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 Hermann Hesse [Allemagne]

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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Ven 3 Oct 2014 - 21:22

Les contes merveilleux

Petits contes aux personnages typiquement « hessiens » toujours en marge d’une société mais en accord profond avec leur être propre. Ce recueil comprend quinze contes dont certains laissent un écho, une empreinte pérenne.
Le premier conte « les deux Frères » est une œuvre de jeunesse puisqu’il fut écrit à l’âge de dix ans : une belle histoire pour un enfant de cet âge et qui laisse présager du meilleur tout en restant en gestation ; on ne retiendrait pas un tel texte si Hesse n’avait pas eu la carrière qu’on lui connaît.
Pour les autres, j’ai vraiment pris un vrai et réel grand plaisir de lecture et je suis resté étonné par leur qualité et par l’harmonie qui se dégageait. Petit coup de cœur pour le conte intitulé Faldum. Je le conseille … Pourquoi pas le déguster en sirotant la boisson revigorante de votre choix ?

Le sentier du rêve a écrit:
Incipit
« J’avais déjà passé, me semblait-il, un temps fou, inutile et pesant dans le salon bleu dont la fenêtre qui donnait sur le nord permettait une échappée sur le lac et les fjords artificiels et où seule la présence de la belle dame suspecte que je considérais comme une pécheresse m’attirait et me retenait. Je ne désirais qu’une chose, pouvoir contempler une fois son visage, mais jusqu’alors, mon désir restait inassouvi »

Conversation avec un poêle a écrit:
« Je suis un poêle, mais d’après certaines de mes caractéristiques, je pourrais tout aussi bien être un chef d’Etat. J’ai une grande gueule, je consomme beaucoup et chauffe peu, je vomis de la fumée par un tuyau, je porte un beau nom et j’éveille de grands souvenirs. »
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Marko
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Ven 3 Oct 2014 - 23:55

Va pour Faldum!

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Sam 4 Oct 2014 - 9:24

Marko a écrit:
Va pour Faldum!
Conte étonnant car en fait il y en a deux en un : bonne surprise !
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tina
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Mar 7 Oct 2014 - 11:57

Knulp


Herman Hesse restera toujours unique et profond dans son approche des êtres et de la vie.
Ce récit est une parabole, voire une suite de paraboles.
Il y a même le style qui va avec : à la fois simple et imagé.
Après tout, comment parlait ce célèbre "passant" qu'on nommait Jésus ?

Car notre héros passe. Vagabonde. Erre avec les joies et les craintes de chacun, sauf qu'il construit son destin selon d'autres normes.
C'est un peu l'homme à l'état naturel. Que lui faut-il ?
De l'eau, quelques nutriments et beaucoup de nature à contempler.

Quelques coeurs à égayer, qu'on rencontre ici ou là. Comme celui de cette attachante servante déracinée.

Dommage effectivement comme le dit Marko plus haut qu'il y ait une "explication" psychologique, à savoir un drame d'amour, à l'origine de cet infléchissement de route.

J'aurais préféré un instinct, une vocation, un besoin.

Mais n'oublions pas que l'écrivain est encore jeune quand il rédige ce livre, dédié en quelque sorte au "vécu de l'instant".

Scène du cimetière particulièrement troublante. On croirait lire une NDE...

Hesse est l'écrivain des hallucinations (dont celle de Siddharta reste inoubliable).

Liberté, solitude, papillons et oiseaux, célébration de l'élan vital, de sa clarté et de son mystère. Enfin, nostalgie d'une enfance perdue heureusement retrouvée à la veille du sommeil éternel.

