosité a fait tout ce qu'il pouvait pour sauver son fils de la guillotine d'abord puis de la prison à perpétuité. Il le raconte de son départ de France à 16-17 ans pour rejoindre ses frères corses aux états-unis. Le jeu, la lâcheté parfois, la petite truandaille, une certaine obstination à rester lui même, retour en France, Paris, Sud, Corse, Montagne, des hauts très hauts, des bas assez bas, une famille pas simple et un beau frère à la mauvaise influence... ses deux gamins, un peu livrés à eux mêmes avec ou sans le sou qui tâtonnent de manières corses et de combines, la guerre qui arrive. le père qui l'air de rien fait passer des personnes dans le besoin, son fils aussi, puis mélange de résistance et de gangstérisme... qui se poursuit après la guerre. blessure, prison, frère qui s'échappe et meurt, prison, tentative d'évasion, prison... renaissance. décès du père, témoignage par le livre.

une poignée d'extraits de la fin du livre, qui sont comme des dons à ce père, le regard humain de cet auteur sur ses semblables :

Citation :
Tu vois, Père je ne m'égare plus, mais veille bien sur moi quand même. Il m'arrive de retourner vers mon démarrage, comme si je voulais me persuader de sa réalité. J'ai déjeuné récemment avec Belmondo pour en reparler. On se retrouve sur le culte de la famille et j'aime voir l'ironie quitter son regard.
Claude Sautet et Monique Lange sont toujours là pour un diner émouvant chez Filoche. Monique, qui vient elle aussi d'écrire sur son père un livre au style éblouissant.
Toi, dans le mien, rédigé plus fruste, que je vais terminer. Je ne te quitte pas, je termine seulement ce livre. Il est ta chose et, pour essayer de rester à ce niveau d'élégance de tes sentiments, je vais te parler d'une grande dame qui s'appelle Albina du Boisrouvray. Elle a perdu son petit Prince par la faute d'un aventurier de bazar, et, quand je pense à une fierté qui affronte, je pense à elle. Quand je pense à la générosité toute droite, à la fraternité sans concession, je pense à elle. Etre digne de son amitié m'élève au plus haut rang. Si je n'avais gagné que cela sur la terre, ça me suffirait. Tout son être est envahi par un seul être, comme tu as accepté que je t'envahisse. Elle est, pour son enfant, à ton image. Alors là voilà dans ton livre.

Citation :
Désormais orphelin, je suis resté dans mon paradis, dans lequel j'oublie que l'homme est un loup pour l'homme. A chaque retour de mmes voyages à travers le monde pour tourner des films ou les présenter, flatté sans doute par les honneurs, je retrouve ma clairière, la neige ou les fleurs, je retrouve la vérité, et Lino Ventura venait me voir dans cet équilibre.
Tu te souviens de lui quand il débarquait à l'improviste ches nous, à Paris, pour nous souhaiter la bonne année avec Odette ? Il cuisinait des pâtes au chalet et il jouait aux cartes dans le village avec Marceau. Il a tes mains fortes et soignées. C'est avec elles qu'un jour il a déchiré une copie de mon casier judiciaire, expédié par une de ces "honnêtes personnes" à bas prix, qui se l'était procuré par quelque vilenie. Pour qoui ?... Pour que Lino s'écarte de moi. C'était mal le connaïtre.
Lino m'a regardé, de ce regard d'homme, de ce regard d'émigré pauvre revenu de toutes les humiliations, de ce regard pour lequel j'avais écrit tellement de personnages. Et ce qu'il m'a dit ce jour là, Père, ça t'en aurait donné de la joie !
- José, je te vois vivre depuis un paquet d'années et ça me suffit.
Il est vrai qu'à Paris j'habitais chez lui et qu'Odette me faisait de la mousse au chocolat.

