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 Miguel-Angel Asturias [Guatemala]

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MessageSujet: Re: Miguel-Angel Asturias [Guatemala]   Miguel-Angel Asturias [Guatemala] - Page 4 EmptyLun 12 Mai 2014 - 22:59

de toute façon c'est la seule solution pour savoir ! ... ou presque, justement. et apparemment la lecture de plusieurs œuvres ne suffit pas à élucider le mystère. héhé.

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Miguel-Angel Asturias [Guatemala]   Miguel-Angel Asturias [Guatemala] - Page 4 EmptyMar 21 Avr 2015 - 23:44

Les yeux des enterrés 1960
Titre original: Los ojos de los enterrados. Roman, 540 pages environ.

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Couverture de l'édition originale, parue en Argentine, où Asturias était en exil.
Un des rares Asturias que je n'avais pas encore lu: 540 pages, je ne croyais pas que cela puisse être une distance pour Asturias, auteur foisonnant, à écriture parfois déroutante.
Spoiler:
 
Il s'agit, après Viento fuerte -L'ouragan- (1950) et El Papa verde -Le Pape vert- (1954), du troisième volet de la trilogie consacrée à la République bananière (clairement la United Fruits dans le réel) qu'est devenue le Guatemala. S'il n'est pas absolument nécessaire d'avoir en mémoire ces deux précédents livres pour se plonger dans Les yeux des enterrés, c'est tout de même plus agréable.

Signalons un intéressant pdf critique, probablement issu d'un ouvrage de type universitaire, je ne suis pas allé vérifier, inconvénient, je ne l'ai pas trouvé en français.

La plume est plutôt tenue avec fermeté, vu le paquet de personnages et caractères et la longueur du projet, c'est une nécessité maitrisée. La nature, comme les décors-cadres en général (y compris anthropiques -bananeraie, jardins- et urbanisés -place, lieu de bal, quartier - ainsi que les intérieurs -de grotte, de maison, de caserne, de commerce, de route, de train etc...) sont sans cesse campés avec une sobriété suggestive qui sied plutôt bien.
Il faut dire que c'est un véritable exercice de style à la Balzac/Zola pour l'envergure du dessein poursuivi, avec une fresque sociétale vaste, et cette tendresse particulière qu'Asturias voue aux gens de peu à travers chacun de ses romans trouve là son inscription évidente.

Je crois aussi qu'en tant qu'exilé politique, avec ce que cela suppose d'amour de la terre natale amplifié lorsqu'on en est rejeté par force et nécessité vitale, Asturias s'est senti moins libre de laisser son imagination et sa plume errer dans les splendeurs qui lui sont coutumières, et qui constituent un des marqueurs principaux de son écriture, pour instiller une dose plutôt importante de situations plausibles sinon rigoureusement empruntées à la réalité brute, et par voie de conséquence, sinon tout à fait non "magiques" (chassez le naturel...), en tous cas nettement moins.    

Mais quel contraste avec le débridé, onirique "Une certaine mulâtresse" par exemple, qui est la parution suivante d'Asturias !

D'un côté les Gringos, présents, écrasants et physiquement plutôt absents -sauf ceux qui sont en train de se saouler, selon la litanie égrenée en début de livre, sauf Boby Maker Thompson, petit-fils du Pape Vert et adoubé successeur futur de celui-ci, et sauf leurs affidés, contremaîtres, locaux enrichis au contact, et ceux qui cadenassent la dictature, les médias, l'armée -mais pas tous les militaires...

De l'autre le peuple, avec de bien belles scènes de travail dans les bananeraies sous la pluie, des scènes de pauvres gens et de quartiers périphériques, de train, aussi, de village de montagne et son institutrice.
Et les (rares) indiens. Chamans, en somme, passeurs du surnaturel. Juambo, le mulâtre, est à cheval aussi sur un tel rôle.
Asturias a toujours réussi d'étonnantes peintures d'indiens, le plus souvent déconcertants et d'une profondeur qui nous est suggérée, mais non palpable.

Et des "héros", s'il en faut, s'ils sont à désigner sous ce terme.


Est-ce que quelque(s) extrait(s) vous diraient ?
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Bédoulène
Abeille bibliophile
Bédoulène

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MessageSujet: Re: Miguel-Angel Asturias [Guatemala]   Miguel-Angel Asturias [Guatemala] - Page 4 EmptyMar 21 Avr 2015 - 23:49

bien sur !

ma médiathèque n ' a que L' ouragan

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Miguel-Angel Asturias [Guatemala]   Miguel-Angel Asturias [Guatemala] - Page 4 EmptyMer 22 Avr 2015 - 10:46