C'est Knulp.


coeur
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tom léo
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MessageSujet: Knulp   Dim 7 Déc 2014 - 9:43

Knulp

Je partage entièrement les remarques de Marko, faites plus hautes, et j’aimerais ajouter ma recommandation pour ce livre. Pour moi aussi, qui avait lu pas mal de Hesse dans la jeunesse, le Knulp était inconnu jusqu’à maintenant. Quelle belle découverte ! Dans mon édition allemande s’y ajoute aux trois histoires de la vie de Knulp, encore deux fragments que Hesse a laissé à l’état abandonné. Il semble que le tout faisait partie d’un cycle d’écrits du jeune écrivain, consacré à « Gerbersau », avec la vie d’une petite ville au tournant du siècle (entre XIX et XXème). Il y travailla avec la description de « destins » characteristiques et partiellement même authentiques.

Donc, ce roman aussi se joue dans cette période. Knulp, le vagabond, est dans une certaine lignée littéraire d’un Taugenichts d’Eichendorff et autres. Il mène une vie sans promesses et apparemment projets, ne travaille pas, mais n’est pas en dette vers quelqu’un. Il semble avoir partout ses amis et connaissances qui d’un coté l’invitent, même l’envient, et aussi aimeraient lui rappeler la supériorité de la vie sédantaire, bourgeoise. Vie qui se revèle plus d’une fois plus pleine de contradictions et imperfections, voir de comédies et faux semblants. Par là (et autrement) nous comprenons aussi que derrière cette vie de Knulp si libre (et voulue telle quelle?!) se cache des moqueries de la part des autres, une forme de non appartenance. Il reste un « hors de societé », et ce n’est pas du romantisme pur. Dans ce sens-là Hesse est ici limpide et clair.

Il n’y a pas un pur absence d’un chez soi : Knulp tourne dans sa région, apparaissant aussi, à la fin, de nouveau dans son village natal. Donc aussi : perte d’un chez soi ET quête d’une certaine forme d’appartenance ? Il a beaucoup à raconter, et des gens s’informe auprès de lui souvent. Dans ce petit univers de la Souabie il connaît toutes les histoires. Avec sa façon libre il attire et fascine probablement certains esprits, et les femmes, filles surtout.

Les trois histoires se jouent, comme Marko avait si bien décrit, pas seulement dans des saisons et des périodes de sa vie différentes, mais sont aussi racontées de façons legèrement différentes, de différents perspectif. Ici on parle de « notre ami Knulp », là c’est le compagnon jeune qui parle, et puis il y a un récit par un narrateur omniscient (si j’analyse bien). Elles ne jouent pas seulement dans le moment de l’action principale mais contiennent aussi des retours en arrière, par des souvenirs, des rencontres, des entretiens etc.

Nous, les lecteurs, on sera selon nos sensibilités confrontés avec des questions d’une appartenance ou pas, d’un chez soi, d’une absence d’un tel chez soi. Knulp est seulement dans l’apparence quelqu’un de leger (?), : il se cache derrière ses choix des drames, un certain sérieux, voir une solitude. Comment passer notre vie ? Quoi accepter ? Où est le sens ?

Peut-être le plus grand don consiste à donner de la joie ?

Hermann Hesse écrivait à propos de Knulp en 1935 à une lectrice (traduction approximative de ma part) :

« Au contraire de certaines programmes en vogue, je ne trouve pas la tâche primaire du poète de donner aux lecteurs des normes pour la vie et l’humanisme.... Le poète décrit ce qui l’attire, et des figures comme Knulp sont pour moi extrêmement attirantes. Elles ne sont pas « utiles », mais ils font pas de mal, beaucoup moins que certaines si « néccessaires » ; et de les juger, ce n’est pas mon affaire. Mais je pense plutôt ceci : si des hommes doués et animés (plein d’âme en allemand!) comme Knulp ne trouve pas de place dans leur environnement, alors l’environnement est coculpable comme Knulp lui-même. »

Un vrai bijoux, un grand coup du coeur!
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colimasson
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Lun 9 Mar 2015 - 21:48

L’enfance d’un magicien




Hermann Hesse se livre mystérieusement. Il efface les repères habituels en proposant un titre qui suggère l’autobiographie alors qu’il ne propose en fait qu’un ensemble de nouvelles apparemment indépendantes. Quel est alors le lien qui les réunit dans la structure du recueil ? Hermann Hesse écrit :