Citation :
Tu vois, dans ma nouvelle vie, j'en ai rencontré des gens d'exception. Et courageux. Quand on a pas mal dérouillé, on ne se trompe pas sur le courage. Celui de Mireille Darc après son accident de voiture dans la vallée d'Aoste. Tellement fracturée et pas une plainte. Ne s'inquiétant que des autres.
Tu vois, les artistes en arrivent à interpréter le contraire de ce qu'ils sont. Elle donnait dans la légèreté, effleurant la vie sur les écrans, alors qu'elle n'est qu'émotion pure et gravité.
Je sais que tu aimerais tous les gens que j'aime, comme j'ai aimé sans te le dire, tes contradictions et tes passions.

et aussi cette écriture, cette narration mêlée au présent de l'écriture, à l'acte de l'écrivain, son souvenir, ses lieux...

il a été achevé en 1994 :

Fin de 1994... en montagne


le livre a été imprimé en 1998 : petit poche glacé aux pages qui brunissent déjà comme si ce qui est neuf était déjà vieux, même pour nous, ou pour moi... (comme je l'écrivais hier avec ce qu'il y a plus haut).

ben voilà, si son écriture n'est pas la plus immédiatement belle, ce livre est magnifique, un des plus beaux que j'ai lu.

le quatrième de couverture de l'édition pas poche a écrit:
«Il y eut un coup de fil de l’assistante sociale pour annoncer que je sortais de prison. Mon père était à jour, au bout de son combat. Il ne cherchait qu’à vivre encore une nuit pour revoir son enfant, cet homme de trente-trois ans enfin libre. Pour assister à cette deuxième naissance.
Pendant le voyage vers Paris, je fabriquais les mots, les phrases que j’aurais aimé lui dire et ne lui dirais jamais. Et lui dans son fauteuil fabriquais les grandes envolées qu’il garderait au fond de sa gorge.
Alors, Père, je m’en souviens. J’étais dans l’entrée assez étroite et je poussais la petite grille en fer forgé, mais mon regard était déjà sur toi et tu t’es lentement levé. Si lentement. Il n’y avait plus de grillage entre nous. Tes mains fortes et soignées ont emprisonné mon visage amaigri.
J’ai entendu «Mon petit… mon gosse…» et encore autre chose que je n’ai pu définir. J’étais contre toi. J’ai voulu te remercier avec mon coeur, mon âme et mon sang, et j’ai dit seulement «Bonjour Papa». Et nous avons pleuré comme je pleure encore aujourd’hui en écrivant, comme ma voix tremble et se meurt si je parle de toi.»

José Giovanni raconte son père, ce joueur de poker international, ce dandy d’un autre âge, tout à la fois faible, colérique et généreux, qui a su brusquement trouver la force de lutter, heure par heure, pendant dix ans, pour arracher son fils à la guillotine d’abord et à la prison ensuite.

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MessageSujet: Re: José Giovanni   Dim 11 Nov 2007 - 21:32

un autre petit extrait, une de ces fins de chapitres où il raconte son écriture :

Citation :
Mais pour le plus jeune il y avait le poids de la guillotine dans un des plateaux et dans l'autre la simple présence d'un Père au regard bleu qui ne se baissera devant personne, ce regard qui savait que ce n'était pas juste. Ce regard de faible devenu fort qui m'accompagne encore dans sa douceur invisible.
Peut-être davantage en ce jour même où j'écris, dans ce bistrot paisible d'un village de montagne. Pourquoi ?... Je me demande si ce n'est pas en voyant glisser sur le lac enneigé ma fille Marie-Josée, ma princesse, sur ses skis de fond, tirée en pleine course par son chien polaire.
Oui, si ce n'est pas à cause de ce genre d'image d'un bonheur entier, compact et lisse comme de l'onyx, ces pulsions du coeur qui m'inondent, me soulèvent sous les aisselles.
Oui, Père, c'est cela, c'est à cause des bonnes cartes que tu me distribues chaque matin.
Et surtout, ne me glisse pas un as par en dessous. Il y a un demi-siècle que je ne me gare plus en double file.

je pense finir par vous le proposer au cerclage... mais j'ai encore envie/besoin de le feuilleter ce livre...

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MessageSujet: Re: José Giovanni   Dim 11 Nov 2007 - 21:39

J'ai donc lu Le haut de fer prêté par Animal.
Dès les premières pages, le livre m'a bcq plu. Cette histoire d'un homme un peu bourru mais qu'on devine avec un grand coeur, qui accueille chez lui des détenus libérés sous conditionnelle. En échange du gîte et du couvert et d'un salaire, il les emploie dans la scierie familiale...
Les choses ne se passent pas toujours bien, il faut composer avec les caractères des uns et des autres...


