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 Erri de Luca [Italie]

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coline
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MessageSujet: Erri de Luca [Italie]   Dim 4 Fév 2007 - 13:30



Citation :
Né à Naples en 1950

Refusant la carrière de diplomate à laquelle son éducation bourgeoise le prédestinait, Erri De Luca s'engage au sein du mouvement d'extrême gauche Lotta Continua. Il multiplie par la suite les métiers manuels en Italie, en France et en Afrique : conducteur de camion, ouvrier chez Fiat ou sur des chantiers, maçon même... Il publie son premier livre 'Une fois, un jour' en 1989. Ses récits tels 'Acide' et 'Arc-en-ciel', où se mêlent exigence morale et une grande sincérité, rencontrent un vaste écho en Italie et en France, tant auprès de la critique que du public. Il obtient le prix Femina 2002 pour 'Montedidio'. Il collabore également au Mattino, le principal journal de Naples, et à divers autres périodiques.
Bio tirée de Evène


Bibliographie

Citation :
Index: (cliquez sur les numéros de page pour y accéder directement)

Romans, nouvelles et essais
1989 Pas ici pas maintenant (Une fois un jour), Pages 3, 6,
1991 Un nuage comme tapis, Réflexions sur la Bible,
1992 Acide, Arc-en-ciel, Page 1
1994 En haut à gauche, Nouvelles,
1995 Rez-de-chaussée, recueil de chroniques publiées dans le quotidien Avvenire,
1997 Rivages, recueil de chroniques publiées dans le quotidien Avvenire,
1997 Première heure, réflexions principalement inspirées par la Bible,
1998 Tu, mio, Pages 1, 2, 5, 6,
2000 Dante & Descartes, Essais de réponses,
2000 Trois chevaux, Pages 1, 2, 3, 4,
2002 Montedidio, Pages 1 2,
2002 Noyau d'olive, vingt-six réflexions sur l’Ancien et le Nouveau Testament, Page 3,
2003 Le contraire de un, Nouvelles,
2005 Sur la trace de Nives, (photos de Veronica Citi), Page 3,
2006 Au nom de la mère, Page 1
2009 Le jour avant le bonheur, Page 4,
2009 Le poids du papillon, Page 5
2011 Et il dit,
2013 Les poissons ne ferment pas les yeux

Poésies
2002 Œuvre sur l'eau,
2002 Seghers (édition bilingue),
2005 Aller simple, Page 5,


Citation :
mise à jour le 29/04/2013, page 6


Montedidio

Montedidio, cela signifie le Mont de Dieu en italien. C’est le nom d’un quartier populaire de Naples. Et c’est là que vit le narrateur.
Il a treize ans et consigne par écrit, en italien, "la langue muette des livres » (alors que tout le monde autour de lui ne parle que le dialecte napolitain) "les faits de sa nouvelle vie avec un crayon sur un rouleau de papier que lui a donné l'imprimeur de Montedidio, un reste de bobine".

Pour lui est venu le temps de quitter l’école pour aller travailler. La famille est modeste dans l’Italie d’Après Guerre. L'action se déroule autour des années 50, l’auteur donne quelques repères : les premiers " oulaop ", en Amérique un jeune homme a été fait président, les Russes ont envoyé un chien dans une fusée ….
La mère est malade. Le père est docker.
Et en une seule année, le jeune garçon se trouve projeté dans le monde des adultes.

Il apprend la menuiserie chez mast’Errico qui a fait une place dans son atelier à un personnage étrange, Don Rafaniello, un bossu aux cheveux roux qui "fait la charité aux pieds des pauvres" en réparant leurs chaussures sans le leur faire payer.
Entre l’adolescent et le bossu naît l’amitié. Tous deux rêvent et se préparent, chacun à leur manière, à prendre leur envol. "Du haut de Montedidio, d’un saut vous êtes déjà au ciel."

Rafaniello, survivant de la Shoah échoué au Montedidio de Naples, est persuadé que sa bosse contient deux ailes qui un jour lui permettront de s'envoler pour rejoindre le Mont de Dieu de Jérusalem.