« Depuis longtemps, je voyais que ma mission, ou plutôt le chemin que j’avais à suivre pour mon salut, ne conduisait plus au pays du lyrisme, de la philosophie ou de toute autre spécialité du même genre : il s’agissait uniquement de conserver en moi le peu qui s’y trouvait de réellement fort et vivant et de faire preuve d’une fidélité absolue envers ce que je sentais vivre encore en moi. Cela, c’était vivre, c’était sentir la présence de Dieu. »


Et si chaque nouvelle de ce recueil symbolisait une étape de ce parcours visant à exalter le sentiment de vie intérieure ? Il s’agit alors de retrouver la spontanéité, l’enthousiasme et le grand génie naturel de cet enfant qui voulait devenir un magicien, avant que la réalité du monde adulte ne vienne doucement ensevelir ses réjouissances discrètes.


« Très lentement, imperceptiblement, la corolle se fanait, j’allais à la rencontre de quelque chose de limité, qui jadis ne l’était pas, à savoir le monde réel, le monde des grandes personnes. A la longue, mon désir de devenir magicien, bien qu’il n’eût pas perdu toute ardeur, me parut à moi-même moins important, presque un enfantillage. Déjà, il s’était passé quelque chose en moi qui faisait que je n’étais plus un enfant. »


La grande sensibilité d’Hermann Hesse lui donnera toutefois maintes occasions de renouer avec le petit enfant magicien qu’il avait été dans sa plénitude. Par l’amour ou par l’étude, par la musique ou par la poursuite des idéaux marginaux, entre culture et barbarie, Hermann Hesse reconnaît à l’être humain son incohérence qui se manifeste par la poursuite de voies parallèles. Il observe l’individu qui se disperse mais ne le condamne pas au jugement rapide de l’éparpillement car il perçoit au contraire l’authenticité d’une démarche qui peut être angoissée lorsqu’elle ne se reconnaît plus, mais qui n’est finalement rien d’autre que le besoin de se retrouver aux racines de son être –c’est ce qu’on appelle l’enfance ou la magie.




Citation :
« Très lentement, imperceptiblement, la corolle se fanait, j’allais à la rencontre de quelque chose de limité, qui jadis ne l’était pas, à savoir le monde réel, le monde des grandes personnes. A la longue, mon désir de devenir magicien, bien qu’il n’eût pas perdu toute ardeur, me parut à moi-même moins important, presque un enfantillage. Déjà, il s’était passé quelque chose en moi qui faisait que je n’étais plus un enfant. »
un petit air de L'alchimiste de Coehlo ?


Citation :
« Être en liberté, la nuit, au bord de calmes eaux courantes, voilà qui m’a toujours semblé plein de mystère et propre à émouvoir l’âme en profondeur. Nous sommes alors plus proches de nos origines, nous ressentons notre parenté avec les animaux et avec les plantes ; nous éprouvons de vagues réminiscences de la vie primitive, du temps où n’existaient ni villes ni maisons et où les hommes errants, sans patrie, considéraient la forêt, les fleuves et les montagnes, le loup et l’autour comme leurs semblables, pouvaient les aimer comme des amis ou les haïr comme des ennemis mortels. »
Que me rappelle-t-il ? Jung, Daumal, Dick... pour cet émerveillement de la mémoire transpersonnelle et primitive...


Citation :
« En face de lui, la solitude le fixait de ses grands yeux cruels comme une louve dont il ne pouvait conjurer la fascination qu’en rivant son propre regard sur ses yeux vides et qui était toujours prête à lui bondir dans le dos dès qu’il détournait le regard. »



*peinture d'Arnold Böcklin

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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Mar 10 Mar 2015 - 16:22

Oui, on aimerait retrouver quelques facettes de notre enfance parfois. Souvent.