J'ai voulu lire ce livre parce que lorsque Animal l'a proposé, en regardant le parcours de l'auteur...le livre ne pouvait qu'être intéressant....
.....c'est plus que ça !
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MessageSujet: Re: José Giovanni   Lun 17 Déc 2007 - 19:35



Le Trou
l'éditeur a écrit:
Une évasion. Cinq hommes la tentent depuis une cellule de haute surveillance.

Quatre d’entre eux risquent la peine de mort. Le danger veille sur ces prisonniers, les maintient nuit et jour en alerte.

Contre eux les rondes incessantes, les murs, les grilles, les miradors, la trahison.

Avec eux l’invention, le rêve des grands espaces, la douceur d’une femme retrouvée.

pas de grande surprise quant à l'histoire pour celles et ceux qui ont vu l'excellent film qui en a été tiré, mais des différences (forcément) et un récit haletant, allant à l'essentiel, l'atmosphère, l'isolement sont omniprésent, le froid aussi (ça se passe en hiver). Toutes les grandes qualités de l'auteur sont au rendez-vous, son regard, son attention, son affection pour les hommes, beaucoup de pudeur. Et ce côté physique du récit, la continuité de la tension, les réflexions en deviennent physiques... un récit autobiographique incroyable et à fleur de peau. Un excellent moment de lecture pour un livre à la hauteur de sa réputation (un peu comme le film)... on revoit les acteurs en lisant le livre, d'ailleurs c'est rigolo José Giovanni disait qu'il revoyait les acteurs en pensant à cette histoire.

Je ne sais pas comment vous dire encore à quel point ça fait du bien (même si ça fait peur la prison !!!) de lire cette humanité...

très très très bon... remarquable en fait.

extrait :

Citation :
Il regardait dans le vague, moralement atteint par la lutte qu'il faudrait livrer au juge d'instruction. Personne ne parla du refus de trafiquer, prononcé par ceux de la 11-6. Le bruit n'était sans doute pas encore installé. Manu décida de ne supporter aucune réflexion à ce sujet. Il se dit qu'ils en étaient convenus autrement, dans leur cellule, et qu'il fallait respecter l'entente.
On l'appela. il descendit les escaliers. Les enfilades de galeries lui suffirent à oublier qu'il ne devait la continuité de ses espérances qu'au hasardeux silence des autres. Il retrouva la cage du panier à salade comme une habitude, et pesa des yeux sur les fentes étroites du volet en fer pour que son regard s'infiltre dans la vie.
De toutess les cages du panier, sortes de vestiares pour vivants, dépassaient les invisibles baïonnettes des regards. Ce qui faisait songer à autant de chasseurs d'images, tellement les cerveaux enregistraient goulûment les couleurs, les gens et les choses. Ils longeaient le boulevard Saint-Michel et Manu ne revoyait jamais la jeunesse étudiante sans un soupçon de spleen. La voiture cellulaire stoppa le long d'un autobus, à la hauteur de deux banquettes en vis-à-vis. Les flancs des deux poids lourds se frôlaient, rétrécissant le champ visuel de Manu. Il ne voyait que les deux banquettes se demandant à quelle hauteur du bus il se trouvait. une femme assez forte, d'une cinquantaine d'années, tenait à deux mains une sacoche noire. On sentait que la sacoche était son bien, lui appartenait depuis longtemps. Ses mains reposaient à une place habituelle, et la fermeture Eclair en débordait symétriquement.
Elle tenait la tête droite, le regard immobile. Elle attendait la prochaine station pour gagner l'appartement de sa fille qui était malade. Elle ne pensait pas à grand-chose, sinon que la vie était difficile. La masse du panier à salade finit par imposer sa présence, et elle regarda dans sa direction. Les yeux de Manu brillaient derrière le volet comme jadis ceux d'un homme d'arme à l'abri de son bassinet, mais elle ne pouvait les voir.
Elle prit la voiture cellulaire pour un camion des P.T.T., cependant que Manu croyait qu'elle réfléchissait au sort des hommes enfermés si près d'elle. Elle était à une longueur de bras de Manu. A côté d'elle il n'y avait personne, en face non plus. Il meubla les espaces vides par les êtres qu'il aimait. Au cours des transferts, il souffrit souvent de ne revoir personne de connaissance.
Une seule fois, tout dernièrement, l'ambulance qui l'emportait à Fresnes s'était arrêtée porte d'Orléans, aux passages cloutés. Un ami d'enfance rentrait chez lui, paisiblement. Ils étaient deux frères, Roger et Robert. C'était Robert. L'ambulance démarra d'une vitesse égale, car les souvenirs et la souffrance n'alourdissent pas une mécanique. Robert ne se doutait pas que son ami l'avait vu de si près, alors qu'il était retranché du monde depuis des mois et pour toujours, prétendait-on ; et si personne ne luidisait, il ne le saurait jamais.
Le panier à salade s'ébranla avant l'autobus. La femme aux cheveux gris disparut, tirée en arrière par le passé. Des passagers de l'autobus, Manu ne vit plus que des banquettes vides et le chauffeur pour terminer. Ensuite il y eut un pont et la souricière.

