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 Gérald Godin

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Gérald Godin   Lun 1 Avr 2013 - 12:08



Poète québécois, Gérald Godin (1938-1994) fut d'abord reconnu publiquement comme journaliste et politicien par la suite sur la scène québécoise. Son parcours semble suivre celui de René Lévesque dans la mesure où il quitta son métier dans la tourmente et/ou à la suite d'un conflit syndical. Son oeuvre poétique fut reconnue à la suite de son entrée en politique. S'illustrant de 1976 à 1994 comme député de la circonscription de Mercier - qui équivaut au quartier Plateau-Mont-Royal -, Gérald Godin eut la chanteuse Pauline Julien comme compagne de vie durant 30 ans jusqu'à son propre décès des suites d'un cancer du cerveau.

Nous pouvons voir depuis peu un documentaire intitulé Godin qui retrace le parcours singulier du politicien et poète. En outre, il y a actuellement une exposition temporaire Être ou ne poète à la Bibliothèque Nationale du Québec.

Je vous réfère à une bibliographie assez complète sur le site suivant : http://www.litterature.org/recherche/ecrivains/godin-gerald-235/date/#oeuvres.

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Gérald Godin   Lun 1 Avr 2013 - 12:42

J'ai pigé quelques extraits de poèmes dans Cantouques & Cie qui révèlent assez bien l'état d'esprit et le niveau de langage québécois truculent utilisé par Gérald Godin. Ce dernier était avant tout un poète-politicien ou politicien-poète, c'est selon.

Citation :
«Cantouque des hypothéqués»

Les crottés les Ti-Cul
les tarlas les Ti-Casse
ceux qui prennent une patate
avec un coke

les ciboulettes les Ti-Pit
les cassés les timides
les livreurs en bicycle
des épiciers licenciés

les Ti-Noir les cassos
les feluettes les gros-gras
ceux qui se cognent sur les doigts
avec les marteaux du boss

les Jos Connaissant
les farme-ta-gueule
ceux qui laissent leurs poumons
dans les moulins de coton

toutes les vies du jour le jour
tous les coincés
des paiements à rencontrer
les hypothéqués
à perpétuité

la gang de christs
qui se plaint jamais
les derniers payés
les premiers congédiés

ils n'ont pas de couteau
entre les dents
mais un billet d'autobus
mes frères mes frères

sur l'erre d'aller
l'erre de tomber
l'erre de périr
dans les matins clairs du lundi
ils continuent mais sur l'élan

les pelleteux les neuf à cinq
les pères de famille sans enfants
WANTED RECHERCHÉ
pour cause d'agonie
pour drôle de pays

Ils sont de l'époque où la patrie
c'était un journal


Gérald Godin, Cantouques & Cie, 2011 (2001), TYPO, coll. «Poésie», p. 85-86.

Le poème qui suit fut inspiré du sentiment d'injustice ressenti par Gérald Godin suite à la vague d'arrestations sans motif dans les rangs indépendantistes lors de la crise d'Octobre 1970 (plus de 450 arrêtés; les trois colombes désignent les trois québécois francophones de service qui étaient aux commandes du gouvernement fédéral, Pierre Elliott Trudeau, Gérard Pelletier et Jean Marchand).

Citation :
«UN JOUR»

Un vendredi seize
un vendredi de petit matin
un vendredi du tabarnaque
un de ces vendredis
qu'on aimerait mieux être mort
que d'en vivre le quart du bout
dla fin dla queue de la centième partie
un de ces vendredis des quatre injustices
des neuf interrogatoires
des quatre cent cinquante arrestations
un vendredi policier
huit par banc
par chars de quarante
un vendredi de porte défoncée
un vendredi tranché épais
un de ces hosties
de vendredis
le coeur étranglé
trépané empalé
les dents soudées pour toujours
un de ces jours comme si le métro
nous passait dessus
à la station Berri-Demontigny
un jour sans rien un jour sans coeur
un jour gouvernemental
un jour de la machine d'État
un jour d'année
un jour crotté
un jour de longue mémoire
et de courte justice
un jour des trois colombes
un jour que j'ai
de travers dans le cul
un jour de bulldozer politique
ils arrivèrent chez moi
pour me faire parler


Ibid., p. 106-107.