Extrait du chapitre XIII (le livre en compte 41, non intitulés, numérotés en chiffres romains), où l'on voit une porte entrebâillée sur l'univers tellurique et aussi magique, surnaturel, familier à son œuvre, mais cette ouverture reste retenue, et Cayetano Duende, le vieillard, est un passeur comme je l'évoquais à propos des indiens:

Citation :
"- Ce sentier souterrain n'a pas été creusé par la foudre, expliquait Cayetano Duende tout en allumant un éclat d'ocote dans une galerie aux roches miroitantes qui transformaient les flammes en milliers de gouttelettes de pluie, et à quoi puis-je reconnaître que ce n'est pas le chemin de foudre ? ... au fait que la pierre n'est pas éclatée et ne suit pas la route de la courbe... Celui-ci est un chemin pacifique d'anguille. C'est par là que la trombe est passée et a créé ce vide pour que bous puissions passer à notre tour par ce couloir d'écailles mordorées... Encore quelques doigts d'ocote et nous franchirons le seuil de la Caverne Vive, bien qu'avant d'y parvenir nous devions passer par un défilé extrêmement dangereux, où nous allumerons d'autres torches, les plus grandes, et nous dirons "Que la Belle Torche nous préserve !"
Et tout se passa comme l'avait prévu Cayetano Duende. Avant d'arriver à la Caverne Vive il alluma les doigts de la "Belle Torche". Ils étaient déjà dans le mauvais passage, parmi les rocs couverts de chauves-souris ondulantes, peut-être vivantes ou peut-être mortes, le corps de boue, les ailes cristallisées, et de vampires qui se détachaient lourdement des cornes du serpent d'eau, aujourd'hui solides entablements aux bords mêmes des précipices vertigineux.

- Le plus dangereux dans ces dédales souterrains, poursuivait le Chaneque, est de se trouver sans lumière. Il est facile de protéger l'ocote lorsque le vent couche sa flamme... On fait un écran avec la main, ou avec un chapeau et ça y est. Ce qui est difficile est de le préserver, sous terre, des ténèbres humides qui mangent sa flamme par petites sucées, comme on suce un bonbon. C'est ça qui est mauvais. Et quel souci. Il faut sans cesse le protéger pour qu'elles ne le mangent pas, c'est le seul moyen d'empêcher qu'elles le mangent. Il est tout aussi dangereux que disparaissent les ombres des voyageurs."

Un exemple de scène "naturaliste XIXème", d'excellente facture à mon humble avis, en ce sens que la précision descriptive -et la révolte contenue qui sourd de ces mots- s'accorde, malgré tout, avec une poésie prégnante (voir la fin de l'extrait, par exemple), et non comme en filigrane ou latente, ce que je trouve admirable.

A noter les ruptures de rythme, en passant des efforts aux descriptions qui servent de cadre, ou, autre exemple, le rythme encore différent des brefs dialogues, ou bien des pensées de Juambo:

Chapitre XX a écrit:
Un jeune, pas très grand, venait d'avoir le visage coincé contre le bord d'un wagon, - le rail sur lequel courent les portes - le régime de cent kilos, dont une partie dépassait sa tête, chargé sur son dos.
- Ah, les vaches..., cria quelqu'un.

  Le blessé s'effondra. Il tomba au bord de la voie. Ce qui, toutefois, n'interrompit pas le rythme du chargement, les battements de pieds, les allées et venues et l'imperturbable dureté du "time-keeper".

  Les dos, sous le soleil, n'étaient plus brûlés par la croûte que formaient la sueur et la sève qui coule du tronc des régimes, ils devenaient insensibles.
  - Vous sentez votre dos, vous ?
  - Et qui pourrait le sentir. Même ma nuque est endormie. Et là, au bas du crâne, ça me fait mal.
  - Et le blessé, le pauvre, il continue à perdre son sang. Il paraît que nous allons être plus nombreux. Nous ne sommes pas assez pour venir à bout de ce travail. C'est toujours la même chose, on n'a pas plutôt fini un chargement qu'un autre commence. Ici on s'attaque à un petit volcan de régimes, et on croit qu'il ne s'épuisera jamais, et aussitôt il faut en commencer un autre, plus grand encore.

  - Et Chulique qui a amené son singe...
  - Il va partout avec cet animal, et comme il est à moitié fou, il dit qu'il l'a adopté et qu'il est son fils.
  - Je vais lui enfoncer ce noyau de mamey dans la la tête, tu vas entendre comme il criera, mais fais celui qui ne sait rien, parce que Chulique est costaud, et s'il voit que c'est nous, Jésusmariejoseph...
  - Ne sois pas méchant...
  - Ici, nous ne sommes ni méchants ni bons, nous sommes des chiens...
  La mer immense des feuilles qui se croisent et se déploient, qui se referment et s'embrassent au souffle du vent, toiture de laquelle descend en vapeur légère une clarté resplendissante, vert-citron, liquide de par sa transparence et lumière, parce qu'elle est lumière; la mer immense des bananiers alimente des fleuves de régimes qui débouchent sur les marchés du monde. Mais, comment naissent ces fleuves de fruits prodigieux ? Par où passent leurs eaux ? Elles courent sur des lits humains, haletants, sous-alimentés, aux cheveux trop longs, collés au front, à la nuque, aux oreilles. Sans jamais s'arrêter. Devant les "timekeepers" impassibles. Celui qui est fatigué s'effondre. Personne ne parle. Un vide sec de caverne les sépare de tout. Excepté de leur fardeau. Leur fardeau colle à ce qu'ils sont, des bêtes de somme.