Et chaque soir, sur une terrasse qui domine toute la ville, le jeune garçon, le narrateur, s'entraîne à lancer un boomerang que son père lui a offert. Plus exactement, il s’entraîne à faire seulement le geste du lancer car " dans ce quartier de ruelles qui s'appelle Montedidio, si tu veux cracher par terre, tu ne trouves pas de place entre tes pieds ". Son corps se muscle, se métamorphose et cela n’échappe pas à Maria, une voisine de l’immeuble, 13 ans elle aussi, blessée par la vie et beaucoup plus mature. Tous deux se retrouvent et s’aiment.

« Maria surgit de l’obscurité des lavoirs. Ses treize ans ont plus vite poussé que les miens, elle est déjà dans un corps formé. »

"Elle prend ma tête entre ses mains, l'appuie contre sa poitrine, et sous le gonflement de sa chair qui dépasse, je sens sa respiration, puis le battement dur de son coeur : on dirait quelqu'un qui frappe et j'ai envie de répondre "entrez".

« Maria a de profondes respirations, ma tête monte et descend sur sa poitrine. Elle dit qu’à présent ça va, que maintenant elle fait cette chose, du plaisir des hommes, pour moi, comme ça c’est beau, et pas la saleté du vieux corps du propriétaire de la maison, ses gestes sur elle. »


« Le Père Eternel voit tout Maria », lui dis-je. « Oui, il voit tout, mais si c’est pas moi qui pense à arranger les choses, il reste à regarder le spectacle. »

« Aux lavoirs en décembre, le vent joue au dur, il balaie la poussière par terre, astique la nuit dans le ciel, retire la chaleur des maisons. Il n'y a pas de lune, Maria regarde émerveillée le couvercle de la nuit au-dessus de Montedidio. Tous les deux, sur le toit le plus haut du quartier, nous sommes les sentinelles de la ville. »

« Elle serre, donne libre cours à sa belle force sur mon corps, décharge la fraîcheur de ses mains aux endroits durcis des muscles qui sont tendus pour lui répondre. […] Et moi je me déchaîne en mouvements qui ne sont pas de moi. »

"Maria dit que je suis bien là moi et voilà que je m'aperçois moi aussi que j'existe. Je me pose la question : je ne pouvais pas m'en apercevoir tout seul que j'existais? Il semble que non. Il semble que ce doit être quelqu'un d'autre qui le signale."


La phrase est sobre. Les chapîtres courts.
Erri de Luca restitue bien l'atmosphère du quartier et fait vivre des personnages très attachants.
Mais son récit prend place entre réalisme et fantastique …voire même mysticisme.
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coline
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Dim 4 Fév 2007 - 13:34

Au nom de la mère

Daniel Rondeau (LIRE):

Cet incroyant cherche dans la Bible des émotions neuves.

"Lecteur assidu de l'Ecriture sainte, écrivant dans l'ombre d'un dieu auquel il ne croit pas, Erri De Luca tisonne le feu des mots, les plus simples et les plus sacrés. [...]

Au nom de la mère, court récit sur la nuit de Noël...
Il était long, le chemin de Nazareth à Bethléem. Erri De Luca le raconte en quelques stances. La visite de l'ange, le goût des mots qui vient à Marie, son calme («Me voici prête, argile avec une âme de fer, les pierres qu'on voulait me lancer se sont brisées»), l'enfant et sa mère enveloppés dans «une chaleur de bêtes», leur face-à-face de quelques heures, les paroles de Marie à son fils, auxquelles un vers de Joseph Brodsky fera écho, deux mille années plus tard: «Habitue-toi, fils, au désert». C'est le paradoxe d'Erri De Luca: chaque page de cet incroyant est une prière
.
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coline
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Dim 4 Fév 2007 - 13:37

Au nom de la mère

78 pages seulement, 78 belles pages.

L'originalité de ce texte, qui relate le moment bien connu de la Nativité, tient au fait que Marie( Miriam) et Joseph ( Iosef) apparaissent enfin comme doués de parole. Ce qui en fait deux êtres très humains. Très charnels . Ils expriment ce qu'ils ressentent, comment ils vivent l'événement, l'un et l'autre. Ils se disent leur amour si grand qui leur permet d'être seuls contre tous.

Miriam parle comme une fiancée puis une épouse amoureuse :

« Mon Iosef, beau et compact à en mourir, serrait ses bras contre son corps, essayait de rester calme, plié comme s’il avait mal au ventre. La nouvelle lui faisait l’effet d’une trombe arrachant les toits.[…] Ses cheveux aux mèches agitées se rabattaient sur son front clair, dansaient devant ses yeux, je les lui arrangeais par des caresses. Il était encore plus beau dans son bouleversement."