Dans ce dernier poème, nous pouvons lire ce qui fait la singularité du destin québécois vis-à-vis du Canada anglais :

Citation :
«Mal au pays»

Par les coquerelles de parlement
les crosseurs d'élection
les patineurs de fantaisie
les tarzans du salut public
j'ai mal à mon pays

par les écrapoutis d'assemblée nationale
les visages de peau de fesse
les toutounes de la finance
les faux surpris de mcgill
j'ai mal à mon pays

par les plorines du sénat
les savates de sociétés du bon parler
la puanterie des antichambres de ministres
les va-la-gueule de l'égalité ou l'indépendance
j'ai mal à mon pays

par les poubelles du Canada mon pays mon profit
par les regrattiers du peuple
dans les pawn-shops de la patrie
j'ai mal à mon pays

par les écartillés de l'honnêteté
par les déviargés de la dignité
par les déplottés de la vérité
j'ai mal à mon pays

par les pas clair-de-noeuds
par ceux qui ont des meubles en cadeau
par les baveux du million mal acquis
j'ai mal à mon pays

par les éjarrés de la vente au plus offrant
par ceux qui nous trahissent pour du cash
et nous chantent la pomme à crédit
j'ai mal à mon pays

par les peddlers du fédéralisme enculatif
et la ratatouille du pot-de-vin
par les gras-durs de radio-cadenas
par les passeux de sapins
les tireux de ficelles
les zigonneux de fonds publics
par tous ceux qui ont des taches de graisse
sur la conscience
j'ai mal à mon pays

par ces maudits tabarnaques
de conciboires de cincrèmes
de jériboires d'hosties toastées
de sacraments d'étoles
de crucifix de calvaires
de trous-de-cul
j'ai mal à mon pays
jusqu'à la fin des temps


Ibid., p. 126-127.

L'ultime revanche de Gérald Godin fut de battre le premier ministre Robert Bourassa lors de l'élection générale en 1976. Aux prises avec des allégations de corruption et usure du pouvoir aidant, le premier ministre fut battu dans sa propre circonscription. Aujourd'hui, nous savons que ce fut Robert Bourassa qui avait orchestré la stratégie de sortie de crise d'Octobre 1970. Pendant longtemps, nous avons pensé que ce fut Trudeau. L'armée canadienne était dans les rues du Québec à ce moment-là et le cirque se révélait dans sa plus grande laideur.

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MessageSujet: Re: Gérald Godin   Dim 21 Avr 2013 - 4:46

Gérald Godin fut révéré de son vivant. Denise Boucher a écrit un poème à son intention en 1990. Le voici :

Citation :
«À Gérald Godin»

Je me suis assise dans des jardins royaux
dessous la fenêtre de l'immense Colette
je me suis recueillie et j'ai pensé à toi
je t'en passe un papier mon ami de parcours
traversée rituelle tourniquet du monde
obligé de vivre en pathos sans détour
au-delà des limites des lois de toute fin
j'entends battre ton tambour reculeur de mort

quand l'âge nous ruine revient-on sur ses pas

épauleur de la vie ne te repose pas
tout de suite attends toi frère mon humain
beau grand jack coeur d'oiseau buveur d'encre
le temps passe le sang bat la nuit rage le gel mord
cantouque du menteur feu de pierres dans la ville
le poème ne naît plus dans les choux du marché
ma main se tend et tremble le scanneur voit ton corps
chimio et rayons et cobalt et laser

prends sur moi si tu peux bois mon sang mange mon gras
reste encore avec nous la plupart de tes temps

j'allume mes deux phares afin que tu me voies


Tiré de Paris polaroïd

J'ai tiré cet extrait de poème dans la revue de poésie québécoise Estuaire

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MessageSujet: Re: Gérald Godin   Mar 31 Mai 2016 - 8:42

Je tire ceci de Poèmes de route :

Gérald Godin, Ils ne demandaient qu'à brûler, 2001, Montréal : L'Hexagone, coll. «Rétrospectives», p. 459. a écrit:
«Les poètes»

Alain Grandbois roule à la fine épouvante dans
sa Bugatti rouge
le coffre plein de Poèmes de Hankéou
que Mao Tsê-tung a aimé beaucoup

Gaston se décroche la mâchoire et fait claquer sa strappe
avant de moulin à vent contre l'ennemi
Émile Nelligan récite le Vaisseau d'Or pour les
visiteurs d'asile
son gardien lui tient la main et l'appelle
monsieur Émile
Michèle Lalonde me regarde par-dessus les yeux
et cherche l'homme de sa vie
Jovette Marchessault observe les animaux de basse-cour
et leur prête des intentions théâtrales
Saint-Denys-Garneau est assis entre deux filles
se demandant en vain laquelle choisir
Roland déménage encore
laissez le message à l'atelier
Paul-Marie est gêné
s'il aurait su il aurait pas venu
tous les poètes se tiennent par la main
dans une tempête à écorner les boeufs
sous un ciel zébré d'éclairs
afin que si la foudre frappe l'un d'eux
ils tombent tous en amour

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