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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Sam 14 Mar 2015 - 18:06

Le loup des steppes.
Premier roman que je lis d’Hermann Hess. J’avais lorgné dessus depuis longtemps, je m’y suis enfin attelé. Résultat des courses : mitigé. Le sujet m’a parlé, l’approche est intéressante, mais j’ai souvent eu du mal à rester dans le récit. La langue est riche, indéniablement, le propos globalement intéressant, mais… J’ai un peu peiné dans la première partie. La seconde se décante, avec l’apparition d’Hermine (je me suis alors d’ailleurs demandé s’il n’était pas schizo notre bon loup des steppes).

La fin est assez surprenante, donc je ne l’évoquerai pas, afin de ne rien gâcher aux futurs lecteurs.

En cours de lecture j’ai relevé un passage qui m’a bien plu :

« Oui, je pense que peut-être il en fut et il en sera toujours ainsi, et que ce qu’ils appellent dans les écoles « histoire universelle », ce qu’il faut apprendre par cœur pour être instruit, ces lieux communs sur les héros, les génies, les belles actions et les grands sentiments, tout ça n’est que du trucage inventé par les maîtres d’école pour que l’enseignement existe et pour que les gosses fassent quelque chose pendant l’année scolaire. Il en fut toujours ainsi, il en sera toujours ainsi ; la puissance et l’argent, le temps et le monde appartiennent aux petits, aux mesquins, et les autres, les êtres humains véritables, n’ont rien. Rien que la mort. »
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Dim 15 Mar 2015 - 22:42

J'hésite depuis longtemps à lire cet auteur, ça ne sera pas encore pour cette fois. Je ne suis pas certaine que ce soit pour moi...
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colimasson
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Sam 31 Oct 2015 - 0:09

François d'Assise (1904)




Pour quelles raisons Hermann Hesse a-t-il pu vouloir écrire cet ouvrage –que l’on peut difficilement appeler une biographie étant donnée la pauvreté des informations précises et factuelles en regard des informations idéologiques plus générales qui sont fournies-, nous allons en donner quelques hypothèses qui semblent toutes plus ou moins valables :


- François d’Assise représente le personnage qui aurait pu apaiser les peines existentielles d’un Loup des Steppes en errance.
- François d’Assise représente le personnage qui sert d’horizon existentiel à Hermann Hesse lui-même.
- François d’Assise représente le personnage qui devrait servir d’horizon à n’importe quel individu intégré à la masse de l’humanité.


Hermann Hesse emploie un ton franchement exalté lorsqu’il parle de François d’Assise. Nous ne sommes pas loin de l’hagiographie même si la question théologique est à peine abordée, citée pour son seul pouvoir symbolique de désintéressement de l’âme et de grandeur de la vision.


Hermann Hesse découvre François d’Assise en 1899, alors qu’il se trouve à Bâle, sous l’influence de Rudolf Wackernagel. Le personnage prend alors une place déterminante pour sa vision esthétique et religieuse du monde. Il énonce son projet clairement :


« J’ai longtemps souhaité traiter saint François de manière poétique, car sa limpide apparition est elle-même un poème pur et doux dont rien ne doit se perdre. »


Le parcours de François d’Assise ressemble étrangement à celui de Saint Augustin avec son clivage entre une phase profane et une phase sacrée, séparées par l’expérience de la conversion. Pour le rappeler, Hermann Hesse souligne l’écart qui existait entre la première vie chaotique, alimentée de plaisirs charnels, alimentaires, belliqueux et éthyliques, et la seconde vie, sainte et dévolue à l’Imitatio Christi. Quelques signes annonciateurs –le jeu des fleurs auquel se livra le jeune François- semblent pourtant témoigner avant l’heure de la métamorphose qu’il connaîtra plus tard, en renonçant à aller combattre avec Gautier de Brienne dans le sud de l’Italie. Toute la suite ressemble à un miracle sans éclats tapageurs. Dans l’humilité et la modestie, François d’Assise mène une vie d’errance qui ne cherche à draguer personne d’autre que Dieu. Il réunit de bons compagnons de routes, réussit à obtenir la tolérance du pape, se montre charitable avec les animaux et compose son Cantique du Soleil. Ce dernier n’était peut-être même pas utile : « On n’a conservé de lui qu’une unique prière –ou un unique cantique, mais à la place de paroles et de poèmes écrits il nous a laissé la mémoire de sa vie simple et pure, une vie dont la beauté et la grandeur silencieuse surpassent les œuvres même de bien des poètes. »