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MessageSujet: Re: José Giovanni   Mer 20 Fév 2008 - 9:26

animal a écrit:

Il avait dans le cœur des jardins introuvables

c'est l'histoire de la tolérance, la tolérance intime de l'autre et de ses travers parce que au fond c'est peut être différent et que les grandes choses sont possibles. c'est l'histoire d'un homme qui se dit sauvé par les belles choses, les siens et... c'est les pages d'un type qui a tout donné parce que sans doute il a le sentiment qu'on lui a tout donné. c'est... magnifique, il n'y a pas grand chose d'autre, après... je crois que je n'ai jamais chialé sur autant de pages, les cinquante ou soixante dernières pages sont tellement essentielles...

j'ai refermé ce livre et je suis ému, et je suis content parce que je me sens moins con, ce livre rend moins con, il est juste et d'une générosité sans nom, il regarde en face et donne... son amour, son respect, sa gratitude, sa force, sa chaleur.

c'est pas tous les jours.
Animal, ces quelques lignes m'ont déjà émue, alors je me dis que j'ai bien fait de poser plus loin la question ...le genre d'écriture simple et généreuse dans lesquelles je me sens bien...s'il est au cerclage, je le veiux bien !
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MessageSujet: Re: José Giovanni   Mer 20 Fév 2008 - 9:41

bah l'exemplaire que j'avais est parti cadeau Marie cat

mais je devrai en récupérer un autre, je le mettrai au cerclage avec plaisir parce que... ça serait n'importe quoi de ne pas cercler un bouquin pareil singe

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MessageSujet: Re: José Giovanni   Mar 26 Fév 2008 - 16:08

animal a écrit:
bah l'exemplaire que j'avais est parti cadeau Marie cat

mais je devrai en récupérer un autre, je le mettrai au cerclage avec plaisir parce que... ça serait n'importe quoi de ne pas cercler un bouquin pareil
Lol, je rigole parce que depuis trois jours je lis un bouquin croyant en lire un autre...Razz
Il me semblait que dans son compte-rendu Animal parlait des rapports avec le père, j'avais accroché avec le titre aussi...J'ai reçu le Trou à la place, et n'ai pas cherché...laugh

En fait il y a eu méprise, je t'avais demandé Il avait dans le coeur des jardins introuvables...rire Mais bon, pas grave!
J'ai un peu les idées ailleurs en ce moment, donc tout ce qui se lit fait l'affaire (si c'est pas trop mal fichu tout de même) et Le trou a le mérite de me tenir éveillée Wink
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MessageSujet: Re: José Giovanni   Mar 26 Fév 2008 - 19:53

rire

huhu, blague mise de côté je crois bien que l'enchainement de lecture que ça fera pour toi sera loin d'être désagréable Wink

le côté obscure du cerclage ! affraid

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MessageSujet: Re: José Giovanni   Mar 8 Avr 2008 - 2:06