« Qu’a-t-il fit d’autre, quoi d’autre ?
» demandait Iosef inquiet, la tête entre les mains, les yeux à terre. « Essaie de te souvenir Miriam, c’est important. »

Dans son cas, Miriam pouvait être lapidée.

« Tu connais la loi Miriam ?
-Je connais la loi.
-A fond ?
-Pas aussi bien que toi, pas tous les mots. C’est à vous, hommes, de les savoir par cœur. Je connais les conséquences. »

« Miriam, je t’aime, je te demande ça parce que je te crois et que je veux te sauver. Miriam, ils te traîneront à la porte de Nazareth et te lapideront. Et ils me demanderont à moi de te lancer la première pierre. Tu le comprends, ça ? Tu le comprends ? Tu la connais notre loi. ». Et ses paroles s’étranglèrent pour ne pas finir dans un cri et les laisser sortir. »


Iosef apparaît comme un homme très fort et déterminé, sûr et amoureux de sa Miriam dont il prend le parti en s'opposant à tout Nazareth.

« Je souriais dans ma chambre à mon Iosef qui savait me dire oui à moi et dire non à tout le reste du monde. »

« Miriam, tu sais ce qu’est la grâce ?
-Non, pas précisément répondis-je
-Il ne s’agit pas d’une allure séduisante, ni de la belle démarche de certaines de nos femmes bien en vues. C’est la force surhumaine d’affronter le monde seul, sans effort, de le défier en duel tout entier sans même se décoiffer. Elle n’est pas féminine, c’est un talent de prophète. C’est un don et toi tu l’as reçu. Qui le possède est affranchi de toute crainte. Je l’ai vu sur toi le soir de la rencontre et depuis lors tu l’as sur toi. Tu es pleine de grâce. Autour de toi, il y a une barrière de grâce, une forteresse. Toi, tu la répands, Miriam : même sur moi
. »

« D’où prends-tu la force de rester seul contre tous Iosef ?
- De toi, répondit-il.
»

Elle parle sans cesse à son enfant tandis qu'elle le porte.

La naissance de Ieshu a lieu dans une étable à Bethléem parce qu'ils ont été obligés de se déplacer jusque là pour le recensement ordonné par les Romains.
Miriam part en confiance. Elle accouche seule, coupe le cordon. Elle parle à son enfant toute la nuit, tant qu’elle l'a encore pour elle. Dès le matin, elle sait qu'il n'en sera plus de même...Et juste avant l’aurore, elle prie pour le garder :
« Seigneur du monde, écoute la prière de ta servante qui maintenant est mère.[…] Qu’il ne soit personne, ton Ieshu, qu’il soit pour toi un projet mis de côté, une des si nombreuses pensées sorties de ta mémoire. On te prie déjà tellement de te souvenir de ceci ou cela. Oublie Ieshu. »
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Jeu 15 Fév 2007 - 16:46

Montedidio .


Très beau livre qui nous raconte ,aux travers de courts chapîtres ,l'apprentissage de la vie d'adulte d'un jeune garçon ,livré à lui même ,avec beaucoup de fraîcheur et de sincérité .
Le lecteur est plongé dans l'ambiance napolitaine avec un sens aigu de vérité.On suit le quotidien de l'adolescent pas à pas ,dans ses épreuves et ses rêves ,dans ses espoirs ou ses tourments ,et c'est très beau ...
La façon qu'a De Luca de nous "immerger "dans ce vécu très bruyant parfois ,avec des mots sobres mais justes est profondément émouvante . Il y a beaucoup de chaleur ,de tendresse dans son langage ,mais aussi ,beaucoup de force .

J'ai vraiment été très touchée par le langage poético-réaliste de l'auteur, ce mélange de pureté et de candeur au travers du regard de ces enfants qui peuvent donner parfois de la magie aux choses les plus simples , les plus âpres de la vie...

Un superbe roman que je conseille pour ceux qui ne le connaissent pas encore ... Like a Star
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Jeu 22 Fév 2007 - 16:50

Un très bel extrait tiré de "Trois Chevaux" d'Erri De Luca:

"Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d’un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les emporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés en tombant d’un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle l’hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n’importe comment sauf d’ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l’étagère."