François d’Assise représente donc le contrepoint positif au Loup des Steppes dans la vision d’un Hermann Hesse mélancolique. Il reflète son romantisme, sa nostalgie, sa quête d’harmonie avec Dieu, le monde et la nature. Il incarne aussi la possibilité d’une vie d’errance simple et heureuse, sans contraintes sociales. C’est peut-être pour cette raison qu’Hermann Hesse parle du christianisme d’une manière anecdotique, préservant ainsi sa vision d’un François d’Assise détaché de toute dogmatique et qui serait le représentant d’un idéal humain de pure liberté.



Saint François d’Assise prêche aux oiseaux  Giotto


« Sa prédication n’était pas comme celle des prêtres, car il n’avait pas pour maîtres ou modèles des livres, des Pères de l’Eglise, des formules ou des rhéteurs, mais uniquement son cœur brûlant et les oiseaux du ciel et les refrains des troubadours vagabonds. »


« Dans toutes ses souffrances, il gardait constamment le sourire, bénissant et louant Dieu, et quand il gisait seul et aveugle dans sa hutte, il chantait des chants pleins d’allégresse.



Cantique des Créatures

« Altissimu onnipotente bonsignore,
Tue so le laude la gloria
E l’honore et onne benedictione.
Ad te solo altissimo se konfano,
Et nullu homo ene dignu te mentovare.

Laudato sie mi signore cun tucte le tue creature,
Spetialmente messor lo frate sole,
Lo qual è iorno et allumini noi per loi ;
Et ellu è bellu e radiante cun grande splendore,
De te altissimo porta significatione.

Laudato si, mi signore per sora luna e le stelle,
In celu lai formate clarite et pretiose et belle.

Laudato si, mi signore per frate vento
Et per aere et nubilo et sereno et onne tempo,
Per lo quale a le tue creature dai sustentamento.

Laudato si, mi signore per sor aqua,
Laquale è multo utile et humile et pretiosa et casta.

Laudato si, mi signore per frate focu,
per lo quale ennallumini la nocte,
et ello è bello et iocundo et robustoso et forte.

Laudato si, mi signore per sora nostra matre terra,
la quale ne sustenta et governa,
et produce diversi fructi con coloriti flori et herba.

Laudato si, mi signore per quelli ke perdonano per lo tuo amore,
et sostengo infirmitate et tribulatione ;
Beati quelli ke l’sosterrano in pace,
ka da te altissimo sirano incoronati.

Laudato si, mi signore per sora nostra morte corporale,
da la quale nullu homo vivente po skappare ;
Guai acquelli ke morrano ne le peccata mortali ;
beati quelli ke trovarà ne le tue santissime voluntati,
ka la morte secunda nol farrà male.