Quelques mots sur ce livre Il avait dans le coeur des jardins introuvables, parce qu'Animal en a dit déjà beaucoup dit.J'ai été très surprise, car si je connaissais l'histoire de la condamnation à mort de José Giovanni, sauvé in extremis par la constance de son père à le défendre , et par son avocat ( on retrouve Maître Badinter un peu plus tard dans le texte), puis réhabilité à juste titre , puisqu'il n'avait pas fait grand chose et payait pour les autres, je ne m'attendais pas du tout à un livre de cette ampleur. Il y a tout, l'histoire extraordinaire d'une famille corse ( émigrée aux Etats-Unis et revenue, c'est rare, mais découvrir la cause du retour est un régal pour qui aime les histoires familiales et le pourquoi du comment...), et puis l'histoire de France du dernier siècle, puisque cela commence en 1900.
Et bien sûr, ce qu'a vécu José Giovanni, mais ce n'est pas le principal.
Et puis, donc, le récit d'un amour entre un père et son fils, un amour qui ne se dit pas, qui s'échange quelquefois par des regards, mais surtout dans le combat de tous les jours de ce père pour ses-et puis son- fils. Et sa façon d'assumer ses responsabilités, ses torts, ses failles..Le personnage de la mère- en permanence à côté de la plaque- est formidablement décrit aussi...
C'est un livre extrêmement bien construit ( c'est un cinéaste, chaque plan compte, et là, chaque phrase), peut être même un peu trop, ça ne dérape jamais..Plein d'humour aussi, fait de la simple observation et des petits détails notés.
Voilà, j'ai vraiment beaucoup aimé, et merci Animal!

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MessageSujet: Re: José Giovanni   Mar 15 Avr 2008 - 8:12

-Il avait dans le coeur des jardins solitaires-

Magnifique confession d'amour d'un fils à son père, ce livre est une oeuvre profondément touchante car le plus important est dans ces sentiments tus, cette pudeur d'un père incapable de dire les choses. Un fort en gueule qui aura passé une partie de sa vie rongé par les remords de ne pas avoir fait les bons choix et tapé du poing quand il le fallait. Père trop faible dont l'amour pour les siens l'aura annihilé de cette autorité qui aurait peut-être pû les guider vers d'autres voies, leur évitant l'enfermement et la mort pour l'un deux...c'est en tout cas avec cette pensée qu'il finira ses jours, après avoir lutté jusqu'à la fin pour réhabiliter l'honnneur perdu du plus jeune.

Des remords, l'auteur les partage aussi . Parce qu'il ne se sont pas compris ni parlés à temps et que cette histoire de famille qui remonte sur plus de deux générations, nous montre que rien ne se rattrape, que le temps est un rouleau compresseur qui n'épargne rien ni personne. Il y a des regrets, de la reconnaissance, de la fierté et de la souffrance dans ces lignes qui transpirent d' humanité.

Merci à Animal pour ce très beau livre empli d'une émotion d'autant plus émouvante qu'elle est contenue, et que je conseille vivement aux autres parfumés. Ce témoignage d'une vie touche le coeur de tous les hommes! :heart:
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MessageSujet: Re: José Giovanni   Mar 15 Avr 2008 - 13:19

c'est un réel plaisir de lire vos impressions, parce que ça vous a plu (youpi), par rapport à ce que ça représente ce qu'il a écrit et par rapport au mélange que fait tout ça.

ça me fait tout plaisir panda

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Aeriale
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MessageSujet: Re: José Giovanni   Mar 15 Avr 2008 - 21:49

animal a écrit:
c'est un réel plaisir de lire vos impressions, parce que ça vous a plu (youpi), par rapport à ce que ça représente ce qu'il a écrit et par rapport au mélange que fait tout ça.

ça me fait tout plaisir panda
C'est plutôt à nous que ça le fait! (même si je comprends très bien ce que tu veux dire Wink )
Sans toi je serai passée complètement à côté de cet auteur pour l'aspect un peu "milieu", macho etc...auquel je l'associais.
Je dois reconnaître que cela a été un plaisir à la hauteur de mes a-prioris!
Une fois de plus nous voilà démontré l'utilité d'un forum....Dans sa forme la plus ouverte puisque par l'intermédiaire du cerclage!

Comme je l'ai écrit à Animal tout à l'heure en mp, cette saga familiale m'habite encore d'ailleurs...J'ai très hâte de les retrouver tous dans le film qui en a été tiré, avec Bruno Cremer je crois miammiam
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