Erri De Luca , Trois chevaux, Paris, 2001.

je n'ai encore rien lu de cet auteur mais le commentaire que tu en fais m'incite à lire "Montedidio" pour commencer.
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coline
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Jeu 22 Fév 2007 - 17:53

Magnifique cette citation de Trois Chevaux...
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swallow
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Jeu 22 Fév 2007 - 22:52

C´est très beau cet extrait D´Erri de Luca que nous cite Bibliomane, à propos des livres:

Citation :
bref ils devraient mourir n’importe comment sauf d’ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l’étagère."

Je crois aussi que c´est par là que je commencerai pour découvrir cet auteur.
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Ven 23 Mar 2007 - 12:05

au grand galop, j'ai chevauché deux, puis trois chevaux
de Erri de Luca.

C'est l'histoire d'une vie de mort ; une mort de l'homme sans âme, où l'espoir a fuit devant la tyrannie des guerriers argentins.

"le vent siffle à vous user les oreilles"

Les bruits de mer où grondent les abîmes, mugissent les lourds silences.
L'homme prie face aux nuageuses grisailles amoncelées, envisageant le retour de l'accalmie entre les bras réconfortant de la belle Làila. Elle est toute à l'écoute de ce cœur malmené, fourbu : elle en oublierai presque sa vie fragile.
Tout en cultivant ses jardins nourriciers, il déterre, grâce à sa muse, les démons et les anges qui le tenaillent.
Le goût de la peur laisse en bouche un peu de déjà vu, un goût de reviens-y.
Où trouver la sérénité ailleurs que sur un rocher, auquel vous racontez la parenthèse de votre parcours ?(bertrand-môgendre).
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Sam 19 Mai 2007 - 13:14

Après le très beau commentaire de Coline sur "Montedidio" j'ose à peine livrer le mien, mais le voici quand même.
Il m'a été particulièrement difficile de parler de ce roman d'Erri De Luca tant celui-ci m'a enchanté par sa prose magique et ses personnages terriblement attachants.

Nous sommes à Naples, quelques années après la guerre. Les bateaux américains mouillent encore dans la baie et c'est la mode du « Oulaop. » Mais dans le quartier de Montedidio la vie se déroule comme auparavant, au rythme du travail quotidien, des chansons, des cavalcades d'enfants dévalant les vicoli, de la misère qui guette tout un chacun comme un chien tapi et prêt à mordre.
Le narrateur et personnage central du roman vient d'avoir treize ans et décrit sa vie en griffonnant sur un rouleau de papier que lui a donné l'imprimeur de Montedidio.
Il vient de quitter les bancs de l'école pour devenir apprenti chez Mast'Errico, le menuisier du quartier. L'âge de la scolarité obligatoire révolu, son père l'a placé chez l'artisan ; il peut ainsi, par son salaire, contribuer aux frais de la famille.
Son père est docker et apprend à lire et écrire l'italien aux cours du soir ( il ne parle que le dialecte napolitain ), sa mère est malade et sa santé se dégrade peu à peu.
C'est à ses moments perdus que le jeune garçon consigne sur son rouleau de papier les faits du quartier et en décrit les habitants, personnages pittoresques qu'il décrit avec tendresse et poésie.


On fait ainsi connaissance, entre autres, de Raffaniello, le cordonnier bossu, juif originaire d'Europe Centrale, rescapé miraculeusement de la Shoah, et qui, en route pour Jerusalem, s'est arrêté dans ce quartier de Montedidio dont l'animation et les habitants lui rappellent la ville perdue de son enfance.
On rencontrera aussi Maria, la petite voisine du dernier étage, qui initiera le narrateur aux choses de l'amour et l'amènera peu à peu à l'âge d'homme.


On croisera ainsi, au fil du récit, de nombreuses figures, personnages truculents et généreux, pathétiques parfois, qui sont l'âme et la vie de ce quartier populaire.



Erri De Luca, qui est né à Naples en 1950, nous décrit, à travers les yeux du jeune narrateur de « Montedidio » la vie telle qu'elle fut dans ces quartiers de Naples il y a cinquante ans. A travers l'initiation d'un jeune homme et son passage à l'âge adulte,il nous fait entrer de plain-pied dans les « Bassi » et ruelles de cette ville à nulle autre pareille, cette cité plusieurs fois millénaire où tous les peuples et toutes les cultures d'Europe se sont installés et superposés.