Laudate et benedicete mi signore et rengratiate
et serviate li cun grande humilitate. »


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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Sam 31 Oct 2015 - 8:02

Coli, la couleur orange se lit très peu !

je reviendrai plus tard (je sors)

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Quasimodo
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Sam 2 Juil 2016 - 1:55

Le dernier été de Klingsor

Dans cette nouvelle, le portrait du peintre Klingsor est réalisé à travers quelques scènes de son dernier été. Sa personnalité est très changeante; tantôt il recherche la compagnie des autres, s'enivre, fait bonne chère, séduit; tantôt il s'isole et se coupe presque totalement du monde. Quoi qu'il fasse, il s'épuise. Il a toujours vécu à un rythme effréné, brûlant la chandelle par les deux bouts. Maintenant, à plus de quarante ans, il se sent à bout, il sent que sa fin est proche. Cette nouvelle traite essentiellement de l'angoisse de la mort, de la crise artistique que traverse Klingsor, et de son exaltation pour toutes les beautés de la nature. Il s'agit d'un questionnement sur le sens de la vie et de la création artistique par un homme usé et mélancolique, et de son profond amour de la nature.

J'attendais beaucoup de cette nouvelle. Mon avis est finalement mitigé. Je crois que les évocations des paysages de montagne m'ont laissé froid, les couleurs - omniprésentes dans ce livre - sont trop criardes, ça m'a semblé faux, et surtout pas très beau. J'ai nettement préféré les scènes d'auberges, de joie, d'assemblée, de pain et de vin. La scène de l'autoportrait est marquante aussi. En plus d'être passionnée, elle résout la crise que semblait traverser Klingsor, elle semble être une synthèse de tout son art. L'autoportrait, ultime chef-d'œuvre de Klingsor, révèle toutes les nuances de sa personnalité (et résume joliment la nouvelle).

Même si la nouvelle m'a plu, je reste un peu sur ma faim. Mais je serais curieux de découvrir autre chose de Hesse.
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Sam 2 Juil 2016 - 15:50

Quasimodo a écrit:
Le dernier été de Klingsor

Dans cette nouvelle, le portrait du peintre Klingsor est réalisé à travers quelques scènes de son dernier été. Sa personnalité est très changeante; tantôt il recherche la compagnie des autres, s'enivre, fait bonne chère, séduit; tantôt il s'isole et se coupe presque totalement du monde. Quoi qu'il fasse, il s'épuise. Il a toujours vécu à un rythme effréné, brûlant la chandelle par les deux bouts. Maintenant, à plus de quarante ans, il se sent à bout, il sent que sa fin est proche. Cette nouvelle traite essentiellement de l'angoisse de la mort, de la crise artistique que traverse Klingsor, et de son exaltation pour toutes les beautés de la nature. Il s'agit d'un questionnement sur le sens de la vie et de la création artistique par un homme usé et mélancolique, et de son profond amour de la nature.

J'attendais beaucoup de cette nouvelle. Mon avis est finalement mitigé. Je crois que les évocations des paysages de montagne m'ont laissé froid, les couleurs - omniprésentes dans ce livre - sont trop criardes, ça m'a semblé faux, et surtout pas très beau. J'ai nettement préféré les scènes d'auberges, de joie, d'assemblée, de pain et de vin. La scène de l'autoportrait est marquante aussi. En plus d'être passionnée, elle résout la crise que semblait traverser Klingsor, elle semble être une synthèse de tout son art. L'autoportrait, ultime chef-d'œuvre de Klingsor, révèle toutes les nuances de sa personnalité (et résume joliment la nouvelle).

Même si la nouvelle m'a plu, je reste un peu sur ma faim. Mais je serais curieux de découvrir autre chose de Hesse.
Quand on atternd beaucoup, on est parfois déçu. Mais tranquillise toi ! Hermann Hesse a beaucoup écrit et tu auras ta revanche !

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Quasimodo
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Dim 3 Juil 2016 - 10:26

Je l'espère ! Je pensais continuer avec Rosshalde. Est-ce que tu l'as lu ?
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   Dim 3 Juil 2016 - 19:48

Il me semble - mais je ne les ai pas lus - que ni Le dernier été de Klingsor, ni Rosshalde ne figurent parmi les meilleures oeuvres de Hesse.
Il vaudrait peut-être mieux aller voir par exemple du côté du Loup des steppes, Narcisse et Goldmund (excellent)...
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MessageSujet: Re: Hermann Hesse [Allemagne]   

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