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 Michel Jullien

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coline
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MessageSujet: Michel Jullien   Ven 24 Mai 2013 - 18:04



Michel Jullien est né en 1962.
Compagnies tactiles est son premier récit.
Outre l'écriture Michel Jullien est également éditeur de livres d'art depuis 1988.

Michel Jullien a publié chez Verdier :
- Esquisse d’un pendu
- Au bout des comédies
- Compagnies tactiles

Chez d’autres éditeurs
- Mont-Blanc, premières ascensions, éditions du Mont-Blanc, 2012.
- Alpinisme et photographie : 1860-1940, co-écrit avec Pierre-Henry Frangne et Philippe Poncet, Amateur éditions, 2005.
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coline
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MessageSujet: Re: Michel Jullien   Ven 24 Mai 2013 - 18:15

Esquisse d’un pendu



Une amie avec laquelle je partage pas mal de lectures ne cessait de me parler avec enthousiasme de ce roman sorti en janvier 2013. Je crois qu’elle regrettait que je n’accroche pas plus à ses arguments et elle a fini par m’offrir le livre !

Une histoire qui se passe dans le milieu des copistes laïcs à Paris, deuxième partie du XIVième siècle …La proximité du gibet de Montfaucon…Mmmmhhh. J’étais sceptique…Cet univers ne me tentait pas vraiment…

Mais mon dimanche de Pentecôte fut pluvieux et solitaire. Alors j’ai commencé cette lecture…et de toute la journée je ne suis presque pas arrivée à la lâcher !…
Cette lecture me mena ensuite à des recherches sur Internet, et j’ai bien consacré ce jour-là une bonne dizaine d’heures à la lecture et aux recherches…enthousiasmée à mon tour !

Tout le début du roman (bizarre construction pour un roman mais peu importe !) est consacré à l’effrayante « Machine », le gibet de Montfaucon, planté alors quelque part entre l’actuelle gare de l’Est et les Buttes-Chaumont.




Première surprise , je ne suis pas rebutée du tout par les descriptions savoureuses du gibet et de ses occupants, par les histoires qui s’y relient.
J’apprends….et je m’amuse ! Pourtant le vocabulaire est incroyablement précis, choisi, savant, d’époque…Ce qui n’empêche pas Michel Jullien, pour être plus évocateur parfois, pour créer des analogies judicieuses avec aujourd'hui, d’utiliser soudainement avec humour et finesse des expressions toutes contemporaines.
C’est sidérant et drôle ! Je ne ris pas souvent en lecture et là je me surprends à rire sur un ouvrage dont le sujet est très sérieux.

« La Machine n’est qu’ossature, rien mieux qu’un emboîtage architectural éviscéré, cubique, sans complexité de construction. C’est une pile creuse faite de niveaux amoncelés sur un empierrement mastoc, à répétition d’étages, une cage vide, libre au vent, des parois criblées de fenêtres sans vitres et protection.. Sa fonction fut d’exposer, de magasiner, de remiser à la vue dans une série de casiers verticaux des rufians, des ribauds, des malandrins et malfrats trépassés, de les montrer pendus, à tous, au plus grand nombre- dans l’avant-goût des grands cinémas-, non pas d’exécuter »


Paris, 1375.
La suite du récit fait entrer en scène Raoulet d'Orléans, copiste stationnaire, établi Rue Boutebrie. Ils sont 11 copistes stationnaires dans Paris, des laïcs assermentés auxquels le Roi Charles V passe commandes : ils copient des Bibles, des Evangiles, des traités…
Michel Jullien s’appuie sur des faits historiques et met en scène des personnages réels mais le récit sort tout droit son imagination.
Raoulet d’Orléans exista vraiment !
Pour preuve, entre autres, cette enluminure de Jean de Bondol exposée au Musée Meermanno-Westreenianum à La Haye :


Charles V recevant de Jean de Vaudetar la Bible de 1372 copiée par Raoulet d’Orléans

Michel Jullien fait de Raoulet d’Orléans un homme « calibré au-delà des normes…avec une tignasse de triomphe…». Un « bon vivant, hâbleur, peu chatouilleux sur les mystères de la religion » (Verdier éditeur).
Son atelier fournit de l’excellent travail. Raoulet est reconnu comme un virtuose de la copie mais son métier est un « métier d’induration voué au strabisme, aux torticolis du soir et à l’arthrose des années […]. Métier de tête basse, de pâtre d’alphabet […]. Le stationnaire reste boulonné à son lectrin, le cul assis – deux ans pour une Bible » !
Alors l’homme se lassant un peu de « souquer dans les Évangiles », et ne tenant pas toujours en place, s’évade parfois du côté de Montfaucon et il s’attarde dans les estaminets et tavernes proches de la « Machine » qui le fascine.