« Montedidio » n'est pas pour autant un voyage touristique avec mandolines, cammoristes et vues imprenables sur le Vésuve et la baie de Naples. Ce roman est avant tout une balade nostalgique, un récit plein de poésie qui nous décrit avec une rare sensibilité les premiers émois d'un jeune homme, son entrée dans le monde du travail et l'âge d'homme, sa découverte, au delà des apparences, de la double nature, humaine et « angélique » de certains êtres dits « ordinaires. »



Ecrit avec poésie, sensibilité et tendresse, conte moderne et roman social « Montedidio » est un ouvrage d'une rare beauté, un court récit taillé comme un joyau duquel on aurait poli tout relief superflu afin d'en libérer la sobre perfection, nue et sans apprêts.
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ratounet
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MessageSujet: Tu, mio   Sam 2 Juin 2007 - 15:11

Tu, mio

Un été des années cinquante, sur une île au large de Naples, un tout jeune homme tombe amoureux d'une femme beaucoup plus âgée que lui. Un jour, il découvre qu'elle est juive et rescapée des camps. C'est son secret, elle n'en parle à personne. Dans un restaurant, au cours d'un dîner, des touristes allemands se mettent à entonner des chants nazis. La jeune femme ne le supporte pas, et c'est la bagarre dans le restaurant. En signe de vengeance, le jeune garçon met le feu à l'hôtel où logent les touristes. Mais un incendie peut-il « corriger l'histoire » ?

Mon avis : Rédigé par un talentueux écrivain, et remarquablement bien traduit, ce petit roman (plutôt une nouvelle) est très beau dans l'avocation sobre d'un premier amour passionné et fragile...Très belles descriptions de paysages intérieurs (ceux de l'âme) et extérieurs....C'est mon roman préféré de De Luca...
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coline
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Sam 2 Juin 2007 - 15:17

ratounette a écrit:
Tu, mio

Rédigé par un talentueux écrivain, et remarquablement bien traduit, ce petit roman (plutôt une nouvelle) est très beau dans l'avocation sobre d'un premier amour passionné et fragile...Très belles descriptions de paysages intérieurs (ceux de l'âme) et extérieurs....C'est mon roman préféré de De Luca...

C'est noté! Wink
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onyxo
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Dim 3 Juin 2007 - 22:23

Acide, Arc-en-ciel
Trois hommes, trois récits : le parcours de leur vie, leurs visites au narrateur, le quatrième homme, celui qui écoute, à qui on peut tout dire ; celui qui reste dans le vent qui souffle au travers de sa maison de pierre volcanique ; celui qui vit au travers de leurs amitiés
Ainsi voit-on défiler un ouvrier qui "a loué son corps à l'heure", qui parle de sa condition de travailleur, de cette âpreté, de cette violence à jamais viscérale. A demi-mot, il évoque son engagement auprès des groupes terroristes, ressasse les conditions d'exécution, pour finir sur un constat désabusé : "Nous avons perdu parce que nous fûmes incapables d'écarter de notre droit le penchant à l'arbitraire." Le deuxième témoignage est celui d'un missionnaire. Il revient après vingt années passées en Afrique de l'Est. L'homme est un serviteur de Dieu bon et lucide : "J'en suis arrivé à la conclusion qu'ils doivent se débrouiller seuls, sans nous. Nous ne sommes qu'une agence d'aide à fonds perdu." Le dernier portrait, enfin, est celui d'un dilettante angoissé, amoureux des femmes, qui erre de chambre d'ami en chambre d'ami et passera, finalement, deux années d'emprisonnement suite à un malentendu

Ce récit bouleversant d’un homme dont l’amitié fidèle et l’humble écoute font un lieu de ressourcement pour trois personnages en quête de sens et d’idéal est, à mon sens, un des meilleurs romans d'E De Luca

"Mes amis vinrent me trouver à intervalles très irréguliers, m’apportant des nouvelles de vies aventureuses. Leurs histoires passaient à travers moi, du vent dans la ramure d’un arbre plutôt que des voix dans mes oreilles : elles m’agitaient, puis je les oubliais. Ils entraient dans cette maison qui n’a pas d’escalier, dont l’entrée est au niveau du sol, ils s’asseyaient à la table qui fut pour eux celle d’une arrière-ligne. Ils furent tout ce que j’ai su du monde. Je suis resté dans cette maison à l’écart des routes."
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coline
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Lun 4 Juin 2007 - 0:00

Tu, mio est le préféré de Ratounette...Je l'ai commandé...
Acide, Arc-en-ciel est ton préféré Onyxo...je le note également...