  Une oreille de Juambo creva. Ce premier jour de son grand rachat pour qu'on ne batte pas son père. L'oreille du côté de la molaire gâtée. Mais il continua à charger, sans se laisser dominer par le régime ennemi, bien au-delà des limites du craquement, de l'influx du sang dans les cornées, et sans prendre, comme ses camarades, la charge du côté vert, celui de l'espérance, de l'espérance de se libérer, peut-être, de fuir cet enfer et de regagner son coin.
 
  Oui, les camarades s'accrochaient à leur espérance, en soulevant les régimes et en les chargeant sur leurs épaules, tête inclinée pour que le poids cru tombe sur les omoplates, sur ceux qui portaient des couvertures comme les bêtes, des sacs avec lesquels ils faisaient parfois des capuchons pour se couvrir la tête.

  Juambo s'accrochait à son châtiment, avec le désespoir de celui qui sait qu'il n'a pas de salut, torturé par ses dents, sa sueur et ses larmes. Il transpirait, il pleurait et se mordait les lèvres de douleur. Son oreille avait crevé toute seule, elle devait guérir toute seule. Qu'elle se rebouche donc, puisqu'elle avait crevé. Ses cheveux même lui faisaient mal. Attrape, Juambo. Juambo payer. Père enterré ici. Juambo payer. Le tigre ne l'a pas mangé. La vie l'a mangé.

  C'était le "timekeeper", qui avait l'air d'un tigre, sous son casque de liège, lorsqu'il en avait assez d'être assis et qu'il se levait, posait le pied sur son siège et, le coude appuyé sur son genou, penchait son corps en avant.

  Etait-il ou n'était-il pas "gringo". Peut-être oui, peut-être non. Mais tous les "timekeepers" sont les mêmes, yankee ou pas, cela n'avait rien à voir avec leur travail, le travail de ceux pour qui la charge n'était ni espoir, ni châtiment, ni futur ni passé, mais simplement la charge, la charge, la charge, la charge...
  Et parmi eux, les abêtis, ceux qui ne savaient plus ce qu'ils étaient, qui ne cessaient de rire, d'un rire de pendu.
  - Moins de rires et plus de travail !..., protestaient les contremaîtres, adjoints des "timekeepers".
  - Va donc, occupe-toi de ta mère..., murmuraient-ils entre leurs dents, de façon que le mot mère ne soit pas très audible.
  Le  soleil, le soleil de chaudron de chaudronnier, soleil de métal brûlant comme les orties, grillait les feuilles de bananiers, en pompant leur sève. L'espace d'une seconde et le soleil absorbait le vert des substances profondes, converti en sève, grillant un morceau de feuille, la pointe, les bords ou la partie voisine du tronc. Une seconde, et la feuille était entièrement grillée. La brillanete lame de chair verte devenait une feuille jaune de parchemin desséchée, sur laquelle les insectes traçaient des incunables.

  Le bruit des trains, les sifflements, l'enclenchement et le déclenchement, les escouades de nettoyeurs, armés de râteaux, de balais, et d'ustensiles qui, à proximité d'une longue gaule portaient un instrument de métal, moitié pic moitié ciseau, pour couper les feuilles sèches, les feuilles sur lesquelles le soleil avait eu raison des forces profondes de la terre. Le soleil contre le profond silence vert dans lequel nagent les échos de toutes les douceurs, les douceurs de la sagesse, la douceur de la femelle qui dispense le bonheur aveugle, qui est le seul vrai bonheur. Le soleil contre l'épaisseur profonde des couches d'humus où le minéral devient végétal et le végétal animal, et où la troupe indisciplinée des rêves se mêle à ceux qui vont naître et à ceux qui viennent de mourir. Le soleil contre la vapeur cristallisée de la couche huileuse, où la vie sépare les minuscules géométries pour donner sa forme à chaque végétation et à chaque être. Et contre tout cela le soleil peut, en séchant les feuilles, en les transformant en un triste bras jaune, en un cristal fragile de poussière aveugle, aveugle et compacte flamme jaune, les consumer entièrement. Les escouades vont coupant les feuilles sèches, comme des chirurgiens, crac, crac, crac..."
  
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