« La Machine domine les guinguettes ; elle agit comme un théâtre de faubourg, un Grand Guignol avant l’heure, l’Ambigu-Comique de Médard Audinot. Les variétés. On n’y tue pas, ou très peu, c’est amusant, on y expose en grand appareil un pittoresque d’anatomies désarticulées. […] Dans une mise en scène inchangée, le spectacle toujours renouvelé consiste à placarder des travestis fantasques, copieusement mutilés, reconnaissables ou pas, bigarrés d’attitudes, se soleillant aux loges de la Machine. »

Le récit prend un tournant à suspense lorsque le roi Charles V passe commande à Raoulet d’Orléans de deux codex prestigieux, profanes, et d’un esprit très nouveau : il s’agit de la première traduction en français des Politiques d’Aristote et les Grandes Chroniques de France.
Un outil de pensée universelle et… un écrit sans grand recul, genre de propagande du commanditaire, le roi!
(Ces commandes sont bien réelles. Les Grandes Chroniques de France sont aujourd’hui protégées dans un coffre-fort de la BnF.)
En cours de travail, les manuscrits passent de Raoulet d’Orléans aux artisans enlumineurs parmi lesquels un ornemaniste malhonnête, un faussaire.
Je n’en dirai pas plus. attentif
Le récit est passionnant. Il se terminera au gibet…mais le gibet pour qui ? La fin est incroyable !

Ce roman, excellemment documenté est d’une grande virtuosité stylistique, descriptive et lexicale. Très vivant, on jubile à le lire avidement, souvent le sourire aux lèvres.
On est très loin de l’atmosphère connue des moines copistes du Moyen Age.
L’époque choisie, à la veille de l’invention de l’imprimerie, n’est pas sans nous évoquer celle que nous vivons, le passage du livre papier au livre numérique, la presse moderne, l’accélération déformante de l’information… Mais le parallèle est subtil.
Ce livre, on n’a pas envie de le « méfeuiller », c’est-à-dire d’en sauter des pages. C’est un régal !





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coline
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MessageSujet: Re: Michel Jullien   Ven 24 Mai 2013 - 18:17

Le gibet de Montfaucon :



« C’est une forme de drive-in en plein champ, sans billet d’entrée, un aquarium à pendus, un « accrochage », un happening. Un carillon d’encastrés, un mobile cubique, mi-Mondrian mi-Calder, vers quoi la pègre des barrières ne lève plus les yeux, le sachant là, sur la butte, comme on ne prête plus attention de nos jours à un panneau géant clignotant de néons, de nuit, de jour, à la sortie du périphérique. […] A ce point que la Machine à effroi s’affadit progressivement au cours des siècles, le spectacle s’inversant, le gibet fonctionnant à l’envers. Enchâssés dans leur cabine individuelle, réduits à la physique des fils à plomb, têtes basses scrutant les sentes et les parterres du monticule, les pendus résidents observaient d’un œil impotent le cheminement des articulés, les badauderies d’en bas, humant le son des gargotes. Ils aimeraient qu’on les voie,ils feraient un holà de la main s’ils pouvaient. […] Villon a bien saisi cette prise à rebours modifiant le point de vue. »
( Michel Jullien, Esquisse d’un pendu)


François Villon

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !



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domreader
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MessageSujet: Re: Michel Jullien   Ven 24 Mai 2013 - 19:13

Ca a l'air d'être un bon roman historique ! Je le note car cela est plutôt rare.

_________________
'Si vous ne lisez que ce que tout le monde lit, vous ne pouvez penser que ce que tout le monde pense.' - Haruki Murakami.
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