Plus ceux dont nous avons déjà fait les éloges...
Je pense que je lirai tout Erri de Luca! :)
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Babelle
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Dim 10 Juin 2007 - 14:40

Je fus déçue par ma lecture du roman Trois chevaux, puis par celle de Tu, Mio :
j'avais le sentiment qu'on abordait là des thèmes "politiquement corrects" mille fois rebâchés à travers d'autres oeuvres de fiction, chez d'autres auteurs.
Parce que les atrocités de l'histoire de XXè s. sont souvent "exploitées" pour créer des fictions qui touchent forcément son lecteur (?) et que, biensûr, nous, lecteurs, nous ne pouvons pas nous permettre de dire -ni même de penser : "je n'aime pas", "ça ne m'intéresse pas"...
Question de génération : nous croyons tout savoir et pensons parfois qu'il vaudrait mieux non pas passer à autre chose, mais modifier une bonne fois pour toute ces tentatives créatrices autour des atrocités que nous n'avons pas vécues, que certains reprennent à bon compte...
Mais j'ai un curieux rapport avec la lecture.
Je ne suis pas une lectrice d'histoires, ni une lectrice de contre-histoire. Je suis une lectrice qui appréhende et qui n'aime pas les histoires. Une lectrice de l'écrit. Une lectrice de plume.
Alors, parce que c'est ainsi, j'appréhende et je me plonge dans l'écriture de l'autre en oubliant le scénario ou en le minimisant, et parfois c'est un bonheur.
De ma lecture d'Erri de Luca je retiens la plume car j'aime l'homme.
J'aime le conducteur de camion, l'ouvrier de chez Fiat et celui des chantiers, le maçon, comme j'aime et me sens proche de ce jardinier qui élague à l'automne parce qu'il sait que du superflu qu'il ôte et supprime renaîtra au printemps le fruit, la vie, et de ce fruit et de cette vie le regard (le témoignage) de l'autre.
Je me sens de ces saisons-là.
Je sens qu'il faut nous mettre au devoir de manier le même outil.
Je me sens, collée à chaque noyau de mon existence, amoureuse des petites boutures qui feront, d'un nouvel été, la maturité de toute appartenance à cette existence commune.
A condition qu'elle se dise.
J'aime le maçon, l'élagueur de Luca, parce qu'il se dit tout près du livre, de l'écrit, de sa propre bible.
A travers Trois chevaux c'est une page d'histoire qui nous est contée, dont la densité du vécu par les personnages clef nous est suggérée.
Sur la Place de Mai, aujourd'hui, encore, les mères n'ont pas fini de tourner avec la photographie de leurs enfants disparus...
Alors, lorsque l'homme qui raconte -il n'a pas de nom, invite à cette universelle émotion (le livre, les arbres, les saisons, la perte de l'être aimé), comment ne pas être sensibilisé par cet auteur qui lance un cri différent, divergeant, autre, dans une poétique, une plume au service des plus humbles.
Ayant fuit cette Argentine-là pour rentrer au pays, le narrateur d'origine italienne compte le nombre croissant de ses propres saisons comme autant de chevaux enterrés, d'arbres à fleurir après la taille.
Et puis, il y a le livre. Le livre en main. Le papier. Le réveil à la racine de l'écrit.
Il y a toujours un livre au réveil de celui qui apprend l'hébreu pour lire les textes sacrés et les traduire.
Il y a nécessairement un livre ouvert, toujours, entre les mains du conducteur de camions qui part pour diverses missions auprès des populations bosniaques de l'ex-Yougoslavie pour une organisation humanitaire.


Dernière édition par le Dim 10 Juin 2007 - 18:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   Dim 10 Juin 2007 - 17:11

Tout en nuances particulières à toi Babelle, tu nous offres un très beau commentaire...
Merci.
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MessageSujet: Re: Erri de Luca [Italie]   

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